chroniques littéraires

Shâhra, tome 2 : Les Voiles d’Azara

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous passez un agréable weekend. Pour ma part, il est nuageux, et j’ai hâte que le temps redevienne plus estival. Il paraît que ce sera mieux après le quinze août. Je l’espère vraiment, car on a plutôt l’impression d’être en automne. A tous les coups, on va avoir la canicule en septembre. Ce sera bien pour le virus, mais moins pour nous en classe.

Du coup, comme la chaleur n’a pas l’air d’avoir envie de faire son retour chez nous, j’ai décidé de la faire venir à nous grâce à un roman qui se passe dans le désert. En effet, il est temps pour moi de vous parler du roman Shâhra, les voiles d’Araza, qui est donc un tome 2. Vous pouvez d’ailleurs retrouver ma chronique du tome 1 ici. Comme le premier tome, ce roman est écrit par Charlotte Busquet et est publié par les éditons Mnémos. Le roman est sorti en octobre 2020 et voici son résumé :

Malik est aux abois. La magie des kenzi ne suffit plus à nourrir son corps ravagé. Pour protéger les membres de la caravane de sa folie, Aya Sin n’a d’autre choix qu’accepter son héritage. Prête à tout pour retrouver Riwan, Djiane guide la troupe vers le nord – peu importe les morts et les larmes. En pleine tempête de sable, Tiyyi retrouve Arkhane, gravement blessée et ses compagnons…

Pendant ce temps l’Asag s’étend lentement en corrompant les terres. À sa source, Kéfrou, le dieu fou, que nul ne semble pouvoir arrêter…

Dans cette suite, nous retrouvons nos trois héroïnes principales, Arkhne, Djiane et Tiyyi. Nous avions laissé les trois filles chacune de leur côté, elles se s’étaient alors jamais rencontrées. Seule Djiane est partie rejoindre la caravane de Malik, et de ce fait Aya Sin, qui lui a révélé le rôle qu’elle a dans la prophétie sensée sauver Malik. Mais tout cela va changer, car Tiyyi, poussée vers le Nord, va tomber sur Arkhane. Ensemble, les deux filles savent qu’elles doivent retrouver Djiane et la tirer des griffes de Malik. D’elles trois va alors dépendre le sort du monde de Shâhra. Et elles devront compter sur l’aide d’Aya Sin pour sauver tout les habitants de la caravane qui sont dépendants de Malik.

Je vais commencer cette chronique par revenir sur le personnage de Djiane. Dans ma chronique de la première partie, j’avais dit que je m »étais attachée à elle au début, avant d’être déçue de l’évolution de son personnage, qui faisait de très mauvais choix. Je pense qu’on comprend mieux ces derniers dans ce deuxième tome. A la fin du premier, Djiane montrait en effet qu’elle n’éprouvait plus aucune empathie, qu’elle correspondait vraiment à son surnom dans la prophétie d’Ayan Sin, celui de Déjà Morte. Pourtant, dans ce second tome, elle nous montre une autre facette d’elle-même, celle qui fait qu’elle éprouve toujours des sentiments, celui d’un amour profond qui la relie à Riwan, son amant décédé. C’est pour le retrouver, le faire revenir du royaume des morts qu’elle a accepté de rejoindre la caravane de Malik, et de travailler pour ce dernier. Tout ce qu’elle fait, c’est donc diriger vers cet objectif. Toutefois, loin d’être idiote, Djiane comprend assez vite qu’elle a été manipulée, et qu’elle se trouve dans une piège qui s’est refermée sur elle. Et qu’une grande décision va s’imposer à elle lorsqu’arrivent Arkhane et Tiyyi : doit-elle les suivre ou garder sa loyauté envers Malik. Ce que j’ai davantage aimé avec l’évolution de son personnage, c’est qu’elle est plus posée dans ce deuxième tome, elle fait des choix, elle arrête de subir. Elle agit en toute connaissance de cause, et son personnage devient de ce fait plus complexe. Dès qu’on comprend ce qui la motive, on devine donc ses choix, mais aussi le fait que ces derniers auront un impact fort pour la suite. Ce qui va alors pousser problème, c’est que tout le monde ne lui fait pas confiance, ce qui est normal avec ses antécédents. Finalement, c’est plus sur elle que repose le monde et sur ses décisions que sur les autres, qui sont plus intègres qu’elle. La dualité du personnage de Djiane est donc très intéressante, et c’est dommage qu’elle ne dure pas suffisamment longtemps pour faire douter le lecteur sur son choix final.

« Qu’exigera-t-il de moi ? Mon sang ? Ma vie ? Et quand bien même ? il m’a promis de me rendre Riwan. Je veux de nouveau sentir ses lèvres contre les miennes, entendre sa voix, ses poèmes murmurés au creux de mon oreille et son rire lumineux, je veux entremêler nos corps, m’enivrer de lui, l’aimer à en perdre le souffle, renaître de mes cendres et rester à ses côtés. Et si nous étions réunis que pour quelques minutes, quelques battements de cœur, je pourrais le tenir dans mes bras et lui dire combien je suis désolée de n’avoir su le protéger, combien j’ai honte d’avoir attendu aussi longtemps pour venger sa mort et celle de Zina… »

(…)

Djiane jette un coup d’œil aux artistes éparpillés en petits groupes dans le camp. Combien de kenzi, parmi eux ? Combien de victimes sur le chemin du Pays des Morts ?

Et le sorcier réclame déjà d’autres proies.

Et le sorcier fait d’elle et de cette femme des complices.

Djiane serre les poings, hoche brièvement la tête et s’enfonce dans l’obscurité.

« Pour Riwan. Pour Riwan, je le ferai. »

Venons-en maintenant aux autres personnages principaux et à ceux secondaires. Je ne trouve pas que celui de Aya Sin est beaucoup changé, et je dois avouer que je n’ai toujours pas accroché avec elle, et le fait qu’elle ne soit pas très présente dans le récit, plutôt en second plan, alors qu’elle est censée être un personnage principal, n’aide pas non plus à l’accepter et à la voir comme tel. Son personnage ne m’a finalement pas emballée plus que cela, même si je reconnais qu’elle a un rôle important. Mais en fait, la critique que je fais sur son personnage, je peux tout aussi bien la faire à Malik, qui est tout de même le méchant de l’histoire, mais qui n’est finalement qu’un personnage secondaire, voire très en second plan. En fait, on ne le voit quasiment pas, il est là sans être là, on parle de lui, mais il ne fait pas peur, je n’ai même pas senti son ombre planer sur les héroïnes, comme s’il avait déjà été vaincu. Je trouve qu’il reste assez anecdotique dans le récit, et que sa propre histoire, qui aurait pu être intéressante, reste très surfaite. C’était mieux élaboré dans le premier tome, mais ici, il est complètement noyé sous l’ombre de Kerfou, qui est une menace encore moins pesante que lui. Je pense qu’un méchant d’une telle envergure devrait être plus menaçant, et là, il m’a laissée totalement de marbre.

En ce qui concerne nos deux autres héroïnes, Arkhane et Tiyyi, j’ai été très contente de les retrouver, car c’étaient les deux personnages que je préférais dans le premier tome, et c’est resté le cas dans celui-ci. Je regrette toutefois que le personnage d’Arkhane ait été mis en retrait par rapport à celui de Tiyyi et de Djiane. En effet, comme on savait déjà, grâce au premier tome, les sentiments et émotions d’Arkhane, son histoire et l’origine de ses pouvoirs, elle est moins mise en valeur qu’elle ne l’était dans le tome 1, comme si tout avait déjà été dit sur elle. J’ai vraiment trouvé cela dommage, parce que son histoire est pourtant très intéressante, comme l’origine de ses dons, et elle méritait d’avoir davantage de récit lui être consacré. Et on retrouve aussi, malheureusement, ce que j’avais déjà remarqué dans le premier tome, le fait qu’elle passe du statut d’androgyne à celui d’être une femme sans qu’elle ne le choisisse. Il y a un moment dans le récit où cela aurait mérité d’être développé, de revenir sur ce point, mais cela n’est finalement pas fait et c’est un peu bâclé, ce qui fait que je trouve que le personnage d’Arkhane est moins abouti dans ce deuxième tome. Au contraire, celui de Tiyyi, qui avait une place secondaire dans le premier opus, prend davantage de place, et c’est assez intéressant car on comprend enfin ce qu’elle fait dans ce récit, et la place importante qu’elle a dans le roman et la prophétie. J’ai beaucoup aimé le lien qu’elle met en place non seulement avec Arkhane, mais aussi avec Enno, le lycaon qu’elle avait sauvé dans le tome précédent. Ce dernier lien m’a d’ailleurs beaucoup émue, parce qu’on sent tout l’amour, mais aussi la détresse qui motivent Tiyyi. J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont elle est développée, avec ses doutes, ses espoirs, ses peurs, et la manière dont elle surmonte tout cela. L’histoire de ses dons est assez originale, et c’est ce qui fait que je me suis beaucoup attachée à elle.

– Aden est mort par ma faute, poursuit Tiyyi, dont le visage est un masque de tristesse et de culpabilité. Il a pris la flèche qui m’était destinée. Rt comme par hasard, je suis maintenant capable de me métamorphoser en lycaon ! Sayyid… Sayyid a été dévoré sous mes yeux par ces ghûls… J’hérite de son arme et de ses compétences ? Djiane, je ne suis pas idiote ; j’ai perçu ton étonnement, ton admiration, même. je ne l’ai pas fait exprès. C’est dans ma nature. Quant à mes sens, mon intuition exacerbés… j’ignore d’où viennent ceux-ci. Peut-être du vieux griffon que Kele et Torou ont tenté de sauver. Kele… Tu sais ce qu’il m’a demandé ? Oh, Arkhane… je suis un monstre. Je ne vaux pas mieux que Malik. Je…

Elle s’interrompt, se mord les lèvres, au bord des larmes.

– L’âme de Sayyid a rejoint ce royaume. J’ai invoqué pour lui un enfant de la déesse, tu ne t’en souviens pas ? Quant à Aden, de tous ceux qui sont morts durant l’assaut des Ahsmen, il est le seul dont l’essence à pu être sauvée. Malik a anéanti les autres. Tu n’es pas une voleuse, Tiyyi.

– Alors, je suis quoi ? crie-t-elle d’une voix sourde, remplie d’un tel chagrin que Djiane en a les larmes aux yeux.

– Je n’en sais rien. Peut-être allons-nous le découvrir ici.

Enno a senti le désespoir de la kanzi. Abandonnant son repas, il s’est redressé dans un jappement bref.

Parlons enfin de l’univers. J’en avais dit beaucoup de choses dans la chronique précédente, mais je dois revenir sur certains points qui sont davantage exploités ici, pas toujours d’une manière claire ou efficace par ailleurs. Comme vous l’avez compris avec le résumé et le titre, cette fois on parle de deux autres dieux de l’univers, qui sont donc Azara et Kerfou. Mais en fait, comme je l’ai mis plus haut, ces deux personnages sont peu exploités, voire survolés, alors même que Kerfou est censé être le grand méchant de l’histoire. On nous parle alors des dieux, mais ces derniers sont à peine esquissés, et c’est notamment vrai pour ces deux-là, ce qui amène une certaine frustration. Je trouve qu’Azr’Khila est davantage exploitée dans le premier tome, et dans celui-là aussi, ce qui est bien plus intéressant et rend son personnage, et le poids qu’elle met sur les épaules d’Arkhane, bien plus tangible et concret que les deux autres. Néanmoins, je regrette que le royaume d’Azr’Khalia ne soit pas plus décrit, ou exploité dans le roman, surtout lorsque les filles sont obligées d’y aller, ou même qu’on n’en sache pas plus sur ceux qui gardent ce royaume. J’ai eu le sentiment que tout était survolé, et cela m’a dérangée. Je sais qu’il existe des nouvelles sur cet univers, mais les intégrer aux romans auraient pu être bénéfique. C’est la même chose en ce qui concerne le royaume du sud et le rôle de l’Asag, qui reste pour moins un simple nuage dangereux, alors que cela aurait pu être davantage exploité, afin de rendre son existence terrifiante. J’ai eu le sentiment que l’univers n’allait pas au bout de ce qui était voulu, et je garde par rapport à lui une vraie frustration.

Des ruines au milieu du désert.

Une spirale de basalte prisonnière d’une colline de sable et de pourpre.

Qayya. Antique cité, transformée en gigantesque tombeau par le souffle d’Azr’Khila.

Qayya. Jadis puissante et dangereuse. Une légende, désormais, dans la mémoire des hommes. Et, au-delà, le labyrinthe de Yaaza, où la vieille nomade a prié la déesse pour obtenir justice et venger son clan. Aya Sin survole les décombres, légère comme un fantôme, en quête d’un signe dont elle ignore la nature.

Aya Sin frissonne, en proie à un étrange malaise.

Comme si un danger était enfoui sous l’amas de pierres.

Pourtant, Qayya est déserte. Ceux qui reposent sous l’amoncellement de pierres et de scories ont depuis longtemps rejoint le Pays des Morts.

A mesure qu’elle avance vers le somment de l’éminence, Aya Sin se rend compte qu’il n’y a plus aucune forme de vie. Il n’y a rien, en bas. Et ni les roches ni le sol n’ont plus de consistance qu’un mirage. Ils ont été drainés. Entièrement.

En ce qui concerne l’écriture de ce nouvel épisode, je l’ai trouvé beaucoup plus fluide que le premier, sans doute parce que je connaissais déjà l’univers et parce que je savais à quoi m’attendre. Ainsi, j’ai été beaucoup moins déstabilisée que lorsque j’ai lu le premier tome. J’avais déjà en tête les caractéristiques des personnages, ainsi que les codes qui marquaient le monde dans lequel nous sommes projetés. Cela m’a alors permis de mieux appréhender ce dernier, et de trouver ma lecture plus agréable, moins laborieuse, de davantage l’apprécier, et cela m’a fait du bien, car j’appréhendais un peu de lire ce roman après ma déconvenue du premier tome. Néanmoins, cela ne m’a pas empêché de retrouver les défauts que j’avais déjà soulignés au premier tome. Comme je l’ai dit plus haut, certains personnages sont mis de côté, moins développés que d’autres, c’est notamment le cas d’Arkhane, dont on passe sous silence certaines de ses actions ou ressentis pour se concentrer sur ceux de Djiane ou Tiyyi. Cela m’a dérangée car son histoire semble moins développée, et cela est encore plus flagrant à la fin, car cette dernière ne semble pas aboutie, plusieurs mois sont passés sous silence, ne sont pas racontés, alors qu’ils sont essentiels. J’ai été dérangée et déçue par la fin, qu’on attend pourtant tout le long du livre. De la même manière, je suis totalement passée à côté des descriptions, qui sont trop rapides et qui ne sont pas accessibles au lecteur lambda, car remplis de jargon qui ne sont pas dans le glossaire. En ce qui concerne Arkhane, je trouve toujours que son traitement est problématique, et qu’on aurait pu le résoudre d’une autre manière. Et on a du mal à voir l’intérêt des pages de journal, d’un personnage différent du tome 1, qui sont insérés dans le roman. Là-dessus, j’ai aussi été déçue, car on s’attend à autre chose lorsqu’on comprend leur importance. Heureusement, il y a davantage de tension et de suspens que dans le premier tome, il est plus rapide, et sans doute trop par rapport à tout ce qu’il y a à raconter.

En résumé, j’ai davantage pris plaisir à lire ce tome 2, je suis contente de l’évolution de Djiane et d’avoir pu suivre davantage Tiyyi, d’avoir aussi vu ce personnage évolué, et il est clair que c’est elle que j’ai préféré dans le récit, mais je suis déçue du traitement fait à Arkhane, et du fait qu’elle soit mise de côté dans ce tome. Je trouve que le traitement des trois héroïnes est vraiment inégal, et c’est assez dommage. Le personnage d’Aya Sin en fait aussi les frais, comme celui de Malik. Il y a davantage de suspens et de tension, mais je pense que cela aurait pu encore être accentué, parce qu’on ne sent pas véritablement que le monde repose sur nos trois héroïnes. L’univers est plus compréhensible, mais beaucoup de choses nous échappe encore. C’est une bonne lecture, mais je trouve qu’elle manque d’aboutissement, un tome 3 n’aurait pas été dérangeant, surtout vue comment la fin est traitée, voire bâclée. Je reste sur ma faim avec cette duologie, qui avait un univers prometteur, mais qui ne l’exploite pas jusqu’au bout.

Et vous ?

Continuez-vous à lire des séries lorsque le tome 1 ne vous a pas convaincu ?

Pensez-vous que les tomes suivants peuvent rattraper les défauts des premiers tomes ?

Quels sont les défauts qui peuvent vous déranger dans un premier tome ?

Et dans un second ?

Bon dimanche à tous 😀

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