chroniques littéraires

Escale à Yokohama, tomes 1 à 4

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que la pluie ne vous déprime pas trop. Il est vrai qu’on a bien du mal à se croire en été, cette année. Pour ma part, j’en suis assez triste, même si, d’un autre côté, cela me permet aussi de rester chez moi, d’écrire, et de préparer sereinement la rentrée. On se croirait déjà en automne. Après, ce que je crains, c’est justement qu’on n’ait pas eu cette impression d’être en été, et qu’on soit tous fatigués à la rentrée car on n’aura pas eu assez de soleil. En tout cas, cette semaine, j’ai commencé à rédiger les cours qu’ils me manquent, et cela a provoqué les premiers cauchemars de rentrée. J’espère avoir des classes sympas.

En tout cas, nous sommes toujours en vacances, on ne va pas l’oublier, et c’est pour cela que j’ai décidé de partager avec vous l’une de mes dernières lectures, qui va vous emmener sur les rives du Japon. En effet, j’ai décidé aujourd’hui de vous parler de la série de manga Escale à Yokohama, dessiné et écrit par Hitoshi Ashinano et publié en France chez les éditions Meian. Il faut savoir que le premier tome est sorti au Japon en 1994, et en France en mars 2021. C’est donc un manga assez âgé que je vous propose de découvrir, qui est donc pour la première fois publié en France. Il y a en tout quatorze tomes, et seulement quatre publiés pour le moment en France. Ce sont d’ailleurs de ces quatre premiers tomes que je vais vous présenter aujourd’hui. Voici le résumé du premier tome :

Alpha tient un petit café, à l’écart de la ville. Le temps s’y écoule paisiblement, comme si plus rien n’avait d’importance… Entre deux approvisionnements à la ville de Yokohama, elle observe le monde, regarde le soleil se lever puis se coucher, et profite du temps qu’elle passe avec ses rares clients. Malgré les apparences, la belle Alpha est un robot, et cela fait bien longtemps qu’elle est là. Jour après jour, elle attend patiemment le retour de son maître, en jouissant tranquillement de la vie qui lui a été offerte…

Dans cette histoire, nous suivons principalement Alpha, qui est un robot. Elle tient un petit café, et attend le retour de son maître. En l’attendant, elle s’occupe de ses clients, dont un vieux monsieur et son petit-fils, ainsi que des visiteurs impromptus. Et elle regarde la mer monter, transformant le paysage.

Je vais commencer cette chronique par vous parler du style général du manga. Ne vous attendez donc pas à une longue histoire, à une longue épopée, à une aventure épique. Nous sommes ici davantage dans un manga contemplatif, avec une succession de petites histoires. Ainsi, certaines s’enchaînent et se suivent, tandis que d’autres peuvent être lues complètement à part. C’est donc un manga où l’on peut commencer par n’importe quel tome, même s’il est logique de les lire dans l’ordre, notamment pour savoir qui est qui, parce que des personnages arrivent en cours de tome. C’est la même chose avec les histoires qui composent les tomes, qui peuvent ne pas être lues dans l’ordre. Il n’y a donc pas une grande trame, du moins pas une comme celles qu’on a l’habitude de voir. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’histoire. Ainsi, plus les petits récits s’enchaînent, et plus on voit le monde d’Alpha s’étendre, et des personnages rentrer dans sa vie pour changer sa perception des choses, ou pour qu’elle change leur perception des choses. Le temps passe aussi, et même si l’on contemple surtout les changements qui sont faits chez les personnages, même si ceux-ci sont subtils, ils existent tout de même, on peut voir le monde se transformer et des problèmes survenir. Ainsi, Alpha commence à comprendre que le monde est vaste, et ne s’arrête pas à Yokohama, par exemple, ou que les robots sont eux aussi capables de sentiments, pour un autre exemple.

Ce qui est intéressant ici, c’est que nous sommes dans un monde qui ressemble au nôtre, mais qui ne l’est pas tout à fait. En effet, comme cela est mis dans le résumé, nous sommes en présence d’un monde où les robots, ou plutôt les androïdes, existent, et sont bien intégrés dans la société, si bien que cela est commun d’en voir, et de constater que ces derniers sont très ressemblants aux hommes. D’ailleurs, on a bien du mal à imaginer qu’Alpha elle-même est un robot, si ce n’est sa couleur de cheveux, qui est impossible dans le monde humain. Elle le dit elle-même, c’est la seule chose qui permet de l’identifier en tant que non humaine. De plus, elle ne peut pas manger de protéines animales, même si cela semble plus propre à elle qu’aux robots en générale. Mais, ce qui est vraiment marquant, ce n’est pas vraiment le fait qu’il y ait des robots, mais que la Terre n’est plus tout à fait ce qu’elle était. Nous sommes en effet dans le futur, et un futur où la nature a changé. Ainsi, l’eau est montée et à englouti de nombreuses villes, transformant le monde. Nous sommes donc finalement dans un monde post-apocalyptique, même s’il n’y a pas vraiment eu d’apocalypse, du moins pas celle qu’on imagine d’habitude. Les gens vivent leur vie comme si de rien n’était, mais des régions toutes entières ont disparu, et l’eau monte. Seuls les plus vieux se souviennent alors de comment c’était avant. J’ai vraiment aimé cette idée qui est développée ici, celle d’un monde qui a totalement changé, où la nature a reprit ses droits, mais où les habitants essayent de vivre comme avant, en le faisant marcher. Je pense que le fait que nous sommes en pleine campagne, sans grand monde, aide aussi, parce que l’ambiance est loin d’être à la course, à la peur, nous sommes vraiment dans la contemplation des événements tels qu’ils sont, sans jugement, sans tentative non plus pour faire autre chose, de changer les choses. La nature est ainsi et on la laisse faire en acceptant le changement, sans qu’il vienne de nous. Il y a un côté assez poétique dans cette histoire qui se met en place rien qu’avec l’univers déployé. Et j’aime beaucoup le fait d’être dans un post-apocalyptique sans noirceur, sans course contre la montre, sans dystopie.

La poésie vient aussi avec le fait qu‘il y a un côté fantastique dans le récit. Certes, ce dernier est beaucoup moins présent que le côté science-fiction, et pourtant, il est bien là, et il s’inscrit tout naturellement dans ce récit. Nous sommes au Japon, nous ne devons pas l’oublier, et de ce fait, plusieurs créatures et autres mystères côtoient nos personnages. C’est notamment le cas de Misago, la femme poisson qui vit dans le lac, juste à côté du café d’Alpha. Cette dernière semble être là depuis des décennies, sans changer, sans vieillir. Elle est attirée par les enfants, et notamment par Tkahiro, l’un des proches d’Alpha. J’ai beaucoup aimé son personnage, même s’il reste assez mystérieux pour le moment. Mais j’ai apprécié l’affection qu’elle semble avoir pour Takahiro, ainsi que la manière protectrice qu’elle a envers lui. Et son histoire semble aussi assez tragique, car elle se méfie des adultes, et qu’elle cesse de voir les enfants avec qui elle a joué lorsqu’ils deviennent adultes. Elle n’est toutefois pas la seule touche magique apportée au récit, comme on peut le voir plus tard avec la statue du dieu de la baie, qui est vraiment particulière.

Parlons rapidement des personnages secondaires. J’ai beaucoup aimé le fait qu’Alpha ne soit pas toute seule dans le périmètre de son café, et qu’elle puisse compter sur une véritable famille, représentée par Takahiro et par son grand-père, qui veillent tous les deux à leur manière sur elle. Et cette famille s’agrandit peu à peu, au fur et à mesure du récit, avec la présence de la médecin qui va soigner Alpha, mais surtout avec celle de Kokone, qui est elle aussi un robot. J’ai beaucoup aimé la manière dont les deux filles interagissent, la manière dont elles se construisent une amitié, tout en douceur. Elles sont proches, se ressemblent, mais doivent encore s’apprivoiser, d’autant plus qu’Alpha ne se comporte pas tout à fait comme un robot, ce qui va assez déstabiliser Kokone, avant de lui faire changer son regard sur le monde. Elles vont toutes les deux beaucoup apprendre l’une de l’autre, tout comme Alpha apprend aussi beaucoup de choses grâce à ses interactions avec les autres personnages.

Venons-en fin à Alpha. Son personnage est assez intéressant. On comprend qu’elle ne sort pas beaucoup de son café, et qu’elle vit finalement par procuration, en écoutant les histoires des autres. Elle ne s’éloigne pas vraiment de chez elle, pas depuis que son maître lui a demandé de gérer le café. Comme elle est immortelle, elle peut donc rester là éternellement, et cela ne la dérange pas vraiment, car son monde est tout ce qu’elle connaît. Et elle veut attendre son maître, car elle craint de le louper lorsqu’il reviendra. Pourtant, peu à peu, à mesure qu’elle rencontre du monde, elle voit les frontières de son univers être étendues, et elle s’intéresse davantage à ce qui l’entoure. Grâce à Kokone, elle parle même de quitter son café quelques jours. C’est donc un personnage qu’on voit grandir et mûrir au fil de la lecture, et qui s’intéresse alors aux autres robots. Ce qui est vraiment intéressant avec elle, c’est la sensibilité qu’elle a. Ainsi, elle ne peut pas manger de protéines animales, ni même de lait, ce qui ne dérange pas les autres robots, mais qui elle la rend malade. Mais, en plus, elle est capable de ressentir des émotions, de jouer de la musique, et elle a finalement un comportement très humain. Ceci reste d’être important pour la suite, et c’est aussi ce qui la rend très attachante, voire touchante. On peut aisément se retrouver dans son personnage. ce que j’ai aussi aimé avec elle, c’est qu’elle a des valeurs. Elle fait attention aux autres, à la nature, au poids de l’histoire, et à son impact sur les autres. Elle est très respectueuse, et cela en fait un modèle, mais elle est aussi pleine de vie et de curiosité, et c’est très agréable de la voir tout découvrir. Son personnage a un côté curieux et naïf, dans le bon sens du terme, qui nous donne envie de le suivre.

En ce qui concerne les dessins, ils sont vraiment sympa, et contribuent beaucoup à l’ambiance contemplative, mais aussi poétique, du manga. Les traits sont fins, on voit bien les sentiments qui passent sur les différents personnages, mais aussi le monde dans lequel ils évoluent tous. Le style est très lisible, on reconnait les personnages, on ne se trompe pas et on ne cherche pas sans arrêt à savoir qui est qui. Le style est adapté aux plus jeunes, mais il va aussi convaincre les plus âgés. J’ai beaucoup aimé le fait que les éditions Maian aient repris des planches, voire même des histoires toutes entières, colorisés, ce qui amène un plus au manga, car c’est toujours agréable de sortir du noir et blanc par moment. La couleur donne alors en plus un côté nostalgique au manga, comme si nous nous trouvions dans un passé révolu, ce qui correspond aussi au style de l’histoire, car même si tout le monde vit bien le fait que la mer soit montée, on ne sait pas si cela n’a pas fait de gros dégâts et laisser une trace indélébile sur le monde, même si on a aussi le sentiment d’être en-dehors du temps, comme une parenthèse enchantée, ce qui est donnée aussi par le style du dessin. Les dessins contribuent donc beaucoup au charme du manga.

En résumé, j’ai beaucoup aimé ma lecture de ces quatre premiers tomes. On découvre un monde assez riche, qui a vécu une tragédie, mais qui s’en remet toute en douceur, où chacun continue à vivre, tout ne faisant davantage attention aux autres et à la nature. On sent toutefois une certaine nostalgie, comme si tout ne pouvait pas rester comme ça, comme si on était dans une parenthèse enchantée, parenthèse mise en évidence par Alpha, pour qui le temps ne signifie pas grand chose, puisqu’elle est un robot. Son personnage est alors intéressant, et j’ai été conquise par son évolution. L’univers est bien détaillé, très bien dessiné, et les personnages secondaires sont eux aussi attachants. Je ne peux donc que vous conseiller de vous plonger dans cette histoire qui raconte finalement le quotidien, mais qui fonctionne bien, notamment grâce à toute sa douceur et sa joie de vivre.

Et vous ?

Etes-vous sensible au fait qu’une histoire peut ne pas avoir d’action ?

Ou au contraire, préférez-vous les histoires qui bougent beaucoup, avec plein de rebondissements ?

Pourriez-vous vous laissez tenter par ce genre de récit ?

Bon vendredi à tous 😀

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