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Le Journal de Claire Cassidy

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous gardez le moral avec ces nouveaux jours de confinement passés. Pour ma part, je n’arrive plus à trouver goût à grand chose. Heureusement qu’il me reste la télévision, les jeux vidéo et la lecture pour l’évader, parce qu’en ce moment, ce n’est vraiment pas la joie. En fait, c’est depuis les annonces de lundi. Je n’arrive plus à retrouver l’état d’esprit que j’avais avant, tout simplement parce que j’ai peur. J’avoue, j’ai peur de retourner en classe. Et le fait de voir une véritable haine sur les réseaux sociaux envers les profs ne m’aide pas du tout. J’ai juste envie d’abandonner, de tout abandonner.

D’ailleurs, on va rester dans l’univers scolaire encore un peu, avec le roman qui m’a emmené en voyage en Angleterre ces derniers jours. Heureusement que je l’avais. Il s’agit du roman policier Le Journal de Claire Cassidy, écrit par Elly Griffiths, une autrice que je ne connaissais pas, et sorti en janvier 2020 aux éditions Hugo Thriller. Je les remercie, ainsi que le site NetGalley, pour m’avoir fait découvrir ce titre. Voici son résumé :

Dans le collège où elle enseigne, Claire Cassidy donne chaque année un cours sur un classique de la littérature gothique, L’Inconnu, dont l’auteur, R.M. Holland, a vécu et enseigné dans le même collège qu’elle. Fascinée par ce personnage qui hante encore les murs de l’établissement, Claire travaille à l’écriture de sa biographie. Mais un jour, Ella, sa collègue et amie, est retrouvée morte. À côté de son corps, une citation de L’Inconnu… La littérature et le réel entrent alors en collision, et Claire devient suspecte aux yeux de la police. Le mystère s’épaissit lorsqu’elle ouvre son journal intime et découvre une écriture qui n’est pas la sienne : « Bonjour, Claire. Tu ne me connais pas. » L’inconnu, lui, connaît Claire, jusqu’à ses moindres secrets, et il n’est visiblement pas étranger aux meurtres qui vont se succéder au sein même du collège, toujours inspirés du livre de R.M. Holland.

Claire arrivera-t-elle à changer la fin de l’histoire ?

Dans ce roman, nous suivons trois personnages. Il y a d’abord Claire, qui nous raconte sa passion pour R. M. Holland et les faces cachées d’Ella, puis Georgie, sa fille, qui nous parle du collège et des sorcières, et enfin Harbinder, la policière, qui nous narre son enquête et ses hypothèses. Le roman se découpe donc entre ses trois personnages, et nous suivons avec eux l’avancée de l’enquête sur l’assassinat d’Ella, l’une des amies proches de Claire, et une professeur adorée de Georgie. Mais ce meurtre semble cacher une autre histoire, celle qui tourne autour de R. M. Holland, l’auteur préféré de Claire, qui a vécu dans le collège où elle enseigne, et qui hante encore ses murs.

Je vais commencer par vous parler du personnage de Claire. C’est un personnage que j’ai dans l’ensemble apprécié, même si l’on se demande, pendant un certain temps, si la mort de Ella, et celles qui vont suivre, ne sont pas de son fait. Claire est une professeure consciencieuse, qui veut le bien de ses élèves, qui est passionnée par son travail, parfois même trop. Elle voue un véritable culte à R. M. Holland, l’écrivain qui vivait autrefois dans l’école où elle enseigne. Elle connait ses œuvres par cœur et essaye même d’écrire un livre sur lui. J’ai été impressionnée par la manière qu’elle a de ressortir certaines citations, et par son esprit d’analyse aussi. Toutefois, Claire est aussi un personnage avec des zones d’ombres, ce qui ne la rend que plus crédible. C’est quelqu’un de jaloux, qui ne supporte pas l’échec et le fait que les autres la surpassent. Elle est aussi très sophistiquée, voire superficielle par moment. On a l’impression que les autres ne comptent pas à ses yeux, et elle est légèrement manipulatrice, ce qui fait qu’on a l’impression qu’elle peut avoir tué Ella. Claire est le personnage typique de ceux qui veulent tout contrôler et qui se donnent des grands airs pour apitoyer les autres. Elle joue le rôle de l’héroïne tragique, et même le fait d’écrire son journal correspond à cela. Pourtant, on finit par s’attacher à elle, car elle ne se rend pas compte de l’image qu’elle renvoie, de celle de ces adolescentes qui ne veulent pas grandir et qui sont enfermées dans un rôle. Claire donne l’impression de ne pas avoir grandie et d’être restée au même niveau que ses élèves.

« Et si on y allait maintenant ? suggère Henry. Après le restaurant ? »

Je ne sais pas s’il plaisante ou pas. A l’idée de me rendre dans l’école déserte en compagnie d’Henry, je suis assaillie de sentiments contradictoires, je ne sais même plus ce que je ressens. Est-ce romantique ? Puis je me souviens… comme si j’avais pu oublier… un inconnu est venu écrire dans mon journal intime. Je devrais rentrer chez moi, fermer la porte à double tour et passer la nuit avec mon chien dans les bras.

(…) Il renonce si facilement que je change d’avis. Pourquoi pas ? Ce sera une aventure, c’est sûr. Et ce sera peut-être romantique, qui sait ? Je nous vois tout d’un coup en train de faire l’amour sur le récamier dans le bureau d’Holland. Je me surprends moi-m^me d’avoir eu ce fantasme X aussi rapidement et avec une telle clarté.

Je me suis plus facilement attachée à Georgie et Harbinder, tout simplement parce que la fille de Claire et la policière qui enquêtent sur le drame sont plus naturelles, plus légères, et sans faux semblants, contrairement à Claire. Je me suis facilement retrouvée dans le personnage de Georgie, si plein de vie, avide de réponses, qui se montre plus mature que sa mère par moment. J’avoue que j’ai eut du mal à ne la regarder que comme une adolescente de 3e, donc d’à peine quinze ans, car elle donne l’impression d’être plus vieille. C’est une adolescente comme les autres, qui est attirée par les garçons plus vieux qu’elle, qui sort avec un adulte de vingt-et-un an, qui aime la magie, le sang, les énigmes. Elle traverse comme elle peut l’âge de l’adolescence. Je pense donc que tout le monde peut se retrouver dans son personnage, car elle reflète une certaine période pas facile pour tout le monde, avec des parents séparés, une mère sur son dos, des amis étranges, etc. Et pourtant, elle parvient à être un personnage complexe, car aimait-elle vraiment Ella ? Harbinder est un peu plus complexe encore, avec elle aussi des zones d’ombres, qu’elle fait tout pour dissimuler. Plus vieille que George, elle connaît elle aussi parfaitement le collège et ses histoires fantastiques, qu’elle n’aimait pas vraiment. Mais contrairement à Claire ou à sa fille, Harbinder est quelqu’un d’intègre, qui ne connaissait pas Ella, et qui n’a rien à gagner avec sa mort. De ce fait, elle est plus honnête que les deux autres, sans ressentiment. J’ai aimé son histoire personnelle, et même si Harbinder fait froide au début, qu’elle ne semble pas être un personnage plaisant, on finit par s’habituer à elle, et à sa quête de la vérité. C’est une bonne enquêtrice, qui ne laisse rien au hasard. J’ai aussi beaucoup aimé son évolution au cours de l’enquête.

« Waouh ! s’exclama Tash. C’était… intense. »

Patrick éclata de rire.

« Je pense qu’elle est partie, maintenant… Ella, je veux dire.

– Je crois aussi », approuvai-je avant d’aller ouvrir la porte pour laisser entrer Herbert et allumer la lumière du plafonnier. Herbert… si chaud, si vivant.

Venetia en était encore toute tremblante.

« Qu’est-ce que c’était ? C’était son fantôme ?

– Ben bien sûr, répondit Patrick. T’as pas vu comment les bougies se sont éteintes ?

– Tout va bien, ma chérie » dit Tash en passant son bras autour des épaules de Venetia. J’éprouvai un pincement de jalousie, comme toujours quand ces deux-là sont un peu trop proches.

« Nous avons libéré son esprit, elle est en paix. Nous ne serons plus inquiets. »

Patrick me lança un regard.

« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait, Georgie ? »

Je pris la photo d’Ella, la pliai et la glissai dans ma poche.

« Allons allumer la télé et regarder quelque chose de réconfortant, comme Friends, je vais commander les pizzas. »

Je vais à présent vous parler de l’ambiance de ce roman. Pour moi, c’est un gros coup de cœur sur ce point en particulier. Ainsi, entre les différents moments de m’histoire, nous avons le droit de lire la nouvelle L’Inconnu, le fameux titre de R. M. Holand, dont nos héros n’arrêtent pas de parler. Rajouter à cela les meurtres qui font froid dans le dos et les histoires de fantômes et de sorcellerie qui s’ajoutent peu à peu, on a une vraie tension qui se met en place. De ce fait, on comprend rapidement que quelque chose de terrible va se passer, et que tout cela concerne Claire. Et l’autrice n’a de cesse de bous mener vers de mauvaises pistes pour brouiller la vérité, pour faire monter encore plus cette tension. J’ai bien aimé les raisons qui poussent le tueur à agir, à faire telles ou telles choses. Le fait que ce dernier écrire dans le journal de Claire ne fait que rajouter du mystère à l’histoire, d’autant plus qu’à la fin, je trouve que nous avons encore des questions en suspens. Le fait que l’histoire se passe au moment d’Halloween, en Angleterre, rajoute aussi de l’épaisseur à cette histoire, avec notamment la mention du Hell Fire Club. Tout est donc fait pour basculer dans l’horreur, dans le fantastique, et l’on regrette presque, à la fin, que ce ne soit finalement pas le cas, qu’on ne soit que face à une histoire terre à terre, même si les fantômes sont bien présents tout le long.

« C’est là que j’ai entendu cette respiration.

J’avais mes écouteurs et au début j’ai cru que ça venait du podcast que j’étais en train d’écouter. Mais je me suis arrêtée pour les enlever. La respiration continuait à se faire entendre, juste derrière moi, derrière la haie, le long du champ. Un son faible, animal, mais je savais que c’était autre chose. Je songeai à l’illustration de Patrick et à cette chose qui surgissait du fond de la mer. Je repensai à mademoiselle Hughes qui disait que k’esprit de monsieur Lewis était encore « trop rattaché à la terre ». J’accélérai le pas, mais le souffle me suivait à quelques pas derrière moi. Je voyais notre maison et la lumière à la fenêtre, ce qui signifiait que maman était rentrée, sa voiture était garée à l’extérieur. Je me mis à courir, mais le souffle se rapprochait encore comme si mon poursuivant s’était mis à courir.

J’en viens d’ailleurs au style d’écriture de cette histoire. Comme je viens de le dire, on s’attend presque à basculer dans le fantastique à tout moment. J’ai donc regretter, à la fin, que cela soit mis de côté, même si nous avons enfin le fin mot de la nouvelle de L’Inconnu, et la réponse au mystère de Mariana, la fille de R. M. Holland. Cependant je dois avouer que même si je suis déçue de la fin, l’écriture de l’autrice, et toute l’ambiance qu’elle met en place durant le roman a bien fonctionné sur moi, si bien que j’ai eut du mal à freiner ma lecture par moment, tant je voulais avoir la suite. En vérité, j’ai dévoré ce roman, et je me suis fait plaisir avec cette lecture. C’est l’une des meilleures que j’ai lu dernièrement, et même si ce n’est pas un coup de cœur à cause du bémol de la fin, je me suis vraiment prise au jeu, à essayer de découvrir qui avait tué Ella et qui en avait après Claire. J’ai échafaudé plusieurs théories, et je ne suis pas tombée sur le bon coupable. Cependant l’autrice aurait pu aller plus loin dans le côté horreur afin de développer encore plus la pression sur le coupable des meurtres. En tout cas, l’ambiance est très bien menée, et les descriptions, que ce soient celles des sentiments des personnages ou même celles des lieux, contribuent à faire monter la pression sur le lecteur, à lui donner envie d’avoir la suite. Le roman est bien écrit et se lit très bien. La plume de l’autrice est efficace. Le seul bémol, là encore, est sur la fin qui est beaucoup trop rapide, qui est faite en deux pages à peine, en comptant l’arrestation du coupable et l’expression de ses motivations. J’aurais aimé en savoir plus, et qu’on ait pas cette impression que cela soit bâclé. C’est ce qui terni un peu ma lecture, et fais que ce roman n’est pas un coup de cœur.

En résumé, c’est un livre auquel j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, et où j’ai beaucoup aimé suivre les personnages principaux. Je me suis prise au jeu de l’énigme et j’ai moi aussi cherché qui était le coupable du meurtre d’Ella, j’ai frissonné avec les personnages centraux, et j’ai vraiment adoré l’ambiance mise en place par l’autrice, qui correspond à une ambiance de roman d’horreur. La nouvelle de R. M. Holland est tout aussi sympathique à lire et correspond bien à l’univers, même si tout cela est fictif. C’est un bon roman, même si la fin est trop rapide. Je vous en conseille donc vivement la lecture. Et même si cela ne dépend pas de moi, j’aimerais bien une autre histoire avec Claire, Harbnder et Georgie.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans les romans policiers ?

Qu’est-ce qui fait un bon polar selon vous ?

Bon dimanche à tous 🙂

Et prenez soin de vous 😀

Une réflexion au sujet de « Le Journal de Claire Cassidy »

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