chroniques littéraires

A. I. – Amis Imaginaires

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien, que vous vous portez bien et que vous passez un excellent week-end. Pour ma part, je suis un peu fatiguée, la faute à un rhume qui m’a pourchassé toute la semaine et qui a bien fait rire mes élèves. C’est compliqué de faire cours lorsqu’on n’est pas en forme et que l’on parle du nez. Hier matin, j’avais aussi les portes ouvertes de mon établissement, ce qui m’a occupé ces derniers jours. Mais bon, ça, c’est enfin passé.

Aujourd’hui, je vous retrouve sur le blog pour une nouvelle chronique littéraire. Je sais que je n’arrête pas de dire que je vais intensifier le rythme de mes articles, et je vous promets, une nouvelle fois, que je vais mettre cela en place dans les prochaines semaines. En attendant, je vous présente aujourd’hui le premier roman d’une autrice que je suis sur les réseaux sociaux. Il s’agit de Betty Piccioli qui nous livre un roman jeunesse publié chez les éditions Castelmore en août 2018. Voici son résumé :

Il y a sept ans, les amis imaginaires des enfants se sont soudain matérialisés dans le monde réel, sur toute la planète.

Elena, douze ans, vit depuis lors une existence paisible avec ses parents et son A.I. John, un lion dandy qui s’est parfaitement intégré dans la société.

Mais un jour, aussi mystérieusement que sont apparus les A.I., des vagues d’enfants se mettent à disparaître. Elena et John décident aussitôt de mener l’enquête, une enquête qui va les amener à déjouer des pièges mortels, à pirater des systèmes informatiques et à affronter des individus tout droit sortis de mauvais rêves…

Dans cette histoire, nous suivons deux personnages principaux. Il y a d’abord Elena, jeune fille de douze ans, dont la vie fonctionne normalement. Enfin, normalement jusqu’à ce que son ami imaginaire, John, face irruption dans la réalité. John ne passe pas inaperçu, c’est en effet un gigantesque lion, dont il a parfois les caractéristiques animales. Il ronronne mais il est aussi capable de rugir et de se montrer agressif si quelqu’un s’attaque à sa « Darling » adorée. Il est le second personnage que nous suivons. Il nous livre ainsi ses pensées. Or, John n’est pas le sel animal imaginaire a avoir fait irruption dans la réalité. Ainsi, des millions d’amis imaginaires sont apparus avec lui. Mais ce qui semblait génial de prime abord ne semble plus l’être lorsque, sept ans après leur apparition, ce sont des disparitions qui commencent à avoir lieu. Et ce sont celles d’enfants qui surviennent. Elena et John décident donc de mener l’enquêter pour comprendre ce qu’il se passe, avant que ce ne soient le tour d’Elena.

Je vais commencer par vous parler de ce qui m’a séduite dans cette histoire avant même que je la commence, ce qui m’a donné envie de la lire. Il s’agit de son thème. Je trouve cela super original de proposer un monde où vivent les amis imaginaires et de les faire venir dans le notre. Car oui, les amis imaginaires ne sortent pas de nulle part, même si ce que l’on peut croire au début. J’aime beaucoup l’idée de les voir alors apparaître chez nous, de voir les réactions des enfants, celles des adultes. Et autant le dire tout de suite, tout le monde ne réagit pas de la même manière. Certains amis imaginaires ne sont pas franchement les bienvenus. On voit alors à quel point le monde a peur de ce qu’il ne comprend pas. En effet, personne ne sait comment les amis imaginaires ont fait pour apparaître dans notre monde, et des scientifiques travaillent d’arrache-pieds pour résoudre ce mystère. Mais dans quel but ? Celui de renvoyer les amis imaginaires de là où ils viennent ? Certains amis imaginaires sont mal traités, voire mis dans des camps, ou sont même exploités. Et ils ne disent pas grand chose. On peut presque s’attendre à une révolte de leur part. Mais tout ce qui leur importe, c’est le bien être de leur enfant réel, celui qui les a conçu comme ami imaginaire. C’est d’ailleurs le cas de John envers Elena, ou de nombreux autres amis imaginaires. Cette histoire permet alors la confrontation entre le monde des enfants et celui des adultes, où les premiers sont très heureux de voir en vrai cet ami imaginaire, alors que les parents en ont peur. Et cela permet de voir l’imagination délirante des enfants. C’est ce qui m’a bien plu dans ce roman.

Cependant, l’an dernier, il n’y a pas eu de nouvelles apparitions. C’est pour cela que, pour la première fois, un jour de fête nationale a été proclamée, afin de célébrer l’événement qui a bouleversé le monde. Paranoïaques comme ils sont, les A.I. pensent qu’on commémore la fin du problème, et non son commencement… Je n’ai compris que plus tard à quel point cet événement hors du commun avait été compliqué à gérer sur la planète. Quatre millions cinq cent mille créatures bizarroïdes qui débarquent toutes en même temps dans les familles, ça a posé pas mal de soucis d’organisation ! Ils étaient tous plus incontrôlables les uns que les autres – les adultes disent souvent qu’il ont alors pris conscience de l’imagination débridée de leurs enfants. Puis, des centaines de milliers d’autres créatures les ont rejointes les années suivantes. Dans certains pays, tous les A.I. ont été mis en prison… ou pire. John n’aime pas qu’on en parle, alors j’évite d’en parler, et mes parents font de même. Heureusement, je crois que, dans notre pays, nos amis sont plutôt bien acceptés. Ils ont été autorisés à prendre des petits boulots et beaucoup d’entre eux vivent dans les familles de leurs « Enfants Réels », comme on nous appelle.

Ce que j’ai aimé aussi, c’est toute la réflexion qu’il peut il y avoir, à un moment donné, sur le fait de grandir. En effet, Elena avait cinq ans lorsqu’elle a imaginé John, et elle en a maintenant douze. Elle grandi, devient une adolescente, et cela peut finir par poser problème. Ses besoins ne sont en effet pas les mêmes, même si elle ne s’en rend pas encore compte. En fait, Elena est encore une petite fille dans sa tête, et elle ne se pose pas forcément les bonnes questions. Ainsi, elle est persuadée que John restera toujours avec elle. C’est d’ailleurs un peu ce qui m’a dérangé avec le personnage d’Elena. Elle est assez possessive avec son ami imaginaire. Certes, elle a l’innocence et la candeur de son âge, elle ne s’en rend pas forcément compte et elle pense bien faire, mais elle ne laisse pas John vivre sa vie. Elle reste cloîtrée dans son univers d’enfant et le garde, d’une certaine manière, lui aussi prisonnier. Toute cette histoire va alors lui permettre de s’apercevoir que John a lui aussi des envies, qui ne sont pas forcément les siennes. Ce qui va aussi lui permettre de grandir, c’est le fait de s’apercevoir qu’elle n’est pas toute seule. En effet, Elena est persuadée qu’en dehors de John, elle n’a personne. Elle se comporte ainsi comme une adolescente butée persuadée que la terre entière lui en veut, même ses parents. C’est d’ailleurs ce qui m’a un peu agacée avec elle. Mais je ne peux pas lui en vouloir, elle se comporte comme une fille de son âge. Seulement, je ne me suis pas retrouvée dans son personnage, du moins dans une grande partie de l’aventure. Mais j’ai beaucoup aimé la manière dont elle évolue à la fin de l’histoire.

– Je suis épuisée…

– Je sais, Darling. Quant tout ça sera fini, je m’allongerai sur ton tapis pour au moins trois jours, histoire que personne ne vienne te déranger pendant que tu te reposes.

Ma gorge se serre en l’entendant me parler avec autant de douceur, malgré mon attitude déplorable envers lui depuis nos retrouvailles. Au lieu de voir les montagnes qu’il était prêt à déplacer pour moi, je n’ai écouté que ma colère et ma peur d’avoir été abandonnée. Il en a souffert, mes parents aussi. Et pourtant, il me pardonne, une fois de plus. Je me tourne le plus possible vers lui, jusqu’à apercevoir son oeil droit par-dessus le dossier de mon siège.

– Tu n’es pas obligé de faire ça, John. (Il soupire longuement et, à présent , je ne peux retenir mes larmes. Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma vie, mon gros lion, ça, tu ne dois jamais en douter. Mais ta vie à toi ne se résume pas à me protéger. Tu comprends ce que je veux dire .

Il acquiesce d’un air grave, et je ravale un nouveau sanglot. Un frisson me parcourt, et je tire plus à moi la couverture (…).

Je vais à présent vous parler de John, l’ami imaginaire inventé par Elena après un voyage en Angleterre. C’est un lion un peu dandy, qui porte des chapeaux et qui serait prêt à mourir pour Elena. Cette dernière compte énormément pour lui, elle est presque tout ce qu’il a. En fait, c’est sa seule famille, mais aussi sa meilleure amie. Il a dut mal à imaginer la vie sans elle. C’est pour cela qu’il se lance dans cette aventure, dans l’espoir de la protéger. Car John n’est pas vraiment un lion courageux même s’il ferait tout ce qu’il est possible de faire pour Elena. Il aime son confort. Mais il est prêt à prendre tous les risques pour elle, quitte à en faire trop. D’ailleurs, c’est pour elle qu’il se lance dans l’aventure. Si elle n’avait pas été concernée par les disparitions, il n’aurait jamais tenté de tout faire pour les arrêter. Il est assez fusionnel avec Elena. J’ai bien aimé son personnage, même s’il n’est pas un bon enquêteur. Il y a des choses logiques qu’il aurait dû comprendre avant. Il ne ferait pas un bon lion policier. Et surtout, il fait des grosses erreurs. Bien que plus mature qu’Elena, il agit lui aussi comme un enfant en n’écoutant pas ce qu’on lui dit, ce qui va lui jouer des tours. Heureusement, lui aussi évolue très bien et prend conscience du lien trop fort qu’il a avec Elena, qui les empêche peut-être tous les deux d’avancer.

– John, racontez-moi votre histoire : continue-t-il en se rasseyant et en croisant les jambes.

Je suis un peu déstabilisé de me retrouver interrogé alors que c’est moi qui étais venu pour mener le jeu des questions-réponses. Mais, bien que je le trouve passablement ridicule, ce personnage m’intrigue. Si je veux qu’il me donne les informations qu’il semble avoir, je dois lui prouver que je suis de son côté.

– Je suis arrivé ici il y a quelques jours, après m’être enfui de la famille de mon E.R. Je l’ai fait dans l’espoir de la protéger, de trouver un moyen de stopper ces disparitions. Mais j’ai l’impression que rien n’avance et que ce n’est pas l’ASAI qui résoudra ce problème. J’ai peur pour mon E.R., peur de la perdre à jamais.

Le Capitaine hoche la tête, puis lisse sa fine moustache.

– Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour votre E.R., John ?

Je prends une longue inspiration et dévisage quelques secondes le jeune homme en face de moi. Il ne me paraît plus ridicule, tout à coup.

– Je suis prêt à donner ma vie pour elle.

Mon personnage préféré dans toute cette histoire est Stella, une jeune scientifique qui va aider John et Elena à comprendre ce qu’il se passe avec les disparitions d’enfants. J’ai adoré son franc-parlé, son féminisme, et surtout son histoire, même si j’aurais aimé en savoir un peu plus que ce qu’elle veut bien dire. C’est l’un des personnages les plus courageux de la bande, avec un cerveau bien fait. C’est une vraie héroïne qui devrait beaucoup plaire. J’ai aussi beaucoup aimé le personnage du Capitaine Light Crusher, qui apporte beaucoup d’humour à cette histoire. Là aussi, son histoire personnelle est très intéressante et touchante. Les personnages secondaires de cette histoire sont très soignés et c’est ce qui apporte son charme.

La plume de l’autrice est agréable et le roman, même s’il est pour les enfants, se lit très bien, même par des adultes. On passe un bon moment en compagnie de tous ses personnages, et même si certaines choses sont prévisibles, on se laisse prendre au jeu de la recherche du « méchant« , celui qui est responsable de toutes ces disparitions. C’est un bon livre jeunesse qui plaira aux enfants et aux moins jeunes. J’ai apprécié le fait que l’on passe du point de vue d’Elena à celui de John, et inversement, car ils n’ont pas les mêmes idées et la même manière de voir la situation. Cela apporte donc beaucoup au récit car on voit les choses de deux manières différentes, comme la situation des A.I., par exemple. Je l’ai cependant trouvé trop jeunesse, même si j’ai aimé ma lecture. C’est sans doute dû au fait qu’Elena est très jeune. Et le fait que je trouve la fin traitée trop vite. En effet, il y avait un rebondissement intéressant et je m’attendais presque à ce qu’un second tome soit proposé, avec une fin finissant justement sur un suspens. Or, ce n’est pas le cas, car l’histoire est bien terminée à la fin, et j’ai trouvé cela un peu dommage, car j’aurais souhaité d’autres détails, Je suis un peu restée sur ma faim, j’aurais souhaité plus d’action. Cependant l’idée de base est très originale et très bien traitée. Le roman est bien écrit et il correspond au public. Il ne faut pas oublier que je le lis avec un regard d’adulte.

En résumé, je conseille ce roman aux plus jeunes et aux moins jeunes qui aiment la littérature jeunesse. Ce premier roman est très bon, on se laisse facilement embarquer dans l’aventure, les personnages sont plaisants et l’histoire est agréable à lire. Les messages de cette histoire sont très intéressants et devraient en faire réfléchir plus d’un. On passe un bon moment et les personnages secondaires sont géniaux et attachants. Ce roman devrait donc plaire à beaucoup d’enfants, d’adolescents, et à certains adultes.

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3 réflexions au sujet de « A. I. – Amis Imaginaires »

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