chroniques littéraires·service presse

Opération pantalon

IMG_20170326_122825

Bonjour tout le monde. Ca y est, nous nous retrouvons enfin un dimanche pour une chronique littéraire. J’avoue en effet que cela fait un moment que je ne vous ai pas présenté d’avis sur mes lectures, notamment le dimanche. Cela fait un petit moment qu’aucun article n’a été publié ce jour-là. Ces dernières semaines ont été un peu chargées, et je n’ai pas pris le temps de vous préparé des articles. Mais j’espère me reprendre afin de ne pas laisser ce blog à l’abandon. Il me tient à cœur de partager avec vous mes lectures et tout le reste. Même si je travaille beaucoup sur mon roman en cours, je ne dois pas mettre le blog en pause pour cela. Les articles vont donc reprendre un rythme normal, et pour cela, cette semaine, j’ai décidé de vous parler d’une de mes dernières lectures que j’ai très envie de partager avec vous. D’ailleurs, ce roman est sorti cette semaine, et je l’ai eu vite dans ma pile-à-lire, et je l’ai dévoré aussi vite. Je suppose que vous devinez déjà qu’il s’agit d’un gros coup de cœur. Ce roman, c’est Opération pantalon, de Cat Clarke, paru aux éditions Robert Laffont. Je les remercie d’ailleurs d’avoir accepter, via le site NetGalley, de me faire découvrir ce roman. Il s’agit d’un roman jeunesse. Voici son résumé :

Liv Spark, 11 ans, est un garçon transgenre élevé au sein d’une famille ouverte d’esprit. Avoir deux mamans, c’est vraiment le pied, et Liv est impatient de commencer le collège et de s’y faire de nouveaux amis. Garçon ou fille, la question ne s’est jamais posée pour le moment, ses parents le laissant s’habiller et s’exprimer comme il le souhaitait. Mais tout va basculer lorsqu’il découvre qu’il lui faudra porter une jupe. Liv n’a aucune envie de se plier à la politique stricte de son école concernant l’uniforme, mais il n’est pas encore prêt non plus à partager son secret, il lance alors l’Opération Pantalon, une campagne qui vise à permettre aux filles de porter un pantalon. Si tout le monde pense qu’il est une fille, eh bien, il fera semblant…pour le moment. Pendant cette campagne, Liv va être victime de harcèlement scolaire, d’un deuil familial et des remarques désagréables du proviseur. Après s’être fait jeter par son meilleur ami, Liv va devoir réapprendre à faire confiance. Trouvera-t-il le courage de partager son secret, et de dire à sa famille et à ses amis qui il est vraiment ? Opération Pantalon est un livre plein d’humour et de tendresse qui parle d’amitié et de comment rester fidèle à soi-même.

Notre personnage principal, Olivia, est donc un garçon dans un corps de fille. Ce livre parle des transgenres. Mais ce n’est pas tout, Liv, comme il préfère être appelé, faute de mieux, a deux mamans. Il vit dans une famille gay avec son petit frère. Tout ceci n’était pas un problème si la puberté, et l’entrée au collège, ne venait pas tout remettre en cause. Car Liv n’a encore avoué à personne son Secret, le fait qu’il est en fait un garçon. Et il aurait pu se permettre de prendre le temps de préparer cet aveu s’il n’y avait pas eu le problème du collège. Car Liv s’est inscrit dans collège privé où l’uniforme est obligatoire. Cet uniforme impose une jupe à toutes les filles. Mais Liv n’est pas une fille dans sa tête. Et surtout, il déteste les jupes. Il va alors tout faire pour faire changer ce règlement sexiste. En chemin, il va perdre sa meilleure ami, se découvrir un nouvel ami, une bande, et apprendre à s’affirmer. Il va passer par des étapes assez dures pour mener à bien l’opération pantalon et permettre à tous de s’habiller comme ils le souhaitent.

Ce qui m’a d’abord séduite dans ce roman, c’est qu’on parle de transgenre. C’est assez rare dans les romans, alors que de plus en plus mettent en scène des histoires homosexuelles. Ce qui m’a d’autant plu, c’est que c’est un roman pour les enfants. C’est très important je pense d’évoquer ce sujet avec eux, de parler aussi bien de sexisme auquel va être confronté Liv que du fait de s’accepter tel qu’on est. Liv va être confronté à la méchanceté des autres, qui ne vont pas comprendre son combat, ceux pour qui c’est normal qu’une fille soit en jupe. Il va devoir prendre sur lui pour affronter cela, et enfin affirmer qu’il est un garçon dans un corps de fille, et que ce n’est pas parce qu’il est une fille dans son corps qu’il doit se retrouver en elles. Toutes les filles n’aiment pas les jupes, toutes les filles n’aiment pas le rose, toutes les filles n’ont pas les cheveux longs. En fait, dans l’école de Liv, personne ne sait qu’il est un garçon puisque le cache, même à ses parents. Pour tous, Liv est donc une fille qui se comporte comme un garçon manqué, et c’est ce qui va lui attirer les foudres de ses camarades. Ces derniers ne trouvent pas normal qu’en tant que fille, Liv ne s’affirme pas en tant que tel. Il va d’ailleurs être traité de « monstre », juste parce qu’il a les cheveux courts et refuse la jupe.

J’ai pris conscience que j’étais différent à l’âge de sept ou huit ans. e n’est pas comme si je m’étais réveillé un beau matin en m’exclamant : « Je suis un garçon! » Non. Ca m’a comme qui dirait titillé pendant quelque temps avant que je puisse y prêter attention. Alors j’ai commencé à me dire que le terme « fille » ne me correspondait pas vraiment. C’était comme une chaussure trop petite – je me sentait trop étriqué dedans.

En fait, il y a un autre problème sous-jacent dans ce roman, c’est celui du harcèlement scolaire. Liv est déjà mis à part par les autres parce qu’il ne correspond pas aux critères standards que s’imposent les autres élèves filles, comme être maquillées. Liv ne ressemble pas à une fille. Or, en plus, il a deux mamans, il vit dans une famille gay, ce qui va faire de lui la cible des autres élèves. Liv est trop différent pour eux. L’homophobie se met en place dans la classe, en plus du reste. Même si Liv est en sixième, les mots sont durs et cruels. Surtout lorsque sa meilleure amie depuis l’école primaire se met à son tour à entrer dans le jeu des pestes qui harcèlent Liv. Celui-ci va donc se retrouver isolé, tout cela parce qu’il n’a pas une famille comme les autres et parce qu’il pense différemment du groupe. C’est assez horrible la manière dont va être traité Liv, surtout qu’aucun professeur n’a l’air de comprendre à quel point il y a un problème. Personne ne va voir l’homophobie dont va être la victime Liv, qui va conduire le jeune adolescent a de graves réflexions.

  • Si tu étais mon ami, tu comprendrais pourquoi je ne veux pas que mes mères viennent ce soir.
  • Je le comprends, Liv.

Les flammes explosèrent.

  • Non ! Tu ne sais as du tout ce que ça fait ! Personne ne va rire et fixer tes parents du regards et les pointer du doigt quand ils arriveront ! TES PARENTS SONT NORMAUX !

J’ai adoré le personnage de Liv. On s’attache facilement à ce garçon qui est perdu dans son corps. L’adolescence n’est déjà pas une partie de plaisir, mais Liv a un problème plus grave que les autres adolescents qui voient leurs corps se transformer, lui sait qu’il n’est pas une fille et cela le fait souffrir de voir son corps se modifier pour être celui d’une fille. Cela ne correspond pas du tout à ce qu’il est à l’intérieur, et il ne peut en parler à personne, parce qu’il n’ose pas, parce qu’il a peur d’être rejeté, de ne pas être comme il faut. Il a des mères formidables, mais qui ont aussi leurs problèmes, et en bon fils qu’il est, il ne veut pas leur en rajouter. Il essaie donc de se battre tout seul au collège, contre la jupe et ses harceleurs. J’ai aimé son courage et sa force. Même s’il doute de ce qu’il fait, il reste certain qu’il le fait pour son bien. Il ne doute jamais de ce qu’il est, il ne cède pas à la facilité en se disant qu’après tout, il peut faire semblant d’être une fille et supporter cette jupe. Il se bat jusqu’au bout. On a envie de l’aider, et en lisant ce roman, j’ai pensé à tous ces enfants et adultes qui sont obligés de paraître pour ce qu’ils ne sont pas. Certes, le personnage de Liv est fort, mais combien comme lui n’ont pas cette force ? On a envie de se battre avec Liv, pour lui, mais aussi pour tous les autres. Ce n’est simplement plus un combat contre la jupe, c’est un combat contre les préjugés qui gangrènent nos sociétés.

J’ai beaucoup aimé aussi le personnage de Jacob. C’es un personnage qui se révèle tout au long du roman. Au début il est le garçon populaire qui fait fantasmer les filles, le garçon a avoir parmi ses amis, mais on découvre peu à peu que lui aussi souffre. J’ai apprécié qu’il se rapproche de Liv, qu’il le fasse rire, qu’il participe à son combat alors qu’il n’a rien à y gagner, et qu’enfin il lui avoue lui aussi son secret. J’avoue que je m’attendais à une révélation bien plus grave pour Jacob, mais finalement, son aveu est ce qui va permettre à Liv de s’accepter tel qu’il est. J’ai adoré sa réaction lorsque Liv va lui confier son secret à lui. Jacob est un vrai ami, et un garçon bien. Si un jour j’ai des enfants, j’espère qu’ils auront les mêmes réactions que lui face à de tels aveux.

  • Je pense… je sais… que je suis transgenre.

Ce fut difficile pour moi de le regarder ensuite, mais j’avais besoin de voir son visage – son expression. Elle nous trahit toujours. On ne peut pas déguiser sa réaction, pas dans les premières secondes.

Le visage de Jacob n’avait pas changé d’un iota. Il hocha la tête.

  • Ok.

Je lâchai un petit rire fébrile.

  • « Ok »? C’est tout ce que tu as à me dire ?

Il haussa les épaules.

  • Qu’est-ce que tu voudrais m’entendre dire d’autre ?
  • Je ne sais pas ! Ca ne te… fait pas flipper ?
  • Ca devrait ?

Il m’adressa un sourire.

  • Non !
  • Eh bien, Ok, alors. (Je le fixai du regard jusqu’à ce qu’il reprenne la parole.) Tu es mon ami, Liv, c’est tout ce qui importe.

Le personnage d’Enzo, le frère de Liv, est aussi génial. Je ne connais pas personnellement d’enfant comme lui, aussi innocent, mais tous les enfants devraient en fait lui ressembler. J’ai aimé sa fraîcheur et sa joie de vivre, le fait qu’il se moque des autres.

Certains personnes trouvaient qu’il avait l’air ridicule, mais en vérité, ça n’était pas le cas. Il avait l’air cool, et c’était la première fois que je pensais à lui en ces termes. Ce n’était pas tant sa tenue sinon le fait qu’il se fichait du regard des gens. Il se sentait bien dans son costume. Même s’il ne ressemblait pas vraiment à un super-héros, il avait le sentiment d’en être un.

(…) J’étais fier de mon petit frère. On avait beau le pointer du doigt, ricaner ou le fixer des yeux, il s’en moquait parce qu’il était bien dans sa peau. Il était heureux. C’était tout ce qui comptait à ses yeux.

Le personnage de Maisie, l’ancienne meilleure amie de Liv, est par contre détestable. Je l’ai trouvé pire que Jade, qui harcèle Liv, tout simplement parce que Maisie n’est pas méchante en soi, elle se contente juste de laisser faire, alors qu’elle était proche avant de Liv. Elle accepte toutes les horreurs que dit Jade sur les mères de Liv, alors qu’elle les adorait. Elle fait ça juste pour être populaire. C’est le genre de personnage faible et passif qui peuvent détruire les autres. Elle est une harceleuse passive et c’est d’autant plus grave, à mon sens.

En fait, ce roman m’a énormément plu parce qu’il m’a beaucoup touché. J’ai ressenti toute la douleur, la peine de Liv, j’ai été émue à la fin, j’ai aimé son combat, j’ai trouvé très pertinentes les remarques faites par l’auteure, les descriptions, sa plume, qui fait qu’on se met vraiment à la place de Liv. Je le redis, mais ce roman est important car il traite de questions essentielles. Je pense même que ce roman devrait être lu à l’école primaire, au collège, afin que tous se sentent concernés par les points qui y sont évoqués. Certes, les transgenres sont minoritaires, ceux venaient d’une famille homosexuelle aussi, mais est-ce une raison pour ne pas évoquer ces questions, pour ne pas parler de ces enfants ou adultes qui souffrent parce qu’ils s’estiment « anormaux » ? Ce roman est pour moi assez philosophique car il permet de se demander sur quoi on se définit, qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes, comment on se perçoit, etc. Ce roman va me rester dans ta tête sans doute un moment. J’applaudis même l’auteure pour tout ce qu’elle réussit à transmettre dans son roman à partir d’une simple question de jupe. Ce roman, je vous le conseille vivement. Et arrêtons de mettre des genres sur tout, les objets, les vêtements, les couleurs, ne sont que des objets, des vêtements, des couleurs. Le rose n’est pas que pour les filles, et le bleu n’est pas que pour les garçons. Laissons les enfants être ce qu’ils sont, des enfants. Ce livre est militant et important pour tous, pour les droits que nous avons envers nous-même, le droit d’être libre, d’être tel que nous sommes.

Et vous ?

Quel est votre dernier coup de cœur ?

Le dernier livre militant que vous avez lu ?

Vous aimez quand un auteure expose ses idées dans une fiction ?

Bonne fin de week-end à tous et bon Salon du Livre pour ceux qui y sont 😀

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s