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Persona

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez un bon weekend. Ici, il est marqué par la tempête qui s’est levée. Le vent souffle dehors, mais on échappe pour le moment à la pluie. C’est déjà pas mal, même si c’est une journée à rester chez soi, avec un bon livre à la main, ou une pile de copies à corriger.

Je vous retrouve aujourd’hui sur le blog pour vous présenter un roman policier que j’ai lu dernièrement. Pour ceux qui suivent avec attention mon C’est Lundi, que Lisez-vous ? que je publie toutes les semaines, vous voyez peut-être de quel roman il s’agit, puisque c’est un livre que j’ai fini la semaine dernière et qui se trouvait donc dans mon bilan bilan de cette semaine. Il s’agit du roman Persona, le premier roman de Maxime Girardeau, publié aux éditions Mazarine. Le roman est une nouveauté, il est sorti cette semaine, le 12 février, et je remercie les éditions Mazarine ainsi que le site NetGalley de m’avoir permis de le découvrir en avant première. Voici son résumé :

Un homme est retrouvé horriblement mutilé dans un bâtiment désaffecté du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. Pour Franck Sommerset, commissaire à la Crim’, c’est le début d’une enquête étrange et singulière.

Étrange, car ce n’est pas une série d’homicides au sens propre du terme à laquelle il se trouve confronté  : toutes les victimes sont encore en vie, mais elles ont été torturées et «  enfermées  » en elles-mêmes.

Singulière, car pour comprendre, Franck Sommerset va devoir plonger dans l’univers des nouveaux maîtres du monde – les grands du numérique qui maîtrisent nos vies immatérielles.

C’est au cœur de Paris, dans ces tréfonds et au-delà, que Franck va suivre la piste de ce qui ressemble à une vengeance frénétique, folle et pourtant méthodique, où s’affrontent deux mondes, un nouveau qui se persuade de sa toute puissance et un ancien qui ne veut pas mourir …

Dans cette histoire, nous suivons trois personnages principaux, qui sont donc Franck, le commissaire en charge de cette sombre affaire, Elga, une jeune femme employée chez Google, et Kahl, un homme plus âgé, d’environ 50 ans, qui travaille dans la publicité et est un grand nom dans ce domaine. Or, voilà que des attaques ont lieu, et des victimes en série commencent à faire surface. De quoi attirer l’attention de la police qui doit résoudre cette enquête, mais qui pique aussi la curiosité d’Elga. Les victimes sont torturées et subissent toutes un châtiment qui les empêchent à jamais de parler. Mais que vient faire Kahl dans cette histoire ? Et qui se charge de semer la terreur dans Paris ? Franck parviendra-t-il à résoudre cette enquête et à enfermer le criminel ? Et si tout n’était pas aussi simple qu’il n’y paraissait ?

Je vais commencer cette chronique par vous parler de ce que je pense être les deux personnages principaux, qui sont donc Franck et Elga. Afin de ne pas vous spoiler le rôle joué par Kahl dans cette histoire, je vais donc éviter de vous parler de lui, et me concentrer sur le duo d’enquêteur étrange qui est mis en place ici. Franck et Elga ne sont pas fait pour travailler ensemble, Franck fait d’ailleurs très attention à suivre le protocole et à ne pas mettre en péril son enquête, mais Elga est une jeune femme obstinée. Mêlée malgré elle à cette histoire, elle va avoir son rôle à jouer et elle compte bien aller jusq’au bout, même si cela ne plaît pas aux autres. Pourtant, Elga n’a rien d’une enquêtrice, cela est loin d’être son domaine. Elle, elle travaille au sein de Google France, un travail prestigieux, mais dans lequel elle s’ennuie. L’enquête de Franck lui permet donc de pimenter sa vie, et de se donner l’impression d’être en quête d’une certaine justice, d’une certaine vengeance. C’est ce qui va la motiver au début, avant qu’elle ne se rende compte que, malgré le danger, elle doit aller au bout. Elga se sent presque investie d’une mission, elle doit comprendre comment elle en est arrivée là, et pourquoi ces victimes se retrouvent sur sa route. J’ai beaucoup aimé sa ténacité, même si l’on s’attend parfois à ce qu’elle baisse les bras. Or, ce n’est pas le cas, et elle est même celle qui pousse les autres, qui leur remonte le moral. Elga est un personnage assez solaire, qui est d’un naturel optimiste, et qui pousse les autres dans leurs retranchements. Le fait qu’elle ne soit pas de la police lui donne une certaine candeur, et le fait qu’elle soit encore jeune, en dessus de la quarantaine, sans famille ni enfant, permet aussi qu’elle conserve une certaine naïveté qui ne la dessert pas,; au contraire même. Elga voit cette enquête avec un œil neuf, un œil non aguerri, qui lui permet alors de se poser les bonnes questions. J’avoue qu’à un moment donné de l’enquête, sa présence partout m’a semblé suspecte, et je me suis demandé si l’auteur n’était pas en train de nous dire que les motivations de la jeune femme n’étaient pas plus intéressées que cela. Je vous laisse lire le roman pour deviner le dénouement. En tout cas, c’est un personnage que j’ai apprécié suivre, et qui m’a permis d’apprendre des choses. Elga est en effet bien plus au courant de la manière dont fonctionne le monde que Franck, et de ce fait, elle est mieux à même de l’aider dans cette enquête qui mêle les grandes entreprises américaines, celle même où elle travaille. Cela permet aussi des remarques intéressantes sur ce monde à part, et j’ai beaucoup aimé que cette histoire soit placée au moment de l’élection de Trump, car cela permet de savoir comment les grandes entreprises ont réagi à cette annonce qu’elles n’attendaient visiblement pas. Cela permet d’apporter un peu d’humour dans une histoire sombre et un moment tragique.

– Bonjour, Elga, répondit-elle. Je… Je suis envoyée par moi-même pour apporter moi aussi mon aide dans cette enquête.

Yann sembla apprécier le trait d’humour, sans savoir concrètement ce qu’il devait en comprendre.

– Elga n’est pas de la maison, mais elle est… (Franck hésita une seconde…) Elle est notre consultante spécialisée dans les réseaux sociaux. On a fait appel à elle sur cette enquête pour apporter un point de vue différent et d’autres techniques d’identification. Elle nous vient de Google.

Elga sourit face à ce mensonge qui lui offrait néanmoins une première légitimité pour prendre part à l’enquête.

– Fantastique, répondit Yann à l’adresse d’Elga avec un réel enthousiasme, j’ai hâte de voir comment vous procédez.

Pour Elga, la joe de trouver un rôle dans l’équipe, même artificiel, s’estompa aussi vite avec la pression nouvelle d’avoir maintenant des objectifs concrets à remplir.

Le personnage de Franck est tout aussi intéressant à suivre, même s’il est beaucoup plus bourru que celui d’Elga, et moins en phase avec le monde d’aujourd’hui aussi. Franck est en décalage dès qu’il s’agit des nouvelles technologies. Âgé d’environ soixante ans, il a du mal à se faire à ce nouveau monde qu’il ne comprend pas. C’est pour cela qu’Elga est aussi importante pour son enquête. On sent alors à quel point il est parfois perdu dans toutes les technologies, et même dans la vie de tous les jours. Franck est un pur parisien, qui adore sa ville, mais l’aspect sombre du roman et des victimes auxquelles il se retrouve confronté lui permet de s’apercevoir aussi que sa ville est en mutation, et cela ne lui plaît pas. Franck pourrait parfois passer pour l’une de ces personnes qui regrette l’ancien monde et qui est en froid avec la jeunesse actuelle. C’est peut-être un peu plus compliqué que cela, et heureusement, car Franck fait beaucoup d’effort pour s’intéresser au monde actuel, même si c’est pour le critiquer. En tout cas, j’ai aimé sa rigueur de flic, et le fait qu’il cherche toujours à se surpasser. Comme Elga, il ne veut pas abandonner cette enquête, ni ses suspects. Cependant, il est parfois plus prêt à renoncer qu’elle, tout simplement parce qu’il a plus de mal à intégrer la nouvelle violence de ce monde auquel il est confronté. Cette violence, il la connaît car il voit souvent des cadavres et des crimes, mais pas la souffrance que laisse dans son sillage les nouvelles technologies et le monde de l’entreprise. Il voit une violence à l’état brut, alors qu’Elga la voit détruire les hommes petit à petit. J’ai beaucoup son histoire personnelle, avec sa mère, et la manière, pleine de pudeur, avec laquelle il se confit là-dessus à Elga. leur relation à tous les deux est très intéressante à suivre, et j’espère vraiment qu’on les reverra dans une autre histoire ensemble.

– Vous vivez dans un univers étrange.

– Nous vivons dans le même, répondit Elga dans un sourire.

– Non, le vôtre est très différent.

– Lequel ?

– Celui que vous appelez le « nouveau monde », le digital, Google, les technologies, Facebook, le Big data, tout ce jardon commence à m’agacer.

– Le jargon vous agace ? Je vais vous offrir un dictionnaire. (Elga laissa échapper un éclat de rire. Elle remarqua son exaspération). Oh, Franck, si en plus vous perdez votre sens de l’humour.

– J’avoue avoir du mal à sourire. Vous prenez conscience des gens sordides que nous avons croisé ces derniers jours ?

– Oui, et ? C’est différent de ce ont vous avez l’habitude au quotidien ?

– C’est pire.

– C’est parce qu’en plus du reste ils sont prétentieux et brutaux. Mais ce sont les mêmes…

– Je passe ma vie à observer la misère humaine et ses conséquences. Dans mon monde, il y a des raisons, des origines, des vies cassées, des destins sacrifiés. Vous, vous vivez dans des bulles expurgées, lisses, autarciques, où tous ne sont habités que par un complexe de supériorité. C’est ahurissant.

En parlant de violence, il a bien une chose que j’ai retenu de ce roman, qui m’a marquée lors de sa lecture, c’est que ce roman dégoûte de travailler dans une entreprise, quelle qu’elle soit. On a une vision de ce monde très mauvaise, qui montre un univers brutal, destructeur. On n’a qu’une envie, c’est de le fuir. Et même lorsqu’Elga parle de sa propre entreprise, qui est donc Google, on se rend compte qu’elle n’a pas forcément une bonne image de cette dernière. Certes, l’entreprise fait beaucoup pour ses salariées, et ressemble même à un paradis, mais on s’aperçoit qu’elle force ses employés à rester des enfants, qu’elle favorise les guerres internes, et surtout que le travail fait est vide de sens. C’est tout ce qui marque Elga, le fait qu’elle est en vérité inutile. Cela m’a beaucoup fait penser à ces documentaires sur les métiers qui ne servaient à rien si ce n’est occuper des personnes et ne pas les avoir au chômage. Elga dégage cette impression, celle que son poste est vide. Elle n’a pas la même utilité qu’un professeur, qu’un médecin, qu’un policier, et c’est ce qui la ronge jour après jour.

Elga, surprise, se tourna vers les deux personnes de son équipe qui l’accompagnaient. Leur couleur tranchait avec les « petits-gris ».

– Pardonnez-moi. Je pensais que vous lanciez une nouvelle gamme de produit. Que vous utilisez ce lancement pour vous repositionner en termes d’images.

– Alors, vous n’avez rien compris, répondit la directrice dans un sifflement d’agacement surjouée. Nous ne changeons rien à nos produits. Nous refaisons les packagings et nous les dessinons selon ce que les études nous disent. Nos clients veulent manger plus sainement. Très bien, nous allons leur offrir cette idée. Mais l’idée seulement. Le prix, lui, ne doit pas bouger. Et si le prix ne bouge pas, le produit non plus. Vous savez ce que ça voudrait dire de changer les produits pour les rendre meilleurs à la consommation ? Il faudrait enlever tous les conservateurs, additifs, colorants et changer les processus industriels. C’est impossible. Si on a besoin de vous et que l’on investit un milliard dans ce plan, c’est justement pour changer notre image sans changer nos produits. Sinon, on aurait pas besoin de vous…

[…] Ce jour-là, face à ces « petits-gris » d’un classicisme désolant, le petit cousin percuta Elga. Il lui apporta un miroir et lui demanda de se regarder. Elle s’était alors vue dans son costume gris de vendeuse de guerres. Un être impudent gagnat sa vie sur la misère. Son monde utopique s’ébranla. La secousse parut légère et brève, mais des fuissures plus profondes apparurent.

Je voudrais rapidement souligner quelque chose qui m’a dérangé lors de ma lecture. Il ne s’agit pas des scènes de crime, très violentes et très bien décrites, mais de la manière dont l’histoire se met en place et se résout. En effet, pendant toute une grande partie de l’histoire, la majeure partie, on s’attend à savoir qui est le coupable, on en a même une idée précise, et j’avoue que j’avais trouvé cela assez intéressant, que je l’étais portée par cette théorie et que j’attendais juste la manière dont les personnages allaient arriver a même résultat. Or, il a un gros bouleversement de situation, et tout est renversé. Dans d’autres romans, cela ne m’aurait pas dérangé car cela aurait permis de refaire toutes les théories, mais dans celui-ci, j’avoue avoir été déçue. En fait, j’ai trouvé la résolution de l’histoire un peu tirée par les cheveux. Certes, tout fonctionne, et c’est tout de même bien fait, mais j’ai eu l’impression que l’auteur voulait trop en faire. En fait, dans ce genre de roman, j’aime quand c’est presque à huit-clos, qu’on a tous les personnages sous les yeux depuis le début et qu’on n’a qu’à chercher le suspect parmi eux. Et même si c’est presque le cas ici, le mobile échappe complètement à notre entendement. J’aurais souhaité que cela soit un peu plus prévisible, et peut-être éviter tout ce qui se passe en Colombie. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas vous spoiler, mais c’est mon ressenti, le fait que l’histoire est un peu bancale dans sa résolution, même si tout fonctionne quand même.

En ce qui concerne l’écriture de ce roman, elle est très bien menée, et comme je l’ai mis plus haut, les scènes de violence sont bien décrites, sans que cela ne ressemble à un roman d’horreur. Tout est bien dosé et l’on ressent la stupéfaction des personnages qui se retrouvent face aux victimes, sans en avoir tous les détails. Les émotions des personnages sont aussi bien retransmises et l’on se met facilement à leur place. Le suspens est lui aussi bien dosé et l’on a du mal à lâcher ce roman car l’on veut savoir qui est le criminel et comment l’affaire va être résolue. J’ai pris beaucoup de plaisir àlire ce lire..

En résumé, c’est un bon polar même si j’ai été déçue par la fin. Je me suis bien attachée aux personnages principaux, ce qui accentue ma déception, mais c’est un polar qui est bien mené et addictif. J’ai vraiment eu du mal à le lâcher et j’étais heureuse lors de mes pauses pour pouvoir le poursuivre. Je vous en conseille donc la lecture.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans les romans policiers ?

Ou au contraire, qu’est-ce qui peut déranger votre lecture ?

Comment imaginez-vous les flics dans ces histoires ?

Bon dimanche à vous 😀

2 réflexions au sujet de « Persona »

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