Changez de Vie·chroniques littéraires·mes écrits

Changez de vie – 2) Le choix

titre

Coucou tout le monde. Voilà, comme on me l’a demandé, le deuxième chapitre de Changez de vie, ma petite histoire que je publie sur Wattpad.

2 – Le choix

Elle ouvrit le mail, et s’aperçut rapidement qu’il s’agissait bien d’un message publicitaire. Les premiers mots du mail évoquaient ceux d’un titre, colorés par intermittence d’un gris triste, puis de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ce message clignotait de pleins feux, certainement pour en mettre plein la vue à ses lecteurs. Il était composé de ces mots alléchants : « Vous en avez assez de votre vie ? Vous êtes déçus par votre destin ? Alors n’hésitez pas à en changer, grâce à nous. »

Le message expliquait ensuite comment l’entreprise promettait de transformer la vie de ceux qui intégraient le programme. Pour la modique somme de 1000 euros, elle affirmait pouvoir modifier toute vie. Il suffisait pour cela de télécharger un dossier afin de répondre à plusieurs questions pour que l’entreprise cerne du mieux possible ses souscripteurs, puis il fallait raconter en détail la vie souhaitée. Cela paraissait assez simple.

A la fin du message, l’entreprise avouait que toute vie pouvait être modifiée et que rien ne leur était impossible, qu’elle pouvait créer toute nouvelle vie. Il y avait ensuite quelques témoignages anonymes, des individus évoquant le soudain changement de leur existence, tel qu’un changement d’emploi, des enfants arrivés dont on ne savait où mais qui faisaient partie intégrante de la famille, des personnes qui avaient même été jusqu’à changer de nom, de pays et de langue maternelle, de famille, sans que cela ne paraisse extraordinaire.  Toutes ces modifications dans l’ordre des choses s’inscrivaient parfaitement dans le nouveau réel de ces personnes.

L’entreprise était partout dans le monde, subvenait aux besoins de n’importe qui sur la planète. Elle soulignait qu’elle pouvait intervenir n’importe où, tant que les 1000 euros étaient versés et que la nouvelle destinée était précise, que les individus savaient ce qu’ils voulaient au départ, sans que des modifications soient possibles après le premier changement.

Et puis, écrit en gros sur la dernière ligne du message, se trouvait la seule règle imposée par l’entreprise : « ne rien dire, ne rien dévoiler. »

En lisant tout ce message, Alice en resta bouche bée. Elle se demandait si elle n’était pas en train de rêver, si une telle entreprise était possible. Comment on pouvait faire pour changer entièrement la vie de quelques personnes ? Comment pouvaient-ils s’y prendre ? Si cela était possible, comment cela pouvait se faire à une somme aussi basse ? Etait-ce même légal ?

Elle sentait qu’il y avait quelque chose d’étrange derrière ce mail, quelque chose qui l’effrayait. Elle ne savait pas si c’était l’offre en elle-même, ou la possibilité de ce qu’elle proposait, qui lui faisait peur, mais elle sentait les poils de son corps s’hérisser.

Elle resta pendant de longues minutes devant le mail, à réfléchir. Elle trouvait l’offre intéressante, malgré l’angoisse qu’elle lui procurait. Elle s’imaginait pendant un moment changer totalement de vie, devenir une autre Alice. D’ailleurs, est-ce qu’elle garderait son prénom ? Elle l’aimait bien, mais si elle avait la chance de pouvoir décider vraiment de son destin, elle se disait qu’elle pouvait faire tout ce qu’elle voulait, même changer ça. Et est-ce qu’elle pouvait changer sa date de naissance ? Son année de naissance ?

Elle se prit à rêver. Il y avait tant d’opportunité qui se présentait à elle, tant de choix, de hasard, qu’elle pouvait modifier à sa guise. C’en était vertigineux. Elle pourrait enfin devenir la femme qu’elle avait toujours voulu être. Elle se voyait bien habiter sur la côte ouest des Etats-Unis, vivre dans une maison moderne, donnant sur la plage, avec un mari qui l’adorerait et deux filles parfaites, une adolescente sérieuse et une enfant un peu plus espiègle, de qui elle serait très proche. Elle travaillerait à la maison, écrivain de renom, sortant un roman à succès tous les ans. Son époux, quand à lui, elle le rêvait travaillant dans un domaine culturel. Elle se moquait du domaine précis, tant que cela restait un domaine artistique à forte potentiel culturel. Il pouvait être dessinateur, peintre, acteur ou autre, cela lui importait peu, tant qu’il travaillait et ramenait un autre salaire que le sien. Pour ses filles, elles devaient être scolaires, polies, intelligentes, et jolies. Elle imaginait bien son aînée pom pom girl, adorée de tous dans son lycée américain, un peu comme ces jeunes filles dont raffolaient les séries américaines. Pour sa deuxième, Alice la voyait plus garçon manquée, sportive, avec des cheveux blonds attachés en queue cheval et de mignonnes taches de rousseur. Quand elle fantasmait sur la famille idéale, c’était ainsi qu’elle la songeait.

Elle retira son crayon de sa bouche. Ses dents avaient laissé des marques profondes dans le bois. Elle réfléchissait si intensément qu’elle ne s’était au début pas rendu compte qu’elle l’avait autant entaillé. Elle avait des éclats de bois dans la bouche, qu’elle tenta tant bien que mal de retirer. Elle se rendait en même temps compte qu’elle avait envie de céder à la pulsion qui lui broyait le corps, celle de cliquer sur le lien dans le message qui permettait de télécharger la procédure du programme. Elle avait envie d’effacer sa vie et d’en commencer une nouvelle. Elle le désirait ardemment, comme elle l’avait jamais désiré autre chose.

Elle fut néanmoins interrompue dans sa lutte entre sa pulsion et son côté rationnel par la sonnerie de la porte d’entrée. Derrière cette dernière devait se trouver quelqu’un d’extrêmement pressé car la sonnette ne cessait de retentir dans tout l’appartement. C’était presque en continu.

Alice n’attendait pas de la visite, c’est pourquoi elle mit un certain temps avant de réagir. En soupirant, elle referma son ordinateur, et se leva au bout de longues secondes. Elle regarda d’un rapide coup d’œil sa tenue qu’elle jugea misérable. Si elle avait su que quelqu’un allait passer la voir, elle n’aurait pas enfilé ce vieux jogging qui lui rappelait ceux que portaient les femmes négligées. Elle ne supportait pas cette image qu’elle renvoyait d’elle-même. Seulement, avec l’autre qui n’arrêtait pas de sonner, et qui maintenant était même en train de frapper à sa porte, elle n’avait pas le temps de mettre autre chose. Elle allait devoir affronter le regard moqueur de son visiteur.

Elle inspira profondément avant d’ouvrir. Et quelle ne fut sa surprise de se retrouver face à François, lui qui lui avait affirmé qu’ils ne pouvaient pas se voir de la semaine, parce qu’il devait passer du temps avec sa femme et son fils.

La jeune femme resta bouche bée pendant un moment, alors que l’homme entre dans l’appartement sans demander son reste. Alice finit alors par claquer la porte d’entrée, désarçonnée par cette arrivée rapide de son amant.

–          Mais qu’est-ce que tu fais ici ? finit-elle par oser demander.

François se laissa tomber dans le canapé, en face de l’ordinateur auquel il ne jeta même pas un coup d’œil.

–          Elle m’a mise à la porte, avoua-t-il, sa tête entre les mains. Elle a dit qu’elle en avait assez de me partager, qu’elle aussi avait le droit à une vie normale. Elle m’a demandé de choisir, d’arrêter de te voir. Comme si je pouvais me satisfaire avec elle !

Il avait dit ça avec tellement de colère qu’il fit sursauter Alice. Elle ne l’avait jamais vu aussi rageur, ni aussi haineux.

–          Elle veut demander le divorce ! continua-t-il sur le même ton. Et elle veut me retirer mon fils ! Pour qui elle se prend cette garce ? Comme si une femme pouvait décider ces choses-là !

Alice se retint d’aller lui dire le fond de sa pensée. Elle était contente que sa femme l’ait enfin mise dehors, qu’elle parle même de le quitter, puisque ce n’était pas lui qui allait le faire, mais en même temps, elle le découvrait soudain sous un nouveau jour. Jamais encore il n’avait tenu de propos sexistes d’une telle ampleur. Elle se disait que cela devait être dû à la colère qu’il ressentait, et en même temps, elle savait que c’était son vrai visage. En y réfléchissant bien, elle se souvenait qu’elle ne l’avait jamais vu faire quelque chose pour l’aider, que ce soit dans les tâches quotidiennes ou dans le reste. Il venait toujours chez elle et la regardait faire à manger ou la vaisselle. Il ne cherchait jamais à l’aider. Il ne supportait pas quand elle mettait un pantalon, pour lui elle devait passer son temps en mini-jupe sexy. Il se moquait aussi d’elle quand elle parlait de ses projets, lui objectant que les écrivains étaient des hommes de renom, que les femmes n’avaient pas leurs places dans ce monde.

Alice prit brusquement conscience qu’elle n’était là que pour son bon plaisir. Il n’était pas content que sa femme le quitte, et il ne parlait même pas de fonder une famille avec elle, alors qu’ils étaient ensemble depuis plus de trois ans.

En temps normal, la jeune femme serrait aller vers lui, et l’aurait pris dans ses bras. Elle aurait tenté de le calmer, de le rassurer. Elle lui aurait promis qu’elle l’aiderait à défendre sa cause, à obtenir la garde de son fils. Elle en aurait même profité pour dire du mal de la femme légitime, celle vers qui il retournait sans cesse, même après avoir pris son pied avec elle. Seulement, aujourd’hui n’était pas un jour comme les autres. Surtout pas après le mail qu’elle venait de recevoir.

Elle gagna rapidement la cuisine, et attrapa une bière dans le frigo. Avec le peu d’argent qu’elle touchait, elle ne pouvait se permettre d’acheter que ce type d’alcool. Elle aurait adoré aller se verser un verre de vin rouge pour affronter François, qui avait l’habitude de boire ce type de boisson plus raffinée quand il était chez lui, mais elle n’avait que cela à lui offrir. Si jamais il lui prenait l’envie de lui en proposer, car Alice ne savait pas si elle allait accepter longtemps qu’il pleurniche sur son canapé.

Elle tenta tout de même de faire bonne figure en regagnant le salon. Et là, toutes ses certitudes s’envolèrent. Son cœur se gonfla d’amour quand elle le vit prostré sur le canapé, démoralisé, les larmes aux yeux. Elle se souvint pourquoi il l’avait attiré, ce professeur enthousiaste qui était un jour entré dans l’amphi où elle avait cours. Il était plus âgé qu’elle de quelques années, et il concentrait tous les regards. Les filles bavaient presque devant lui en le regardant. Alice comprenait ces regards, il avait su conserver, malgré les heures qu’il passait à travailler, un corps d’athlète. Il n’était pas svelte, mais assez mince pour être pris pour un sportif. Il était grand, plus grand qu’elle. Avec sa carrure, elle se sentait protégée lorsqu’il la prenait dans ses bras. Ses yeux bleus l’hypnotisaient. Il pouvait lui demander n’importe quoi une fois qu’il avait capté son regard. Avec sa barbe de trois jours, il était irrésistible. Et quand il l’embrassait, elle avait des papillons qui battaient des ailes dans son estomac.

Pendant des mois, elle s’était demandé ce qu’il avait su aimer chez elle. Elle n’était pas bien grande, à l’époque elle se cachait derrière une immense frange, ses cheveux bruns étaient plats, sans volume, ses yeux marrons toujours dissimulés par ses petites lunettes violettes. Contrairement à d’autres, elle ne cherchait pas à mettre son corps en valeur, c’étaient souvent des vieux jeans du lycée qu’elle portait, avec des pulls à col roulés. Elle avait bien essayé les chemises, mais dans les amphis jamais chauffés, elle avait vite compris qu’il fallait mieux se couvrir. Elle n’avait donc rien fait pour le séduire. Et pourtant, un jour, il était venu la voir. Il lui avait proposé d’aller boire un café ensemble. Il lui avait parlé de la thèse qu’il était en train d’écrire, qui le passionnait. Il lui avait aussi avoué qu’il était comme elle, un étudiant parmi les autres, mais qui donnait des cours aux autres, moins avancés dans leurs parcours universitaires. Il lui avait raconté les problèmes que cela avait pu engendrer dans le passé, avec des étudiants qui le prenaient pour leurs copains, et des professeurs plus vieux pour un simple élève. Il avait du mal à jongler entre ses deux étiquettes.

A aucun moment, il n‘avait parlé de sa femme et de son fils qui venait d’entrer à l’école. Il n’avait pas non plus évoqué les années qui  les séparaient. Il s’était contenté de lui parler de ses recherches historiques, des fouilles auxquelles il avait participé.

Même si Alice étudiait les lettres et non l’histoire, elle avait été captivée par ses anecdotes. Elle était une fan de son cours sur l’histoire des livres, elle aimait l’écouter parler. En vérité, elle était déjà sous son charme, bien avant ce moment passé ensemble. Elle aurait pu le suivre n’importe où. Toutefois, il s’était montré patient, titillant sa curiosité, la frustrant même parfois. Il avait joué la carte du romantique, l’invitant au restaurant plusieurs fois sans la faire monter chez lui, sans la mettre dans son lit. Ils s’étaient embrassés chastement, il l’avait couverte de fleurs, de cadeaux. Il n’était à ce moment-là pas à la recherche d’une maitresse, mais d’une oreille attentive, d’une autre femme pour être prêt de lui. La sienne était trop occupée avec son travail et leur fils. Alice avait pris tard qu’elle ne voulait même plus dormir près de François, à cette époque. La jeune femme avait aussi appris plus tard que l’autre sortait d’une fausse couche, ce qui expliquait son éloignement vis-à-vis de son époux. Tout cela, François avait mis des mois à lui raconter.

Alice n’avait jamais voulu être la deuxième femme, celle qui était cachée, qui était responsable des problèmes de couples. Elle estimait qu’elle valait mieux que cela. Cependant, elle avait accepté d’attendre, attendre que la femme de François se remette de sa dépression, qu’elle soit prête à le laisser partir, que leur fils soit en âge de comprendre. Elle avait accepté toutes les excuses de François pour ne pas quitter sa famille. Elle avait attendue. Et maintenant, elle ne savait plus si elle pouvait encore l’attendre ou non.

Elle était attendrie, elle avait envie de le prendre dans ses bras et le rassurer, mais elle n’arrivait pas à bouger vers lui. Ses pieds étaient comme souder au sol alors que ses yeux ne parvenaient pas à quitter François avachi sur le canapé, ses propres yeux rouges.

–          Tu vas m’aider, hein ? lui demandait-il en se mouchant. Tu vas témoigner que c’est une mauvaise mère, que ce gamin, je l’aime plus que tout.

Elle se mordit les lèvres. Elle hésitait. Elle savait après tout que, même si François aimait son fils plus que tout, c’était aussi le cas de sa femme. De plus, c’était beaucoup plus elle qui s’occupait du garçon que lui. D’ailleurs, la dernière fois où il avait été malade et que son école avait tenté de joindre ses parents, François était dans son lit à elle, entre ses bras. Lorsque son téléphone avait sonné, il n’avait même pas regardé qui l’appelait, il s’était contenté de dire que si c’était vraiment important, ses interlocuteurs tenteraient de le joindre à nouveau. Ce n’était qu’une fois sa douche prise, après leurs affaires de faites, qu’il avait enfin jeté un coup d’œil sur son portable, et qu’il s’était rendu compte qu’il avait raté un appel de l’école. Il avait immédiatement foncé là-bas, seulement son épouse avait déjà cherché leur enfant. S’il avait un bon père, François n’aurait jamais pris une maîtresse, il aurait essayé de renouer une relation stable avec sa femme. C’était ce qu’était en train de penser Alice.

François dut comprendre qu’elle doutait, parce qu’il se leva brusquement, se plaça devant elle et, sans crie-égard, il lui saisit les bras et serra très fort, en la secouant.

–          Il est hors de question que je lui laisse le gosse, tu comprends ! lui hurla-t-il dessus. Si tu veux que notre histoire ait un avenir, alors tu vas m’aider ! Tu vas dire au juge que je suis un bon père, que je serais mieux pour lui que sa salope de mère !

Alice eut soudain très peu. Il la serrait qu’elle commençait à avoir des fourmis au bout des doigts. Elle ne l’avait jamais vu dans cet état. Dans ses yeux brillaient un éclat qu’elle ne lui connaissait pas.

–          Sinon ? osait-elle formuler, d’une si petite voix qu’elle espérait au plus profond d’elle qu’il ne l’avait pas entendu.

Ce n’était pas le cas. Il resta un moment immobile, les yeux roulant dans ses orbites, ne s’attendant pas à ce qu’elle ose le défier. Puis, furieux, il la lâche en la jetant sans ménagement sur le canapé.

–          Tu n’es rien, tu entends ! cria-t-il. Tu n’es qu’une femme que j’ai eue envie d’avoir dans mon lit. C’est dommage, je me suis attaché à toi. Mais si tu ne veux pas de la vie que je te propose de t’offrir, je peux me passer de toi.

Il était resté debout, la dominant de toute sa hauteur. Alice avait le sentiment qu’elle était à sa merci, qu’il pouvait faire d’elle ce qu’il voulait. Des larmes de terreurs se mirent à couler sur ses joues.

–          Arrêtes de pleurnicher ! lui ordonna-t-il. Je te laisse une dernière chance, une chance de te racheter. Tu vas écrire un témoignage sur mon amour pour mon fils ! Tu vas faire ça pour demain ! Sinon, je n’hésiterais pas à te pourrir la vie. Tu sais que je le peux, que je peux transformer ta vie, la rendre encore plus minable qu’elle n’est déjà !

Ces menaces n’étaient pas des menaces en l’air, Alice le savait pertinemment. Il avait des contacts partout, et une imagination débordante.

–          Je vais le faire, lui promit-elle, la voix défaite.

François hocha la tête, satisfait. Il fit mine de la prendre dans ses bras, et face au mouvement de recul qu’eut par réflexe Alice, il éclata de rire. Il lui fit froid dans le dos.

–          C’est bien ma jolie, lui chuchota-t-il en se rapprochant de son oreille. Tu vas voir, on va former une magnifique famille recomposé.

Il l’embrassa, d’un baiser qui révulsa Alice, avant de tourner les talons et de quitter l’appartement.

Elle resta un moment à pleurer à même le sol de son appartement. Elle espérait que tout ce qui venait de se passer n’avait été qu’un cauchemar, qu’une chose que son esprit fatigué avait inventé. Pourtant, grâce au sol froid sur lequel elle était repliée, et aux douleurs lancinantes dans ses bras, elle savait qu’elle était bien réveillée. Elle ne comprenait pas ce qui c’était passé, comment tout avait dégénéré. Elle ne l’avait jamais vu comme ça. Il avait toujours été si doux avec elle.

Au bout du moment, alors que ses larmes commençaient à se sécher, elle se releva et se laissa tomber sur son canapé. Et là elle sut qu’elle n’avait rien rêvé. La bière qu’elle avait prise dans le frigo était encore là, pas ouverte. Il y avait aussi les traces du passage de François, avec des marques sur la table, là où il avait jeté ses clefs sur le bois, et le canapé était marqué par les sanglots qu’il avait versés. Il y avait aussi le crayon qu’elle avait mâchouillé avant son arrivée.

Elle se prit la tête entre les mains, vidée de son énergie. Elle se demandait ce qu’elle allait bien pouvoir faire à présent. Ses yeux tombèrent soudain sur son ordinateur refermé. Elle rouvrit le capot et se rendit sur sa messagerie. L’étrange e-mail reçu un peu plus tôt était toujours là. Cette fois, l’opportunité de changer de vie était magnifique, plaisante. Alice avait fortement envie de se laisser tenter. Elle pensait que cela ne pouvait pas être pire, qu’elle pourrait enfin avoir la vie qu’elle méritait. Elle se rendait compte qu’elle ne voulait pas de cette vie avec François, que plus rien ne la rattachait à cette existence qu’elle trouvait misérable. Ce qu’elle voulait, c’était un vrai mari qui l’aimait, une maison, un travail, et de beaux enfants. Même si pour cela elle devait y mettre toutes ses économies.

Elle cliqua sur le lien présent dans le mail. Aussitôt, une petite musique se fit entendre dans les haut-parleurs de l’ordinateur. Alice venait d’arriver sur le site internet de l’entreprise newlifeentreprise. L’entreprise vantait leur offre de changer de tout au tout la vie de ses clients. Sous le slogan de cette dernière se trouvaient des avis partagés anonymement sur le site par ceux qui avaient tentés l’expérience. Alice les lu avec curiosité. Ils vantaient tous la chance offerte par l’entreprise de devenir quelqu’un d’autre. Ainsi, l’une des personnes racontait qu’elle avait pu se créer une nouvelle identité dans une sphère du pouvoir politique en place, une autre qu’elle était devenu un homme du jour au lendemain, une autre qu’elle avait replongée dans son enfance avec plaisir, etc. Il y en avait peut-être une trentaine dans le monde qui partageait leur nouvelle expérience.

Alice eut comme un doute. Comment se faisait-il qu’elle ait reçu un tel mail ? L’entreprise l’avait-elle envoyé à plein de personne, comme le ferait n’importe quelle entreprise qui faisait de la publicité, ou était-elle visée ? Car si elle relisait bien le mail qu’elle avait reçu, elle remarquait immédiatement que ce courriel lui était adressé personnellement. Ceci impliquait que quelqu’un dans cette entreprise avait souhaité lui envoyé cette publicité à elle, qu’il savait qu’elle pouvait faire partie de leurs clients. Et si on parlait justement de ces clients, pourquoi n’y en avait-il pas plus dans le monde ? Seulement une trentaine de personne dans le monde semblaient avoir participé à ce projet. Une trentaine, c’était peu. Est-ce que cela signifiait qu’ils n’étaient que trente à avoir souscrit à ce projet, ou était-ce parce qu’ils n’avaient été que trente à être soumis à ce projet ? La différence était essentielle. Elle impliquait que les trente personnes, comme Alice, avaient été choisi par cette entreprise. Mais sur quels critères ? Comment pouvaient-ils savoir qu’elle aurait envie de changer de vie ? Qu’elle pouvait être capable de sauter le pas ?

Alice avait le doigt en suspens. Elle réfléchissait perdue. Elle fit même le tour rapide des yeux de son salon, histoire de vérifier qu’elle n’était pas surveillée. Mais c’était peine perdue, car même s’il y avait eu une caméra dans son appartement, elle aurait été bien en peine de la trouver. Ce n’était pas en regardant depuis son canapé son intérieur qu’elle aurait été en mesure de trouver quelque chose de bien caché.

D’un certain côté, elle se sentait flattée par cette offre qui lui était personnellement adressée. Cela signifiait que quelqu’un lui offrait un super cadeau, qu’elle comptait pour cette personne. Elle avait le droit à une chance incroyable, si tout cela était vrai. Elle pouvait réinitialiser sa vie. Et pourtant, cela lui faisait aussi très peur, car quelqu’un la connaissait assez pour supposer qu’elle pouvait craquer, qu’elle pouvait envoyer un formulaire de changement de vie. Quelqu’un l’avait surveillé pour lui envoyer cette offre. Cela pouvait être un piège. Un psychopathe pouvait se tenir derrière son écran à l’attendre, souhaitant pouvoir la manipuler comme un jouet. Cela pouvait même être une idée tordue de François pour la tenir sous sa coupe. Ou alors un jeu débile envoyé par ses amis, pour se moquer d’elle. Elle pouvait supposer tout et n’importe quoi.

Elle s’enfonça profondément dans son canapé, se projetant un peu. Elle donnerait n’importe quoi pour avoir une nouvelle vie, pour ne plus être la Alice dont tout le monde se moquait par derrière, celle qui échouait toujours lamentablement dans ce qu’elle entreprenait. Elle aussi voulait un boulot génial, de l’argent, un mari, une famille. Elle voulait être heureuse, et ce mail pouvait tout changer, la changer elle. C’était une super offre. Mais devait-elle se jeter dessus, tenter le coup malgré tout ?

Elle avait surtout peu d’être déçue à nouveau. Sa nouvelle vie, elle la voyait déjà. Elle ne voulait pas tomber dans un piège minable et avoir de nouveau le cœur brisé. Elle avait assez donné. Elle en avait assez de voir tous ses rêves être détruits. Elle aussi avait le droit d’être heureuse, de pouvoir avoir une vie qu’elle adorerait. Et ne pas voir tout cela réduit à néant. Elle ne le supporterait pas. Elle ne se sentait plus assez forte pour affronter un nouvel échec.

Et néanmoins, elle avait envie d’essayer. Elle avait envie de croire à une nouvelle chance. Elle avait d’espérer que c’était possible, d’avoir enfin d’avoir ce qu’elle voulait, que son destin soit enfin celui qu’il devait être. Elle avait envie de savoir si ce qui était promis était réalisable, de vérifier si elle pouvait avoir le droit à son rêve. Elle était curieuse. Et elle avait envie de se moquer des doutes qui l’assaillaient.

Alors, elle cliqua, et se mit à charger les nombreuses pages du questionnaire qui allaient transformer sa vie.

N’hésitez pas à donner votre avis, à me dire si cela vous a plu, ou non.

Ce que vous avez aimé ou non.

La suite la semaine prochaine

Merci d’avoir lu

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2 réflexions au sujet de « Changez de vie – 2) Le choix »

    1. Merci beaucoup de ton commentaire, je suis super contente que l’histoire te plaise ;). Je suis désolée s’il manque des mots, j’ai pourtant relu le texte avant de le poster. je vais corriger ça 🙂
      La suite arrivera jeudi prochain.
      Merci encore pour tes compliments 😉

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