chroniques littéraires

9, tome 2 : Le crépuscule des fauves

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous gardez le moral en cette première semaine de confinement national. Pour ma part, la seule différence avec ce qu’on avait avant, donc juste le couvre-feu, c’est que les lycées sont fermés et que je suis obligée de faire cours en visio. Mais j’avoue que sinon, cela ne change pas grand chose à ma vie. Sauf que je ne vois plus mes élèves et que la salle des profs est bien vide parce que la plupart restent à faire cours chez eux. En tout cas, par rapport à l’année dernière, je suis heureuse de pouvoir quand même faire cours depuis le lycée, et non pas de chez moi. C’est un vrai confort.

Mais aujourd’hui, je reviens vers vous, sur le blog, afin de vous parler de quelque chose de grave et de sérieux. En effet, je vais enfin, après des semaines de retard, vous livrer mon avis sur le dernier roman de Marc Lévy, qui concerne donc sa série 9. Je vous rappelle que la chronique du tome 1 se trouve ici. Et contrairement à ce que je pensais, ce n’est pas une duologie, car un troisième tome est prévu. Le tome 2 s’intitule Le Crépuscule des Fauves et est sorti en mars 2021 aux éditions Robert Laffont. Je précise qu’il est nécessaire da’avoir lu le tome 1 pour comprendre le tome 2. Voici son résumé :

Maya a disparu.

Une course contre la montre s’engage sur le terrain pour les hackeurs du Groupe 9 qui cherchent à déjouer la conspiration des fauves.

Les fauves, une poignée de puissants qui s’attaquent à nos libertés.

Leur plan : créer le chaos, s’approprier toutes les richesses et régner sans limites.

Mais qui est 9 ?

Dans ce nouveau tome, nous retrouvons les personnages du premier, à savoir Ekaterina et Mateo, Cordelia et son frère Diego, Janice et Maya. Mais c’est aussi l’occasion pour le groupe de hacker de se retrouver, pour la première fois, tous réunis à Kiev, afin de rencontrer l’un des autres membres du groupe, le fameux Vitalik, qui leur réserve quelques surprises. Or, contrairement à ce qui était prévu, Maya n’est pas là. Pourchassée en Turquie, la jeune femme va avoir besoin d’aide pour rentrer. Et si sa mission permettait justement au groupe de sauver le monde ? Car nos hackers comptent bien faire tomber les fauves, ceux qui sont derrière les dirigeants, les banques, les groupes d’extrême-droite et les terroristes, et pour cela, ils ont besoin de la petite fille que cherche Maya. La bataille est lancée, tout est mis en branle, les fauves vont enfin être piratés comme il se doit, et le groupe des neuf va commencer sa plus longue et dangereuses bataille.

Tout d’abord, j’aimerais commencer cette chronique par vous parler du personnage de Maya. En effet, je l’avais mise de côté dans ma chronique du premier tome, tout simplement parce que je trouvais qu’on ne la voyais pas assez et que je ne pouvais pas en dire grand chose, contrairement aux autres personnages. Cette fois-ci, c’est un peu différent, car toute une partie de l’histoire tourne autour d’elle et de la manière dont elle doit survivre. Alors, j’avoue, je l’ai trouvé un peu idiote. Maya n’est pas un personnage qui m’a séduit, tout simplement parce que j’ai trouvé qu’elle faisait de mauvais choix par moment, alors que c’était logique que les choses n’allaient pas aller dans son sens. Maya, comme on le sait depuis le tome 1, a été envoyée en Turquie à la recherche d’une petite fille syrienne, qui doit vivre dans un camp de réfugiés. Or, dès le début de son arrivée dans le pays, elle se retrouve poursuivie par les services secrets. Et elle se met à fuir, mais par forcément de la bonne manière, ni en prenant les bonnes sécurités. En fait, j’ai trouvé certains de ses choix incohérents, si bien qu’elle finit par se mettre en danger assez sérieusement, et d’autres personnes avec elle. De ce fait, je l’ai trouvé un peu égoïste, car elle ne réfléchit pas assez, et elle est remplie de préjugés envers ceux qui la sauvent. Cela est un peu dommage car cela m’a dérangé dans son personnage, tout comme le fait qu’elle soit rancunière et qu’elle ne comprenne pas vraiment comment fonctionne la Turquie. Mais la qualité que je dois lui reconnaître, c’est qu’elle est tenace. Elle n’abandonne pas sa mission, et elle va jusqu’au bout, peu importe ce que cela va lui apporter comme dangers. Ce qui est aussi intéressant avec son aventure, c’est qu’on découvre la Turquie, mais surtout qu’on voit son regard évoluer sur certains points, comme les réfugiés, et la proximité avec la Syrie, et les problèmes que cela posent à tous les autres pays. C’est vraiment ce que j’ai aimé dans son aventure, le fait de se rendre compte à quel point les Syriens sont mis de côté et traités comme des animaux, par tous les régimes où ils sont obligés de passer. Et cela fait froid dans le dos.

Le cœur tambourinant, enrageant de ne pas s’être rappelé plus tôt l’existence de ce mur frontalier, Maya devait désormais prendre une décision et s’y tenir. repartir vers Istanbul pour y retrouver le contact de Vitalik, quitte à attendre jusqu’au lendemain dans cette voiture, était probablement ce qu’il y avait de plus sage… Sinon, tenter de passer en Grèce, mais pour cela, il fallait franchir la Maritza. Un grand pont l’enjambait en amont d’Edirne, un autre, plus petit, apparaissait sur la carte au sud de la ville. Une route menait au poste de contrôle de Pazarkule. C’est là qu’elle tenterait sa chance, et, si elle le découvrait trop bien gardé, elle ferait demi-tour. Maintenant qu’elle avait un plan, elle retrouva un peu de calme.

Parlons maintenant des autres personnages qu’on n’avait pas rencontrés dans le tome 1. Je veux en effet parler du personnage de Vitalik, ou plutôt de Vital et de Malik, les deux frères jumeaux. J’ai beaucoup aimé le duo qu’ils forment tous les deux, un duo si efficace que personne n’avait deviné qu’ils étaient en fait deux, et non pas une seule personne. J’ai trouvé cela assez original, car cela permet de jouer sur les deux personnages, et de dévoiler une surprise non seulement au lecteur, mais aussi aux autres héros. La complicité qu’ils ont tous les deux est vraiment touchante. D’ailleurs, c’est aussi le cas de leur histoire, que j’ai aimé découvrir ici. On sent alors que les deux frères sont des battants, et qu’ils n’ont pas vécu des choses très plaisantes, et que le code a été ce qui les a sauvé. On comprend d’ailleurs mieux pourquoi ils se battent avec cet acharnement envers les puissants, les fauves, les manipulateurs, ce qui rend plausible l’idée selon laquelle ils sont les chefs de l’organisation, même si cela est loin d’être vrai. Ce que j’ai aussi aimé, avec eux, c’est qu’ils n’ont pas les mêmes scrupules que nos héros, qui ont le sentiment de se battent pour la justice. Certes, ce sentiment est aussi très fort chez Vital et Malik, il ne faut pas croire l’inverse, seulement ils sont plus pragmatiques, et ils savent aussi que pour survivre, il faut parfois frôler avec les limites de la loi et de la morale. De ce fait, ils vont parfois plus loin que ce que font les autres protagonistes de l’histoire, en n’hésitant pas à voler, ou à manipuler leurs compagnons. C’est ce qu’ils font d’ailleurs avec leur pseudo. J’ai donc trouvé leur conscience flottante intéressante, et l’on comprend rapidement pourquoi Cordélia est attirée par eux, elle qui se retrouve justement en eux. Ce que j’ai aussi nettement apprécié avec les jumeaux, c’est le fait qu’on découvre l’Ukraine, et cela nous permet aussi de voir els vestiges de l’ancienne URSS, et surtout les problèmes laissés dans le sillage de la Guerre Froide. Et la grande histoire se retrouve alors dans celle des jumeaux, et dans la tragédie qu’ils ont vécu. Et cela permet de comprendre aussi l’importance politique de tout le roman. On avait la partie entreprise avec Diego et Cordelia, on a ici l’aspect politique avec Vital, Malik et Maya.

– Il est un fait, enchaîna Vital, que mon frère et moi avons hacké d’autres banques dans le passé et garni quelques comptes ici et là. Il faut dire que l’entretien de ce manoir coûte une fortune. Est-ce qu’1 million de dollars suffirait à faire de toi une cliente respectée ?

– Vous avez détourné 1 million de dollars ? demanda Janice avec une candeur touchante.

– Vu les équipements du donjon, ta question devrait être : « Combien de fois avez-vous détourné 1 million de dollars ? » suggéra Cordelia.

– Si cela peut te rassurer, l’argent que nous avons pris ne manque à personne, promit Malik.

Dans ma première chronique, j’avais longuement parlé de l’aspect technique de ce roman, avec les piratages faits par nos héros, et par l’importance que ces derniers revêtent. Et j’ai justement envie de reparler de cela, rapidement, car l’auteur nous démontrent ici justement comment un travail journalistique peut se faire à l’époque où tout est sur des serveurs, mais cachés. Pour trouver des preuves, il faut donc s’en tenir à la bonne vieille méthode, qui est d’interroger les principaux acteurs, mais aussi de trouver ce qui est dissimulés, et cela passe malheureusement par l’étude des données, voire de toutes les données, et donc par le piratage. Bien entendu, cela ne le légitime par et ne le rend pas non plus légal, mais ce qui est important ici, c’est de souligner à quel point les entreprises et les Etats jouent sur ce point de la loi, et sr le problème que peuvent poser les lanceurs d’alerte, tels que sont nos héros. Ils sont obligés de sortir du cadre de la loi pour être moraux, pour donner accès à des données sensibles qui peuvent être vitales. Et cela passe par tous les Etats, car le monde étant rapproché grâce à Internet, les données le sont aussi. Et c’est justement cela qui est assez effrayant, dans ce roman, et qui l’était déjà dans le premier tome. C’est le fait de savoir que notre libre arbitre disparaît avec nos donnés, que ces dernières sont manipulées par des forces énormes, par les appareils, les réseaux que nous utilisons, et que nous sommes manipulés en permanence. Il y a d’ailleurs un clin d’œil qui est fait à la pandémie que nous vivons actuellement, et nous voyons bien à quel point la perte de repères posées par de grandes entreprises ou des Etats peut leur faire gagner beaucoup. Et nous retrouvons alors là l’aspect politique qui m’avait aussi profondément marqué dans le premier tome. En effet, certaines personnes politiques s’amusent de cette manipulation, et elle est même vitale pour eux. Ils jouent là-dessus pour se faire élire, pour se maintenir au pouvoir. Et l’on voit là comment se mettent en place des Etats totalitaires 2.0, qui manipulent les masses avec de fausses informations, ou des informations tronquées. J’avoue que cela donne surtout envie de se planquer à la campagne et de se retirer de tous les réseaux sociaux, de se débarrasser de son téléphone portable et de son ordinateur pour ne plus être manipulés de cette manière. Réaction certes extrême, mais les alertes qui sont dans le roman donnent envie de se protéger, et de réagir de cette manière. Je pense que ce roman est important pour ce point, pour nous rappeler notre dépendance, mais aussi celles des Etats et des entreprises, à Internet, et la manipulation qui va dans les deux sens si on sait y faire.

– Comment les protéger ?

– En informant les plus vulnérables. Tous ceux qui ont la naïveté de penser que leurs libertés sont définitivement acquises et que la démocratie est inébranlable. Ceux-là mêmes qui vous diront que si l’on a rien à cacher, on n’a rien à craindre. Ce qui est aussi absurde que d’affirmer que son l’on a rien à dire, la liberté d’expression est superfétatoire. Le droit à la protection de la vie privée est la condition première pour garantir la survie d’un monde où nos libertés ne seraient pas régentées par les gouvernements. La technologie de FriendsNet donne à ceux ui l’emploient le pouvoir absolu de surveiller et d’orienter la société, comme les individus. Le mal trouve sa racine dans la réponse à une question qui peut paraître simple, mais ne l’est pas pour la majorité d’entre nous. Qu’est-ce qui pousse une gouvernance à opprimer sa population ? L’idéologie ? Les autocrates n’en ont aucune. Un amour démesuré pour leur patrie ? Non plus. Ils appauvrissent leur peuple, divisent la société. L’ordre et la loi ? Encore moins. Ils ont érigé la délinquance en système étatique, la corruption et la terreur sont les armes par lesquelles ils se maintiennent au pouvoir. En réalité, ces prédateurs redoutent tout simplement la diversité, ethnique, religieuse, sociale, culturelle et politique. Orwell disait :  » Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice ». C’était vrai en son temps, mais plus maintenant, alors que les informations circulent plus vite que nous et se confondent, alors qu’une réalité alternative fabriquée par ceux à qui elle profite a pris le pas sur les faits. Les fauves l’ont compris, ils ont acquis les données personnelles de centaines de millions d’individus. Et pour éliminer toute adversité, ils ont décidé de s’en prendre aux démocraties.

En ce qui concerne l’écriture du roman, elle est dans l’ensemble assez fluide, même si j’avoue avoir été perdue lorsque le groupe se sépare, avec chacun des missions différentes. J’avais un peu oublié qui était où, dans quel but, et ce qu’il devait faire, avec quelle finalité au bout. Cela m’a un peu dérangée car j’ai dû faire des allers-retours entre plusieurs passages du roman afin de me souvenir du pourquoi du comment, mais c’est certainement parce que j’étais fatiguée, ou pas assez attentive. Dans le même esprit, je regrette que la carte de Turquie arrive un peu tard dans le roman, parce que c’est un pays que je ne connais pas, et que j’étais un peu perdue entre les frontières du pays, et les endroits où allait Maya. Mais ce n’est qu’un détail. Dans l’ensemble, le roman se lit bien, et ce que je retiens surtout, c’est qu’on est happé par le récit. On a en effet beaucoup de mal à lâcher le roman, on veut absolument avoir la suite, et on est frustré par la fin. D’ailleurs, je ne m’attendais pas à celle-ci. Le roman se termine par une jolie surprise. Ce que j’ai aimé aussi, outre la tension qu’il y a dans l’histoire et qui fait qu’on n’arrive pas à lâcher le roman, c’est toute la réflexion qu’elle apporte, aussi bien sur les enjeux technologiques et politiques, que sur la manière dont on traite nos semblables. J’ai vraiment aimé le fait que la guerre en Syrie soit évoquée, et surtout de cette manière, avec la façon dont sont obligés de vivre ceux qui sont encore là-bas, mais aussi ceux qui ont fuis le pays. Cela permet de réfléchir à une guerre qui existe toujours, mais dont on ne parle plus. Les descriptions, l’ambiance, nous plonge vraiment là-bas. Et je suis toujours surprise par le travail qui a été fait par l’auteur pour nous plonger dans un tel univers, qui semble si crédible qu’on ne peut que craindre nos appareils et internet, tout en sachant qu’on ne peut plus s’en passer. Cela permet de voir, réfléchir à notre rapport avec ces outils, qui ne sont donc que des outils.

En résumé, je ne peux que vous conseiller de lire ce roman. C’est vraiment une belle découverte, qui doit être lue. Ce roman nous permet de réfléchir à notre monde, à ce que que nous voulons, mais aussi à notre rapport avec la technologie, aux politiques, au monde, et à nous-mêmes. L‘histoire est vraiment accrochante, et même si certains personnages ont plus de mal à me convaincre, je me suis tout de même attachée à eux. On est happé par le roman et l’on veut la suite. C’est vraiment une bonne saga, qui va plus loin que Millénium, qui est un peu construite sur le même modèle, et qui est, à mon sens ici, beaucoup moins accessible. Le roman de Marc Lévy se lit vraiment bien, même pour des novice en informatique. Il y a un vrai côté pédagogique qui est bien fait. C’est un coup de cœur pour moi.

Et vous ?

Aimez-vous les thrillers politiques ?

Les romans qui évoquent la situation de notre monde ?

Ou préférez-vous les romans qui permettent de vous évader, d’oublier la réalité ?

Aimez-vous ceux qui vous font réfléchir ?

Bon mercredi à tous 🙂

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