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Au soleil redouté

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous prenez soin de vous, et surtout que vous respectez bien les consignes liées au confinement. Personnellement, je reconnais que ce n’est vraiment pas simple, d’autant plus qu’il fait enfin beau et que j’ai hâte de pouvoir sortir et profiter du soleil. Mais j’essaye de me dire que cela sera le cas cet été, si l’on parvient à trouver un moyen de s’occuper de ce virus. Et je regrette de ne pas avoir de balcon. Mais je sais aussi qu’il y a bien pire que nous, il suffit de voir les conditions de travail des soignants, de ceux vivants dans la rue, des Anglais, des Américains, et de tous ceux qui n’ont plus d’argent pour s’acheter à manger. C’est assez horrible.

Alors, en cette période anxiogène, je dois bien avouer que j’ai du mal à me concentrer, et notamment à lire. J’ai l’impression de ne pas réussir à lire correctement mes lectures, à ne pas entrer dans l’univers des auteurs. Toutefois, cela n’est qu’une impression, et j’ai envie de vous parler de ma dernière lecture, qui est un roman policier. Alors, je l’ai commencé bien avant le confinement, et j’avoue que j’avais hâte de le terminer. Voici donc mon avis sur le dernier roman de Michel Bussi, qui s’intitule Au Soleil Redouté et qui a été publié chez les Editions Presse de la Cité. il est sorti en février 2020 et je remercie les éditions Presse de la Cité ainsi que le site NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman. Je précise que c’est le premier roman de Michel Bussi que je lis. Voici son résumé :

Au cœur des Marquises, l’archipel le plus isolé du monde, où planent les âmes de Brel et de Gauguin, cinq lectrices participent à un atelier d’écriture animé par un célèbre auteur de best-sellers.

Le rêve de leur vie serait-il, pour chacune d’elles, à portée de main ?

Au plus profond de la forêt tropicale,

d’étranges statues veillent, l’ombre d’un tatoueur rôde.

Et plein soleil dans les eaux bleues du Pacifique,

une disparition transforme le séjour en jeu… meurtrier ?

Enfer ou paradis ? Hiva Oa devient le théâtre de tous les soupçons, de toutes les manipulations, où chacun peut mentir… et mourir.

Yann, flic déboussolé, et Maïma, ado futée, trouveront-ils lequel des hôtes de la pension Au soleil redouté… est venu pour tuer ?

Dans ce roman, nos sommes catapultés aux Marquises, sur l’île d’Hiva Oa, où sont enterrés Jacques Brel et Paul Gauguin. Une île censée apaiser les consciences et permettre la création. C’est pourquoi PYF, grand auteur de best-seller parisien, a décidé de réunir cinq lectrices là-bas dans le but d’organiser un atelier d’écriture. Mais dès le début, rien ne se passe comme prévu. Cinq tiki sont déposés sur l’île d’un coup, cinq tikis représentant chacun une lectrice. Mais laquelle a le tiki de la mort ? Alors que PYF décide d’organiser un jeu basé sur une murder party, censé découplé l’imagination de nos futures écrivaines, la situation dégénère et les premiers morts commencent à tomber. Qui est derrière tout cela et que veut le meurtrier ? Est-il parmi les lectrices ou est-ce un monstre resurgi du passé ?

Pour une fois, je ne vais pas commencer cette chronique en vous parlant d’un personnage ou d’une situation que j’ai bien aimé, mais je vais aller directement sur le style de l’auteur. Nous sommes ici dans un huit clos, et les chapitres sont tous coupés de manière différent. Ainsi, nous avons à la fois les comptes rendus des lectrices, qui rédigent chacune leur journal de bord, qui sont donc écrits à la première personne, mais nous avons aussi les passages d’enquête avec Yann et Maïma, qui eux sont à la fois à la première et la troisième personnes, selon les révélations. Tout cela fait qu’on perd, au bout d’un moment, le personnage qui parle. Et c’est là tout le génie de ce roman. Sans vouloir vous en dire trop, l’auteur joue ici parfaitement son rôle d’auteur et de mise en abîme, parce qu’il sème des pistes, les retire, et perd le lecteurs en cours de route. On échafaude des théories, mais en vérité, tout est brouillé dès le début. Moi qui aime beaucoup prendre part à l’enquête et trouver le coupable avant le personnage, j’avoue que j’ai été manipulée et prise de court face aux révélations finales, même si j’avais quelques bonnes théories sur d’autres choses. Je dois avouer que cela est frustrant. Mais en même temps, c’est parfaitement génial, et je dois avouer que j’ai pris beaucoup de plaisir à être manipulée de cette manière, et de m’apercevoir que je m’étais complètement plantée. Je suppose que d’autres lecteurs et lectrices eux ne sont pas fais avoir, mais cela n’a pas été mon cas. Et j’ai vraiment trouvé cela génial de faire cela, au sens de génie. C’est bien mené et l’auteur nous prend vraiment dans ses filets. C’est un bon polar en huit clos.

Venons-en à présent au personnage que j’ai adoré. J’ai eu un vrai coup de cœur pour la petite Maïma, qui est donc une adolescente qui se retrouve parachutée sur cette île sans l’avoir vraiment demandé. Originaire des Marquises, elle vit à présent sur une autre île du Pacifique, avec sa mère adoptive. C’est d’ailleurs cette dernière qu’elle accompagne dans cette cet atelier d’écriture, cette retraite un peu particulière. Maïma est une vraie sauvage, qui préfère courir pieds nus, éviter de prendre les portes et passer par les fenêtres, mais c’est surtout une enfant courageuse. L’histoire commence avec elle et l’on comprend tout de suite que Maïma ne compte pas laisser le tueur tuer impunément. Maïma est assoiffée de justice, et de vérité. Elle veut mettre un terme à cette histoire, quitte à se mettre en danger, quitte à en mourir. Elle n’a pas vraiment d’instinct de survie, et elle est capable de foncer tête baissée sur les obstacles, mais cela est dû à son jeune âge, et c’est aussi ce qui la rend si attachante. Elle a la naïveté de la jeunesse. Et pourtant, plus l’histoire avance, et plus l’on se rend compte qu’elle n’est pas si naïve, la petite Maïma. Au contraire, elle a déjà vécu beaucoup de choses difficiles, ce qui la rend bien plus mature que certains. Elle est ainsi capable de voir certaines choses qui échappent aux autres et elle est très maligne. J’ai été impressionnée par sa capacité de réflexion. J’ai aussi eu plusieurs fois peur pour elle, que ce soit lorsqu’elle se met en danger, ou face à certaines révélations. Je me suis retrouvée dans son personnage et j’aimerais être aussi libre qu’elle. Maïma se moque des autres et de ce qu’il pense, et elle est intelligente. C’est un personnage vraiment attachant, qui est capable de nous toucher avec son histoire personnelle.

Le pick-up Toyota Tacoma disparaît au bout de l’allée de gravier, emportait Clem, maman et les autres, ne me laissant qu’un éphémère nuage de poussière, puis le sentiment immédiat d’être seule au monde.

C’est ce que je ressens. Le fiu, dit-on ici. La mélancolie s’installe chez chaque Polynésien quand il a cessé de luter, d’espérer partir, au moins voyager, et qu’il a compris qu’il terminerait sa vie ici, à des milliers de kilomètres de tout autres continents.

C’est ce qu’a accepté Tanaé. C’est ce qu’accepteront Moana et Poe.

Pas moi !

Nous avons ensuite tous les autres personnages, qui apportent chacun quelques choses au récit. Il y a Clem, qui rêve d’être écrivain ; Fayène, qui enquête sur un vieux crime commis à Paris alors qu’elle était simple policière ; Yann son mari, amoureux transi mais qui en pince pour Éloïse ; la fameuse Éloïse, si discrète, si secrète que cela en devient coupable, Marie-Ambre la mère adoptive de Maïma, si délurée et alcoolique ; et Martine, la dernière lectrice, blogueuse belge, gan de chat et de Brel. Mais les personnages ne s’arrêtent pas là. Qui est le mystérieux Charlie traînant à la pension ? Et quel secret cache Tanaé, leur hôte ? Est-ce que le tueur que traque Fayène se trouve sur l’île ? Toutes les pistes sont possibles et tout le monde semble coupable à un moment ou à un autre de l’histoire. J’ai cependant bien accrochée avec deux personnages, qui sont donc Clem et Yann. Je les ai trouvé sympathiques, et j’ai bien aimé le lien qu’ils nouent tous les deux avec Maïma. La jeune fille est en effet en quête de repère, et tous les deux apportent quelque chose à cette enfant perdue, un lien à la fois maternel et paternel. Maïma s’attache d’ailleurs beaucoup à deux deux, elle voit en Clem une mère possible, et Yann représente la figure du héros. C’est lui qui prend l’enquête en main dès la disparition de PYF, celle qui lance toute l’histoire. Et ce qui est intéressant, c’est que même si c’est Yann qui mène l’enquête, il a des secrets lui aussi, ce qui le rend tout autant suspect que les autres. On en revient à ce que je disais plus haut, tout est fait pour embrouiller le lecteur et brouiller les pistes. Tout le monde devient suspect et semble coupable. Selon les affinités de chacun, on s’attachera alors plus ou moins à certaines lectrices, et on échafaudera certaines théories plutôt que d’autres. J’avoue que la timidité d’Éloïse et les remarques de Maïma à son sujet m’ont fait la trouver suspecte, et que le personnage de Marie-Ambre semble tout sauf sympathique. Mais est-ce la vérité ?

– Allez, viens.

La voix grave me fait sursauter.

Yann !

– Allez, viens, répète mon capitaine, j’ai besoin de toi.

Je ne suis pas une femme-flic facile, je fais mine d’hésiter.

– Je vais t’apprendre un truc, mon adjointe : relever des empreintes !

Je suis déjà debout, d’un geste si vif et joyeux que j’en fais trembler la table, à en manquer de peu de renverser toutes les boîtes de graine et de coquillages patiemment triés.

***

Yann a installé dans le bungalow Ua Pou […] tout son nécessaire de détective bricoleur. Il a vidé un bon de toner des cartouches d’encre de l’imprimante de Tanaé, emprunté des pinceaux à Eloïse, rapporté des feuilles blanches, un rouleau de scotch, et des gants de cuisine en plastique.

– En attendant la police scientifique, explique mon capitaine, on va se débrouiller avce les moyens du bord.

Le huit clos est quelque chose de récurrent dans les romans policiers, je dirais même que c’est quelque chose qui revient souvent, et pourtant, ici, on ne s’ennuie pas, on est presque dans un renouvellement du genre. En effet, nous sommes sur une petite île, et personne de nouveau n’arrive, tout le monde est déjà là dès les premières lignes du récit. Donc le tueur est forcément parmi les personnages que l’on croise. Cependant, là où le huit clos est bien fait, c’est que non seulement la tension monte peu à peu, mais on découvre que l’île n’est pas aussi sympathique que l’on voudrait nous le faire croire. En lisant le résumé, on a l’impression que nous sommes dans un huit clos au paradis, en plein milieu du pacifique, dans un endroit entouré de plage noire et d’eau parfaitement bleue. Le soleil brille en permanence, la musique de Jacques Brel résonne en permanence. Mais tout cela n’est qu’une illusion. Ainsi, l’île est bien plus redoutable qu’on ne le pensait, et bien plus dangereuse aussi. On découvre peu à peu son histoire et l’on se demande si l’île elle-même n’est pas responsable de ce qui arrive aux cinq lectrices et à l’écrivain. L’île possède quelque chose de noir qui se répand peu à peu chez nos personnages. On a presque un petit côté horrifique plaisant, et cela est dû à l’atmosphère mise en place par l’auteur. La mise en scène est parfaite avec les tikis qui apparaissent comme par magie, les histoires de manas, de cannibalisme et de sacrifices. On plonge véritablement dans un autre monde. C’est bien fait, et l’île devient presque à part entière. Personnellement, j’ai beaucoup aimé l’atmosphère mise en place, ainsi que toutes les informations que l’on apprend sur elle, que ce soit la vie de Gaugin, de Brel, ou la manière dont elle a été colonisée par les français. On en a des sueurs froides. C’est assez horrible d’ailleurs d’apprendre tout cela, et l’on s’aperçoit que l’on connaît vraiment mal ce qui est arrive dans ces régions, qu’on n’en parle pas dans nos cours d’histoire.

– Pourquoi, vous reprochez quoi à la France ?

Je regrette aussitôt ma question, je sens qu’elle va me dérouler, comme Manuarri le bellâtre de Tat’tout, le récit de l’ethnocide séculaire de la culture marquisienne par l’acharnement conjugué des institutions républicaines et chrétiennes. Tanaé ne me répond pourtant que par un seul mot.

– Mururoa.

Ça jette un froid !

Que je tente maladroitement de dégeler.

– L’argent des essais nucléaires ? Les millions versés par la France ont été confisqué par Tahiti, c’est ça ?

Tanaé tète une nouvelle gorgée de son vin sucré. Ses mots tombent doucement sur nous, telles des gouttes de pluie. Comme une fatalité mouillée.

– Ce n’est pas une question d’argent. Toutes les vallées ont vu des hommes, et même des familles entières, quitter les Marquises pour travailler à Mururoa. Près de deux cents essais nucléaires pendant trente ans. […] Les taux de radioactivité pour les travailleurs et les habitants étaient dingues, on le sait maintenant. Le nombre de cancers anormaux s’est chiffré en milliers. Mais comme tout était classé secret défense par l’armée, et que ça l’est encore aujourd’hui, on ne dit rien et on oublié. C’est ainsi… Quelques années de vie en moins pour quelques Marquisiens, au fond, ce n’est pas grand-chose rapporté au nombre de morts depuis cent cinquante ans, aux dizaines de danses et de hakas oubliés, aux centaines de motifs de tatouages disparus à jamais, au milliers de pétroglyphes, de pierres plates et de tikis abandonnés… Une civilisation sacrifiée, les beaux esprits français étaient trop loin pour s’en inquiéter. On a failli mourir, mais on renaît petit à petit, à notre manière, en luttant de toutes nos forces contre les grands hôtels, les grandes croisières. C’est l’avantage d’avoir tout perdu, il n’y a plus rien à piller. Et ce qu’il reste on le cache. Pour le troiver, il fat avoir la politesse de nous le demander.

Pour l’écriture de ce roman, j’en ai déjà beaucoup parlé en haut, mais sachez que c’est un roman qui se lit bien, et qu’on est vraiment happé par l’atmosphère et par l’enquête. On a envie de savoir qui est le responsable des crimes qui s’enchaînent, et c’est agréable d’être perdu dans nos théories. Les descriptions sont bien faites et on a l’impression d’être sur l’île. L’atmosphère est pesante, lourde de tensions, et comme je l’ai déjà dit, il y a un côté horrifique agréable. On prend vraiment plaisir à lire ce roman.

En résumé, c’est un livre que je vous conseille de lire. C’est un polar bien mené, très bien écrit, une vraie toile d’araignée à démêler. Le roman se lit bien et c’est une lecture dépaysante. Et lorsqu’on le termine, que toues les pièces du puzzle se mette à rentrer les unes dans les autres, on n’a qu’une envie, celle de le relire avec la bonne compréhension des événements.

Et vous ?

Parvenez-vous à lire avec le confinement ?

Qu’avez-vous envie de lire pendant cette période tendue ?

Aimez-vous les polars en huit-clos ?

Bon jeudi et bon courage à vous 😀

3 réflexions au sujet de « Au soleil redouté »

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