chroniques littéraires

L’étrange vie de Nobody Owens

Bonjour à tous. Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman jeunesse que j’avais sélectionné dans le cadre du Challenge Cold Winter. Je sais que pour le moment je n’écris que des chroniques dans ce cadre, mais j’espère pouvoir faire le maximum de commentaires sur mes livres choisis avant la fin du challenge, qui est à la fin du mois, tout en sachant qu’il me reste encore beaucoup de lecture et plusieurs chroniques qui n’ont pas été écrites…

Le roman dont je vais vous parler a été publié dans la collection jeunesse d’Albin Michel, Wiz. Il s’agit de L’étrange vie de Nobody Owens, écrit par Neil Gaiman, connu pour son roman Coraline, adapté au cinéma en 2009 par Henry Selick, le réalisateur de l’Etrange Noël de Monsieur Jack.

gaiman-nobodyowens

 

Nobody Owens est un petit garçon parfaitement normal. Ou plutôt, il serait parfaitement normal s’il n’avait pas grandi dans un cimetière, élevé par un couple de fantôme, protégé par Silas, un être étrange ni vivant ni mort, et ami intime d’une sorcière brûlée vive autrefois. Mais quelqu’un va attirer Nobody au-delà de l’enceinte protectrice du cimetière : le meurtrier qui cherche à l’éliminer depuis qu’il est bébé.

Si tu savais, Nobody, comme le monde des vivants est dangereux…

Il est certain qu’en lisant ce résumé, de prime abord, on peut penser que ce livre est plutôt glauque, puisque la majorité des scènes se déroulent dans le cimetière. C’est justement ce qui m’a séduit. J’adore l’ambiance des cimetières, le calme et le respect qui y règne. Avouez que les cimetières sont des lieux à part, en dehors du temps. Evidemment, je n’irais pas m’y balader la nuit, et je ne supporte pas les enterrements, mais j’aime les cimetières en tant que tels, avec la nature, le calme et l’aspect de sérénité qui peut parfais y régner. Attention, ce que je dis ne vaut pas pour tous les cimetières.

Le plus de l’édition que j’ai eu entre les mains de ce livre, ce sont les dessins de Dave McKean qui illustrent parfaitement mon impression et le rendu du texte. Cela peut paraître enfantin d’avoir des illustrations dans un roman de 300 pages, et pourtant c’est un véritable plaisir de tomber dessus et de lire le texte qui y correspond. Les dessins sont très beaux et ils tombent justes. J’ai vraiment apprécié ce plus qu’on ne veut pas assez dans les romans, parce que les illustrations sont réservés aux couvertures, ou aux romans pour les premiers lecteurs, comme si les images/dessins étaient réservés aux enfants en bas âges ou découvrant la lecture. Dans ce roman là, j’ai adoré et j’ai même trouvé que ça correspondait à l’idée que je me faisais de l’histoire. Les dessins ajoutent l’ambiance du cimetière dans l’histoire, dans le récit. On devrait voir cela plus souvent.

Nobody1

Alors, comme pour tous les romans, le récit est découpé en plusieurs chapitres. Ce qui est plutôt original dans ce roman en particulier, c’est le fait que ces chapitres sont des scènes qui pourraient être indépendantes de prime abord. Vous voyez comment étaient découpés les romans du Petit Nicolas? (je cite ce roman jeunesse parce que c’est ce que j’ai lu la semaine dernière). C’est un peu la même chose ici : on a le sentiment que chaque chapitre raconte une petite histoire indépendante avec parfois des personnages différents, même si c’est Nobody le personnage principal, le fil conducteur entre tous les membres du cimetière. Et sans qu’on s’aperçoive, tous ces personnages, toutes ces petites histoires racontées au fur et à mesure sont liées entre elles, elles sont essentielles, mais cet aspect n’est découvert qu’à la fin, comme si on n’avait assemblés que des morceaux de puzzles indépendants, mais qui forment en réalité une grande image.

 Nobody13

Ce roman raconte donc l’histoire de Nobody. Rassurez-vous, Nobody n’est pas son véritable nom. Il a deux ans lorsqu’un homme entre chez lui et tue toute sa famille. Bien que bébé, il parvint à s’enfuir, et il trouve refuge dans un cimetière. Les morts, après délibération, alors que le tueur entre dans leur refuge, décide de faire de l’enfant un « citoyen libre du cimetière », ce qui implique qu’il va vivre avec eux et, tout en restant vivant, devenir l’un des leurs. Le couple qui a décidé de s’occuper du bébé le nomme alors Nobody, parce qu’il ne sait pas qu’il y est, et surtout que c’est un moyen de le protéger du monde extérieur. Au long du roman, Nobody sera surnommé « Bod », à cause de la contraction de Nobody.

Comment Nobody vint au cimetière 

Il y avait une main dans les ténèbres, et cette main tenait un couteau.

Le manche du couteau était en os noir et lustré, et sa lame plus mince et effilée qu’un rasoir. Eut-elle tranchée en vous, peut-être n’auriez-vous pas même perçu sa morsure, pas sur le moment.

le couteau s’était acquittée de presque tout ce qui l’amenait là, et sa lame et son manche était humide.

La porte de la rue était encore ouverte, à peine, là où s’étaient glissés dans la maison le couteau et l’homme qui le tenait, et par cette porte ouverte s’insinuaient en ondulant des volutes de brume nocturne.

Le Jack s’arrêta sur le seuil. De la main gauche il sortit un grand mouchoir blanc de son manteau noir, et il essuya le couteau, et le gant de sa main droite qui l’avait tenu; puis il rangea  le mouchoir. La partie de chasse touchait à sa fin. Il laissait derrière lui la femme dans son lit, l’homme au sol auprès d’elle, la grande enfant dans sa chambre aux couleurs vives, entre jouets et maquettes inachevées. Ne restait que le petit, un bambin qui marchait à peine. Un seul encore, et sa tâche serait accomplie.

Nobody4

(…)

– A-t-il un nom, Mrs Owens?

– Sa mère ne m’en a rien dit.

– Fort bien. De toute manière son ancien nom ne lui sera plus très utile. Et il y a quelqu’un, au-dehors, qui lui veut du mal. Si nous lui choisissons un nom, hmm?

Caius Pompeius s’avança pour dévisager l’enfant.

– On dirait un peu mon proconsul, Marcus. Nous pourrions l’appeler Marcus.

– Il ressemble plus à mon jardinier en chef, Stebbins, renchérit Josiah Worthington. Non que je suggère Stebbins comme nom. Ce pauvre diable buvait comme un trou.

– Il a quelque chose de mon neveu Harry, dit la mère Slaughter.

Et l’on put croire alors que tout le cimetière allait s’en mêler : chaque habitant proposait ses comparaisons entre l’enfant et un être depuis longtemps oublié, lorsque Mrs Owens prit la parole.

– Il ne ressemble à personne d’autre qu’à lui-même, dit-elle d’une voix ferme. Il ne ressemble à personne.

– Alors va pour Personne, dit Silas. Nobody. Nobody Owens.

L’enfant est adopté par un couple de personne âgées, qui sont dans le cimetière depuis plus de soixante ans. Il s’agit de Mr et de Mrs Owens, les premiers fantômes que Nobody voit. Silas, un être entre la vie et la mort, pas vraiment mort mais pas non plus vivant, non enterré dans le cimetière, est chargé d’être son tuteur. En vérité, son rôle est bien plus important. Il est le seul, avec Nobody, à être un citoyen libre du cimetière. Ceci est important parce que cela signifie qu’il n’est pas cantonné au cimetière, il peut en sortir. En effet, le plus grand problème des morts, c’est qu’ils ne peuvent pas quitter l’endroit où ils sont enterrés. De par la cérémonie qui les a mise en terre, qu’elle soit religieuse ou non d’ailleurs, ils sont enfermés dans la terre consacrée. Le cimetière est par conséquent une sorte de prison. Ils ne peuvent pas aller à l’extérieur. Or, Silas lui le peut. Il peut aller se promener dans le monde des vivants. Et comme il n’est pas tout à fait mort, il peut aussi interagir avec eux. Il peut se servir du monde des vivants pour servir ses intérêts. Il peut donc aller chercher à manger pour Nobody. Parce que, même si l’enfant se retrouve intégré dans une famille de morts, il doit bien se nourrir, d’où le rôle de Silas.

Dès les premières lignes sur le cimetière, nous avons déjà une réflexion sur la mort et la place que nous lui donnons dans notre société. L’histoire de Nobody se passe au Royaume-Uni, mais cela vaut pour tous les cimetières du monde. D’ailleurs, ce n’est pas si évident de déterminer où se passe l’histoire. Bref, le cimetière de Nobody est un cimetière abandonné, où plus personne n’est enterré par manque de place. Il est posté sur une colline, surplombant toute la vieille ville. Les morts ont une vue imprenable sur le monde des vivants mais personne ne vint jamais les voir. Même le maire est encombré par ce cimetière. Il n’y a plus de jardinier, seulement un monsieur qui vint au début du printemps et à la fin de l’été. Même les vivants ont déserté le monde des morts. C’est une réflexion sur la manière dont on gère nos morts, dont on perd de vue le respect qu’on devrait avoir vis-à-vis d’eux. Puisque les morts n’ont plus de famille, personne ne vient les rendre visite, et plus de vie entre à l’intérieur du cimetière. Il y a vraiment une notion d’abandon qui règne dans le récit.

Il y a une même réflexion sur la mémoire. Les morts, les personnes âgées, représentent la mémoire de la civilisation. Ils ont vécu des choses qui se sont passées et qui ont été oubliées. Je pourrais ici citer l’introduction du film du Seigneur des Anneaux, La communauté de l’Anneau, lorsque Galadriel dit que certaines choses qui devaient être oubliées furent perdues. c’est un peu la même chose ici. A un moment du livre, Nobody va au collège. Il remarque alors que l’histoire, la grande histoire, n’est pas racontée de la même manière qu’il l’a apprise des morts. Avec le temps, certaines choses ont été transformées, enjolivées ou oubliées.

Bod était fatigué en classe le lendemain. En première heure, il avait histoire – une matière qu’il aimait bien dans l’ensemble, même s’il devait souvent résister à la tentation de dire que ça ne s’était pas passé ainsi, en tout cas pas d’après ceux qui y étaient.

Je disais donc que le roman était découpé en plusieurs chapitres correspondant à des histoires différentes, qui sont aussi des moments de la vie de Nobody. Au fur et à mesure que l’histoire avance, il grandit et il mûrit. Nous suivons donc son évolution. Je vais maintenant m’attarder sur deux histoires qui m’ont beaucoup plus.

La première histoire est dans le chapitre qui suit immédiatement l’arrivée au cimetière de Nobody. Ce dernier a alors 4 ou 5 ans. N’ayant jamais fêté son anniversaire, et ne connaissant pas sa date de naissance, il est compliqué de définir l’âge exacte du garçon. Mais c’est à ce moment-là qu’il commence à apprendre à lire, en déchiffrant les lettres inscrites sur les tombes. Nobody connaît tous les habitants du cimetière, et toutes les tombes, cela ne lui pose donc pas de grosses difficultés d’apprendre à lire de cette manière. Et de cette manière, puisque certaines tombes sont très vieilles, il apprend le latin. Un jour, au printemps, alors qu’il est occupé à recopier les lettres sur l’une des tombes, seul, puisque les fantômes ne sortent qu’à la nuit tombée, il fait une rencontre à laquelle il ne s’attendait pas. Il rencontre sa première vivante, Scarlette.

Elle s’appelait Scarlett Amber Perkins, lui dit-elle, et elle habitait un appartement sans jardin. Sa mère était assise à lire un magazine sur un banc, au pied de la colline, et lui avait dit de revenir dans une demi-heure, de se défouler, de ne pas faire de bêtises et de ne pas parler aux gens qu’elle ne connaissait pas.

– Tu ne me connais pas, lui fit remarquer Bod.

– Mais si, dit-elle d’un ton décidé. Tu es un petit garçon.

Puis elle ajouta.

– Et tu es mon ami. Alors on se connaît, forcément.

Bod souriait rarement, mais cette fois il fit un sourire immense et ravi.

– Je suis ton ami, dit-il.

– Comment tu t’appelles?

– Bod. C’est le diminutif de Nobody.

A ces mots, elle éclata de rire.

– Drôle de nom. Qu’est-ce que tu fais là?

– J’apprends les lettres. A partir des pierres. Je dois les écrire.

– Je peux le faire avec toi?

L’espace d’un instant, Bod se sentit sur la défensive – les pierres tombales étaient à lui, non? .- et puis il comprit c’était bête, et se dit que certaines choses étaient plus amusantes à faire au soleil, en compagnie d’une ami.

– Oui, dit-il.

Scarlett est un personnage attachant, certes un peu peureuse, mais c’est normal pour une enfant de cinq ans. Ce que j’ai aimé, c’est qu’elle ne se pose aucune question à propos de Bod. Il lui dit qu’il habite au cimetière, cela ne la dérange pas. Elle va même demander à sa mère de revenir tous les jours pour jouer avec le petit garçon vêtu seulement d’un linceul blanc. Je trouve par contre la réaction des parents plutôt étrange, ils laissent leur fille unique de cinq ans jouer dans le cimetière seule, et dès qu’elle leur parle de Bod, ils lui disent que c’est bien, qu’elle a beaucoup d’imagination. En vérité, ils croient que c’est son ami imaginaire, mais ils ne cherchent pas à en savoir plus ou à rencontrer Bod, il est juste réduit à être dans la tête de leur fille. Cet aspect-là, je l’ai trouvé un peu moins crédible, peut-être parce que je ne comprend pas que des parents ne s’inquiètent pas plus pour leur petite fille. Non pas que Bod soit méchant, mais il ne connait pas encore le monde des vivant, et il va faire vivre à Scarlette la plus grande aventure de toute son enfance, la rencontre avec le fantôme le plus vieux, et aussi le plus dangereux, de tout le cimetière.

Le second personnage que j’ai beaucoup aimé intervint dans le quatrième chapitre, celui concerné à la sorcière du cimetière. J’ai dis que le cimetière était au Royaume-Uni, et comme beaucoup de pays au Moyen-Age, des jeunes filles et femmes ont été brûlées pour sorcellerie. La nouvelle amie de Bod en est la preuve. Ce chapitre est alors une occasion de comprendre mieux la manière dont fonctionne le cimetière, et pourquoi les fantômes ne peuvent pas le quitter, à cause des derniers sacrements lors de leurs enterrements.

– Qu’y a-t-il au bout du cimetière? lui demanda Bod. Derrière Harrison Westwood, boulanger de cette paroisse, et ses épouses Marion et Joan?

– Pourquoi cette question? s’enquit son tuteur en époussetant son costume noir du bout de ses doigts d’ivoire.

Bod hocha les épaules.

– Comme ça.

– C’est une parcelle de terre non consacrée, dit Silas. Tu sais ce que cela veut dire?

– Pas vraiment.

Silas traversa l’allée, sans bouger une feuille morte et s’assit sur le banc à côté de Bod.

– Dans certains peuples, dit-il de sa voix de soie, on pense que toute terre est sacrée. Qu’elle était sacrée avant notre venue, et qu’elle le sera après. Mais ici, dans ton pays, on a béni les églises et les terres réservées à l’inhumation des morts, afin de les rendre saintes. Et à côté du terrain sacré, on a laissé de la terre non consacrée, le cimetière des pauvres, pour y enterrer les criminels et les suicidés, ou encore les infidèles.

(…)

– Et la sorcière? demanda Bod.

– Oui. Exactement. Les suicidés, les criminels et les sorcières. Ceux qui sont morts sans recevoir les derniers sacrements.

Ce qui m’a tout de suite touché avec la sorcière, c’est sa mélancolie justement liée à sa situation. Maintenant que nous comprenons ce qu’est la terre non consacrée, l’auteur nous pousse à voir les conséquences de ce fait.

Elle se leva et virevolta, et lança des ruades, et ses pieds nus décochaient des éclairs dans le clair de lune.

– C’est comme ça que je les ai maudits, de mon dernier souffle tout gargouillant d’eau de la mare. Et pis j’ai expiré. Ils ont brûlé mon corps en place publique jusqu’à ce que je n’sois plus qu’un bout de charbon tout noir, et y m’ont jeté dans un trou au cimetière des pauvres sans même une pierre pour marquer mon nom.

C’est seulement alors qu’elle se tut, l’air un instant mélancolique.

(…)

– Comment tu t’appelles?

– J’ai pas de pierre tombale, dit-elle en abaissant les coins de sa bouche. Je pourrais être n’importe qui. Pas vrai?

– Mais tu as bien un nom?

– Liza Hempstock, pour vous servir, dit-elle d’un ton aigre. C’est pas trop demander, tout de même. Un petit quelque chose pour marquer ma tombe. Je suis juste là, tu vois? Y a rien que des orties pour montrer où je repose.

La rencontre avec Liza, et le fait qu’elle n’ait rien qui puisse prouver son appartenance au cimetière, va profondément marquer Bod, et va le pousser pour la première fois dans le monde des vivants. Bod va ainsi sortir du cimetière et prouver son caractère altruiste puisqu’il va chercher un moyen de marquer la tombe de Liza. Ceci va entraîner de graves conséquences sur Bod, et va aussi attacher Liza à ce petit garçon vivant. J’ai beaucoup aimer le lien qu’ils ont tous les deux, et qui va se transformer à mesure que Bod grandit. Elle qui se comporte comme une soeur lorsque que Bod la rencontre va s’éloigner au moment de son adolescence, mais jamais trop loin pour lui venir en aide en cas de besoin. Je suppose Liza d’avoir des sentiments pour Bod, mais de ne pas oser lui avouer à cause de la barrière entre eux, surtout qu’elle s’efface au moment du grand retour de Scarlett.

Nobody7

Ce roman est construit comme un polar. Bien que nous suivons Bod à mesure qu’il évolue et qu’il prend conscience de la menace qui pèse sur lui en dehors du cimetière, nous ne pardons pas de vue le fait qu’un assassin est à sa poursuite. Nous avons d’ailleurs plusieurs rappel sur l’existence du Jack, ainsi qu’un petit chapitre où nous comprenons que ce n’est pas une personne, mais une congrégation entière d’hommes prêt à tuer pour obtenir ce qu’ils veulent, une congrégation représentant tous les pays du monde. Il y a bien un Jack particulier qui cherche Bod, mais c’est l’ensemble des Jack qui veulent sa mort.

Les chapitres étant presque indépendants, ils se lisent facilement, comme plusieurs histoires séparées, et pourtant ils sont des prémisses de ce qui va se passer à la fin. Je pense notamment au chapitre avec la porte des Goules, qui m’avait semblé superflu à la lecture, mais qui trouve toute sa signification au moment du grand final. Il en est de même avec le départ de Scarlett et son retour. Le texte est réellement construit de manière logique, et toute parole a un sens pour nous mener à l’affrontement final, le moment où Bod va enfin affronter les Jack. J’ai beaucoup apprécié ce moment, même si j’aurai aimé un peu plus de précision à certains moments et qu’il soit un peu plus long, parce que j’ai eu l’impression qu’il se déroulait très vite. L’affrontement prend tout un chapitre, mais il est amené plus en amont, notamment avec le personnage de Silas qui affronte la congrégation des Jack depuis un moment, mais sans que cela soit vraiment dit. Je pense ici à un interlude sur Silas où il est avec d’autres personnages que nous ne reverrons pas, et qu’ils parlent de choses qui seront mentionnées par les Jack sans plus d’explication, comme si nous n’avions pas besoin de savoir ce qui ce passait au sein de la congrégation, que seul ce qui se déroulait avec Bod comptait. J’avoue que c’est ce qui m’a perturbé, de voir des informations données de cette manière sans comprendre l’enjeu de ces informations, et cela jusqu’à la dernière ligne.

Je ne veux pas raconter la bataille finale parce que, comme je le répète, les différents chapitres amènent cette fin et que je serais obliger de m’attarder sur eux pour expliquer le déroulement du combat. Ce qui importe, c’est de savoir que la vie menée au cimetière par Bod va lui donner une chance face à ses ennemis, une chance qu’il n’aurait pas eu dans le monde des vivants. C’est parce que les fantômes ont partagés avec lui leurs savoirs qu’il est apte à berner les Jack et se débarrasser d’eux. nous apprenons aussi enfin pourquoi ils cherchent tant à l’éliminer.

Puis, après sa victoire, vint l’inévitable : Bod n’a plus sa place dans le cimetière. Il est tant pour lui de vivre sa vie, de quitter sa famille, ceux qui l’ont élevé, pour devenir vivant. Tout ceci est à prendre au sens littéral, Bod se doit d’entrer dans la vie et quitter la maison des morts. Finalement, comme tous les enfants, Bod va devenir indépendant, il va s’en aller de son foyer pour se construire le sien, pour vivre pleinement la chance qui lui est donnée d’être encore en vie. Je pense que, contrairement à beaucoup de son âge, Bod a énormément conscience de son potentiel, de la chance d’être en vie et de toutes les possibilités d’être vivant. Je pense même qu’il est beaucoup plus vivant que d’autres personnages rencontrés au cours du récit. La chance de Bod, c’est d’avoir vécu parmi les morts pour saisir ce fait d’être en pleine possession de sa vie.

Le ciel du plein d’été pâlissait déjà à l’est, et c’est ainsi que Bod commença à marcher : vers le pied de la colline, vers les vivants, et la ville, et l’aurore.

Il avait un passeport dans sa besace, de l’argent dans sa poche. Un sourire dansait sur ses lèvres, un sourire un peu incertain, car le monde est bien plus vaste qu’un petit cimetière sur une colline; et il recélerait des dangers et des mystères, de nouveaux amis à rencontrer, de vieux amis à redécouvrir, des erreurs à commettre et biens des chemins à parcourir avant, enfin de revenir au cimetière ou de monter avec la Dame sur le large dos de son grand étalon blanc.

Mais d’ici là, il y avait la Vie; et Bod y entra les yeux et le coeur grands ouverts.

DSCF2334

Cette chronique vous a-t-elle plu? vous verriez-vous vivre avec les morts? Vous sentirez-vous plus la chance d’être en vie par ce biais? Que pensez-vous des illustrations?

Publicités

Une réflexion au sujet de « L’étrange vie de Nobody Owens »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s