chroniques littéraires

Des matins heureux

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous supportez mieux les températures actuelles. On est monté si haut lundi que le temps est plus agréable maintenant, même si j’attends encore avec hâte la pluie. Ce qui est tombé n’est pas suffisant, et la situation est préoccupante dans beaucoup d’endroit, dont notamment la bretagne, qui est elle aussi en feu, comme la gironde. Je plains les personnes habitants ces régions, et surtout les animaux coincés là-bas.

J’ai justement prévu aujourd’hui de vous emmener en Bretagne, mais aussi à Paris, visiter le quartier du cimetière Montparnasse. En effet, aujourd’hui, je vous présente le dernier roman de Sophie Tal Men, qui s’intitule Des Matins Heureux. C’est un roman contemporain parfait à lire en cette saison, léger, qui change les idées. Il est publié aux éditions Albin Michel et il est sorti en mars 2022. Voici son résumé :

Dans le quartier du Montparnasse à Paris, Elsa, Marie et Guillaume se croisent sans le savoir. Si le jour, leur quotidien les éloigne, le soir, tous trois affrontent une même peur de la nuit.

Elsa se réfugie dans le bus pour éviter la violence de la rue, Marie, qui vient de quitter Brest, multiplie les gardes à l’hôpital pour combler son vide sentimental, et Guillaume retarde la fermeture de son bar afin de fuir la solitude.

C’est au détour d’un Lavomatic, d’un irish pub ou par le biais d’une annonce sur Leboncoin qu’ils finiront par se trouver. Mais parviendront-ils, ensemble, à aller jusqu’au bout de leur nuit ? À se reconstruire ?

Des matins heureux est le roman des nouveaux départs, la rencontre de trois personnages blessés, touchants dans leur fragilité, inspirants dans leur force de résilience.

Dans cette nouvelle histoire, nous retrouvons certains personnages de la petite-bande de l’hôpital de Brest, qui sont présents depuis le premier roman de l’autrice, dont Marie, une jeune gynécologue qui se spécialise dans les reconstructions mammaires après le cancer du sein. Elle est alors obligée de monter à Paris pour six mois. Là-bas, elle fait la rencontre de Guillaume, un jeune barman perdu depuis le départ précipité de sa petite amie, et d’Elsa, une adolescence à la rue. On va alors alterner entre ces trois personnages, et suivre l’évolution de chacun au contact de Marie, qui pourrait bien amener son soleil breton sur Paris.

Je vais commencer cette chronique par vous parler du personnage de Marie. En effet, pour moi, c’est l’héroïne de ce récit, car c’est elle qui va bousculer la vie de Guillaume et d’Elsa en les forçant à remettre en question leurs habitudes et leurs manières de penser. Pour moi, Marie est un véritable rayon de soleil qui a toujours le sourire et la bonne humeur, et qui apporte donc tout cela aux autres. Elle se montre aussi très généreuse, que ce soit dans sa vie de tous les jours ou dans son travail. Elle est aussi très fantasque, et c’est assez amusant de la voir organiser les choses, de la voir sortir des sentiers battus et de inventer de nouvelles manières pour changer les choses. Elle se montre assez inventive et créatrice, et c’est donc intéressant de la suivre car elle apporte beaucoup d’énergie et de bonne humeur au récit. On voudrait alors avoir sa force et sa positivité, car Marie ne se laisse que rarement abattre. Néanmoins, elle possède elle aussi ses failles, et si elle ne les montre pas dans son travail, ces dernières vont resurgir dans sa vie personnelle, avec la présence de Guillaume. Celui-ci est son contraire, et il a tendance à basculer rapidement dans la dépression, surtout qu’il est miné par une culpabilité qu’il refuse d’expliquer. Le contraste entre les deux personnages est alors assez sympathique, et amusant, parce que Marie va pousser Guillaume dans ses retranchements, elle va lui ouvrir les yeux sur la vie, et même s’il a déjà fait un bout de chemin sur sa remise en question tout seul, elle va lui permettre de continuer cette évolution. C’est un duo qui fonctionne vraiment bien, et qu’on prend plaisir à suivre. J’ai apprécié le contraste entre eux, l’humour décapent de Marie, et ce qui va la pousser à déposer les armes devant Guillaume, mais aussi l’amitié qui va naître entre eux, et le naturel dans leur communication. La culpabilité que ressent Guillaume est aussi intéressante à découvrir, et donne envie de l’aider, comme le fera Marie. On s’attache facilement aux deux héros, et à leur amitié.

Dans la rue, ils essayaient de marcher le plus vite possible. Guillaume devant, Marie derrière. Plusieurs allers-retours étaient prévus : le sommier d’abord. Le matelas après. Trois rues, deux virages, quelques centaines de mètres. Vivre Leboncoin ! A cette heure avancée de la nuit, la voie était libre – à part quelques chats qui rasaient les murs et quelques voitures qui traçaient leur route. On aurait dit deux cambrioleurs maladroits, qui zigzaguaient sur la chaussée et parlaient fort, comme s’ils voulaient réveiller tout le quartier.

– Ca va derrière ? s’inquiéta Guillaume, sentant le convoi ralentir brusquement.

– J’ai la tête dans le matelas, j’ai failli m’étaler sur le trottoir, je ne sens plus mes bras… Et pour couronner le tout, j’ai envie de faire pipi. D’autres questions ?

– Non, pas de question !

– Moi, j’en ai une : pourquoi te débarrasser de toutes tes affaires ? Tu déménages à l’autre bout du monde ?

– Je ne sais pas encore. Mais je vais examiner l’idée.

– T’es compliqué comme garçon… Si je prends ton lit, tu vas faire comment ?

– Je te retourne la question. Comment tu fais, toi, en ce moment ?

– Je campe.

– Voilà, bonne idée. Je vais camper.

Marie soupira.

– Tu ne me dis pas tout, Glenfiddich, je le sens.

– Arrête de causer et porte !

– Et toi, marche moins vite, je n’ai pas tes jambes !

– Faut savoir ce que tu veux.

J’en arrive à présent au personnage d’Elsa. Même si j’ai adoré le personnage de Marie, je pense que celui d’Esla est mon préféré dans cette histoire. En effet, on s’attache rapidement à elle à cause de son histoire personnelle. Dès le début, on comprend qu’Elsa vit dans la rue, et qu’elle n’a pas d’autres solutions. Elle a tout fui, tout quitter à cause d’un drame, qu’on devine assez facilement. Pour survivre et se protéger, elle a quitté son identité, et elle est obligée de vivre comme elle peut. De ce fait, elle passe ses nuits dans les bus, et est en permanence sur le qui-vive. J’avoue qu’au début, je pensais à une personne plus âgée, et non pas à ce qu’elle soit une adolescente. Mon regard a changé sur elle à ce moment-là, car j’ai trouvé encore plus dur d’imaginer que si jeune, elle se retrouve dans cette situation. On a donc envie de l’aider, de la protéger, de la défendre. C’est d’ailleurs ce que va faire Marie, et j’ai vraiment apprécier l’alchimie qui va naître entre les deux femmes, même si Elsa va se montrer très méfiante, ce qui est normal vu son vécu et vu la manière dont Marie se comporte avec elle, assez fantasque. On sent aussi rapidement toute la force d’Elsa, sa volonté de s’en sortir, mais aussi le fait qu’elle ignore comment faire, et comment la vie la pousse davantage dans la rue. On a alors pitié d’elle. C’est alors vraiment agréable de voir ensuite sa transformation, et de suivre son évolution lorsque les choses commencent à s’améliorer. Elsa est aussi un personnage très généreux, qui veut ensuite aider les autres, et c’est donc agréable de la suivre tout au long du roman. C’est un personnage inspirant aussi, à sa manière, et qui montre qu’on peut remonter la pente, même lorsque cette dernière est abrupte. Elle nous donne une vraie leçon de vie.

Elsa se leva brusquement pour lui laisser la place et commença à paniquer, à avoir honte, à s’en vouloir. Tout à la fois et trop pour sa petite tête fatiguée ! Alors tant pis, il fallait bouger. Fuir même. En prenant la direction inverse de celle de Marie pour ne pas risquer de la croiser. Parce qu’elle avait un prénom maintenant, la fille. Elle s’appelait Marie et avait l’air plutôt sympathique, avec son visage souriant et ses yeux qui pétillaient d’intelligence. Elle avait l’air sincère aussi. Au premier virage, Elsa hésita à faire demi-tour. Pourquoi ne pas lui accorder sa confiance ? La trahir en quelque sorte ? Pourquoi être si méfiante ? Cette énergie, quand l’avait-elle perdue ? Cette soif de vivre ? Elle ne se souvenait plus. Depuis quelques jours, elle n’avait plus la même volonté. Elle errait dans les rues sans but précis, en tout cas pas celui de trouver du travail. Et les fois où elle entrait dans les boutiques, elle n’osait plus rien demander, ni même se présenter. A croire qu’elle s’était résignée. Qu’elle avait perdu la foi. Elsa comprit qu’elle ne s’en sortirait jamais. Jamais. Elle repensa aux paroles de Josette, lorsqu’elle l’avait avertie de ne jamais descendre dans le métro de peur de ne pas réussir à remonter. Elle avait bien suivi son conseil. Et pourtant, elle n’avait pas eu besoin d’y descendre pour creuser sa tombe.

J’en arrive au thème de ce roman, et comme vous pouvez déjà le constater, il y en a plusieurs. Tout d’abord, on parle de la difficulté de vivre dans la rue, de ses dangers, et du fait qu’il devient presque impossible de ce sortir de ce cercle vicieux si on est tout seul. Elsa en fait l’expérience, et cela pourrait mal se terminer pour elle si elle ne suit pas Marie. On est donc mis en face de nos responsabilités, du fait qu’on est assez lâche devant ces situations, parce qu’il y a des sans-abris partout, et qu’on préfère les oublier, ne pas les voir, alors que ce sont des êtres humains avec une histoire. Elsa a fait le choix de se retrouver dehors, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, et cela n’a pas vocation à rester comme cela. Et ce thème entraîne le deuxième, qui est celui de la solidarité. J’ai été très marquée par ce thème qu’on retrouve à chaque instant du livre, lorsque Marie aide les autres, mais aussi lorsque Guillaume et Elsa en font de même, parce que cela fait partie de leur nature et de leur volonté. Tous les trois essayent donc d’aider les autres, à leur manière, et font ce qui est en leur pouvoir pour changer les choses, apporter du soleil aux autres. J’ai beaucoup aimé voir Marie dans son domaine, à l’hôpital, la voir travailler avec ses patientes. C’est vraiment intéressant de la voir faire, et j’ai aimé la découverte des propositions faites dans la reconstruction mammaire, et notamment les tatouages.

– Je ne souhaite pas de nouveau sein mais il y a bien quelque chose qui me ferait plaisir. Histoire de faire la paix avec cette blessure de guerre… Peut-être allez-vous pouvoir m’aider d’ailleurs…

– Je vous écoute.

– J’ai pensé à une tatouage. Un énorme qui prendrait toute la poitrine. Avec plein de couleurs. Des fleurs partout… Vous faites ça, docteur ?

Marie en avait entendu parler. Elle avait même lu un article dans un magazine féminin. Des tatouages magnifiques qui faisaient diversion et qui masquaient les cicatrices. Les femmes posaient fièrement devant l’objectif. Leur façon de crier haut et fort qu’elles avaient gagné le combat et qu’elles s’étaient réappropriée leur corps. Marie détestait ne pas être en mesure de répondre à une demande. Un trait commun à ses deux facettes. Mme Tourtier paraissait si enthousiaste en plus !

– Alors, vous faites des tatouages ? Je sais que certains gynécologues se sont formés.

– Pas encore, malheureusement, dit-elle en lançant une recherche d’image sur Internet. Mais vous avez raison. Je dessine bien sur des miroirs, alors pourquoi pas sur des seins ? Il me fallait des projets pour l’année qui vient… alors je crois que je vais m’y mettre !

En ce qui concerne l’écriture en elle-même, elle est très fluide, les chapitres se lisent bien et s’enchaînent bien, et on est pas dérangé par le changement de personnages qui se fait au début, lorsque le groupe n’est pas encore constitué et qu’on suit chacun des protagonistes. Il y a beaucoup d’humour dans ce récit, ce qui permet d’apporter de la légèreté dans la situation plutôt grave d’Elsa. Cet humour est bien dosé, et s’intercale bien entre les moments plus graves liés à Elsa ou au travail de Marie, et dans les instants romantiques qu’on a aussi au cours du roman. La lecture est donc agréable, et j’ai beaucoup aimé découvrir le quartier Montparnasse de cette manière, avec nos héros, et on apprend aussi des choses sur ce quartier. Les descriptions sont bien faites et on a envie de se promener à notre tour dans ce quartier, et de manger les gâteaux de Raphaël. On suit aussi avec plaisir les différentes étapes des réflexion des personnages.

En résumé, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cette histoire. Même si si on n’a pas lu les autres romans de l’autrice, avec la bande d’amis de Marie, on est bien plongé dans l’histoire et pas dépaysé. On apprécie alors de découvrir Marie et son humour, et sa force de caractère et de vie. On s’attache facilement à elle, tout comme on s’attache à Guillaume et à Elsa. J’ai eu beaucoup de tendresse et de pitié pour elle, parce que sa situation n’est pas facile, et parce qu’on veut l’aider. C’est un roman avec des thèmes forts, tous liés à la solidarité. Le roman se lit facilement, c’est une très belle lecture qui vous fait visiter Paris. Je vous la conseille donc.

Et vous ?

Qu’est-ce qui vous fait vous attacher à un personnage ?

Quels sont les traits de caractère que vous aimez retrouver ?

Qu’est-ce qui vous avez besoin de retrouver dans un roman léger ?

Bon mercredi à tous 🙂

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2 réflexions au sujet de « Des matins heureux »

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