chroniques littéraires·service presse

Les petites merveilles

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous prenez toujours bien soin de vous. Ici, ma fin de semaine a été plutôt difficile. Même si la canicule s’en va, d’autres problèmes font surface, comme notre frigo qui décide de rendre peu à peu l’âme, apparemment, ou bien le stress qui monte suite à l’approche de lundi. Je devrais bientôt savoir où je suis affectée à la rentrée scolaire et même si j’ai hâte de connaître enfin le lieu où je vais faire cours, je sis aussi anxieuse d’être envoyée trop loin de chez moi, ou dans un lieu qui ne me plaît pas. En vérité, je croise fort les doigts pour rester là où j’étais cette année, car je m’y plaisais bien. Il y a donc de la pression qui monte petit à petit.

En parlant de pression, Éva sait très bien que quoi je parle. Il s’agit de la dernière héroïne de Lena Walker, dont elle nous raconte l’histoire dans son nouveau roman intitulé Les Petites Merveilles. Lena Walker est une autrice que je suis depuis la création du blog maintenant, via son parcours d’autoédité puis éditée en maison d’édition. Vous pouvez d’ailleurs retrouver mes avis sur sa trilogie Beyond ici : https://lasorcieredesmots.wordpress.com/2015/12/13/beyond/. Depuis trois romans, elle est éditée aux éditions Michel Lafon, et c’est donc de son dernier ouvrage que je vais vous parler aujourd’hui. Celui-ci est paru en juillet 2020 et je remercie le site NetGalley ainsi que la maison d’édition Michel Lafon pour m’avoir permis de découvrir ce roman en service presse. Voici son résumé :

Licenciée de son emploi de libraire qu’elle adorait, Eva se retrouve nounou pour les enfants d’une riche famille du très chic Ve arrondissement parisien.

Mais en acceptant ce travail, la jeune femme était loin d’imaginer que sous leurs airs d’enfants modèles Arthur, Rose et Louis lui donneraient tant de fil à retordre.
Aussi gaffeuse qu’attachante, Eva devra redoubler de patience et d’ingéniosité pour apprivoiser ces trois petits monstres et leur rendre le sourire.

Dans ce roman, nous suivons donc Eva. Passionnée par les livres, cette jeune femme pourrait passer sa vie dans une bibliothèque ou une librairie. D’ailleurs, depuis qu’elle a abandonné ses études de lettres, ne voulant pas devenir prof, Eva travaille à la librairie Les Mots dansent… Mais voilà, le libraire, Marcel, ne peut plus la payer. La librairie est en faillite. Qu’à cela ne tienne, Eva étant profondément attachée à cette enseigne, elle décide de la sauver. Quitte à prendre un emploi de nounou, quitte à travailler à mi-temps à la librairie aussi. Or, voilà que son travail de nounou empiète de plus en plus sur sa passion. Car Eva s’est attachée aux enfants, et elle compte bien les aider eux aussi dans la vie compliquée qu’ils ont, afin qu’ils grandissent du mieux possible.

En tant que personnage principal de cette histoire, je vais donc commencer par vous parler d’Eva. C’est une jeune femme qui ne vit que par les livres. Elle n’est quasiment jamais sortie de son quartier parisien où elle vit depuis son enfance et elle n’a aucune relation, à part sa mère, sa meilleure amie et Marcel, son patron. Cela la satisfait grandement. On peut dire que non seulement Eva est casanière, mais en plus, elle est d’une très grande timidité, voire même d’une trop grande timidité. Elle ne s’en plaint pas et aime sa vie. Elle profite d’ailleurs de son argent pour partir en voyage à l’étranger avec sa meilleure amie. Elle ne connaît finalement pas beaucoup Paris et la France, mais connaît Rome et d’autres villes étrangères. J’avoue que cela m’a au début étonnée, car Eva aime voyager, mais ne fait finalement rien toute seule. Elle a besoin d’être sans cesse accompagnée, et on comprend peu à peu pourquoi. Elle adore Paris, son quartier, mais n’ose pas en sortir seule. Eva est en fait une grande angoissée, une HPE, c’est-à-dire avec un haut potentiel émotionnelle. Même si le diagnostic vient tard dans l’histoire, cela permet de comprendre ses crises d’angoisse, sa panique face à la nouveauté, face à tout ce qui peut déranger son quotidien. Eva panique presque en permanence. Cela nous aide à nous attacher à elle, car les livres sont son refuge. Ils lui permettent de se créer une bulle. Toutefois, Eva est obligée de les laisser de côté pour s’occuper des trois enfants dont elle récupère la charge en tant que nounou. Cela va lui permettre de grandir, de mieux se comprendre. Cela va aussi être une grande source d’angoisse pour elle. J’ai vraiment aimé l’évolution qui se met alors en place chez elle, d’autant plus qu’Eva n’est pas vraiment fan des enfants au début du récit. Mais elle s’attache à ceux-ci peu à peu, et c’est ce qui rend touchante toute l’histoire. En effet, Eva fait peu à peu tomber ses barrières pour laisser entrer les enfants dans sa vie. J’ai trouvé alors qu’il était facile de se mettre à sa place. Certes, son angoisse m’a au début un peu agacée, car je ne comprenais pas pourquoi elle se mettait dans des états pareils, mais on finit par comprendre son mécanisme, et à l’accepter. Et on se met à sa place, on imagine comment on réagirait si on était elle, avec toutes les émotions qu’elle ressent. J’avoue que je serais tout aussi angoissée. Cela la rend donc attachante, parce qu’on a envie de l’aider, de la pousser aussi, afin qu’elle aille mieux, qu’elle appréhende mieux la vie. Par moment, Eva se comporte comme une ado, et c’est normal avec ses émotions très développées, mais on a envie qu’elle se dépasse. Et dans le même temps, Eva a aussi un fort caractère, qui la pousse en avant, à se battre, ce qu’elle fait à la fois pour les enfants et la librairie. C’est un personnage très contrasté, et c’est ce que j’ai apprécié chez elle. Elle est pleine de nuances et de contradictions, ce qui est intéressant et la rend si crédible.

Cependant, Eva a la tête dans les nuages – ou plutôt dans le brouillard. Un monde sépare ce qu’elle vient de vendre à sa mère et les faits. Dès qu’elle essaie d’imaginer des projets, un sentiment désagréable l’envahit, l’oppresse eu à peu. Elle se sent paralysée, engluée dans une situation qui la dépasse. Elle va se laisser dévorer par sa peur. Privée du petit monde confortable qu’elle s’est créé avec la librairie, elle sent qu’elle perd pied. Aider les autres, s’oublier à la manière de Corinne qui lui a toujours montré l’exemple lui paraît naturel et réalisable, mais se fixer des objectifs personnels, avoir des projets de vie pour elle, voilà qui est une tout autre affaire. Cela lui semble purement et simplement insurmontable. Y penser lui donne des palpitations et des envies d’enfouir sa tête sous son oreiller.

(…) Les livres sont l’oxygène d’Eva depuis son plus jeune âge, depuis qu’elle sait lire, à vrai dire. Chaque fois qu’elle ne va pas bien, elle se réfugie dans un bouquin. A cette époque, c’est vraiment la lecture qui l’a sauvée. Durant toute son adolescence, lorsqu’elle n’était pas avec Iris, elle s’enfermait dans sa chambre. Parfois, elle pouvait lire jusqu’à cinq livres par semaine. Eva aimait la solitude et préférait rester dans sa tour d’ivoire plutôt que d’affronter le regard des autres enfants de son âge.

C’est compliqué de parler d’Eva dans ce roman sans évoquer ce qui va la faire changer, soit tous les personnages secondaires. Ils ont ici une place très importante, que ce soit Marcel, qui est vraiment un libraire qu’on a pas vraiment envie de croiser tant il va mal ; Corinne, la mère d’Eva, qui a envie que sa fille prenne enfin son envol ; Iris, qui va bientôt se marier ; et bien sûr les trois enfants dont va s’occuper Eva. Je vais d’ailleurs m’attarder sur ceux-ci, parce qu’ils sont, pour moi, toute la force de cette histoire. Ainsi, Eva se retrouve être une nounou, et ce n’est au début pas de gaieté de cœur. C’est simplement qu’elle n’en a pas le choix. Or, elle va s’attacher aux enfants, qui ont tous les trois un problème. Il y a Arthur, l’aîné, très solitaire, mal dans sa peau ; Rose, la pipelette, à qui on s’attache très vite car elle est un peu la figure maternelle du trio ; et Louis, qui ne parle pas. Peu à peu, Eva va apprivoiser ces trois enfants, et découvre pourquoi ils sont comme ça. J’ai beaucoup aimé la relation qu’elle développe avec eux, qui m’a rappelé celles que je pouvais avoir lorsque j’étais baby-sitter. Eva pousse peu à peu les enfants à se livrer, et les aide. Elle joue en fait le rôle de mère, et elle s’en aperçoit un peu tard. Elle fait tout pour les enfants, et se substitue à leurs parents. En même temps, pour sa décharge, elle n’a pas vraiment le choix. C’est ce qui rend ce roman aussi intéressant, car il parle de la maternité, des relations qu’on noue avec les enfants, qu’ils soient ou non les nôtres. Les enfants ne voient pas assez leurs parents, et ils ne peuvent que s’attacher aux adultes présents dans leurs vies. J’ai bien aimé le personnage de Garance, la mère, que l’on découvre elle aussi petit à petit, et qui finit par être attachante dans sa détresse. On comprend mieux pourquoi les enfants sont comme ils sont. Cela permet de rappeler, à travers le personnage de Corinne, la mère d’Eva, et Garance, la mère des trois petits, que les parents font tous des erreurs, même s’ils essayent de faire de leur mieux. Et que finalement, c’est aussi ça, la vie. Corinne et Garance aiment leurs enfants et se battent pour eux, chacune à leur manière. C’est assez touchant je trouve. Même si toutes les deux peuvent paraître froides au premier abord, elles donneraient n’importe quoi pour leurs proches. En fait, tout le récit tourne vraiment autour de cette idée de la maternité, et de la paternité aussi, et du fait que chacun apporte quelque chose à l’autre. C’est aussi pour cela qu’aucun personnages secondaires ne se détachent réellement du lot. Tout le monde forme alors une grande famille, et non pas qu’au sens où on l’entend habituellement.

Garance ferait en sorte que ses enfants ne manquent de rien, ni de chaussures, ni de jeans et encore moins de nourriture. Elle travaillerait autant que nécessaire pour leur offrir tout ce dont elle avait manqué durant son enfance. Plus jeune, elle aurait tant voulue suivre des cours de danse ou de piano, mais sa mère n’avait pas les moyens de les lui offrir et préférait de toute façon que sa fille se concentre sur ses études « plutôt que de se distraire et se divertir ». Elle s’était promis que ses enfants auraient accès à toutes les activités possibles et imaginables pour leur ouvrir l’esprit, leur apporter une curiosité intellectuelle qui, selon elle, lui avait fait défaut.

(…] Chaque chose avait une place précise dans sa vie et cela lui convenait. Le mari à l’étranger, les enfants à l’école et elle au travail. C’est elle qui a convaincu Marc-Antoine de prendre une nounou, mais cela ne lui suffisait pas il lui en fallait une deuxième pour les soirs où elle terminait plus tard. Finalement, ce qui ne devait être que ponctuel était devenu régulier. Une mauvaise habitude, diraient certains parents, une nécessité d’organisation, disait Garance. Chaque pièce de sa vie était une roue édentée qui s’imbriquait et tournait autour d’une autre comme un engrenage. C’était son équilibre mécanique, et tant que cela fonctionnerait comme elle l’avait toujours souhaité, rien ne pourrait détruire l’empire qu’elle avait construit. Rien ni personne.

Ce roman tourne donc autour de la maternité et du fait d’être parent, mais ce n’est pas le seul sujet fort u livre. En effet, alors que le Twitter littéraire se débat encore sur le fait de lire ou non les classiques, ce roman permet aussi d’aborder ce débat via les personnages d’Eva et de Marcel. En effet, Marcel a une idée très arrêtée sur ce que doit être la littérature, et autant dire qu’Eva n’est pas d’accord avec lui. D’ailleurs, cela se retrouve dans les ventes de la librairie, qui déclinent, ce qui pousse Marcel a licencier Eva. Ainsi, Marcel refuse les ouvrages récents, ce qu’il estime être de la littérature poubelle, et préfère largement les classiques, alors qu’Eva est plus ouverte, et veut satisfaire tout le monde. Le débat qui est donc toujours d’actualité est intéressant ici car on parle tout de même de ce qui se vend, et non pas de ce qui doit être lu. On touche alors au métier même de libraire. Ce dernier doit-il proposé tous les livres ou doit-il apporter de la culture aux gens ? Mais qu’est-ce que la culture ? C’est un débat qui me touche car je l’ai avec mes élèves, et c’est toujours intéressant de confronter des idées diverses là-dessus. En quoi lire un Marc Lévy ou un Guillaume Musso, ou même Cinquante Nuances de Grey, est-il plus mauvais que de lire un roman de Zola ou de Victor Hugo ? Le but du libraire n’est-il pas de proposer les deux ? Rajouter à cela le fait que la boutique doit tourner et donc vendre, rajoute de la complexité. Comment deviner ce que les lecteurs veulent acheter et avoir tout en stock alors qu’on ne cesse de produire des livres ? Il y a ici un début de réflexion philosophique ici qui est très sympa. Mais on ne parle pas que de cela non plus. En effet, le roman évoque aussi l’immigration des nounous, et le harcèlement scolaire. C’est un terme qui m’a forcément touchée, car j’ai vécu certaines choses vécues par Eva, et cela marque. J’ai apprécié que cela soit évoqué ici, surtout que c’est assez bien fait, tout en douceur, sans trop de violence, même si certaines scènes peuvent heurter les lecteurs tellement elles font mal au cœur pour les personnages qu’on a envie d’aider et de protéger.

Eva est soudain prise d’une bouffée de chaleur, elle avait sous-estimé la force des souvenirs. Ces grilles vertes, ce portail ne lui sont que trop familiers. Elle se tient devant son école primaire. Elle pensait en avoir fini avec Notre-Dame. De vieux souvenirs resurgissent comme si elle venait de retrouver sans sa mémoire un objet perdu depuis des années. Les démons du passé. Ils sont ineffaçables, inscrits au fer rouge dans son coeur. Elle se revoit pliée sur elle-même alors que des élèves lui font vivre un enfer, mais aussitôt l’image d’iris prend le dessus. Les pensées positives viennent gommer les mauvais souvenirs. Eva prend une grande inspiration et passe ses mains moites sur son eau afin de reprendre ses esprits. Ce n’est pas le moment de craquer.

Le roman est dans l’ensemble bien écrit et plaisant à lire. J’avais un peu de mal au début avec le fait que ce soit au présent, mais on s’y habitue. Je l’ai lu facilement, rapidement aussi. En vérité, j’avais bien du mal à le lâcher et j’avais très envie de savoir jusqu’où Eva allait aller dans son apprentissage de la vie, dans son amour pour les enfants dont elle s’occupe, et ce que ces derniers allaient devenir. Comme je l’ai dit, je me suis reconnue dans le personnage d’Eva parce qu’elle a vécu certaines choses qui ont faits écho en moi, et je me suis très attachée aux enfants, si bien que j’ai presque regretté de ne pas être à la place d’Eva. Pour un peu, je pourrais moi aussi redevenir nounou. Le style est simple mais il va va à l’essentiel, on a les sentiments d’Eva et de certains autres personnages, et on les comprend mieux grâce à cela. Le roman est fluide et se lit très bien. J’ai apprécié que les chapitres soient très courts, car ainsi, on n’a qu’une envie, c’est de poursuivre la lecture.

En résumé, je trouve que c’est le meilleur roman de Lena Walker à ce jour. J’ai vraiment accroché à l’histoire et aux différents personnages que l’on rencontre. J’ai aimé les thèmes abordés dans cette histoire, que ce soit le harcèlement scolaire, la parentalité, les émotions, la différence, les livres. C’est un roman très riche avec un côté feel-good très plaisant. On est bien immergé dans l’histoire et l’on s’attache aux personnages, que ce soit Eva ou les enfants. C’est donc un titre que je vous conseille.

Et vous ?

Aimez-vous retrouver des débats dans vos lectures ?

Prenez-vous position pour certaines des idées, ou au contraire laissez-vous les personnages s’exprimer ?

Quels sont les débats ou sujets que vous aimez retrouver dans vos lectures ?

Bon dimanche à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « Les petites merveilles »

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