chroniques littéraires

#Bleue

Salut les amis. En ce jour ensoleillé d’automne, j’ai eu envie de vous parler d’un livre que j’ai lu le mois dernier, et que j’ai adoré. D’ailleurs, le terme de lire est légèrement incorrect, puisque c’est un roman que j’ai dévoré en un après-midi. Alors que mon copain m’avait trainé au foot, un dimanche, j’ai trouvé un coin super sympa à Sainte-Luce-sur-Loire, sur une petite île aménagée pour les habitants, je me suis installée sur un banc, et l’après-midi à filé a une vitesse incroyable tellement j’ai été plongée dans l’histoire. Ce roman dont j’ai tellement envie de vous parler est encore une dystopie pour adolescents, ce qui explique pourquoi je ne vous l’ai pas présenté plus tôt. Cela en faisait beaucoup pour le mois, etj’avais envie de vous parler d’autres genres de livres. Mais voilà, je ne peux pas garder cette chronique pour moi, alors la voici aujourd’hui.

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Je vais vous parler de #Bleue, écrit par Florence Hinckel, qui a marqué la rentrée littéraire jeunesse avec la sortie de U4, cet ensemble de quatre romans écrits par quatre auteurs différents; et a été édité par les éditions Syros, et est paru en 2015. En voici l’histoire :

Silas vit dans une société où tout est fait pour vivre sereinement. Chaque jour, la Cellule d’Éradication de la Douleur Emotionnelle efface les souvenirs douloureux. Plus de deuil ou de dépression, juste un point bleu au poignet comme signe d’une souffrance évitée. Sur le Réseau, les gens partagent tous leurs faits et gestes, « veillant » les uns sur les autres. Silas est un grand romantique : il préfère garder pour lui les moments intenses de sa relation avec l’incandescente Astrid…

Mais quand sa petite amie se fait renverser par une voiture, il est immédiatement emmené par les agents de la CEDE. Pour oublier.

Suite à certains événements et avancées technologiques, le monde tel que nous le connaissons s’est transformé afin de devenir un monde meilleur, un monde sans aucun sentiment négatif. Ainsi, la peine ou la colère sont « oblitérées », afin de ne pas entraver la bonne marche du système. A la  moindre manifestation de ces sentiments, une équipe spéciale intervint dans le but de placer les personnes trop émotives dans un endroit à part, où sera pratiquée l’oblitération. Ceci permet d’effacer de la mémoire tous ces fameux sentiments. De cette opération, il ne reste sur le poignet du patient qu’un point bleu, vestige de ce qu’il a vécu. Attention, ce n’est pas parce que la douleur, la peine ou la colère ont été effacées que les souvenirs liés à cet événements se sont aussi envolés, seulement ils ne sont plus nourris par les émotions qu’ils devaient procurés, et finissent donc avec le temps par se volatiliser, non entretenus.

La loi, récente d’une vingtaine d’année, impose aux mineurs de subirent une oblitération si leurs émotions deviennent trop fortes. Seuls les adultes ont leurs mots à dire sur cette pratique, quand elle ne concerne qu’eux-mêmes. Mêmes les parents ne peuvent empêcher leurs enfants d’être oblitérés suite à la perte d’un proche, ou un autre choc. Pourtant, personne n’y trouve quelque chose à réduire, malgré l’aspect despotique de cette loi. Tout sentiment négatif se retrouve donc banni de cette société.

Silas et Astrid vivent dans ce monde. Ils n’ont toujours connu que lui. Ils sont habitués à voir les points bleus sur les poignets des gens qu’ils peuvent croiser, de cacher leurs émotions, synonymes de faiblesse, et de poster toutes leurs activités sur le réseau social unique. Ce réseau permet à tous de veiller les uns sur les autres, de pouvoir interpeller immédiatement les autorités en cas de suspicion d’un sentiment trop négatif. Tout le monde est dessus, sauf les morts. Silas, jeune adolescent, y est cependant un peu rebelle. Imaginer, sans cesse poster sur ce réseau vos états d’humeur, ce que vous faites, et ce en permanence, puisque dès 5 min d’arrêt, le réseau vous rappelle à l’ordre :

Silas

Pour ne pas être submergé de notifications, j’ai un secret : je planifie mes moments d’évasion sur mon temps de sommeil supposé. Je poste le statut sommeil, le seul qui permet d’être tranquille. Enfin non, deux autres statuts ont ce pouvoir-là, mais ils sont toujours postés par un tiers : hospitalisé ou décédé. Bien évidemment, quelqu’un qui aurait recours à ma supercherie trop souvent, et surtout au beau milieu de la journée, se taillerait une réputation de flemmard de première, d’autant qu’on sait soigner la narcolepsie depuis trois ans. Aussi, je fais gaffe. Avec le statut sommeil, je peux m’allonger sur mon lit, fermer les yeux, voir le soleil briller entre les feuilles et entendre le vent chanter entre les branches….

Silas est amoureux d’Astrid. Il ne conçoit pas sa vie sans elle. Elle est son soleil, lui qui est un peu renfermé sur lui-même. Seulement, Astrid a conscience du monde qui les entoure. Elle voit ses faiblesses, les conditions de l’oblitérations sont présentes dans sa famille, puisque son père en est déjà à sa troisième oblitération. Elle voit donc les effets dévastateurs que cela peut avoir sur les êtres vivants, des effets dont tout le monde se moque. On en est même rendu à se faire oblitérer pour trouver un travail !

Astrid est donc un personnage solaire, éblouissante, pleine de vie, et en rébellion. Elle ne le montre pas, mais elle voudrait quitter ce monde, cette société dans laquelle elle ne fais bonne figure que parce que Silas est là. On sent qu’elle est mal dans sa peau, qu’elle cherche à se confronter à l’autorité en place en refusant de se soumettre aux règles, tout en ne sachant pas comment faire. Au début du récit, j’ai même cru qu’elle allait se suicider, afin d’échapper à cet univers. Or, elle n’en n’aura pas le temps, ou du moins pas la nécessité, puisqu’elle est victime d’un tragique accident, qui va la tuer.

C’est à partir de cet accident que l’histoire s’enclenche réellement. Silas, fou de douleur de perdre l’étincelle de vie qui animait ses journées, qui lui rappelait qu’il était en vie, va tellement souffrir qu’il va devoir être oblitéré, sans que personne ne puisse empêcher cela, pas même lui. De par son statut de mineur, d’enfant, il ne peut pas échapper à cette opération, qui va lui retirer la peine et la douleur qu’il éprouve suite au décès d’Astrid. Nous découvrons alors toute l’horreur qui se cache derrière l’oblitération :

Silas

Je suffoque, ne sachant plus quoi penser. Pourtant, ma colère retombe doucement comme un soufflé. On dirait que plus aucun sentiment ne peut s’enraciner en moi. C’est certainement une réaction due à mon oblitération. Auparavant, mes colères pouvaient durer des heures… Malgré une migraine grandissante, je réalise soudain que  c’est peut-être moi le plus adulte dans toute cette histoire, puisque mes parents n’ont jamais été oblitérés. Maman essaie d’arrondir les angles, mais je vois bien qu’elle est d’accord avec papa, ils croient tous les deux que mon passage en CEDE était une erreur. Pourtant, je me sens plus fort, depuis ! Pourquoi eux ont-ils choisi de rester faibles? Je pourrais les mépriser pour ça… Papa est en proie à une émotion négative qu’il ne parvint pas à contrôler, alors je secoue la tête et esquisse un sourire. Je donne une petite tape sur son épaule, pour lui montrer que je ne lui en vaux pas, et je me replie dans ma chambre, pour me soustraire au conflit et calmer mon mal de tête.

J’entends mon père pousser un cri de rage. Je grimace : cette manifestation de sentiment négatif est parfaitement indécente.

Voilà, Silas se retrouve donc sans sentiment de douleur, mais aussi sans véritable sentiment. Tout ce dont il se souvint, c’était qu’il aimait Astrid, mais il ne parvint pas à retrouver cette émotion en lui, comme si quelque chose était mort. Pour que le sentiment refasse surface, il a besoin d’être nourri, comme un feu qui se serait éteint. Et finalement, malgré sa perte de sentiment, qui mieux que Silas peut réussir à retrouver ce que l’oblitération a effacé en lui, cette part de lumière que représentait Astrid pour lui ?

Ce roman tourne donc autour de ces sentiments de pertes, de douleurs, de désespoirs, qui nous empoissonnent parfois la vie, qu’on voudrait parfois ne pas vivre, mais qui nous définissent en tant qu’êtres humains. L’amour qui lie Silas et Astrid est puissant, mais pas omniprésent par rapport à d’autres romans où tout tourne autour de l’amour. Ici, nous avons tous les autres sentiments liés à cet amour qui sont aussi représentés : celui de la perte, puisqu’Astrid disparaît, celui de la trahison, lorsque Silas apprend qu’il ne savait pas tout d’Astrid, de la jalousie, mais aussi de la colère et de l’incompréhension face à tous ces sentiments qui sont considérés comme néfastes, comme interdits. On sent, avant que Silas ne se fasse oblitérer, qu’il est dépassé par la douleur qu’il éprouve, par ce trop plein de sentiment qui l’assaille, mais qu’il ne veut pas sans débarrasser. Il sait qu’Astrid ne peut plus vivre qu’à travers lui, et renier sa douleur la fera disparaître, étouffera tout ce qu’ils ont vécu ensemble. Il veut faire son deuil, à sa manière, mais l’oblitération lui retire ça. Du jour au lendemain, il n’a plus de douleur, plus que du vide.

Le roman est construit en trois parties différentes. Il y a d’abord celle de Silas, où il raconte l’accident, puis ses souvenirs, où il présente aussi son monde. Ainsi, il raconte sa rencontre avec Astrid, le lien entre eux deux qui s’est aussitôt formé, sa bonne humeur et sa négligence par rapport au risque auquel elle adorerait se confronter. Puis, enfin, vient la douleur, son oblitération, et sa nouvelle vie, jusqu’à ce qu’un élément déclencheur vienne le faire enquêter sur ce que pensait réellement Astrid sur sa vie dans cette société. On passe ensuite à la partie d’Astrid, avec la présentation de sa famille, dont sa grand-mère qui est malade, et sur l’engagement de celle-ci en faveur de l’oblitération. Puis survint l’accident. La troisième partie est à nouveau consacrée à Silas, à ce qu’il a appris sur Astrid et sur la manière dont il va ensuite tenté de changer un peu les choses, au mépris de sa famille et de tout ceux qui l’entoure, mais aussi pour eux, et les générations futures.

Je voudrais à présent revenir sur le personnage d’Astrid, qui est au centre de cette histoire, malgré son décès. C’est elle qui va ouvrir les yeux de Silas, qui va le pousser à ce confronter à la terrible réalité. Et ceci aurait été impossible sans les nombreuses oblitérations de son père, qui l’ont transformé à jamais.

Astrid

Papa est passé deux fois en CEDE. La première fois, c’est quand sa mère à lui, mon autre mamie que j’ai à peine connue, est morte juste après le décès de son mari, mon grand-père. Maladie, désespoir, elle ne mangeait plus, tout ça… Bref, papa a perdu ses deux parents coup sur coup et il est tombé en dépression. Direction la CEDE. Ce qui est bizarre, c’est que maintenant il refuse de voir ne serait-ce qu’une photo de ses parents. Je me souviens d’une fois où j’avais décidé de poser des cadres d’eux sur ma commode, afin de me rappeler de leurs visages. Papa avait découvert les cadres avec surprise, tout d’abord, puis il les avait pris entre ses mains, les avait regardés longuement, sans émotion apparente – sans doute sans émotion réelle, en fait – puis les avait jetés dans la corbeille à papiers. Il avait quitté ma chambre sans un regard pour moi qui pleurais. jamais mon père ne m’avait tant effrayé.

En vérité, ce qui m’a beaucoup touché dans ce roman, ce sont les sentiments ultra-présents et très bien décrits. Malgré le fait qu’ils soient censés être supprimés, ils sont tout le temps là, sous-jacents, et on se rend vite compte à quel point ils sont vitaux pour nous, pour notre existence, et qu’ils sont la base même de notre constructions. C’est parce que nous avons pu éprouver telle émotion que nous réagissons comme nous le faisons, que certaines douleurs nous marquent plus que d’autres. Elles nous définissent. Et ce que perdent dans le roman les personnages est inestimables, c’est leurs caractères propres qui leur est retiré au nom du principe d’éviter à tout prix la souffrance, dans le but de rendre un monde plus juste, plus uniforme.

Et ce qui me sidère dans ce roman, c’est le rôle qu’ont les réseaux sociaux. J’ai trouvé ça assez hallucinant qu’ils servent à dénoncer les excès de sentiments, et qu’ils soient préférables à de « vraies activités », qu’ils faillent décrire sa vie dessus en permanence, sinon un rappel à l’ordre est envoyé. En fait, non seulement les personnages sont dépossédés de leurs sentiments, mais aussi de leurs vies. Ils n’ont de répit que lorsqu’ils dorment, ou quand ils sont morts. Il n’y a que comme ça qu’on peut échapper au réseau.

Je me suis beaucoup étanchée sur le personnage d’Astrid, car elle est celle qui m’a le plus touchée, par son histoire et par son envie de vouloir faire quelque chose pour changer un peu le monde. C’est une utopiste, qui espère qu’elle peut avoir un impact bénéfique sur le monde, malgré les idées noires qui sont dans son esprit lorsque Silas n’est pas là. Au contraire, Silas, bien qu’il voie que les choses devraient être différentes, qu’il ne pense, n’a pas la prétention de vouloir y faire quelque chose. Tout ce qu’il veut, c’est être avec Astrid, et après son oblitération, c’est oublier Astrid. En vérité, il ne voit pas plus loin qu’Astrid, elle est sa ligne d’horizon, celle à laquelle il se rattache en toute circonstance, même après l’avoir perdu. Elle est d’ailleurs celle qui va le refaire basculer du côté des émotions, et le faire se battre.

Il n’y a pas beaucoup d’action dans ce roman, tout passe par les émotions, le réseau, la parole. Il n’y a pas de scène de bataille, c’est pour cela que je pense que c’est le roman dystopique le plus proche de notre société actuelle, car toutes les actions se font en souterrain, par le biais de la télévision et le réseau, que ce soit de la part du gouvernement ou des rebelles. Je pense que c’est aussi de cette manière qu’on peut remporter des batailles, qu’on peut défendre ses droits. En tout cas, c’est ce qui va marcher pour Silas.

Pendant un long moment dans ma lecture, je me suis interrogée sur le titre du livre. Pourquoi le bleu ? A cause des points bleus ? En réalité, cela fait référence aux bleus qu’on peut se faire sur le corps, aux douleurs qu’on ressent lorsque l’on se blesse. Et une fois cette explication donnée, je trouve que le titre est vraiment très bien choisi, car il résume à lui seule cette histoire magnifique sur les dérives que peuvent faire les bonnes intentions, puisqu’à la base l’oblitération servait pour éviter la douleur.

Cette histoire m’a vraiment touchée, car elle va creuser au fond même de nos pensées, émotions, des peurs de souffrir, d’avoir mal, d’aimer, mais aussi d’oublier. C’est un roman sur la mémoire, sur ce qui nous rattache à la vie. Ce que j’ai vraiment apprécié, c’est qu’il nous fait réfléchir sur notre propre conception aux souvenirs, aux émotions, aux réseaux sociaux, sur la vie qui s’en va et à laquelle on devrait en apprécier chaque minute, car tout s’efface si on n’en profite pas, si on ne parsème pas son chemin, et celui des autres, de souvenirs. Et Astrid résume parfaitement cela :  même dans la mort, les émotions continuent, elles nous rattachent aux autres, et la volonté de se battre aussi perdure.

J’ai enregistré sur la puce mémoire du Caméscope tout ce qui m’est arrivée depuis que je suis « morte ». En réalité, je suis tout sauf morte. Mon âme est plus vivante que celle de n’importe qui, et elle reçu tant de coups, elle est si pleine de bleus qu’elle l’est devenue entièrement. Bleue. J’ai voulu expliquer cela dans mon témoignage, qui commence ainsi : « Mon âme est entièrement bleue », par opposition aux quelques points minuscules et dérisoires de la même couleur apposés sur le poignet après oblitération. J’ai décidé de déposer l’unité de mémoire qui contient mon témoignage au pied du calvaire. Ainsi, elle sera détruite en même temps que le pont. Tout disparaîtra.

Et vous? Quelle est votre dernière dystopie? Préférez-vous quand les histoires d’amour sont bien présentes ou quand elles sont effacées dans le récit? Quand il y a beaucoup d’émotion?

N’hésitez pas à donner votre avis.

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5 réflexions au sujet de « #Bleue »

  1. J’aime beaucoup les dystopies. Je pense notamment au Passeur de Lois Lowry (adapté au cinéma il y a un an je crois), c’est un monde où les émotions sont aussi contrôlées (une injection chaque matin). Les humains ne voient plus non plus les couleurs. Pas de contact physique avec les membres extérieurs à la cellule familiale, pas d’amusement… Ce livre est un de mes coups de cœur du collège, et même 10 -12 ans après, je suis toujours fan 😉

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    1. Oui je connais, c’est la première que j’ai lu, au collège ^^ Cela date mais j’en ai gardé un super souvenir. J’ai d’ailleurs peur de voir le film, de voir ses souvenirs peut-être gâchés. Avec les films, on ne sait jamais ^^ Tu l’as vu le film?

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    1. Et oui, c’est un genre où les livres finissent un peu par tous se ressembler. C’est un peu le problème de la dystopie. Mais tu as raison, l’avantage de celui-là est qu’on a peu entendu parler, donc ça permet d’éviter le matraquage médiatique. Moi aussi j’ai horreur d’entendre parler sans cesse d’un livre. C’est une des raisons pour laquelle j’ai du mal maintenant avec Harry Potter 🙂
      C’est super si tu veux le lire, je suis contente ^^ Tu ne seras pas déçue 🙂

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