chroniques littéraires

Les gens heureux lisent et boivent du café

Pour cette nouvelle chronique après le drame d’il y a quinze jours, drame auquel j’ai encore du mal à croire parce que je ne pensais sérieusement pas que notre pays pouvait être attaqué de cette manière, j’ai décidé de vous parler d’un livre qui est reste dans ce ton tragique. Il s’agit de Les gens heureux lisent et boivent du café, d’Agnès Martin-Lugand, publié chez Michel Laffont. C’est un livre qui figure sur ma liste du Challenge Cold Winter, que vous pouvez retrouver ici :https://lasorcieredesmots.wordpress.com/2014/11/10/challenge-cold-winter-2e-edition/.

Cela fait un moment que j’avais envie de lire ce roman parce qu’il détone un peu dans le monde de l’édition. C’est un roman qui à la base a été publié en auto-publication sur la plateforme d’Amazone, c’est-à-dire que c’est l’auteur elle-même qui a mis son livre sur le web, sans passé par un éditeur ou par des corrections de la part de professionnels. Puis, le livre a eu un tel succès, ce qui est rare pour un livre auto-produit, que les droits ont été achetés par Michel Laffont qui l’a sorti en version papier.

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 « Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. (…) J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »

Diane a perdu brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son coeur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Egarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.

Ce roman raconte donc l’histoire de Diane, une femme d’une trentaine d’année, qui a perdu tragiquement sa fille unique, Clara, et son époux Colin dans un accident de voiture. Le livre commence d’ailleurs par une scène de vie banale, une petite dispute entre la mère et l’enfant qui ne se dépêche pas alors que les adultes sont pressés. La fillette s’amuse alors que son père l’attend. Et puis ils font les fous, ils s’amusent sous le regard attendri de Diane, qui les regarde partir. Et c’est peu après qu’arrive le drame.

Après la scène d’ouverture sur la petite famille parfaite de Diane, nous nous retrouvons propulsés un an plus loin, lors du premier anniversaire de leur mort. Diane est seule dans son appartement. Elle est devenue une véritable loque, elle ne travaille plus, elle ne lit plus, elle ne sort plus de chez elle, c’est à peine si elle se lave, et elle ne mange que des plats livrés ou apporté par son meilleur ami, Félix. Elle ne s’occupe plus du tout d’elle ou de son lieu de vie. Elle vit vraiment dans un mausolée consacré à sa famille et sa vie d’avant.

A quatre pattes, j’avançai péniblement vers le lit. Je me hissai dessus et m’enroulai sous la couette. Mon nez, comme à chaque fois que je m’y réfugiais, partie en quête de l’odeur de Colin. elle avait fini par disparaître, pourtant je n’avais jamais changé les draps. Je voulais le sentir encore. je voulais oublier l’odeur de l’hôpital, de la mort qui avait imprégné sa peau la dernière fois que j’avais enfoui ma tête dans son cou.

Je voulais dormir, le sommeil me ferait oublier.

D’ailleurs, en plus de ce mausolée construit dans l’appartement, il y a aussi le fait que Diane ne met plus ses propres vêtements, mais qu’elle ne vit plus à présent que dans ceux de son mari. Et elle dort avec les peluches de sa fille.

Ce que j’ai vraiment apprécié dans ce roman, c’est justement cette douleur dans l’histoire, cette tragédie qui marque le roman. Ce qui est arrivé à Diane est horrible, mais tous ses sentiments sont très bien décrits, on ressent parfaitement la peine qu’elle éprouve et la difficulté qu’elle a à s’en remettre. Je comprends qu’elle soit au fond du gouffre et que, même au bout d’un an, elle ne puisse pas reconstruire sa vie. Moi qui suis en couple, je n’ose pas imaginer ce que l’héroïne endure. Surtout qu’on ne peut pas dire qu’elle soit vraiment soutenue.

Après m’être enfuie de l’hôpital, le jour de leur mort, je n’y avais pas reis les pieds. Sous les yeux horrifiés de mes parents et de ceux de Colin, j’avais annoncé que je n’assisterais pas à la mise en bière. Mes beaux-parents étaient partis en claquant la porte.

– Diane, tu deviens complètement folle ! s’était exclamée ma mère.

– Maman, je ne peux pas y assister, c’est trop dur. si je les vois disparaître dans des boîtes, ça voudra dire que c’est fini.

– Colin et Clara sont morts, m’avait-elle répondu. Il faut que tu l’acceptes.

– Tais-toi! Et je n’irai pas à l’enterrement, je ne veux pas les voir partir.

J’avais recommencé à pleurer et je leur avais tourné le dos.

– Comment? avait éructé mon père.

– C’est ton devoir, avait ajouté ma mère. Tu viendras et tu ne feras pas de grande scène.

– Le devoir? Vous parlez de devoir? Je me fous du devoir.

(…)

J’étais à bout de souffle, ma poitrine se soulevait. je ne les avais pas quittés des yeux. leurs visages s’étaient décomposés un bref instant. J’avais cherché un signe de contrition, il n’en avait rien été. Leur façade était inébranlable.

Diane se retrouve donc isolée, abandonnée à la fois par ses parents mais aussi par ses beaux-parents, comme si personne ne pouvait comprendre sa douleur. Elle refuse d’aller à l’enterrement, de voir la chair de sa chair et la personne qu’elle aimait le plus au monde être enterrés, et tout ce que tout le monde trouve à dire, c’est qu’elle doit être présente parce que cela doit être ainsi. Un peu avant cette scène que je vous ai fait partagé, il y a le dernier moment que partage Diane avec son époux. Leur fille a été tuée sur le coup dans l’accident, mais Colin, touché peut-être moins sévèrement, agonise à l’hôpital. C’est une scène trop poignante pour vous la faire partager, mais Diane se retrouve incapable de dire à son mari mourant que leur fille n’a pas survécu et qu’elle est décédée avant lui. Colin s’en veut déjà trop de ne pas pouvoir rester à leurs côtés, s’il apprenait qu’en plus il a tué leur fille unique, il ne pourrait pas partir en paix. C’est ce que pense Diane et on suit parfaitement le fil de ses pensées. On ne peut que se ranger à son jugement alors qu’elle attend que Colin lâche son dernier souffle.

Tous ces moments, que ce soit celui à l’hôpital ou celui au cimetière sonnent réellement justes. Ils sont émouvants sans en faire trop, et on a envie de prendre Diane dans nos bras, de lui dire que tout ceci n’est qu’un horrible cauchemar, qu’elle va se réveiller. On a envie de la défendre face à ses parents sans coeur qui auraient mérités de prendre la place de leur gendre et de leur petite-fille. Les deux moments que j’ai évoqué plus haut, celui de l’hôpital et celui du cimetière, peuvent tirer quelques larmes, mais la réaction des parents de Diane ne donne juste que l’envie de les voir disparaître de la vie de leur fille. J’ai vraiment éprouvé de la haine pour ces personnages qui ne pensent qu’à leur image, qui ne voient que la loque qu’est devenue leur fille sans penser à la réconforter.

Ce que j’attendais dans ce roman, c’était voir la manière dont Diane pouvait se remettre d’un tel drame. Cela peut faire un peu voyeur parce que nous suivons le personnage principal dans un moment de deuil, mais je trouve toujours cela intéressant de voir la façon dont de tels sentiments peuvent être décrits et mis en mots, parce que décrire une telle souffrance n’est pas chose aisée. Donc, comme je le disais plus haut, toute la peine de Diane est très bien décrite, on ressent ce qu’elle ressent. Et pour se sortir de ce cercle de souvenir dans lequel elle est enfermée, Diane va prendre une grande décision : elle va quitter sa vie pour s’en construire une nouvelle, loin de ce qu’elle connait et de son cercle de confort. Elle va tenter de tirer une trait sur son passé, sans bien sur être en mesure d’oublier ce qui la pousse à un tel choix. Diane va partir s’exiler en Irlande, pays que Colin rêvait de visiter. Pour lui rendre hommage, elle va aller s’installer là-bas.

Cette décision ne se fera pas sans heurts, notamment avec ses parents, et même avec son meilleur ami, Félix, qui ne veux pas que son amie aille s’isoler loin de lui. Bien que ce soit lui qui la pousse à revenir à la vie, il veut qu’elle reste près de lui, il veut veiller sur elle. Je donne ici une information capitale : Félix est gay. Il ne veut donc pas se taper Diane, il ne veut pas prendre la place de Colin, mais il veut juste la protéger, comme le ferait un frère. J’ai beaucoup aimer leur relation particulière, si proche. Et puis, Félix sait que Diane va devoir se confronter à plusieurs difficultés pour enfin redevenir celle qu’elle était avant l’accident.

Au lit, enroulée dans la couette, le doudou de Clara étroitement serré dans mes bras, je tentais de calmer les battements de mon coeur. Félix avait tort, Colin m’aurait laissée partir seule pour l’étranger, à l’unique condition qu’il se soit occupé de l’organisation. Il gérait tout lorsque nous partions en voyage, du billet d’avion à la réservation d’hôtel, en passant par mes papiers d’identité. jamais il ne m’aurait confié mon passeport ou celui de Clara, il disait que j’étais tête en l’air. Alors aurait-il eu confiance en moi pour mener un tel projet? Pas sûr, finalement.

Je n’avais jamais habitée seule, j’avais quitté la maison de mes parents pour m’installer avec lui. J’avais peur de passer un simple coup de téléphone ou faire une réclamation. Colin, lui, savait tout faire. Il fallait que je l’imagine me guider pour tout préparer. J’allais le rendre fier de moi. si c’était une des dernières actions que je faisais avant de m’enterrer, je prouverais à tous que j’étais capable de le faire jusqu’au bout.

Moi qui suis comme Diane, qui ait beaucoup de mal à m’occuper des choses importantes, je comprend à quel point l’absence de Colin est un frein dans sa vie de tous les jours, et à quel point elle grandie avec les jours qui passent et l’approche de sa résurrection.

Finalement, Diane réussit à mettre son projet à terme, et elle s’envole pour l’Irlande. Je dois dire que le pays est magnifiquement bien décrit, on se croirait parfaitement avec Diane à sentir les embruns et la pluie sur le visage. Il y a une vraie ambiance irlandaise retranscrit dans le livre. Je n’ai par contre par trouver de passages forts pour vous faire partager cette ambiance. J’ai parcourus entièrement le livre à nouveau pour vous montrer les paysages décrits, et je n’ai pas retrouvé de descriptions comme je le désirais. C’est comme si l’ambiance n’était présente qu’au cours de la lecture.

A partir de l’installation de Diane dans sa nouvelle maison, un petit cottage face à la mer, le roman commence à perdre tout son attrait. Nous ne sommes même pas à la moitié de l’historie que celle-ci devient convenue, sans rebondissement véritable. En effet, Diane habite près d’un cottage occupé par le neveu de ses propriétaire, un homme célibataire avec un très mauvais caractère.

Le neveu en question descendit de voiture. Avec son visage dur et son air dédaigneux, il ne m’inspira aucune sympathie. Jack et Abby allèrent vers lui. Il s’adossa à sa portière en croisant les bras. Plus je le regardais, plus je le trouvais imbuvable. Il ne souriait pas. Il transpirait l’arrogance. Le genre à passer  des heures dans la salle de bain à travailler son look d’aventurier négligé. Il se la jouait intouchable.

– Edward, tu tombes bien ! lui dit Abby.

– Ah? Pourquoi?

– Il était temps que tu rencontres Diane.

Il tourna enfin la tête dans ma direction. il baissa ses lunettes de soleil – d’aucune utilité compte tenu de la brume – et me détailla des pieds à la tête. J’eus l’impression d’être une pièce de boucher sur un étalage. Et au regard qu’il me lança, je ne semblais pas lui ouvrir l’appétit.

Déjà, et bien que cela fasse assez irlandais, le fait que ce personnage du neveu s’appelle Edward m’a perturbé. Je me suis cru dans Twilight. Et ce qui va arriver à Diane à cause d’Edward ressemble assez à ce que l’on pourrait trouver dans un roman d’amour pour ado ou un Harlequin.

Edward est très antipathique, il ne veut pas parler à Diane, et dès qu’il se retrouve en sa présence, il est sarcastique, voir méchant, sans que Diane ne lui ait rien fait. Il est l’archétype même de l’homme mystérieux, inaccessible, mais fragile sous sa carapace. Les propriétaires de Diane, Abby et Jack, vont lui expliquer qu’Edward et sa soeur ont perdus jeunes leur mère et que leur père n’a pas voulu s’occuper d’eux. Edward s’est alors senti responsable de sa soeur et s’est occupé d’elle, s’oubliant lui-même. Bref, il est de ces personnages qui n’ont pas eu de chance dans la vie et qui ne laisse personne les approcher pour ne pas être blessé. Surtout qu’il sort d’une relation désastreuse avec une femme.

Si je dis que l’histoire va devenir n’importe quoi avec l’apparition d’Edward, c’est parce que, vous l’avez sans doute compris, Diane va tomber amoureuse de ce dernier. Malgré les piques échangées entre eux, et toute la méchanceté d’Edward, il va se passer quelque chose entre eux-deux, après évidemment que toute la colère éprouvée par Diane à son encontre se soit évaporée.

– Je n’ai pas besoin de te connaître pour savoir que tu ne fais rien de tes journées. Tu n’as pas de famille ou des amis qui t’attendent ailleurs?

La peur me fit bafouiller, il avait repris le contrôle.

– Non, évidemment ! Qui voudrait de toi? Tu es sans intérêt. Tu as bien dû avoir un mec, mais il est mort d’ennui…

Ma main décolla toute seule. Je frappai tellement fort que sa tête partit sur le côté. il se frotta la joue et fit un sourire en coin.

– J’aurais touché un point sensible?

Ma respiration s’accélérait, les larmes montaient.

– J’ai compris, il ne voulait plus de toi. Il a eu raison de te larguer.

Edward est donc bien un personnage qui ne donne pas envie de l’aimer, et pourtant, lorsque Diane va se retrouver en difficulté, il va tout faire pour l’aider, jusqu’à ce qu’il finisse pas apprendre la vérité. Et là, il va enfin montrer son vrai visage, celui d’un homme touché par l’histoire tragique de Diane.

A ce moment du récit, on approche assez de la fin, et j’ai trouvé dommage que Diane succombe aussi vite au charme d’Edward. Dans le roman, bien qu’il se passe plusieurs mois, cela paraît tout de même assez court, surtout qu’ils passent d’un passif assez dur à une liaison normale. Je n’ai donc pas trouvé cela vraiment cohérent, surtout avec l’histoire de Diane. Bien qu’elle se rattache à son passé, qu’elle ne pense qu’à son marie et sa fille, on a le sentiment que tout d’un coup, elle accepte leurs morts pour passer à autre chose. C’est ce qu’on attend d’elle, mais ça paraît trop soudain, comme si un jour elle se réveillait et que sa peine avait disparu. Cela m’a donné l’impression d’être moins crédible que tout ce qui avait été décrit auparavant. Après, cela est mon ressenti.

Cela devient encore plus prévisible et moins cohérent lorsque débarque l’ex d’Edward. Là, j’ai vraiment trouvé que l’auteure en faisant trop. C’était devenu les Feux de l’Amour, avec enfin le couple principal constitué et soudain un personnage qui revient pour leur mettre des bâtons dans les roues. En plus, son arrivée tombe comme un cheveu dans la soupe, on devine à des kilomètres qui elle est et ce qu’elle vient faire là. Dans un tel roman, j’aime être surprise par l’histoire, je n’aime pas savoir ce qui va se passer comme si c’était un scénario fait mille et unes fois. Parce qu’évidemment, maintenant que cette ex est de retour, elle veut reconquérir Edward et évincer Diane, donc elles vont entrer en concurrence. Et Edward ne voit pas cela, il ne s’en rend pas compte.

Bref, l’histoire se termine sur le retour à Paris de Diane et sa reprise dans le monde du travail. Car il y a ici une précision que je n’ai pas donnée : le titre du roman fait référence au café littéraire ouvert par Diane avec Félix avec l’aide de Colin. Le café s’appelle Les gens heureux lisent et boivent du café. C’est un titre un peu à rallonge pour un tel établissement. J’ai donc trouvé le lien avec le titre assez bancal.

C’est dommage, parce que les premiers chapitres m’avaient convaincu, le roman est très bien écrit, il se lit vite, mais l’histoire tombe rapidement dans le cliché du roman d’amour, et l’histoire personnelle de Diane retombe au second plan malgré des rappels réguliers sur sa douleur, qui surviennent aussi à des moments étranges du récit, alors que tout va bien. Personnellement, en choisissant ce roman, je ne pensais pas tomber dans une histoire d’amour aussi bateau, et je n’aime pas spécialement que mon idée du livre soit bafouée par une intrigue différente de ce que j’espérais. Ce que je veux dire, c’est que lorsque je lis un roman « littéraire », je n’aime pas me retrouver avec une sorte d’Harlequin, parce que c’est l’impression que j’ai eu. Mon bilan est par conséquent mitigé, et je conseille ce livre que dans un moment de détente, parce qu’il n’est qu’un divertissement léger, malgré les premières pages qui sont dures.

Et vous, êtes-vous attirer par ce genre de lecture? Pensez-vous que l’auteur a eu raison de transformer un drame familiale en une histoire d’amour légère? Comment voyez-vous une telle histoire racontée? 

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