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Dévotion

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous parvenez à faire tout ce que vous voulez malgré la situation particulière que nous vivons en ce moment. Pour ma part, je suis assaillie d’idées en ce moment, si bien que j’ai assez d’idées de romans et de nouvelles pour toute l’année, voire même les années suivantes. Cela me stresse un peu, car j’ai tellement de projets que j’ai envie de mener à bien que je ne sais plus où donner de la tête, plus le boulot, plus le blog et la lecture. J’aimerais bien que le temps passe moins vite, ou que les journées soient plus longues.

D’ailleurs, aujourd’hui, je reviens vers vous avec un roman qui parle de l’évolution de l’homme, qu’elle soit provoquée par les hommes ou alors naturelle. Cela tombe bien, c’est un thème qui m’inspire beaucoup, que j’aime bien traiter en classe, et aujourd’hui, on va en parler sous le prisme du roman policier. Le roman dont je vais vous parler ce dimanche s’intitule Dévotion, et il a été écrit par Dean Koontz. Il est sorti en France aux éditions l’Archipel en septembre 2021. Voici son résumé :

Woody Bookman, 11 ans, n’a pas dit un mot depuis sa naissance. Pas même quand son père est mort dans un prétendu accident. Mais pour Megan, sa mère, le plus important est que son fils autiste, doté d’une intelligence supérieure, soit heureux.

Woody, lui, est persuadé qu’un laboratoire se livrant à des expériences génétiques secrètes et ultrasensibles est responsable de la mort de son père. Et que la menace se rapproche désormais de lui et de sa mère.

Avec l’aide de Kipp, un golden retriever télépathe, Woody va tenter de stopper l’être maléfique tapi dans l’ombre…

Dans cette histoire, nous suivons trois personnages principaux. Tout d’abord, nous avons Woody, une jeune garçon autiste qui vit seul avec sa mère depuis que son père est mort. Or, Woody est persuadé que son père a été tué, et il compte bien le prouver. Génie de l’informatique, il se met à réunir des preuves, jusqu’à ce qu’il se fasse repérer par ceux qui ont tué son père. Comment alors pour Woody et sa mère un jeu du chat et de la souris avec les tueurs. En parallèle, Kipp, un chien intelligent, capable de comprendre les humains et de se faire comprendre par eux, voit sa propriétaire décédée. Et dans le même temps, il reçoit les appels à l’aide télépathiques de Woody. Bien décidé à aider le petit garçon, Kipp entraîne les humains qui s’occupe de lui dans la protection de la famille du garçon face aux tueurs lancés à leurs trousses. Enfin, nous avons Lee, qui connaît le père de Woody, et qui a toujours rêvé de prendre sa place. Suite à un incident dans un laboratoire, dont Lee est le seul survivant, il va essayer de draguer Megan, et si elle refuse, il n’hésitera pas à tuer Woody, et Megan. D’autant plus que Lee est en train de se transformer, nouvel homme et nouvelle étape de l’évolution humaine.

Je vais commencer par vous parler du personnage de Woody. C’est un personnage auquel on s’attache facilement, et à qui je me suis attachée facilement. En effet, on découvre un petit garçon très intelligent, capable de compter et de comprendre l’univers, de saisir l’informatique rapidement, de collecter des preuves contre des tueurs et de démontrer qu’il existe une entreprise véreuse, tentaculaire, qui produit des modifications génétiques, et dans le même temps, c’est un petit garçon perdu dans un monde qu’il ne parvient pas à appréhender, dans lequel il n’est pas adapté. On ressent donc de la pitié pour lui, qui est à différencier de la peine, puisqu’on n’a pas nécessairement de la peine pour lui, il est né comme cela et il ne peut pas changer, mais plutôt une pitié qui donne envie de le protéger. Et c’est cela qui m’a marquée avec Woody, on veut le protéger et l’aider, car il possède une innocence fragile, et on voudrait qu’il ne se retrouve pas confronté aux vices du monde et à ceux des hommes, qu’il conserve sa fraîcheur et sa vision, magnifique, du monde. Et, dans le même temps, il est responsable de ce qui arrive, puisque c’est lui qui lance les tueurs sur sa trace en oubliant de se couvrir, ce qui est normal pour un enfant de onze ans. Il ne pouvait pas deviner ce qui allait se passer. On sent alors toute sa culpabilité de s’être fait piéger, et les remords qui l’assaillent alors qu’il comprend qu’il a mis sa mère en danger. J’ai beaucoup aimé le lien qui est tissé entre elle et lui, tout l’amour qu’il éprouve pour elle, et sa frustration de ne pas pouvoir lui dire, car Woody est muet. On sent qu’il ferait tout pour la protéger, même s’il avait aussi besoin de comprendre ce qui était arrivé à son père. Toutefois, ce que je reproche au personnage de Woody, et qui est dû à la manière dont est construit le récit, c’est qu’à partir du moment où Kipp est prêt de lui, et lui ouvre le monde de la télépathie, son autisme est mis de côté. Cela m’a un peu dérangée, car cette maladie fait partie de Kipp, et elle ne devrait pas pouvoir être guérie. J’ai trouvé cela un peu facile, c’est alors comme si on considérait que l’autisme de Woody avait un but au début, et qu’un fois celui-ci atteint, on se déparasse de sa maladie. Cela m’a dérangée car on ne guérit pas de l’autisme, et faire cela ici, c’est comme nier la maladie de tous les autres. Mais il y a un ressort scénaristique derrière que je peux comprendre, même si j’aurais aimé qu’on conserve davantage le caractère de Woody.

Je vais maintenant rapidement parlé de Kipp. J’ai beaucoup aimé son personnage, et ce qui est intéressant avec lui, c’est que même si on est face à un chien intelligent, on sent tout de même que c’est un animal qui parle. Ainsi, on a des réflexions qu’on s’attend à trouver chez un animal, comme celle sur les odeurs ou sur les attitudes des hommes, ou même sur la nourriture. J’ai aussi été touchée par son histoire, et la tristesse qui émane de lui suite à la mort de sa maîtresse, et le lien qu’il va forger avec Woody. On sent ainsi son attachement immédiat au jeune garçon. C’est alors assez plaisant de les voir interagir ensemble. J’adorerai avoir un chien comme Kipp.

La mère de Woody. Assise sur le bord du lit. Woody sur ses genoux, dans ses bras, indécollable.

Ben dans le fauteuil, Kipp à ses côtés, queue fouettant l’air, tout excité, réjoui.

Kipp n’avait jamais connu d’humain aussi bien qu’il connaissait désormais Woody.

Il adorait le Woody qu’il connaissait. Il adorait la maman de Woody, qu’il connaissait à travers Woody.

Kipp avait adoré Dorothy, mais elle ne s’était jamais entièrement dévoilée à lui, pas au point de lui révéler les moindres ressorts de sa psychologie comme l’avait fait Woody.

(…) Kipp ne pouvait toujours pas parler et ne le pourrait jamais, sauf grâce à son sixième sens, la télépathie.

Le garçon, lui, pouvait désormais s’exprimer, libéré des inhibitions paralysantes qui l’avaient réduit au silence.

Cela signifiait peut-être que la cause de son trouble de développement était en grande partie psychologique.

Mais probablement pas.

Parlons maintenant du grand méchant de ce récit, de la figure terrifiante qui se met en place, c’est-à-dire celle de Lee Shacket. En effet, dès le début, on comprend que le personnage de Lee va être celui qu’on va adorer détester, notamment parce que celui qui est responsable de Lee est davantage aux abonnés absents que sa marionnette qui, dès qu’elle comprend qu’elle est de plus en plus puissante, décide de semer la mort autour d’elle. En vérité, Lee pourrait être n’importe quel homme qui est sans cesse rabroué, que ce soit par les autres ou par es femmes, et qui est haineux envers le monde dont il estime qu’il est floué. Ainsi, Lee pense que tout le monde se moque de lui, et en représailles, il décide de tuer tous ceux qui se mettent en travers de son chemin Sa cible principale devient alors Megan, parce qu’elle a osé lui préférer son mari, le père de Woody, au lieu d’entamer une relation avec lui. Et comme il ne comprend pas le nom, il va la harceler, jusqu’à l’agresser. Sincèrement, le personnage de Lee fait assez frissonner parce qu’il montre ce qui peut arriver si trop de pouvoir est mis entre les mains d’un seul homme, et on parle non pas ici d’un pouvoir politique, mais bien d’un pouvoir surnaturel, puisque Lee est en train de se transformer en bête sauvage. Il cède alors complètement à ses instincts les plus primaires, avec une intelligence qui fait froid dans le dos. Tout le long du récit, il ne va prendre que des mauvaises décisions, et basculer de plus en plus dans une spirale de violence, sans comprendre ce qui qui arrive véritablement. On montre alors aussi les dérives de la science par son personnage, ce qui est alors intéressant, car c’est tout une remise en question du transhumanisme qui est faite ici.

Une par une, Shacket retourne les photos, face contre le piano. Plus tard, quand le petit sera mort, quand Megan comprendra désormais qui la tient désormais sous sa coupe, il la regardera retirer les photos de leur cadre, les jeter dans la cheminée et les brûler.

Des bruits s’élèvent du fond de la maison, sûrement de la cuisine. Il ne s’en inquiète pas. Ils sont suffisamment distants. Il décèle l’odeur de Megan, il sent sa moiteur, à cette sale bombasse : elle est là-bas, et pas en train d’approcher.

Cette maison est à lui, à présent. Megan ne le sait pas, mais cette maison appartient à Shacket. Il peut la brûler et cela lui chante. Une fois que le gamin sera mort, une fois que Shacket se sera glissé dans le lit de Megan en pleine nuit et lui aura fait voir à côté de quoi elle est passée toutes ces année, si à ce moment-là cette traînée refuse toujours de se soumettre, il lui fera ce qu’il a fait à Justine. Ensuite, il mettra le feu à cette baraque et partira pour le Costa Rica, où l’attendent des tas de bombasses, la jungle et l’océan, et encore d’autres tas de bombasses, de quoi se repaître de tout son soûl.

Alors que se poursuit son accomplissement, il s’pate lui-même, car il n’a jamais fait preuve d’une telle résolution dans tous les domaines.

J’en arrive donc maintenant au dernier point, la critique de ce livre, celle qui est portée par l’histoire. En effet, comme je l’ai mis plus haut, nous sommes ici face à une certaine critique de la science, celle qui veut dompter la nature et la dépasser. Dans le laboratoire où se trouvait Lee, était en effet développé des molécules permettant la création d’une nouvelle race d’humains, surpuissante. Or, l’auteur nous montre ici les dérives d’une telle idée, avec un Lee qui devient dangereux et qui perd toute raison. En devenant un animal, l’auteur nous montre donc que Lee ne réfléchit plus, et qu’il se rapproche presque d’une figure monstrueuse, avec un homme prêt à tuer pour obtenir ce qu’il veut. Or, en parallèle, nous avons aussi les chiens, incarné par Kipp et Bella, qui nous montre que les animaux peuvent eux, au contraire, se rapprocher de l’humain, avec tout ce que cela implique, une raison et une morale, et que les humains se comportent bien plus comme des animaux que ne le font les chiens. J’ai alors trouvé cela intéressant, et même si on n’a pas une vraie explication sur ce qu’est le Mystérium, j’ai été séduite par cette idée qui nous est proposée, et les facultés qui sont données aux chiens, qui font que ces animaux vont compléter l’homme, comme cela aurait dû être le cas lorsque les deux espèces se sont réunies, il y a des milliers d’années. Le fait de ne pas savoir réellement d’où viennent ces chiens, et pourquoi la transformation faite chez eux s’accélère permet aussi d’apporter de la magie au récit, au sens où tout cela reste finalement très mystérieux, et sans véritable explication, comme si la nature mettait elle aussi tout en œuvre pour changer les humains d’une manière que ces derniers n’avaient pas prévue, comme si la nature avait elle aussi un plan pour les hommes, et un plan différent de celui de la science. La morale peut alors paraître simpliste, mais elle fonctionne, et c’est assez intéressant et plaisant de la voir être mise en place de cette manière. On regarde les chiens avec une autre vision ensuite.

En plus de faire partie de la fratrie Montell et d’être la nounou clandestine de ses frères et sœurs, Bella était directrice de la rédaction du Circuit.

Le Circuit s’allumait ou s’éteignait comme une radio. Tous les membres du Mystérium n’étaient pas en permanence à l’écoute.

Cependant, il était possible d’envoyer un message urgent qui force l’ouverture des voies neuronales et soit reçu de tous les membres.

Le travail de Bella consistait à recueillir les nouvelles d’importance et à les relayer au moment opportun.

Elle s’était portée volontaire pour rester ouverte aux transmission pendant la journée.

Elle n’avait pas à craindre de colporter des rumeurs ou des contrevérités. Aucun membre du Mystérium n’avait jamais surpris un chien à mentir.

En ce qui concerne l’écriture du roman, elle est fluide, et on est immédiatement saisi par l’histoire. J’ai ainsi eu hâte de le terminer, pour voir comment toute cette histoire allait se finir, et parce qu’on est vraiment saisi par le suspens qui est mis en place. On veut savoir comment Kipp et Woody vont être réunis, on veut être certain que Lee ne fera de mal à personne, etc. Le suspens est vraiment bien dosé et il monte crescendo sur la première moitié du roman, avant de basculer d’une autre manière ensuite. Les descriptions sont elles aussi bien faites, et on se sent avec les personnages. Le fait qu’on change sans arrêt, quasiment à chaque chapitre, de personnage n’est pas un problème, mais il commence à y en avoir beaucoup à la fin du roman, si bien qu’on en oublie quelques uns, notamment ceux des tueurs envoyés sur les traces de Megan et Woody. Mais c’est le seul défaut que je peux trouver à la narration, avec le fait que Woody change trop, et perd son autisme, lorsque Kipp arrive. Dans l’ensemble, le roman se lit vraiment bien et on a du mal à le fermer.

En résumé, c’est un roman que je ne peux que vous conseiller de découvrir, tout simplement parce que l’histoire est vraiment bien écrite et qu’elle est agréable à lire. On a ici un vrai sujet qui est traité, celui de la science et de ses dérives, ainsi que les mystères de la nature, représentés par les chiens et par les capacités qu’ils se mettent à développer. Le lien ente Kipp et Woody est vraiment génial à voir se former, et on se prend d’amitié pour les deux deux personnages. Je déplore toutefois que cela fasse perdre son autisme à Woody. J’ai aussi aimé détester le personnage de Lee, qui représente vraiment tout ce que je déteste chez un homme. Il est vraiment horrible, et on savoure le fait de le voir tomber de plus en plus bas. Le personnage de Dorian, dont je n’ai pas parlé, est du même acabit. La narration est fluide et bien rythmée. C’est une très belle découverte qui m’a donné envie de découvrir les autres romans de l’auteur.

Et vous ?

Cela vous arrive-t-il de vouloir lire d’autres romans du même auteur ?

Qu’est-ce qui peut provoquer cette envie en vous ?

Quels sont les styles que vous privilégier ?

Bon dimanche à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « Dévotion »

  1. Ta chronique donne super envie, j’aime beaucoup les thèmes abordés et ce que tu dis des personnages !
    Et je te comprends totalement pour le « trop d’envies de projets et pas assez de temps », je suis dans la même galere et c’est hyper frustrant >< Courage, une chose a la fois et on y arrivera 😊

    J’aime

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