chroniques littéraires

Shâhra, tome 1 : Les masques d’Azr’Khila

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que votre semaine se déroule comme vous le souhaitez. Pour ma part, je suis un peu triste que mes vacances se terminent déjà. En même temps, vue que je n’avais qu’une semaine, je le savais. Et c’est pour la bonne cause, vue que je suis de surveillance et de correction de bac. Néanmoins, j’appréhende beaucoup ces corrections. On n’a quand même qu’une semaine environ pour corriger 130 copies. Le rythme va être intense, et j’ai peur de prendre du retard, de ne pas y arriver. Il va vraiment falloir que je fasse attention à être dans les temps.

Mais aujourd’hui, je vous retrouve sur le blog afin de vous parler de l’une de mes dernières lectures. En vérité, cette lecture date du mois dernier, mais elle est encore assez fraiche dans ma mémoire pour que je puisse vous la présenter. Ce roman, dont je vais vous parler aujourd’hui, est un roman qui rentre dans le cadre du Challenge de L’Imaginaire. Il s’agit donc d’un roman de fantasy, à tendance orientale. Je vous emmène donc en voyage avec cette chronique. Ce roman s’intitule Shâhra, c’est le premier tome d’une duologie. Ce roman a été écrit par Charlotte Bousquet et est publié aux éditions Mnénos. Il est sorti en juin 2018 et voici son résumé :

Djiane, héritière d’un art mortel et secret, est donnée contre son gré à un seigneur tyrannique. Arkhane, apprentie chamane, est privée en une nuit de son identité et de ses dons. Abandonnée dans un reg aride, elle ne doit sa survie qu’à la protection d’un étrange vautour. Seule rescapée de l’attaque d’une gigantesque créature des sables, Tiyyi, une jeune esclave tente d’échapper à la fournaise de Tessûa. Recueillie par des nomades, elle découvre peu à peu ses pouvoirs.

Et dans l’ombre, un immortel en quête d’humanité, un djinn prisonnier d’un corps vieillissant, prêt à tout pour devenir un dieu…

Dans ce roman, nous suivons quatre héroïnes qui sont liées sans encore le savoir. Il y a tout d’abord Djiane, qui est l’héritière de son père. Ce dernier, qui n’avait qu’elle, lui a transmis les secrets d’un art de combat ancestral, que beaucoup de personne rêvent de maîtriser. Mais voilà, le père de la jeune fille s’est remarié, et sa nouvelle femme tisse dans son dos une toile autour de Djiane, une toile dans laquelle la jeune fille risque de perdre beaucoup si elle ne parvient pas à s’échapper. Il y a ensuite Arkhane, un magicien, à la fois homme et femme. Jalousé, Arkhane va perdre tous ses repères, et va devoir apprendre à survivre avec un porté de lui amputée. Nous avons ensuite Tiyyi, une jeune fille qui se retrouve emprisonnée, et qui, pour survivre, va devoir s’allier avec d’autres personnes. Enfin, nous avons Aya Sin, une prophète droguée, qui va essayer de se libérer de ses liens en dévoilant ceux d’Arkhane, de Djiane et de Tiyyi.

Je vais commencer par vous parler des personnages que j’ai préféré dans ce récit. Il a tout d’abord Arkhane. J’ai aimé son caractère et sa force de vie. Arkhane aurait tout à gagner à se laisser aller, à abandonner, à accepter sa douleur, mais elle se bat, et elle montre ainsi la force qui la pousse en avant. Arkhane va affronter de terribles choses au cours de son aventure, mais elle reste positive, et elle sait prendre du recul par rapport à la situation. Elle se laisse, d’une certaine manière, portée par les événements et par le destin qui semble avoir été décidée pour elle. Ainsi, intelligente, Arkhane sait qu’elle ne peut rien faire contre la volonté des dieux, si ce n’est accepté ce qui a été prévu pour elle. J’ai aimé sa sagesse et sa lucidité sur sa situation. On pourrait croire que c’est une forme de lâcheté, sauf que s’en ai pas une. Arkhane fait ce qu’elle a à faire, elle met en œuvre ses dons parce que c’est ce qu’on attend d’elle. Elle pourrait parfaitement se rebeller, mais elle ne le fait pas parce qu’elle sait que ce qu’elle fait est juste, et que personne ne le fera à sa place. Une lourde tâche repose sur ses épaules, mais elle doit aller jusqu’au bout. D’une certaine manière, il y a du fatalisme dans sa posture, mais elle ne le prend pas comme tel. Elle est d’accord avec son destin, ce qui fait qu’elle ne le subit pas. C’est ce que j’ai aimé avec elle, car elle n’est pas dans la lutte, elle est dans l’action, et elle se montre, de ce fait, généreuse avec les autres, même avec les morts. Elle ne cherche pas non plus la vengeance, et elle est alors équilibrée, bien dans son esprit et dans son corps, qui est pourtant mutilé. Et c’est alors que je trouve que son personnage a une grosse faiblesse. Né à la fois homme et femme, Arkhane accepte trop facilement ce qui lui arrive lorsque son identité est transformée. Je pense que l’autrice aurait dû, à ce moment-là, aller au bout de son idée. J’ai aussi beaucoup aimé Tiyyi, qui est plus dans la révolte, parce qu’elle a perdu sa famille, tous ses proches, et parce qu’elle a beaucoup plus de mal à accepter le chemin qui s’offre à elle. Toutefois, elle est proche des autres, et j’ai aimé la manière dont elle voit la vie. Elle aimerait pouvoir sauver tut le monde, mais elle est aussi capable de faire les choix justes, ceux qui s’offrent à elle lorsqu’elle comprend ce qui l’attend. Elle aussi possède une lucidité forte sur sa vie, sur ce qui l’attend. Elle est forte et toute son aventure lui a permis de grandir, d’être prête pour la suite. Même si elle est moins détaillée que les deux autres, Tiyyi est un personnage sur lequel il fait s’attarder. Avec Arkhane, elle fait partie de ces deux personnages auxquels je me suis attachée et dont j’ai apprécié de suivre les aventures et l’évolution. Elles ont une vraie force de caractère qui est inspirante, et qui montre, de deux manières différentes, comment on accepte son destin.

La shalbia inspira plusieurs fois. Eprouva les flux qui l’environnaient. La chaleur de la vie. Des picotements la parcoururent, diffusant en elle une lumière qu’elle projeta aussitôt vers e survivant. Lentement, l’énergie vibrante qu’elle lui insufflait combattit les miasmes qui le tuaient. La fièvre et la gangrène refluèrent, se désagrégèrent, disparurent.

Enfin, elle sortit doucement de sa transe, à la fois épuisée et pleine d’une vigueur nouvelle, et contempla le visage de l’inconnu. Une quarantaine d’années, peut-être. Carcasse large, lourde, de guerrier. Des traits acérés, adoucis par un sommeil paisible.

Avec précaution, Arkhane lui ôta ses vêtements et examina ses plaies. Celles-ci étaient propres ; certaines avaient même commencé à cicatriser.

Il vivrait.

Soudain, la dyn de Yeshet résonna à ses oreilles :

Tu es la mort et la vie o-oo

Sur le chemin.

Ouvre les yeux et avance

Sr le chemin

Tu es la mort et la vie o-oo

Alors, Arkhane prit pleinement conscience de ce que cela signifiait. Et pleura.

Venons-en à présent à Djiane et a Aya Sin. Je me suis facilement attachée à Djiane au début du récit, mais cela n’a pas tout à fait durer. En effet, j’ai été un peu déçue par les décisions que Djiane prend au cours du récit, et qui montre qu’elle a, justement, une évolution bien différente des deux autres héroïnes. Ainsi, Djiane se rebelle et n’arrête pas de se battre contre la fatalité, ce qui peut être une bonne chose, mais c’est ce qui va la détruire. Et elle cesse de se battre lorsque cela est nécessaire. De ce fait, elle fait les choses à l’envers, et surtout, elle se précipite beaucoup trop, sans vraiment réfléchir, sans prendre le temps de peser le pour et le contre. Elle est trop dans l’action, voire la surréaction, et cela lui porte préjudice, ainsi qu’à ses proches. Elle ne prend pas assez la mesure de ce que provoque ses actions, et c’est ce qui m’a embêté avec elle, car certaines choses sont prévisibles, mais elle ne s’en aperçoit pas. J’espère que cela va évoluer avec le tome 2, car Djiane a en plus tendance à toujours tomber dans des pièges tissés pour elle, sans s’en rendre compte. J’attend donc qu’elle soit plus intelligente dans le tome 2, et qu’elle prenne les bonnes décisions, qu’elle se batte lorsque cela est nécessaire, et qu’elle accepte certaines choses qui lui arrive. De la même manière, j’ai eu du mal avec le personnage d’Aya Sin, qui est une vraie manipulatrice, et qui est elle aussi sous le coup de mauvais choix. Droguée, elle est soumise à un terrible personnage dont on apprend de petits éléments au cours du récit. Elle sait néanmoins, grâce à plus de maturité et d’expérience, se réveiller au bon moment afin de tisser sa toile. Toutefois, on se demande ce qu’elle a prévu pour nos trois héroïnes, et si elle n’est pas en train de leur tisser un véritable piège. On a du mal à savoir els véritables intentions d’Aya Sin, et de ce fait, si elle va aider ou non les trois héroïnes. Elle se présente comme généreuse, comme œuvrant pour le bien, mais je me méfis d’elle, et je n’ai pas confiance envers son personnage.

« Je suis prisonnière, mais trop lâche pour prendre le risque de briser mes entraves. Trop lâche pour venger Riwan et Zina. Je ne peux pas continuer ainsi. Je finirai pas m’habituer à cette vie de captive. A y consentir. A y prendre goût. Sauf la nuit, quand ils galoperont autour de moi, me rappelant ma promesse bafouée, quand je me réveillerai, la bouche pleine de sable et de sang, leur sang versé dans le désert, le nez assailli par leur odeur de mort, les yeux noyés de larmes, incapable de regarder en moi-même, incapable de supporter la chose misérable que je serai devenue. Alors que me restera-t-il ? Rien. Je n’aurai d’autres choix que de renier ceux que j’aimais, que j’aime encore, et de me renier moi-même. De détruire tout ce que j’étais, tout ce en quoi je croyais, pour me supporter. N’être qu’une ombre, rien qu’une ombre qui se délite dans celle de son seigneur triomphant… »

Parlons à présent de l’univers qui est décrit dans ce roman. J’avoue que j’en attendais beaucoup, car j’ai le sentiment qu’il y a tout de même peu de livres qui présentent un univers de fantasy avec une inspiration orientale. Et de ce fait, nous sommes bien plongés dans un monde qui ressemble aux Contes des Mille et une Nuits. Ainsi, en plus de la magie qui est mise en valeur dans ce type de récit, nous avons ici un monde désertique, avec des personnages typés et évoluant dans une mythologie marquée par les inspirations orientales. C’est un vrai dépaysement qui nous est proposé, et j’ai aimé cela. Toutefois, même si l’univers est très bien décrit et très bien maîtrisé, je trouve qu’on reste tout de même à sa porte. En fait, on ne voit que le paysage de ce roman, et on ne rentre pas dedans. En vérité, pour bien comprendre ce roman, pour bien y être intégré, il faut déjà en maîtriser les bases. Or, je trouve que le glossaire que nous est proposé à la fin ne nous permet pas cela. A cause de cela, je suis passée à côté de plusieurs informations, à côté de plusieurs éléments, et j’avoue que cela m’a frustrée. Je pense que l’autrice n’a pas assez pensé aux personnages qui n’avaient pas de bases ou de connaissances dans cette mythologie. De la même manière, il y a beaucoup de références à des nouvelles écrites par l’autrice auparavant, et même si cela montre que l’univers a une vie étendue, j’ai trouvé cela un peu dommage, au sens où cela nous force à aller voir ces mêmes nouvelles, qui sont en plus importantes pour l’histoire. Cela casse le rythme. Néanmoins, je garde tout de même en tête que l’univers est intéressant, et j’ai beaucoup aimé le fait que les dieux aient un rôle à jouer dans cette histoire, ce qui est encore plus flagrant à mesure qu’on voit nos héroïnes prendre la mesure de leurs dons, et de ce qu’elles sont.

Arkhane émergeait brutalement du sommeil ; l’esprit en feu, elle levait les yeux vers l’azur, espérant le retour de son guide, remerciant silencieusement la Déesse de lui accorder un peu d’attention. Car elle avait perdu sa capacité à percer le voile entre le visible et l’invisible, à discerner les couleurs des vivants et à rentrer en harmonie avec les éléments. Elle était devenue aveugle et soudre à l’Equilibre.

Alors, elle ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur la raison de ces songes et de l’étrange protection dont elle bénéficiait.

La Déesse aux deux visages envisageait-elle réellement de l’aider ?

Arkhane le croyait, en doutait cependant, effrayée à la seule idée d’avoir de telles pensées, comme une éternité – quelques mois – auparavant, lorsque l’oiseau sacré était apparu pour la première fois dans l’une de ses visions.

[…]Un envoyé d’Azr’Khila. Semblable au vautour qui l’avait sauvée.

Cette fois, le doute n’était plus permis. Elle n’était dévorée ni par l’orgueil ni par la folie : la Maîtresse de la vie et de la mort avait choisi de la protéger. Restait à déterminer pourquoi.

En ce qui concerne l’écriture et la construction du roman, j’avoue avoir eu du mal à rentrer dedans, notamment à cause de ce que j’ai dis plus haut, mais aussi à cause de l’écriture du roman, qui manque de fluidité. Il y a des moments où nous devons revenir en arrière dans notre lecture pour bien comprendre cette dernière, que ce soit dans les descriptions ou dans les actions des personnages. Le fait que l’on passe d’héroïnes en héroïnes m’a aussi donné l’impression qu’on survolait leurs actions, et qu’on ne s’attardait pas assez sur elles. Cela est d’autant plus vrai avec Tiyyi, qui est finalement peu présente dans le récit par rapport aux autres. J’ai aussi été dérangée par les pages de journal intime qu’on a au début, car on ne voit pas vraiment à qui elles font référence avant un certain moment du livre. Je trouve alors, qu’avec l’univers mis en place, tout est fait pour décourager le lecteur de continuer sa lecture. D’ailleurs, j’ai bien failli abandonner ce roman, et j’ai dû m’accrocher pour le continuer. L’écriture est aussi assez soutenue, et l’on a du mal à voir où veut arriver l’autrice. Et comme je l’ai déjà dis dans le paragraphe concerné à Arkhane, je trouve que certaines choses ne sont pas abouties, que l’autrice se retient et ne va pas au bout de ses idées. C’est dommage, parce qu’on pouvait avoir un personnage neutre, mais son évolution empêche cela, même dans la manière dont Arkhane se conçoit. Et je crois que cela est décevant, car on s’attend à autre chose avec le début sur ce personnage. Il y a une certaine volonté d’inclusion qui n’est pas menée au bout. Il y a aussi un certain manque d’action pour moi, qui fait qu’on s’ennuie une partie du temps. L’écriture est certes poétique, mais manque de suspens et de rythme.

En résumé, il y a beaucoup de potentiel dans ce roman, mais j’ai le sentiment d’être passée à côté de plusieurs choses et d’éléments. Ce roman s’adresse à des personnes qui connaissent et maîtrisent déjà son univers, que ce soit à cause de son côté oriental ou parce que ce sont des habitués des nouvelles correspondantes à ce récit. L’écriture est assez complexe et non fluide, et certains personnages sont survolés. Je lirais tout de même le deuxième tome, parce qu’il y a de l’originalité dans ce texte, et parce que je veux voir comment vont évolués certains personnages, et où veut en arriver l’autrice, mais je pense que ce roman s’adresse à de bons lecteurs, et que de nombreuses personnes vont passer à côté de l’histoire ou vont se décourager. Ce roman demande de l’attention et une maîtrise du français. C’est une lecture exigeante où l’action n’est pas assez présente. Je vous en conseille cependant la lecture, si vous parvenez à passer outre les points négatifs cités plus haut.

Et vous ?

Est-ce que cela vous arrive-t-il d’être freiné dans une lecture à cause de son écriture ?

Qu’est-ce qui peut vous déranger dans un roman comme celui-ci ?

Aimez-vous découvrir un univers où une partie de ce dernier vous échappe ?

Bon mercredi à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « Shâhra, tome 1 : Les masques d’Azr’Khila »

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