chroniques littéraires

J’ai toujours ton coeur avec moi

Bonjour à tous. Me revoici enfin avec une chronique littéraire. J’en ai quelques unes qui s’accumulent et que je devrais vous faire partager dans les prochaines semaines. Mais en attendant ces fameuses chroniques, je vous poste ma dernière lecture du comité de lecture de ma bibliothèque. Eh oui, ce dernier a repris cette semaine, et je viens déjà de terminer mon livre attribué, un petit roman de 145 pages.

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman publié chez les éditions Zulma, qui est sorti en 2014. Cette maison d’édition est facile à reconnaître, ses couvertures de romans sont toujours dans le même style, assez graphiques. Le résumé ne se trouve pas au dos du livre, mais à l’intérieur, sur la jaquette. Ce que j’apprécie avec eux, c’est qu’il y a souvent quelques mots sur l’auteur, à la dernière page. Cela permet d’en savoir un peu plus sur ce dernier. Ici, nous allons notamment parler d’une auteure islandaise, Soffia Bjarnadottir. Je vous mets tout de suite en garde, si vous êtes allergiques au roman avec des noms imprononçables et dont vous aurez du mal à vous souvenir, votre lecture sera ardue.

Ici, il s’agit de son premier roman, J’ai toujours ton cœur avec moi. En voilà le résumé présenté :

Phénix excentrique tant de fois resurgi de ses cendres, Siggi n’est plus. Elle qui n’a jamais été là pour personne a légué à sa fille Hildur son mal étrange et une petite maison jaune sur l’Ile de Flatey.

Une lettre de sa mère pour seul viatique, Hildur s’embarque vers ce point minuscule perdu dans l’océan. Avec pour ange tutélaire l’homme aux yeux vairons. Et une foule de souvenirs sans pareils – les extravagances de Siggy et de son voisin Kafka, les mantras de sa grand-mère Laretta contre les idées noires, l’appel des phoques sacrés ou les fantômes de la rue Klapparstigur… Qui portent tous la promesse d’une singulière renaissance.

Dans ce roman, nous suivons donc Hildur, la fille de Siggy, qui vient de perdre sa mère et qui se rend dans la ville où cette dernière est décédée pour assister à son enterrement, mais aussi pour prendre possession de la demeure laissée par celle-ci, une petite maison jaune. Ce voyage, car s’en est un, Hildur n’ayant plus mis les pieds sur cette île perdue au milieu de l’océan depuis longtemps, est propice aux souvenirs. Hildur se souvient de sa mère, des mauvais moments comme des bons. Au fil de son voyage, elle réapprend à connaître celle-ci. En effet, tout au long du récit, on comprend que la mère d’Hildur, Siggy, est malade. Alors, de quelle maladie il s’agit, on ne sait pas vraiment, seulement que c’est d’ordre psychologique, et que cela lui arrive souvent d’être déconnectée du réel et désorientée. A tel point qu’elle croit même qu’une tête décapitée se trouve dans son congélateur.

Je dirais que c’est le seul point original de ce récit, le fait que la mère d’Hildur soit malade, voir presque folle. Parce que sinon, c’est un simple récit sur les relations parents/enfants et le contrecoup que la mort du parent peut apporter. En fait, ce récit se concentre surtout sur les souvenirs d’Hildur, et la manière dont elle gère la mort de Siggy. On se promène donc entre le présent, qui concerne la mort de la mère d’Hildur, et les moments de l’enfance d’Hildur, avec cette mère si particulière.

Maman dansait comme une folle dans le salon, vêtue d’une robe orange. Ses cheveux roux vacillaient tells les flammes crépitantes d’un feu de joie. Elle riait et riait et ne mangeait que des oranges à chaque repas, jour après jour. Depuis toute petite, j’avais peur de maman, et ma langue me piquait à cause de toutes ces oranges.

Je n’osais protester contre ce régime, cela n’aurait d’ailleurs servi à rien. La couleur des agrumes la mettait de bonne humeur, elle s’en aspergeait en riant. C’est à cette époque que je me suis vraiment rendu compte que notre foyer avait quelque chose de spécial. Mais j’avais toujours peur. Petur s’enfermait. Maman me disait qu’il ne fallait pas laisser cet ado dépressif gâcher notre bonheur. Je devais avoir quatre ou cinq ans, je faisais toujours pipi au lit. « Je suis une femme délirante, disait-elle. Il faut que j’aille au bout de mes délires, sinon ils me persécutent ». Le sommeil a pris le relais des oranges. Je ne sais pas ce qui valait le mieux. Aujourd’hui encore, je suis incapable de manger une orange.

Ces souvenirs sont écrits de manière assez poétiques, donnant l’impression que cette enfance s’est déroulée dans un rêve. Avec le caractère particulier de cette maman qui ne joue pas son rôle de mère, on comprend aisément le choix stylistique apporté par l’auteur. De cette manière, tout ce qui est arrivé à Hildur pendant son enfance paraît ne pas s’être passé, ou qu’elle a déformé la réalité. Avec cette mère obsédée par la mort et par une tête décapitée, Hildur vivote, et s’interroge sur sa vie, et sur sa propre conception de la réalité.

On comprend au fur et à mesure de notre lecture qu’Hildur n’a pas échappé à la malédiction de sa mère. En effet, bien qu’elle ait un emploi stable qui est celui d’archéologue, un métier dont hélas on ne parle pas beaucoup dans le roman, sa vie est loin d’être stable. L’auteur évoque notamment les différentes villes où a habité Hildur, l’enfant qu’elle a abandonné à la naissance, ses pertes de mémoires, voir mêmes certaines de ses hallucinations. Il y a aussi un élément de la vie d’Hildur qui est raconté, mais qui, à mon avis, tombe un peu à plat. Il s’agit du contrat d’assurance vie souscrit par Hildur grâce à un assureur, que cette dernière ne se souvient pas avoir appelé. Cet élément est souvent rappelé dans le roman, mais on n’a à aucun moment une explication. Surtout que cette assurance vie n’a pas d’effet dans le roman, puisque c’est Hildur qui la souscrit. Le fait que sa mère lui confie sa maison est bien plus intéressant et pertinent pour l’histoire.

Je disais donc qu’Hildur paraissait aussi être touchée par la folie de sa mère. Ceci permet à l’auteur de raconté des scènes de maltraitances animales. C’est une chose qui m’a un peu perturbée dans le roman, qui m’a même gênée. En effet, lorsqu’Hildur rentre dans la fameuse maison jaune de sa mère, elle se met à crucifier des mouches. Cela me semble aussi peu pertinent dans le récit, que ce moment était assez superficiel. Le fait qu’Hildur fasse du mal à des mouches ne nous en apprend pas beaucoup sur elle.

De plus, il y a une redondance d’insectes dans ce roman. En plus des mouches qui finissent sur la croix comme Jésus, Hildur ne cesse de se comparer à un lombric. Et il y a aussi des araignées, qui symbolisent sans doute la folie qui grandit dans l’esprit de la petite Hildur. D’ailleurs, cette histoire de lombric m’a aussi échappée. Je n’ai pas compris l’intérêt pour le récit de l’avoir. Il n’y a pas d’explication sur cette comparaison, sur ce qui a permis à Hildur de se comparer à un lombric.

Comme je le disais, Hildur est un peu folle, et cela se ressent dans le récit. Bien que certains de ses souvenirs soient écrits de manière poétiques la plupart d’entre eux sont hélas un peu brouillons. Ce qui fait qu’on se demande parfois si on est dans le présent ou dans le passé. En plus, les phrases sont construites de manière anarchiques, comme si l’auteure les avait jeté en vrac dans le texte. Personnellement, j’ai du mal avec cette manière d’écrire. J’ai trouvé que certaines phrases manquaient de logique, et que cela rendait la lecture complexe. Voici un extrait auquel je n’ai pas touché :

C’est l’après-midi, il fait noir. Un voisin chante. Il est toujours heureux. Il grimpe l’escalier en sautillant. ca résonne dans l’immeuble décrépit. L’araignée se repose contre la fenêtre. Elle ferme les paupière. Si elle avait des lèvres. Une araignée avec des lèvres, une langue et des dents. Elle te dévore des yeux. L’araignée se repose. Le voisin va prendre une douche. J’ai envie d’une douche ou d’un bain. Peut-être que c’est juste la pluie. Il m’a regardé une fois dans les yeux et j’ai disparu pendant plusieurs jours. plusieurs jours plongée dans une profonde honte. Il est tentant de serrer mes côtes très fort et d’écouter leur craquement. Ce tas d’os qui craquent et crépitent. Peut-être.

C’est bon de dormir dans la terre les jours de sombres d’hivers et de s’éveiller à la vie lors des nuits pluvieuses, de se faufiler hors de la moiteur noire, devenue appât de dieu. Le lombric en moi était toujours là. C’était novembre. C’était toujours novembre, comme maintenant, et rien qu’une immense douleur de s’extraire du lit. La nuit n’est jamais partie. Elle a changé de nom. Elle s’étalait sur le sol. Se mêlait au sel de la vie. l’obscurité éclaire. Je suis cette ombre qui éclaire. nous vagabondons sur le sol du sous-sol. L’araignée et moi.

Le seul moment pour moi qui aurait pu rattraper le récit, c’est le passage où on a l’impression que le roman va devenir un roman d’amour. En effet, pour l’enterrement de sa mère, Hildur revient dans la maison de cette dernière, sur une île en pleine cœur de l’océan islandais. Elle rencontre en chemin un pêcheur du coin, avec qui elle va se lier d’amitié. Ce que je trouve dommage, c’est que cette partie du récit est peu développée. J’aurai aimé que cette amitié, ce coup de cœur, soit plus exploitée. Surtout que le roman est assez court. Cela aurait apporté un cachet au roman. Sans forcément que le roman ne devienne trop romantique, mais qu’il y ait au moins quelque chose qui puisse rattraper le reste. Surtout que ce moment d’échange entre Hildur et le pêcheur est assez bien écrit, contrairement à certains autres passages du livre.

 J’essai de cacher à quel point j’ai honte de l’irritation dont j’ai fait preuve. Je remarque alors ses magnifiques yeux vairons. Profondément enfoncés et comme tournés davantage vers les émois intérieurs que vers e monde extérieur. Deux lueurs lointaines et étincelantes. peut-être est-ce une illusion, peut-être suis-je en train de rêver. Sa peau parcheminée brille, elle aussi.

  • Ca va aller? demande-t-il en m’aidant à atteindre la jetée.

Je n’ai plus envie de lâcher sa main. Je ne peux m’empêcher de fixer les lueurs de son regard. Cet homme est un phare que je dois suivre pour ne pas me laisser happer par les ténèbres. Il me faut néanmoins m’arracher à cette étreinte rassurante alors que je pose le pieds sur la terre ferme. Emue, je balbutie :

  • Espérons-le. Merci.

Puis je baisse les yeux et n’ose plus les relever.

Vous l’avez donc compris, mon avis est plutôt mitigé sur ce roman. Il y a des passages que j’ai vraiment apprécié, que j’ai trouvé très bien écrits, voir même poétiques. Et d’autres où ça a été assez laborieux, que j’ai sincèrement pas aimé. Il y a aussi des moments où je me suis carrément ennuyée, ce que je trouve dommage dans un roman.

Personnellement, ce n’est pas un roman auquel j’ai pris du plaisir à lire, ce que je regrette, parce que c’est un roman qui aurait pu avoir du potentiel. Peut-être que c’est simplement parce que ce n’est pas le style d’écriture qui m’a convenu. Le vocabulaire est parfois très soutenu, ce qui contraste avec le reste du roman. J’ai été parfois perdue dans la narration. Et j’ai aussi un peu de mal avec les textes écrits au présent, un temps que je trouve difficile pour la narration. Le bilan n’est donc pas vraiment positif, alors que certains passages promettent une bonne lecture.

Et vous?

Etes-vous attiré par ce genre d’histoire? Ce genre littéraire?

Pourriez-vous être attiré par ce type de roman?

 

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