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L’arrache-mot

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez passé une bonne semaine. Pour ma part, elle s’est bien passée, mais j’avais hâte d’être en weekend. Je me sens fatiguée et j’ai hâte que les vacances arrivent. Je sais que nous avons la chance d’avoir des weekends prolongés en ce moment, et cela fait du bien, mais en fait, cela coupe beaucoup dans le rythme habituel de la semaine. Je pense que je préfère avoir une vraie coupure de deux semaines et ne pas avoir de coupure dans une semaine normale. Enfin, c’est comme ça, mais vivement les vacances. D’autant plus que les enfants n’ont pas vraiment la tête au travail, ce qui fait que nous sommes encore plus sur leurs dos afin qu’ils travaillent, qu’ils n’aient pas la tête trop en vacances eux non plus. C’est tout un équilibre à trouver, et cela va être de plus en plus dur avec les prochaines semaines, ceux qui passent le bac, ceux qui passent le brevet, et les autres sans enjeux qui ne veulent plus rien faire. Je suppose que le mois de juin est toujours compliqué pour les professeurs.

Mais aujourd’hui, je reviens vers vous, sur le blog, pour vous présenter l’un de mes derniers coups de coeur. Même si je parle de vacances, je suis déjà en train de penser à la rentrée de septembre. Et je peux déjà vous dire que le livre que je vais vous présenter aujourd’hui aurait sa place dans des cours de français. Je vais aujourd’hui vous parler du roman jeunesse L’arrache-mots, de Judith Bouilloc. Ce roman est sorti aux éditions Hachette le 2 mai 2019. Je les remercie, ainsi que la plateforme NetGalley, pour m’avoir permis de lire ce titre. C’est un roman fantastique, à la forme d’un conte de fées. Voici son résumé :

La jeune Iliade a un don merveilleux : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie.

Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale !

Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Dans cette histoire, nous suivons Iliade, une jeune femme d’un royaume magique. Elle est capable, en lisant, d’arracher les mots des livres et de créer avec des illusions permettant de raconter une histoire. Elle donne vie aux récits qu’elle lit à haute voix. Son don est merveilleux. Mais Iliade, qui vient de vivre une terrible rupture, a besoin de s’éloigner de la bibliothèque où elle travaille. Cela tombe bien, car un mystère émissaire de la capitale vient de lui déposer une demande en mariage bien singulière. Quelqu’un qu’elle ne connaît pas veut la faire monter à la capitale, et lui offrir aussi un poste de rêve, celle de conteuse de la reine, et pourquoi pas la place de bibliothécaire de la grande bibliothèque royale. Iliade, curieuse, se demande qui peut lui proposer un tel marché. Elle ignore encore, en acceptant de rencontrer son futur mari, qu’elle met le pied dans un terrible complot contre la monarchie en place.

Je vais d’abord vous parler de l’atmosphère de ce roman. J’ai adoré son univers, son mystère aussi. C’est un monde tout en magie, où tout semble merveilleux. On se croirait dans un conte de fées où tout et beau et magnifique, où la magie ne semble que faire le bien. Cela peut paraître assez simpliste, mais je trouve que cela correspond surtout au personnage central, Iliade, et aussi à l’aspect un peu conte de fées qui règne dans l’histoire. En effet, on a l’impression, au début du moins, d’être dans un conte, et l’on se doute que l’histoire va bien se terminer. Mais cela n’est valable que sur une partie du roman, puisque vers la fin, on s’aperçoit que, aussi belle que soit la magie, elle peut aussi avoir un côté sombre, selon comment elle est employée. Cependant, l’impression qui me reste de cet univers développé par l’autrice, c’est celui d’un monde merveilleux, magnifique, où l’on a envie d’aller. Et il est parfaitement décrit par l’autrice. Elle a su mettre en valeur son monde, lui donner vie. C’est un univers qui saura plaire, et qui est parfait pour cette histoire.

Comme promis, dans l’après-midi, Florent d’Alphand leur servit de guide à travers les jardins suspendus de Babel : sept immenses plateformes soutenues par des piliers de pierre bleue dont la hauteur diminuait en allant vers l’océan. Sur la première terrasse, ils déambulèrent entre des parterres de broderie composés de buis taillés et de rinceaux de fleurs. La deuxième terrasse était le royaume des roses. La troisième faisait la part belle aux fontaines et aux jeux d’eau. La quatrième supportait des bouquets d’arbres fruitières. La cinquième était le domaine des cerfs célestes ou péritions. Les cervidés du parc royal arboraient un pelage brun, des ailes et une queue recouvertes de plumes vertes, semblables à des feuilles. Mais le petit groupe mené par Florent ne s’attarda pas longtemps sur leur territoire. Mamie Cassandra avait une peur bleue des péritions en liberté. Cela ne la dérangeait nullement de les voir ailes repliées, assujettis et attelés à de lourdes voitures, mais, débarrassés de leurs mors et déployant toute l’envergure de leurs ailes les cerfs volants étaient trop majestueux et effrayants. La grand-mère préféra flâner sur la sixième terrasse, dédiée aux plantes grasses. Elle y admira les tiges charnues des carpobrotus, appelés aussi « griffes-de-sorcière » à cause de leur forme crochue, et les fameux cactus flottants, de curieuses petites plantes ondoyants à quelques centimètres au-dessus de la terre.

La dernière plateforme était tapissée de plantes marines : salicornes, mertensies vertes au goût d’huître, mertensies jaunes à la saveur de champagne. Sans oublier les alysses maritimes, connues également sous le nom de « fleurs-sirènes ». Florent d’Alphand expliqua à ses deux visiteuses que les alysses émettaient une mélodie mystérieuse la veille des jours de tempête, un chant très doux bien utile aux marins et aux jardiniers.

Venons-en maintenant au personnage d’Iliade. J’ai trouvé très original son prénom, et il lui convient très bien. Iliade a la tête dans les nuages, c’est une grande rêveuse. C’est pour cela qu’elle est autant attachée aux livres, c’est parce qu’elle sait qu’elle peut trouver en eux ce qui lui manque dans la réalité, la fidélité. Elle sait qu’elle ne peut pas être déçue par les livres, alors qu’elle l’est souvent par les gens. En vérité, Iliade se méfie beaucoup des autres, surtout depuis qu’elle a été trahi en amour. Sa montée à la cour de son royaume, en pleine aristocratie, va la confirmée dans cette idée. Elle trouve beaucoup de réconfort dans les livres, et ils sont là pour l’aider. Elle puise son pouvoir en eux, ils sont la source de son métier de bibliothécaire, mais ils la guident aussi beaucoup. Iliade a une grande culture littéraire, cela lui permet de guider ses lecteurs dans sa bibliothèque, de leur confier les ouvrages dont ils ont besoin, mais aussi, pour elle, de savoir quel texte va lui apporter du réconfort. Grâce à tout cela, je me suis beaucoup retrouvée dans le personnage d’Iliade, et je pense que ce sera la même chose pour tout lecteur. J’ai été soufflée par sa culture, et j’ai eu envie de découvrir tous les titres dont elle parlait, même si j’en connais beaucoup. On a envie de suivre Iliade, elle est sympathique, généreuse, et c’est un personnage qu’on apprécie dès le début. Elle m’a fait rire, car elle moderne, dans un monde qui se transforme, qui est donc différent d’elle, légèrement révolutionnaire, et j’ai été marqué par son caractère. Iliade peut se montrer têtue, et c’est ce qui va la rendre courageuse. Elle évolue pendant le roman, apprenant à se dépasser, à sortir de ses livres pour vivre l’aventure de sa vie. Je pense que tout le monde peut s’identifier à elle tellement c’est un personnage gentil, avec des valeurs intéressantes et une sacrée volonté. J’ai adoré le fait quelle défende envers en contre tous l’éducation pour tous, l’ouverture des bibliothèques à tous. Elle aime les livres et veut partager sa passion.

– M’acheter avec des livres ! s’étouffa Iliade.

Le roi n’entendit pas ses mots indignés. Il semblait ailleurs, perché sur une planète d’ivoire enveloppée de vapeur bleu et or.

– Regardez cette tour, dit-il en désignant le monolithe central. On l’appelle la tour de Babel ou la tour interdite. Elle contient des ouvrages très rares. Seuls les membres de la famille Tarlyn peuvent y accéder. Alexandrine et moi-même disposons d’une clé pour y entrer. Je vous donnerai la mienne sitôt que vous serez mariée.

– Nous ne sommes pas dans une bibliothèque mais dans un cimetière de livre, tempêta Iliade. Vos étagères sont des tombeaux : Un livre sans lecteurs n’existe pas !

– Peut-être que, si vous étiez responsable de cet endroit, vous pourriez changer cela et le rendre plus vivant. Je me souviens de votre lecture à la bibliothèque de Pergame. Vous étiez entourée d’une nuée d’enfants affamés d’histoires, bambins bien habillés et gamins des rues.

Le personnage d’Adil est super aussi. Même si, au début, on est comme Iliade, effrayée par ce personnage qui ne semble guère sympathique, qui fait même peur à tout le monde, j’ai pris plaisir à le découvrir en même temps qu’elle, à me familiariser à sa manière d’être, bien singulière. Il a un côté fragile qui est très plaisant, même s’il faut beaucoup chercher pour le trouver. On sent tout de suite que sa confiance est difficile à acquérir, mais c’est tout à fait normal avec ce qu’il a vécu, avec ce qu’il continue de vivre au quotidien. J’ai été touché par son histoire, qu’on découvre petit à petit. Et on ne peut que s’attacher à lui, que tomber sous son charme à notre tour, car il y a beaucoup de qualités, on a envie d’en savoir toujours plus sur lui, car il est comme un livre dont on tournerait sans cesse les pages pour découvrir qui il est. Il met beaucoup de temps à se livrer, mais on compter sur lui. J’ai apprécié la relation qu’il a avec le roi, puis avec Iliade. Leur rencontre est juste géniale, et très drôle. Après, je n’ai pas envie de vous en dévoiler davantage, pour ne pas trop vous en dire, mais c’est l’un de mes personnages préférés dans cette histoire.

Ce qui m’a aussi énormément plu dans cette histoire, ce sont toutes les références littéraires qu’il peut il y a avoir. En effet, grâce au don d’Iliade, on se promène de livre en livre, et l’autrice s’amuse avec cela. Ainsi, on passe des poèmes de Baudelaire, à des références à Homère, aux contes de fées de mme de Beaumont, aux Voyages de Gulliver, et autres. J’ai trouvé ces références très bien intégrées au roman, à ce que vit Iliade. On sent ainsi la culture de l’autrice, le besoin pour Iliade de se raccrocher à ces récits. Ce qui est intéressants, c’est que pour les plus jeunes lecteurs, ils les découvrent grâce à Iliade. Ces références distillées au cours du récit peuvent donner envie de lire ces œuvres majeures, ou savoir qu’elles existent. Ce qui me plaît alors, c’est qu’on enrichit notre culture grâce à cette histoire qui ressemble à un conte de fées. Grâce au personnage d’Iliade, on quitte ce roman plus riche qu’avant, grâce à des connaissances en plus. J’ai vraiment trouvé cela agréable, une bonne idée de l’autrice. Et cela n’est pas du tout rébarbatifs puisqu’elles sont bien intégrées à l’oeuvre, qu’elles participent à l’histoire grâce au personnage d’Iliade, qui s’en sort pour aller moins ou pour expliquer certaines choses.

Les personnages secondaires sont aussi très soignés. J’ai eu un coup de cœur pour celui de Florent, qui m’a touchée par sa sensibilité. La grand-mère d’Iliade est juste géniale aussi. Et j’ai aimé le mystère qui existe sur le futur fiancé d’Iliade, puis sur le complot contre la couronne qui semble exister et auquel, malgré elle, Iliade se retrouve mêlée. On a à la fois des références littéraires parfaites, de la romance, mais aussi du mystère, de la magie, du fantastique. C’est un livre assez complet.

Mamie Cassandra les coupa :

– Manque de chance, ce n’est pas LE fiancé… juste l’émissaire du roi. Lord Tarlyn n’est pas capable de se présenter lui-même. Il préfère envoyer à Iliade un apollon pour l’appâter à Babel… et puis paf, le piège se referme ! Mais ne t’inquiète pas Iliade, mamie Cassandra veille au grain !

– Il était prévu que M. d’Alphand vienne nous chercher et je dois rencontrer Lord Tarlyn à la cour, répondit l’intéressée.

– Lord Tarlyn est un homme très occupé, expliqua Florent, qui avait entendu la remarque de la grand-mère.

– Vous connaissez donc Lord Tarlyn ? demanda Iliade.

– Vos fiançailles doivent rester confidentielles.

– Quel est son nom ? Aime-t-il lire ? Est-il aimable ? Quel âge-a-t-il ? Quel est son plat préféré ?

– Je ne puis rien vous dire.

Iliade continua malgré tout de bombarder Florent d’Alphand de questions, mais le bel émissaire demeura muet.

En résumé, car j’aurais encore beaucoup de choses à dire sur ce roman, mais que la chronique ne peut pas être trop longue, c’est un roman que je ne peux que vous conseiller. S’il n’était pas aussi cher, puisqu’il n’est pas encore sorti en poche, je le ferai étudier à mes élèves. Il y a beaucoup de choses dans cette histoire qui sont intéressantes, qui peuvent être utilisées en classe. Il suffit de voir toutes les références littéraires, la manière d’écrire, le fonctionnement de l’histoire, des personnages. Peut-être que je m’en servirai une fois qu’il sera en poche. En tout cas, pour ma part, c’est un gros coup de cœur. Si jamais vous chercher un roman sympathique, agréable à lire cet été, qui peut vous apporter des connaissances, je vous conseille celui-ci. Et faites-le lire aux enfants. Cela peut être un début intéressant vers une culture littéraire, vers une approche agréable du français.

Et vous ?

Quel est votre dernier coup de cœur ?

Qu’est-ce qui peux provoquer un coup de cœur lors de votre lecture ?

Qu’aimez-vous retrouver dans un roman ?

Aimez-vous encore lire des romans dédiés à la jeunesse ?

Bon dimanche à vous 🙂

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2 réflexions au sujet de « L’arrache-mot »

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