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La crêperie des petits miracles

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous avez bien vécu le déconfinement de cette semaine. Personnellement, je n’ai pas changé grand chose à ma routine. Je reste confinée, et je ne suis pas sortie depuis mars, depuis le confinement. Je préfère pour le moment éviter de sortir, surtout lorsque j’entends les témoignages de ceux qui ont eu le virus. Et de toute manière, je continue à télétravailler, donc je n’ai aps vraiment e temps pour faire autre chose.

Cependant, aujourd’hui je vous propose de vous évader un peu, et je vous emmène dans ma région préférée, celle où je suis née, le seul endroit sur Terre où je me sente vraiment chez moi, en Bretagne. Pour cela, on va même aller précisément à Saint-Malo, une ville que j’ai visité, où il avait malheureusement trop de touriste. Alors, rassurez-vous, ce n’est pas sur les remparts que je vous transporte, mais dans une crêperie. Et oui, en plus du voyage à Saint-Malo, je vous propose aussi un voyage culinaire. Je vais en effet vous présenter le dernier roman d’Emily Blaine. Il s’intitule la Crêperie des petits miracles et il est sorti aux éditions Harlequin le 1er avril 2020, ce qui en fait un roman du confinement. Il s’agit, comme toujours avec Emily Blaine, d’une romance. Voici son résumé :

Adèle a tout quitté : Paris, le grand restaurant dans lequel elle travaillait, la pression constante des cuisines, la misogynie du chef qui la bridait chaque jour un peu plus. Pour échapper au burn out, elle s’est réfugiée chez une amie de sa grand-mère, à Saint-Malo. Dans la crêperie de Joséphine, elle reprend petit à petit ses marques, restant loin des cuisines mais s’occupant du service et des clients. Dans ce cocon gourmand et chaleureux, elle devient celle à qui l’on demande des conseils d’écriture pour un discours municipal, un dossier de candidature ou une lettre de réclamation. Alors, quand la crêperie est menacée de fermeture, Adèle est prête à tout pour empêcher que ce bastion d’humanité et de bienveillance ne disparaisse. À tout, y compris à convaincre Arnaud Langlois, puissant homme d’affaires fraîchement divorcé, de devenir son associé.

Dans cette histoire, nous suivons donc Adèle, une jeune femme qui s’est réfugiée en Bretagne après son burn out. Elle a tout quitté, son travail, son appartement, sa vie. Elle est partie se réfugiée chez une amie de sa grand-mère, qui tient une crêperie à Saint-Malo. Depuis, Adèle ne cuisine plus, elle se morfond en travaillant en tant que serveuse, et en essayant d’apporter de la joie à sa meilleure amie, hospitalisée pour un cancer avancé. Or, voilà que Joséphine, sa patronne et presque un membre de sa famille, décide de vendre sa crêperie. Elle a déjà tout prévue : Adèle va reprendre ses fourneaux, tandis qu’Arnaud, le petit-fils de son amour de jeunesse, en sera le gérant. Pour cela, Adèle doit affronter ses purs, et surtout convaincre le dis Arnaud, en instance de divorce et qui essaye de lier une relation avec sa fille de dix ans, de la rejoindre dans l’affaire. Les choses ne sont pas gagnées, à moins de faire entrer l’amour dans cette crêperie.

Je vais commencer par vous parler d’Adèle, qui est donc l’héroïne de cette histoire. J’ai bien aimé son personnage, parce qu’elle possède une grande faiblesse, due à son burn-out, mais aussi une grande force, qui va la pousser à s’en sortir. J’ai trouvé original le fait d’évoquer justement ce fameux burn-out, parce que c’est un thème qui ne se développe pas beaucoup dans les romans, même si cette tendance à tendance à s’inverser maintenant. Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est que l’on évoque le thème de la cuisine, et le fait que c’est un domaine très masculin, alors que ce sont, dans les ménages, majoritairement les femmes qui cuisinent. A cause de ce qu’elle a vécu, Adèle ne peut plus cuisiner, elle est bloquée. J’aurais aimé que ce blocage soit plus développé, mais le roman s’attarde surtout sur sa reconstruction, sur son envie de cuisiner qui revient, et qui la pousse en avant. Adèle a en effet envie de se battre et de revenir à sa plus grande passion. C’est donc intéressant de la voir se battre de cette manière, d’aller au-delà de ses retranchements. On n’a alors qu’une envie, c’est de la voir aller au bout. Et ce qui est plaisant avec Adèle, c’est que lorsqu’elle a une idée en tête, elle s’obstine. Ainsi, elle refuse pendant longtemps d’aller en cuisine, puis, après la proposition de Joséphine, elle met tout en oeuvre pour obtenir le restaurant. Elle se donne donc les moyens de ses ambitions, quitte à harceler Arnaud. Ce que j’ai aussi adoré avec elle, c’est qu’elle a beaucoup de répartie, comme le démontre ses échanges avec Arnaud, mais c’est aussi une fille humoristique, qui sait rire, et qui est très généreuse. Sa relation avec Elisa le prouve. Même si cela lui coûte de la voir dans ce lit d’hôpital en train de dépérir, Adèle fait tout pour la faire rire et lui améliorer le moral. Elle va même jusqu’à organiser son évasion, ce qui prouve son amitié. Adèle est l’amie que l’on rêve d’avoir, qui ne juge pas, mais fait tout pour les autres.

La perspective de me retrouver derrière l’îlot me tétanisait. Ma dernière année en cuisine avait été une épreuve. Chacune de mes assiettes était examinée à la loupe, mes créations étaient rejetées sans même avoir été goûtées, mon chef me rendait la vie impossible, me rappelait – comme si j’avais pu l’oublier – que je n’étais qu’une femme dans un milieu d’hommes.

– Tu en as envie, contra Joséphine avec hargne.

– Mais enfin, qu’est-ce qui t’arrive ce soir ? Pourquoi es-tu de si mauvais poil ?

– Tu es en train de gâcher ta vie.

Sa réponse me fit l’effet d’un uppercut. J’avais rapidement compris que ma période malouine était plus qu’une parenthèse, que ce repos forcé et temporaire se transformait peu à peu en isolement durable. J’étais devenue une professionnelle dès qu’il s’agissait d’éluder le sujet de ma prometteuse et désormais avortée, carrière.

– Pas ma vie, juste ma carrière, corrigeai-je.

– Et cela ne te fais rien ? s’étonna Joséphine.

Mon aveu la stupéfiait. J’étais consciente que ma vie n’était pas celle dont tout le monde avait rêvée pour moi. Je savais que devenir serveuse dans une crêperie, écrire des lettres à des célébrités ou rédiger des discours politiques n’étaient que des moyens d’éviter de réfléchir. J’avais fait mes adieux à mon ancienne vie, et c’était l’esprit apaisé que je m’endormais chaque soir.

Venons à présent au personnage d’Arnaud. C’est un bourreau de travail, et pas forcément, du coup, un personnage que je pensais apprécier. Sans même s’en rendre compte, il a perdu sa femme et sa fille ne le connaît pas vraiment, tout cela parce qu’il préférait passer ses journées et ses nuits au travail que chez lui. Lorsqu’il se retrouve divorcé, avec la charge de sa fille Zoé une semaine sur deux, il est donc obligé d’évoluer. C’est cette évolution que j’ai beaucoup appréciée chez lui, parce qu’Arnaud fait beaucoup d’effort pour sa fille, pour ne pas la perdre, pour ne pas qu’elle s’éloigne davantage de lui, même si cela signifie se mettre à la cuisine. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé les moments qu’il passe avec elle derrière les fourneaux, ce qui le rend touchant car on devine à quel point il aime sa fille. Arnaud est un père aimant, et cela le rend sympathique. J’avoue que ses joutes verbales avec Adèle m’ont aussi beaucoup plu, même s’il ne cache pas, à aucun moment, qu’il rêve de la mettre dans son lit. C’est d’ailleurs pour cela qu’il accepte de la rencontrer. Heureusement, cet aspect machiste de son personnage est contrebalancé par le sentiment de curiosité qu’il éprouve envers Adèle, qui le pousse à essayer de la connaître avant de trop la séduire. Il est lui aussi bien marqué par la vie, et c’est ce qui va permettre à Adèle de briser sa carapace. Leurs échanges font ires le lecteur, car ils ont tous les deux beaucoup d’humour et de répartie.

Je mourrais d’envie de m’effondrer sur ce canapé inconfortable. Apparemment, Zoé avait assez d’énergie pour nous deux, car elle s’installa sur l’une des chaises de la petite cuisine et ouvrit son livre de pâtisserie. Dans le même temps, je fis mes adieux à la perspective de me la couler douce dans le salon.

Dans un soupir, je m’attelai à la tâche, déchiffrant la recette de cuisine comme s’il s’agissait de hiéroglyphes encore inconnus. Ma fille me dévisagea plusieurs fois, me renvoyant à mes propres lacunes, tant en théorie qu’en pratique. Je découvris ainsi ce que signifiait « blanchir des œufs » ou « abaisser une pâte brisée ».

– Ils disent quoi pour la cuisson ?

– Thermostat 7, pendant trente minutes, débita ma fille.

Dompter le four fut une nouvelle épreuve. L’appareil transpirait la modernité et multipliait les modes complexes de cuisson. Après une recherche sur Internet, je parviens à lancer le four sur la bonne température, sous les hourras de ma fille.

J’aime beaucoup les romances, je trouve que ce sont des lectures simples et efficaces, qui permettent de s’évader. Et celle-ci fonctionne parfaitement. Ainsi, nous avons deux personnes touchants, avec leurs propres séquelles, leurs propres envies, qui se retrouvent réunies par le destin et qui doivent donc trouver un équilibre entre leurs désirs, leur attirance, mais aussi entre leurs vies de tous les jours. J’ai trouvé la romance plutôt bien menée, elle n’empiète pas trop sur l’histoire de base, et l’histoire ne tourne donc pas qu’autour de cette attirance réciproque. Ainsi, nos deux héros continuent à garder leurs caractères propres, et leurs vies propres, sans se laisser trop déborder par cette romance. D’ailleurs, cette dernière met beaucoup de temps à se mettre en place, avant que nos deux personnages n’acceptent finalement ce qui leur arrive. J’ai trouvé cela bien car au moins, ils ne se sautent pas dessus dès le début, et on a ainsi le droit à un vrai jeu de séduction, qui ne tourne d’ailleurs pas seulement qu’autour de leur attirance, mais au début surtout autour du fait de convaincre Arnaud d’investir dans le restaurant. On est d’abord sur une séduction professionnelle, ce qui apporte d’ailleurs quelques soucis par la suite. Certes, nous sommes avec les rouages habituels de la romance, c’est-à-dire que nos tourtereaux se tournent autour, avant de se tomber dans les bras, puis de passer aux choses sérieuses, avant de se disputer puis de se remettre ensemble. Là-dessus, cette romance n’a rien d’original. Mais je l’ai trouvé original dans le traitement de l’histoire, avec ce fond de séduction nécessaire pour la création du restaurant, et du coup les soucis que cela apporte. Et ce que j’ai aussi beaucoup aimé, en-dehors de la relation mise en place entre Adèle et Arnaud, c’est celle qui se met en place entre Elisa et son médecin. Adèle joue ainsi les entremetteuse entre Elisa et son médecin, et c’est vraiment trop mignon, et surtout un vrai cocktail d’émotions. J’avoue que j’aurais aimé suivre un peu plus ce couple qui se met en place en toile de fond de l’histoire. Et ce que je voudrais noter ici, c’est tout le traitement léger de la romance entre Adèle et Arnaud, avec un traitement mignon et sensuel, sans que cela ne tombe trop dans le sexe. Il y a ici peu de scènes osées, décrites, et j’ai trouvé cela plaisant car cela correspond alors bien à la narration mise en place dans ce roman précis.

Maël esquissa un sourire et, sans même attendre mon aide, Elisa s’installa sur la chaise en face de lui. Je remisai le fauteuil hors de leur vue et reviens à leur table. L’un face à l’autre, Maël et Elisa se dévoraient du regard. Loin des murs verdâtres et de la maladie, ils commençaient leur histoire.

– Pas d’émotion forte, rappelai-je à Maël avec un clin d’œil.

– Je vais essayer. Dites-moi plutôt ce qu’on mange !

Délicatement, il posa la main par-dessus celle d’Elisa, et leurs doigts s’entremêlèrent. Ils échangèrent un sourire, et je reculai pour leur laisser un peu d’intimité.

– Je vous apporte du vin ! lançai-je en m’échappant vers la grande salle.

Déjà dans leur monde, ils ne prirent pas la peine de répondre. Elisa, la grande combattante des fins catastrophiques, la pourfendeuse des dénouements sans intérêts, connaissait enfin un début heureux.

J’aimerais, avant de passer à la plume de l’autrice, parler de ce qui m’a manqué dans cette histoire. Non pas que je suis déçue ou frustrée par cette dernière, mais j’avoue que l’aspect de la cuisine m’a semblé un peu surfait, et je suis, pour ne pas faire de mauvais jeu de mots, restée sur ma faim. En effet, on n’a de cesse de nous parler de la vie d’Adèle avant la crêperie, de ce concours de cuisine qu’elle a gagné, qui m’a aussitôt fait penser à Top Chef, mais on n’a finalement qu’un très bref aperçu de cette fameuse vie, parce que veut bien en dire la principale concernée. Ainsi, j’aurais aimé des flash-back, ou autre chose, permettant de mieux sentir comment elle état avant son burn-out. Cela m’aurait aidé à mieux la comprendre. Il y a certes, des recettes qui sont données à la fin, et l’on voit bien Adèle reprendre la cuisine, mais j’ai trouvé cela rapide, et j’aurais souhaité que son retour derrière les fourneau soit plus élaboré, plus long, afin que l’on saisisse mieux ce qui la bloque. Ici, on le sentiment que certes, elle a du mal, mais finalement, elle le fait quand même. Certes, le délai donné par Joséphine est très court, mais un peu plus d’angoisse de sa part, de doute, et d’échec aussi, aurait été bien venu. En vérité, Adèle retourne en cuisine et retrouve immédiatement sa passion en y arrivant du premier coup. C’est du moins l’impression que le roman m’a laissé. Un peu plus de cuisine n’aurait donc pas été désagréable, afin que l’on sente davantage la faim nous monter à l’estomac, aux babines. Par contre, les scènes avec Arnaud et sa fille sont touchantes, même si, là aussi, un peu plus aurait été agréable.

En ce qui concerne la plume de l’autrice, elle est toujours aussi agréable à lire, et c’est un vrai plaisir de se retrouver dans cette histoire. Les scènes sont bien décrites, et l’on ressent plutôt bien les émotions des personnages. Il y a beaucoup d’humour, et c’est très plaisant parce que, finalement, on a quand même un thème assez grave dans le roman, avec l’histoire d’Elisa et son état qui empire, plus le burn-out d’Adèle qui est quand même une menace sur l’histoire, avec la perte possible du restaurant. Le prétexte des lettres à écrire est bien trouvé, et c’est sympathique de les voir écrites, pour certaines, à la fin de l’histoire. C’est un jeu entre Elisa et Adèle qui met du baume au cœur et qui nous donne le sourire. Les joutes verbales entre Adèle et Arnaud sont toutes aussi plaisantes à lire, on s’en prend plein les dents. Ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère, et c’est marrant de les voir se comporter comme des enfants, à se séduire tout en se repoussant. C est une histoire légère écrite de manière légère, et la plume de l’autrice nous donne le sourire et nous fait plaisir. C’est un roman qui se lit très bien, et qui met en joie.

En résumé, c’est une lecture que j’ai dans l’ensemble appréciée, avec des personnages touchants et agréables, qui donnent envie d’être suivis tout au long de leurs aventures, qui m’ont aussi fait rire, mais où j’ai aussi trouvé des petits défauts. A mon avis, l’histoire ne va pas assez loin pour le personnage d’Adèle, et le thème de la cuisine n’est pas assez abordé. Cependant, cette lecture reste une lecture très plaisante, et je vous la recommande les yeux fermés. C’est une bonne romance, voire même un feel-good car il donne la pêche, il met en joie. C’est une bonne lecture, qui se lit bien et qui est agréable à lire.

Et vous ?

Lisez-vous beaucoup de romances ?

Que n’aimez-vous pas retrouver dans ce genre de lectures ?

Ou au contraire, qu’avez-vous besoin d’y retrouver absolument ?

Bonne journée à tous 😉

Une réflexion au sujet de « La crêperie des petits miracles »

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