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La petite ritournelle de l’horreur

Bonjour les amis. J’espère que vous allez bien et que vous passez un agréable weekend. Ici, je dirais que ce dernier reflète la morosité ambiante, entre les élections et la fin des vacances. Il pleut depuis hier. Mais heureusement, c’est un weekend à 1 000, et je peux lire autant que je veux, et en plus, j’ai eu de nouvelles idées de projets pour la fin de l’année, ce qui me met en joie.

Mais avant de vous parler de tout cela sur le blog, aujourd’hui je reviens vers vous pour vous parler de l’une de mes dernières lectures, qui s’intitule La Petite Ritournelle de l’horreur. Ce roman est parfait pour ce qu’on est en train de vivre, et il fait beaucoup réfléchir. Il s’agit d’un roman policier, écrit par Cécile Cabanac. En le lisant, j’ignorais qu’il s’agissait du tome 3 d’une saga policière, qui suit donc la même héroïne sur trois romans. Cela n’est pas important, car je pense que le roman peut se lire sans les deux autres, mais c’est toujours intéressant de savoir que les personnages se sont croisés auparavant. Ce roman est publié aux éditions Fleuve, que je remercie, car ils m’ont envoyé ce titre en service presse via la plateforme NetGalley. Il est sorti en janvier 2022 et voici son résumé :

Derrière les murs se cachent les plus sombres des secrets…

Un appel au cœur de la nuit. Des gyrophares qui tournoient dans l’obscurité. Une vieille bâtisse à l’abandon. Quand la commandant Virginie Sevran arrive sur les lieux, les techniciens de l’identité judiciaire sont déjà à l’œuvre à l’intérieur. Ils font face à l’insoutenable. À la noirceur de l’âme humaine. Au cadavre d’une gamine dissimulé derrière une cloison que le nouveau propriétaire tentait d’abattre.

Là, au milieu de la campagne francilienne, le silence est oppressant. L’angoisse monte. Et, bientôt, les murs confient deux autres corps aux policiers. Deux autres enfants… Rapidement, la sidération laisse place à une enquête éprouvante. Certainement la plus sordide de toutes celles auxquelles la commandant et son binôme, Pierre Biolet, ont été confrontés durant leurs carrières. Une seule certitude, personne ne ressortira indemne de cette affaire…

Dans cette histoire, nous suivons plusieurs personnages, dont le commandant Servan, qui est celle qui enquête sur cette histoire. En pleine nuit, un homme décide de faire des travaux dans la maisons qu’il vient d’acheter avec son épouse. Or, dans les murs, il découvre des cadavres d’enfants. Que font-ils là et pourquoi ont-ils été tués ? Quels sont leurs liens ? En enquêtant, Servan va découvrir une sombre histoire au cœur même de la demeure, une histoire d’enfants qui ont soufferts, et des enfants qui n’auraient jamais dû se trouver dans cette maison.

Je vais commencer par vous parler de Sevran, la commande de cette enquête. J’ai trouvé qu’on s’attachait facilement à elle, car elle est une mère, et on sent dès le début que cette enquête l’affecte beaucoup. En effet, la jeune femme va se prendre d’empathie pour les victimes, et elle va alors remuer ciel et terre pour trouver toutes les réponses à ses questions. J’ai apprécié cela chez elle, car on sent qu’elle veut la justice pour les victimes, et qu’elle ne supporte pas que de tels crimes aient été commis. Elle se met facilement à la place des parents qui doivent aujourd’hui vivre avec ces crimes, et elle se demande comment elle aurait réagi à leur place. Sevran ne supporte pas l’injustice, et elle va aussi s’interroger sur ses propres limites, sur ses capacités à faire régner la justice, ou à demander vengeance pour ces morts. En tout cas, j’ai aimé son envie de bien faire, et le fait que cette enquête occupe ses pensées, le fait aussi qu’elle reste dans les clous, et qu’elle surveille tout le monde. Comme je l’ai mis plus haut, Sevran est une mère, mais elle agit de la même manière avec son équipe. Ainsi, elle veille sur eux, et elle s’arrange pour qu’ils ne prennent pas de risques. Elle s’occupe aussi de leurs bêtises, n’hésitant pas à mettre en jeu sa propre carrière pour les protéger. J’ai donc apprécié ce côté rassurant qu’on a avec elle, et cette envie d’aider les autres. D’ailleurs, cela se retrouve aussi dans la relation avec certaines victimes, qu’elle va protéger et aider, même si ces dernières ne l’entendent pas de cette oreille. Enfin, j’ai apprécié sa ténacité. Sevran est quelqu’un qui n’abandonne pas. Elle va poursuivre son tueur jusqu’au bout, au nom de la justice.

Elle posa ses doigts sur ses paupières douloureuses en soupirant. Elle était fatiguée de ce monde qui devenait fou, de ce monde qui s’agitait hystériquement autour de détails ignobles sans même songer aux victimes. Qui étaient-ils, ces enfants ? Comment parviendrait-elle à découvrir leur identité ? Les liens qui les unissaient ?

J’en arrive maintenant au deuxième personnage que j’ai envie d’aborder, et ce sera un duo. En effet, j’ai envie de vous parler de Damien et d’Emilie. En effet, chacun à leur manière, ils m’ont marquée. Ce sont deux victimes, Damien ayant habité dans la maison, Emilie ayant perdu son fils. Et tous les deux vont devoir se confronter à leurs souvenirs d’une époque qui les hante sans qu’ils ne parviennent à conserver des détails de celle-ci. Je vais commencer par Damien. Il m’a marquée par son côté enfant, celui qu’il est resté malgré lui alors qu’il est adulte, et solitaire. Il n’a de contact qu’avec sa chienne, et on sent que cette dernière est son rempart contre les horreurs de son passé. J’ai apprécié cette relation, mais aussi sa volonté de découvrir ce qui s’est réellement passé dans la maison, et se confronter donc à ses souvenirs. C’est alors intéressant, mais aussi déstabilisant, de le voir se remémorer cette période. Cela va détruire son monde, et il va être obligé de se reconstruire ensuite, ce qui va prendre du temps. En ce qui concerne Emilie, on sent tout de suite que c’est une femme qui souffre, et qui est au bord de la rupture. Cette enquête va faire remonter en elle de terribles souvenirs, et il n’est pas certain qu’elle ait la force de s’y confronter. Néanmoins, j’ai aimé cette faiblesse qu’on devine en elle, et cette volonté qui va se mettre de vouloir tout découvrir. Emilie a beaucoup de défauts, qu’on découvre au fur et à mesure, et où on n’aura pas toute la vérité, mais elle ne mérite pas ce qui lui arrive, et c’est ce qui va permettre notre empathie envers elle. Ce sont deux personnages qu’on envie de sauver et de protéger de la vérité, qui est terrible pour chacun d’eux.

Dans le même temps, un crachat surgit de la bouche édentée du bonhomme pour aller exploser sur la joue pâle de la jeune femme, provoquant une soudaine et incontrôlable colère. De quel droit la traitait-on si mal ? Elle était la mère d’un enfant disparu, une perte qui la tuait à petit feu. Personne n’aurait été capable de vivre avec ça sans devenir complètement fou.

(…) Les odeurs, les longs couloirs au linoléum brillant, les voix autoritaires des flics pendant les interrogatoires… tout lui revint subitement à l’esprit. A une époque, Emilie avait été une habituée des lieux. Les policiers lui avaient inlassablement posé les mêmes questions suspicieuses et agressives. Jamais ils n’avaient écouté ses réponses. Ils avaient considéré que ses oublis et ses silences étaient suspects. Chaque audition avait été un poignard planté dans sa chair. Depuis le temps, ils avaient dû passer à autre chose, évidemment, mais pas elle… Ils l’avaient mutilée à vie avec leurs immondes théories. Et la presse ne l’avait pas épargnée non plus. « La mère coupable de faiblesse », avait titré un torchon.

Ensuite, j’en arrive au point important de cette histoire, et tout tourne non seulement autour d’une maison qui accueillit des monstres, mais surtout envers une critique du système, notamment celui des services sociaux. En effet, assez vite dans le roman, on découvre que le couple qui vivait dans la demeure accueillait des enfants, et en profitait pour les maltraiter, et cela sans aucun contrôle. On découvre en effet le mécanisme de cet organisme, et le fait que certains préfèrent fermer les yeux plutôt que d’affronter la réalité. C’est assez horrible et révoltant, car on a derrière des vies qui sont entièrement brisées, et des adultes qui ne peuvent pas se construire ou se reconstruire. Mais on a aussi une critique du système où l’on découvre que tout le monde n’est pas véreux, heureusement, mais que tout le monde souffre d’un manque de moyen. Ainsi, c’est non seulement le cas des agents sur le terrain, mais aussi celui de certains des parents de ces enfants qui ne sont pas responsables de leur placement. Tout le monde ne voulaient pas que du mal à ces enfants. En fait, ce roman montre surtout ce qui arrive lorsqu’il n’y a aucun contrôle, lorsqu’on lâche des enfants dans la nature sans s’n occuper, sans veiller sur eux, lorsqu’on confie des innocents à des adultes qui vont en profiter. Cela donne alors envie de changer le système, de le transformer, pour qu’une horreur pareille n’arrive jamais en vrai. Mais on se doute tout de même que de telles choses doivent se produire, du moins partiellement, dans certaines famille.

– Ils ont donc perdu leur agrément ?

– C’est ce qui aurait dû arriver, mais nos services manquaient de familles d’accueil… Par la suite, une enquête interne a révélé que l’éducatrice qui visitait les Duflots s’était prise d’amitié pour eux. Elle est restée sourde aux plaintes des gamins. Aujourd’hui, ça ne se passerait pas comme ça. La parole d’un enfant compte beaucoup plus, on ne la met plus en doute.

– Je n’en suis pas aussi sûre, répliqua la commandant sans cacher la colère qui montait en elle à la pensée de ce système incapable de protéger ces gosses déjà éprouvés par la vie. Il y a eu des affaires récentes qui ont malheureusement montré que les mêmes failles existaient toujours. Des cas de viols, notamment. En tout, combien y a-t-il eu de placements chez eux ?

– Quinze. Tous les noms sont dans le dossier. Nous perdons la trace de ces jeunes dès qu’ils atteignent l’âge de 18 ans.

– Est-il possible que certains d’entre eux aient subi des maltraitances, ses sévices ?

– Oui, c’est possible… Je sais que ce constant est terrifiant, mais nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens que l’on nous donne. ET si les choses sont loin d’être parfaites, elles s’améliorent lentement. Nous avons des familles exceptionnelles qui nous redonnent espoir tous les jours.

En ce qui concerne l’enquête, elle est bien menée et bien écrite, avec des rebondissements, des pistes qui n’aboutissent pas, des questions que l’on se pose. Tout est bien dosé et bien construit, et on n’a pas envie de lâcher le roman car on veut le fin mot de l’histoire. La plume de l’autrice est agréable à lire, et j’ai aimé les changement de personnages, qui font qu’on a le point de vue de Pio, mais aussi celui de Sevran, de Dombard, qui est un personnage que j’ai aussi apprécié, de Damien ou d’Emilie. Les émotions des uns et des autres sont bien décrites, l’horreur aussi, tout en restant abordable, sans véritables détails, seulement ce qu’il faut pour nous permettre d’imaginer les scènes. Toutefois, je regrette beaucoup la fin, que j’ai trouvée rapide, et surtout, que je n’ai pas vraiment appréciée. En effet, il se passe quelque chose que j’ai trouvé facile, et mal traité, sans aucune émotion. La fin m’a parue bâclée, alors que ce n’est pas du tout le sentiment que j’avais pendant le reste de ma lecture, qui était fluide et plaisante. J’ai trouvé que certaines explications manquaient, notamment en ce qui concerne Damien. J’ai été frustrée par cette fin. Mais le reste du roman se lit bien, et il s’agit de mon ressenti.

En résumé, c’est un roman que j’ai globalement aimé, avec une bonne réflexion sur le travail des services sociaux et sur leurs fonctionnements. Le roman permet de se poser des questions et de se révolter sur certains sujets, comme celui des enfants placés. J’ai apprécié l’enquête, qui est bien menée, ainsi que les personnages secondaires. J’ai aimé aussi la ténacité et le caractère de Sevran. Néanmoins, j’ai été déçue par la fin, un peu facile et qui n’apporte pas toutes les réponses. C’est un roman qui se lit bien, je vous le conseille donc, et je vais lire d’autres romans de l’autrice pour pouvoir comparer avec celui-là et remonter les autres enquêtes de Sevran.

Et vous ?

Que n’aimez-vous pas retrouver dans les fins de polar ?

Aimez-vous lorsque l’histoire est totalement close ?

Ou préférez-vous une fin ouverte ?

Bon dimanche à vous 🙂

2 réflexions au sujet de « La petite ritournelle de l’horreur »

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