chroniques littéraires

Les 5/5, tome 1

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez une bonne semaine. Ici, comme pour beaucoup, elle est marquée par la grève. C’est là que je me dis que j’i tout de même de la chance, car je ne suis finalement que peu impactée, les transports en commun nantais ne participant pas au mouvement. Je peux donc faire cours et assister à toutes les réunions qui sont mises en ce moment assez facilement. Pourtant, ceci ne m’empêche pas de reconnaître la légitimité de ce combat et de la grogne qui monte de plus en plus contre le gouvernement, contre tous ceux qui ont des privilèges et qui laissent les autres crever la bouche ouverte. Et lorsque je lis les commentaires sur les réseaux sociaux, on se rend bien compte que la solidarité est quelque chose qui se perd.

En parlant de solidarité, et puisque je ne vais pas m’étendre sur la colère qui monte en France, je vous propose un roman, que j’ai lu il y a plusieurs semaines, mais qui correspond en fait bien au climat actuel. Il s’agit du premier tome de la duologie Les 5/5 de Anne Plichota et Cendrine Wolf. Pour certains, ces noms ne sont peut-être pas inconnus, car ce duos d’autrices est connu pour leur saga Oska Pollock, dont j’ai lu les premiers tomes et auxquels je n’ai pas du tout accroché. Quand j’ai donc commencé à lire ce nouveau roman, j’avais donc un peu peur, ne sachant pas vraiment à quoi m’attendre, mais le résumé me tentait vraiment. Je vais donc vus livrer aujourd’hui mon ressenti sur ce premier tome. Il est sorti aux éditions XO Jeunesse en 2017 et voici son résumé :

FAR a 16 ans, c’est une jeune fille surdouée, déchirée entre deux cultures.
MERLIN et TITUS, les jumeaux, sont déscolarisés, ils ont 17 ans et la précarité est leur quotidien.
TOM, 13 ans, acrobate, solitaire et rebelle, ne connait pas le manque, si ce n’est l’estime de son père.
JOHN, enfin, le plus jeune, 12 ans, est un garçon né dans un corps de fille, choyé par ses parents mais incompris du reste du monde.

Tous ont quelque chose a prouver, une blessure à soigner. Tous vont se retrouver autour d’une même passion, les sports de la rue, et d’une même quête: la justice.
Le grand frère de Tom, Lip, va leur donner l’occasion de mener le combat. Révolté par le cynisme de son père, qui n’a de cesse de s’enrichir sur le dos des pauvres, il décide de faire des 5/5 un clan, les transformants en robin des bois des villes.
Bientôt, les cinq ados vont mener la vie dure à tous les profiteurs sans scrupules. Sans se douter des dangers auxquels ils vont être confrontés…

Dans ce roman, nous suivons cinq adolescents que tous semblent opposés au départ. Ils n’e viennent pas du même milieu social, n’ont pas la même religion, n’ont même pas le même âge. Et pourtant, ils possèdent deux choses qui les rapprochent, leur amour pour les sports de glisse et pour la justice. Tous les cinq sont abîmés par la vie malgré leur jeune âge. Tous les cinq sont confrontés tous les jours à l’injustice du monde des adultes, à la violence que le monde propose. Et tous les cinq comptent bien remettre les compteurs à zéro. Réunis, ils décident de s’attaquer à des grandes fortunes, à des grandes personnalités, et se transforment en véritables Robin des Bois des temps modernes., sans se douter qu’ils se mettent en grave danger.

Je vais commencer cette chronique par le personnage que j’ai préféré, celui auquel je me suis le plus attachée. Il s’agit de celui de John, un petit garçon coincé dans un corps de fille. Lorsque j’ai commencé à lire ce roman, j’avais déjà complètement oublié le résumé, n’en retenant que l’idée de justiciers. J’avais donc oublié la mention de personnage de John et tout son cheminement autour de son corps, même si l’on ne parle pas de sexualité dans ce roman. John est un petit garçon comme tous les autres, il aime se dépasser, les aventures, et surtout le surf. Il est l’un des meilleurs. Mais voilà, John est né dans le corps d’une fille sans se reconnaître dans ce corps. Pour lui, il est un garçon et cela devrait s’arrêter là. Or, malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas, et dès qu’on le rencontre, on est rapidement face à ce qu’il vit tous les jours, c’est–à-dire le rejet des autres. John est presque considéré comme un monstre. Heureusement, sa famille est soudée autour de lui, ce qui lui permet de grandir et de se construire, mais on peut aisément imaginer ce qui adviendrait de lui si ce n’était pas le cas. Ce qui est d’autant plus triste, c’est que John est jeune encore, à cet âge entre l’enfance et l’adolescence, et on se doute que sa situation ne peut qu’empirer avec la puberté. Comment grandir lorsque son corps n’est pas celui qu’on veut ? Lorsque l’on se sent différent, en opposition avec sa propre chair ? Lorsque les autres nous considère comme une bête de foire, comme un enfant capricieux à qui ses parents cèdent la moindre lubie ? Comment accepter le regards des autres ? Outre la personnalité de John qui est très intéressante et qui m’a séduite, ce sont toutes ces questions qui sont abordées dans ce roman de manière tout à fait intéressante. qui m’ont plu On ne parle pas de changement de sexe pour en parler, mais simplement pour évoquer toute l’injustice que cela engendre, pour tout le monde, aussi bien pour John que pour ses parents, sa famille, et ses amis, qui acceptent que John soit lui-même. Cela est fait avec pédagogie et avec intelligence. C’est bien de montrer ce type de personnage pour évoluer la manière dont on les considère, pour apprendre la différence aux enfants et adolescents. On ne peut alors que ressentir de la tristesse pour ce que vit John et on a envie de le protéger des horreurs de ce monde.

– J’accompagnais ma sœur, madame Banier, et on ne faisait que discuter, intervint John.

Le regard que lui lança la mère de Simon le fit aussitôt regretter d’avoir tenté de prendre sa défense.

– Toi, je t’interdis de t’approcher de mon fils ! éructa-t-elle, le doigt pointé vers lui.

Elle empoigna le bras de Simon qui, cette fois, se laissa faire, non sans jeter un oeil désolé à John.

– Elle est pas contente, commenta Fleur qui choisit ce moment pour sortir de son box.

John l’entendit à peine. Comme un zombie, à la fois à vif et totalement anesthésié par l’agressivité de la voisine, il regagna le patio avec la fillette. Pour constater que Mme Banier ne s’arrêtait pas là : plantée devant Line Clarence, elle n’était plus capable de courtoisie ni de retenue.

– Votre fille a un sérieux problème, ouvrez les yeux, bon sang :! Faites-la soigner !

Des gens commençaient à se montrer intrigués par la scène. Line essaya d’attirer Mme Banier à l’écart, cette dernière résista et haussa encore plus la voix :

– Si vous voulez que Jade devienne un transsexuel, libre à vous ! Mais n’entraînez pas Simon dans vos délires !

John sentit une fêlure en lui, les prémices d’un cratère qui s’ouvrait en profondeur pour l’engloutir de l’intérieur.

A présent, j’aimerais vous parler de l’autre personnage qui m’a séduit, c’est celui de Far. Je me suis un peu plus attachée à elle car elle m’a permis de mieux comprendre certaines choses, et de poser un problème qu’on ne voit pas forcément dans les romans jeunesse, celui de la religion. Far est en effet une jeune fille, une adolescence, piégée entre la religion de ses parents, la sienne, et le monde dans lequel elle vit. Immigrée de Kaboul avec ses parents, elle est à présent obligée de se fondre dans le monde occidental. Mais pour cela, elle est obligée à plusieurs sacrifices. Ses parents, déchirés eux aussi, ne savent plus comment réagir et se renferment. Les attentas n’aident pas, et même si les parents de Far aiment leur nouveau pays, et veulent y rester, ils veulent aussi conserver leurs traditions. Ceci fait que la jeune fille est obligée de porter le voile, de ne pas faire de sport jugés « dégradant », et qu’elle est surveillée. Far expériemente tous les jours l’injustice car prise entre deux cultures, elle est sans cesse obligée de justifier ses choix, de prendre parti pour l’un ou l’autre. De ce fait, je trouve que son personnage fait beaucoup référence à ce que j’ai pu lire dans les Identités Meurtrières d’Amin Maalouf, sur ces immigrés qui ne savent plus où est leur place. Far veut être libre, mais comment l’être avec ses parents, avec le poids des traditions ? Tout en gardant son identité ? Son personnage pose aussi beaucoup de question et l’ont comprend aisément pourquoi elle rejoint le groupe et veut se battre aux côtés des autres. On ne peut donc que compatir à la situation qu’elle vit et être en colère avec elle. Ce que j’ai aussi beaucoup apprécié avec elle, c’est sa générosité. Far est vraiment quelqu’un de bienveillant avec les autres et elle veille sur eux.

Le grain de la photo était grossier, sans doute en raison de l’agrandissement abusif d’une photo de basse qualité. Cependant, aucun doute, c’était bien elle. Dans une situation absolument anodine à laquelle elle ne s’attendait pas et qui risquait pourtant de lui coûter cher.

– J’attends explication, répéta son père.

Far réfléchir à toute vitesse. Mais comment justifier ce q’on voyait sr la mauvaise photo ?

– Toi, pas foulard, cheveux dans l’air, sur vélo de garçon… Trahir la confiance, Farahnaz !

Qasim la regardait sévèrement – pour qui se prenait-il, celui-là ? Son père, lui, se montrait lourd et sombre. Et elle tremblante de colère, de frustration, d’humiliation. Malgré tous ses efforts, son obéissance quasi totale aux dures contraintes de ses parents, ses excellentes notes au lycée, un homme comme Qasim pouvait débarquer à la maison avec une photo pourrie et ficher en l’air une de ses seules libertés !

Elle aurait adoré leur dire qu’elle parlait mieux français que n’importe lequel d’entre eux, qu’elle était l’un des maillons – modeste mais actif – du plus puissant réseau d’hacktivistes du Web, ainsi qu’une justicière dans toute la noblesse du terme, qu’elle allait entrer en terminale avec une année d’avance dans l’un des plus prestigieux lycées de Paris.

Qu’elle représentait un exemple d’intégration parfaitement réussie.

Qu’ils devaient la féliciter, l’encourager, la remercier plutôt que de la brimer pour avoir « oublié » son foulard ou pour avoir utilisé un vélo « de garçon » ! Qu’est-ce que cela voulait dire, d’ailleurs, un vélo « de garçon » ? Qu’est-ce qu’on en avait à faire de ces histoires ? Les filles ont le droit de faire le café, mais pas de faire de vélo ? Oh, bien sûr, elles ont le droit d’être des filles, ça oui, mais pas de le montrer.

Les autres personnages sont aussi intéressants, mais ce qui m’a surtout plu, c’est leur idéal et les moyens qu’ils mettent en oeuvre pour atteindre cet idéal. Cela est mis dans le résumé, ils se comportent comme des Robien des Bois des temps modernes, ils prennent aux riches afin de redonner au pauvres, tout cela dans l’illégalité la plus total. Bien que ce ne soit que des enfants, ils ont déjà un sens aigu de la justice et du devoir, et ils veulent faire des choses, aider leur prochain. Mais comment faire lorsque l’on est que des enfants, lorsque le monde fonctionne sur cette injustice, lorsque même l’Etat est corrompu ? Ces enfants font le choix de prendre quand même ce qui revient à d’autres, de rétablir une certaine notion d’équilibre, de balance. Et tant pis si cela veut dire bafouer les lois, voler ou faire du chantage à des gros chefs d’entreprise. Tant pis si cela peut les mener en prison, ou même pire. Plus l’histoire avance et plus on sent une vengeance derrière, qui est mise en place par le leader du groupe, Lip. On ignore encore jusqu’où il veut aller, mais on comprend peu à peu que les enfants ne vont pas sortir indemnes de cette histoire, qu’elle peut leur coûter bien plus que leur liberté. Et eux veulent aller le plus loin possible pour se venger de cette société qui leur prend tout, qui les condamne sans même les connaître. Ce roman permet donc de poser la question de justice et des valeurs qui doivent être défendues. J’aime beaucoup cet aspect presque philosophique que l’on retrouve dans cette fiction.

La discussion avait été stupéfiante, le projet de Lip et Tom paraissait fou, mais les frères Leduc ne s’étaient pas trompés. Que ce soit Far, les jumeaux ou John, chacun l’avait accepté avec la même indignation face à ce monde où la démesure et le dénuement cohabitaient dans une indifférence brutale.

Merlin et Titus, toujours à la lisière de la pauvreté, et Far, dont les parents travaillaient tant et gagnaient si peu, se rejoignaient sur ce point : non, on ne pouvait pas tous vivre au même niveau, l’égalité sociale ne pourrait jamais être atteinte. Mais quand aux excès se greffaient l’arrogance et l’exhibition de pouvoirs sans commune mesure, trop souvent sans mérite, cela devenait indécent et franchement insupportable.

Certes, chaque main tendue pouvait ressembler à une goutte d’eau perdue dans un océan sans limites, et pourtant la moindre d’entre elles pouvait avoiir valeur de trésor pour celui qui la recevait.

C’est sur ce point que Lip et Toma avaient ralliés leurs amis : on pouvait agir, par petites touches, des griffures ici et là, des estocades portées aux cyniques. Certes, ils ne changeraient pas le monde, ni le rendraient meilleur, aucun d’entre eux ne le pouvait. Mais ce n’était pas une raison pour ne pas lever le petit doigts !

Le roman est dans l’ensemble bien écrit et se lit bien. On est vite plongé dans l’histoire et le rythme est bien fait, on enchaîne des moments intenses avec les missions des personnages puis des moments plus calmes où l’on découvre chaque membres ainsi que leurs vies de tous les jours. J’avoue que par moment, je me suis demandé si cela n’était pas trop caricaturale, trop simple, avec une vision manichéenne des choses, mais pour ma part, cela a fonctionné. J’espère cependant que dans la suite, les choses seront moins simples, avec des doutes pour les personnages, qu’ils s’interrogent un peu plus sur ce qu’ils font. Cela est déjà mis en place à certains moments du récit, mais j’avoue que j’ai envie que les autrices aillent plus loin, qu’on sente un basculement pour certains, que ce soit encore plus creusé. Je suis restée sur ma faim à certains moments et je pense que l’histoire aurait pu encore être plus développée. En tout cas, je me demande comment cette histoire peut se terminer, car en général, ce type d’histoire finit mal, mais là, on a envie que cela aille bien pour tout le monde. J’ai donc hâte de lire la suite pour voir comment tous ces personnages auxquels on s’attache vont s’en sortir.

En résumé, c’est un premier tome dont j’ai apprécié la lecture et surtout le récit. J’ai beaucoup aimé suivre ces personnages avides de justice, de liberté et d’équilibre entre tout le monde. J’ai été en colère, outrée, avec eux, j’ai été triste aussi en même temps qu’eux. C’est un bon premier tome qui donne le ton d’une saga intéressante. Je me demande seulement comment cette histoire peut évoluer, et j’attends un peu plus de profondeur pour la suite, mais c’est un bon livre pour adolescents qui devrait plaire à beaucoup d’entre eux, et même aux adultes.

Et vous ?

Appréciez-vous les romans pour adolescents ?

Qu’aimez-vous y retrouver ?

Ou au contraire, qu’est-ce qui vous énerve dans ces récits ?

Avoir des personnages manichéens vous dérange-t-il ?

Bon vendredi à tous 😀

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