chroniques littéraires

Vous parlez de ça

couvvousparlezdeca

Bonjour tout le monde. Me voilà déjà, peu de temps après ma critique sur Harry Potter et l’enfant Maudit, pour vous présenter aujourd’hui une nouvelle chronique littéraire. Il s’agit cette fois d’un tout autre type de roman, d’univers. C’est un livre poignant et émouvant dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui, un roman que j’ai commencé à lire vendredi et que j’ai terminé hier. J’aurai pu attendre avant de vous en parler, d’ailleurs j’ai d’autres chroniques qui attendent d’être publiées, mais ce roman-ci m’a tellement marquée que je devais vous en parler le plus vite possible, avant que son effet s’estompe. Ce roman, c’est Vous parlez de ça, de Laurie Halse Anderson, publié en France par les éditions Anne Carrière. Il est sorti en 2014 chez nous, mais en 1999 dans sa version originale. C’est un roman pour les jeunes et les adultes, cette fois il ne s’agit pas de jeunesse, surtout que le thème du roman ne se prête pas a ton léger. Eh oui, c’est plutôt un roman sombre que je vous propose aujourd’hui, avec un thème assez dur, comme le propose souvent les publications de cette maison d’édition. En voici son résumé :

Melinda Sordino ne trouve plus les mots. Ou plus exactement, ils s’étranglent avant d’atteindre ses lèvres. Sa gorge se visse dans l’étau d’un secret et il ne lui reste que ces pages pour vous parler de ça. Se coupant du monde, elle se voit repoussée progressivement par les élèves, les professeurs, ses amis, et même ses parents. Elle fait l’expérience intime de la plus grande des injustices : devenir un paria parce que ceux dont elle aurait tant besoin pensent que le mal-être, c’est trop compliqué, contagieux, pas fun. Melinda va livrer une longue et courageuse bataille,  contre la peur, le rejet, contre elle-même et le monstre qui rôde dans les couloirs du lycée.

Nous suivons donc ici l’histoire de Melinda. Elle entre au lycée, en seconde. Nous sommes aux Etats-Unis, à peu près à l’époque où le roman à été publié, sans doute aux alentours des années 2000. Melinda ne veut pas rentrer au lycée. Adolescente ordinaire jusqu’à présent, elle est devenue une paria pendant l’été, suite à une fête un peu trop alcoolisée où elle a appelé les flics. Cette action a conduit plusieurs membres influents du lycée, des terminales, des frères d’amies à elle, à se retrouver arrêtés. Depuis, ses amies ne parlent plus, et tout le lycée, dont elle ne connaissait pourtant que peu de monde, est contre elle. Et cela ne s’arrange pas, puisque même les professeurs semblent avoir une dent contre elle. Ainsi, elle se fait remarquer dès le premier jour de lycée, et reçoit un blâme. Seul le professeur d’art plastique, et une nouvelle élève, semblent avoir un peu de pitié pour elle.

Mon prof d’histoire-géo, c’est Cou-de-taureau, le type qui m’a ordonné de m’assoir dans l’amphi. Et il ne m’a pas oublié. « Je vous ai à l’œil. Premier rang. »

Ravie de vous revoir, moi aussi. Je parie que ce type souffre de stress-traumatique. A cause de l’Irak ou de l’Afghanistan – une de ces guerres dont on parle à la télé.

(…)

Cou-de-taureau griffonne quelque chose dans un calepin. « J’ai su que vous poseriez des problèmes à la minute où je vous ai vue. Cela fait vingt-quatre ans que j’enseigne ici, je sais ce qui se passe dans la tête d’un gamin rien qu’en le regardant. C’est fini, les avertissements. Je vous mets un blâme pour présence non autorisée dans les couloirs. »

Le roman se passe sur l’ensemble de l’année scolaire, donc de septembre à juin. On suit Melinda sur toute cette période scolaire, et on la voit affronter le monde cruel qu’est le lycée. Ce roman pourrait très bien être un roman sur le harcèlement scolaire, puisque Melinda se voit rejeter par tout le monde. Ses anciennes amies refusent de s’assoir avec elle, de lui adresser la parole, et tout le monde la considère comme une pestiférée. Melinda a vraiment tout le monde contre elle, à cause de ce qu’elle a fait à cette fête. Et elle ne peut pas se retourner vers le corps enseignant, puisque même les professeurs semblent dépasser. Il y a alors une vraie pression qui se met à peser sur Melinda, car aux Etats-Unis, il ne faut pas avoir de problèmes au lycée, personne ne peut vous aider. Melinda a une note de vie sociale, une note qui ne cesse de s’effondrer puisqu’elle fait le vide autour d’elle. Aucun prof ne vient lui parler, ils se contentent de l’enfoncer. Parce que Melinda, pour se sentir mieux, à décider de ne plus parler. Les mots restent coincés dans sa gorge, refusant de sortir. Pour ses professeurs, c’est inconcevable qu’elle ne s’exprime pas. Ils considèrent qu’elle ne fait pas d’effort, que tout est de sa faute. Melinda ne cherche pas à nier, ni à se battre. Elle préfère alors sécher les cours, ne plus se pointer au lycée, arriver en retard, etc.

Comme je disais plus haut, seul son professeur d’arts plastiques n’embête pas la jeune fille. Il voit son potentiel, la douleur qu’elle tente de dissimuler, la part sombre qui grandie en elle. A la rentrée de septembre, il donne ainsi un bien étrange devoir à toute la classe, celui de piocher un mot, qui concerne un objet, et de travailler dessus pendant toute l’année, afin de faire de ce mot une création artistique innovante. Melinda se voit piocher le mot « arbre ». Et pendant toute l’année, le professeur rebelle du lycée va aider son élève à déployer ses branches et à enfoncer profondément ses racines dans le sol afin de pouvoir enfin s’épanouir. J’ai beaucoup aimé cette symbolique avec l’arbre. Même si le professeur peut paraître cliché car il est complétement barré, rebelle, artiste, il n’en reste pas moins qu’il est le seul adulte qui comprend que Melinda cache un terrible secret qui menace de l’engloutir.

Monsieur Freeman : « L’art sans émotion, c’est comme un gâteau au chocolat sans sucre. Ca donne la nausée ». Il fait mine de plonger un doigts au fond de sa gorge. « La prochaine fois que tu travailles sur tes arbres, pense à autre chose. A l’amour ou à la haine, à la joie, la colère – à tout ce qui te procures des émotions, tout ce qui rend tes mains moites ou qui te donne la chair de poule. Concentre-toi sur cette sensation.  Les personnes qui ne s’expriment pas meurent à petit feu. Tu serais étonnée de savoir combien d’adultes sont déjà morts à l’intérieur… Ils avancent sans savoir qui ils sont, en attendant qu’une crise cardiaque, un cancer ou un semi-remorque vienne finir le boulot. Je ne connais rien de plus triste. »

(…)

« Melinda », ajoute Monsieur Freeman. La neige s’engouffre à l’intérieur du véhicule et fond sur le tableau de bord. « Tu es une fille bien. J’ai l’impression que tu as énormément de choses à dire. J’aimerai beaucoup être là quand ça sortira. »

Puisque je suis en train de vous parler des adultes de ce roman, il semble donc parfaitement logique que je vous parle à présent des parents de Melinda. Et oui, ils sont bien là, même s’ils ne font rien pour leur fille, à part lui crier dessus parce qu’elle a de mauvaises notes et qu’elle refuse de parler. Les parents de la jeune fille, bien que toujours ensembles, sont l’archétype des adultes américains, de ceux qui ne cessent de travailler, ne prennent pas de jours de congés, et une fois que leurs enfants sont en mesure de rentrer seuls de l’école, les laissent livrer à eux-mêmes, avant de râler parce qu’ils ne vont plus à l’école. Les parents de Melinda ne sont donc que rarement là, sauf pour les fêtes particulières qui marquent le calendrier des Etats-Unis, ou alors pour la rabrouer et lui rappeler qu’il faut travailler, ou alors pour les réunions avec le lycée. On sent donc que cette petite famille peut imploser à n’importe quel moment. Ce n’est pas à eux que Melinda peut confier ce qu’il s’est passé à cette fête. D’ailleurs, ils ne savent même pas qu’elle y était.

Je fais mes devoirs et je leur apporte une fois terminés, comme une bonne petite fille. Lorsqu’ils m’envoient au lit, je laisse un mot sur mon bureau pour leur annoncer que je fugue. Maman me trouve endormie dans ma penderie. Elle me tend un oreiller et referme la porte. Plus de blabla inutile.

Je déplie un trombone et, grâce à la pointe, triture l’intérieur de mon poignet gauche. Pathétique. Si une tentative de suicide est un appel à l’aide, comment qualifier cela ? Une plainte, un gémissement ? Je dessine de fines traînées sanguinolentes, creusant sillon après sillon jusqu’à ce que je ne sente plus la douleur. On dirait que je me suis battue avec un rosier.

Maman aperçoit mon poignet au petit déjeuner.

Maman : « Je n’ai pas le temps de jouer à ça, Melinda ».

Moi :

Le suicide, c’est pour les lâches, affirme-t-elle. C’est le côté bête et méchant de maman. Elle a acheté un livre sur le sujet. Amour vache. Aigre-doux. Velours barbelé. Discussion silencieuse. Elle laisse le bouquin dans les toilettes pour que j’en prenne connaissance. Elle a remarqué que je ne parlais pas beaucoup. Ca l’agace.

J’en arrive à cette fameuse fête. On comprend aisément ce qu’il s’y est passé, ce que Melinda ne veut pas dire, pourquoi elle a appelé les flics, grâce aux sous-entendus disséminés dans le roman. Et à partir de là, de cette fameuse compréhension, on réalise l’horreur qu’est la vie de Melinda, elle qui a vécu ça pendant l’été, qui se voit détourner d’elle toutes ses amies, qui ne peut rien dire, et doit affronter le lycée et ce qui s’y cache, tous les jours. Elle a finalement perdu tout lors de cette fête. Néanmoins, elle finit par se relever, et affronter la vérité, grâce à une volonté de battre qui finit pas apparaître, une volonté qui découle sans doute de l’art et de son arbre, du printemps qui revient. Melinda finit par affronter ses peurs et à parler. elle finit même par affronter son bourreau, et j’adore la manière dont elle se défend et révèle ainsi la vérité.

Le personnage de Melinda est super intéressant à suivre, car elle ne se voile pas la face. Elle sait que ce qu’elle est en train de vivre n’est pas normal, et elle ne regrette pas son choix d’avoir prévenu les flics lors de cette soirée. Certes, elle regrette d’avoir été à cette soirée, d’avoir subie ce qu’elle a subie, mais elle ne regrette pas d’avoir agie, même si cela lui a fait perdre ses amies. Elle sait que c’est elle la victime, et qu’il lui faudra du temps pour le faire comprendre aux autres. C’est un personnage lucide sur ce qu’elle peut faire. Et elle se rend compte à quel point le lycée et les professeurs ne l’aident pas, ou à quel point le lycée est nocif, apportant ce genre de déviance. Le lycée est l’endroit qui pousse les adolescents, déjà paumés, à devoir des monstres, à se détruire les uns les autres. Elle le surnomme même le lieu de l’endoctrinement. Ce qui la sauve, c’est l’arts plastiques puisque cette matière amène un effet de rébellion, d’air frais dans ses journées étouffantes de petit soldat.

Ce qui va l’aider aussi, c’est de voir quelques personnes venir vers elle, des personnes sur qui elle va pouvoir compter pour l’aider, pour la défendre contre l’autorité du lycée. Ses nouveaux amis vont lui donner la volonté de faire le tri dans ses pensées, dans sa vie. Elle va ainsi pouvoir dire non, s’affirmer, sortir de sa chrysalide. Cette année de lycée lui permet de grandir et de sortir les griffes.

J’ai le vent en poupe. Plus rien ne m’arrête. J’ignore à quoi c’es dû : tenir tête à Heather, semer des graines d’œillets, ou peut-être la réaction de maman quand je lui ai demandé si elle m’autorisait à changer la déco de ma chambre. Il est temps d’affronter certains démons. A mains nues. Ici, il suffit d’une petite éclaircie à la sortie de l’hivers pour que le soleil vous fasse vous sentir fort, même si ce n’est qu’une impression.

J’ai trouvé ce roman poignant parce qu’il est très bien raconté, de manière très réaliste. On s’identifie parfaitement à Melinda, pour qui l’horreur grandie chaque jour en allant au lycée. Non seulement elle a vécu un épisode traumatique pendant l’été, mais elle ne peut pas l’oublier puisque tout le monde lui rappelle cet événement en la rejetant, en faisant d’elle une paria. Elle est une victime mais est traitée comme une coupable. Ce qui est aussi émouvant, à mon sens, c’est que cette histoire fait très réelle, au sens où on ressent aussi le mal être de l’auteure. En effet, sous le résumé, il y a un encart sur l’auteure qui explique que le roman est basé sur un de ses cauchemars basés de souvenirs sombres remontés à la surface. A mon sens, l’histoire de l’auteure à celle de Melinda. Et surtout, l’écriture est très bien menée, les sentiments sont très bien retranscrits, on se sent être Melinda et on sent son mal-être.

Je pense que ce roman devrait être lu par les adolescents afin d’évoquer l’importance de la parole lorsque cela ne va pas, briser le silence des victimes. En effet, Melinda est mise au rebus parce qu’elle se tait. Si elle avait parlé lorsque les policiers sont arrivés, peut-être qu’elle était considérée comme la victime qu’elle était, et non comme une coupable ayant détruit une fête. Si ses parents avaient été au courant, ils auraient pu la défendre, la comprendre. Ce roman met en lumière la difficulté de parler, d’évoquer ce qui peut se passer. Certes, Melinda ne se sent pas coupable, elle sait qu’elle n’a rien fait de mal, mais elle n’arrive pas à dire les choses. Ce roman est centré sur la parole, que ce soit sur ce qui est passé ou sur le harcèlement, car s’en est un puisque Melinda se retrouve complètement seule, harcèlement fait par les élèves et les professeurs. Quoiqu’il se fasse, il faut se confier, même si cela prend du temps. Ici, cela prend une année, mais la parole libère Melinda.

C’est donc un roman que je conseille vivement. C’est un presque coup de cœur pour ma part, un roman qui m’a convaincu et qui m’a émue. C’est un roman à découvrir.

Et vous ?

Vous avez lu des romans sur du harcèlement, des agressions au lycée ?

Qu’en avez-vous pensé ?

Cela vous fait-il peur ? Vous a interrogé ? Emu ?

Vous a dégouté de l’école, de la société ?

N’hésitez pas commenter 😉

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2 réflexions au sujet de « Vous parlez de ça »

    1. Ah mince, je suis désolée que tu n’ai pas aimé. Enfin, il en faut pour tous les goûts 😉 C’est vrai que Melinda est assez attachante, et l’écriture de l’auteure nous porte. Après, je peux comprendre que l’histoire ne t’ai pas plu 😀

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