chroniques littéraires

Les maux bleus

Bonjour les amis. J’espère que vous allez bien et que vous avez passé un bon début de semaine. J’espère aussi que vous avez le droit à votre 8 mai et que vous avez pu profiter de votre matinée pou vous reposer. Ici, le programme est simple : c’est rédaction de chroniques, correction de contrôles et jeu. On a une grosse sortie sur PS4 que nous sommes en train de faire et dont je vous reparlerai dans un prochain article. En attendant, je vais vous parler aujourd’hui d’un des derniers romans que j’ai lu. Normalement, je devais vous présenter aujourd’hui un manga, vu toutes les chroniques en retard que j’ai à faire, mais je me suis dit que je ne pouvais pas ne pas vous parler de ce roman-ci. J’ai donc un peu changé mon programme.

Ce roman, c’est Les Maux Bleus, écrit par Christine Féret-Fleury. Il est sorti eux éditions Gulf Stream l’année dernière, en mai 2018. C’est un roman pour les jeunes adolescents, mais je pense que tout le monde peut le lire, aussi bien les plus vieux que les adultes. C’est un roman sur un sujet grave, l’homophobie. Voici son résumé :

Armelle le sait depuis trois ans, elle aime les filles. Seul son carnet bleu est mis dans la confidence. L’adolescente solitaire et férue de lecture y confie ses peurs, ses espoirs. Elle lui parle d’Inès, une nouvelle élève qui l’attire. Lorsque son amie la rejette violemment, Armelle devient rapidement l’objet du mépris et des insultes de ses camarades. Pourtant, cet événement n’est qu’un tournant dans sa vie qui bascule définitivement un dimanche soir. Alors que ses parents découvrent son secret, Armelle est jetée dehors. Elle n’a que 16 ans quand, cette nuit-là, elle voit la porte de sa maison se fermer brutalement devant ses yeux. Seule dans la rue avec son carnet, elle doit apprendre à survivre… Mais est-elle vraiment seule ?

Dans cette histoire, nous suivons donc Armelle, une jeune adolescente comme les autres. A un détail près. Elle sait depuis quelques années qu’elle aime les filles. Armelle est homosexuelle, même si elle ne se l’ait jamais avoué. Elle n’en a parlé à personne, ni à ses amies, ni à ses parents. Son seul confident, c’est Blue, son journal intime. Mais voilà qu’Inès, une nouvelle, perce ses défenses. Armelle tombe sous son charme et se dévoile. Inès la poignarde dans le dos en racontant à tout le lycée qui est vraiment Armelle. Commence alors pour la jeune fille une vraie descente aux Enfers. Mise en marge de la population lycéenne, esseulée, voilà que ses parents lui demande de manifester contre le mariage pour tous. C’en est trop pour Armelle, qui leur avoue ce qu’elle est. Ses parents la mettent à la porte. Armelle se retrouve obligée de survivre dans la rue. Et d’accepter qui elle est.

Je vais commencer cette chronique par le sujet même de ce roman. Il est horrible, et pourtant, comme cela est rappelé dans les notes en fin du livre, c’est quelque chose qui arrive malheureusement souvent en France. L’homophobie commence à la maison pour beaucoup de jeunes, qui se retrouvent maltraités, détruits, par leurs proches. De ce fait, cette histoire est terriblement actuelle. Elle ne peut donc pas nous laisser indifférent, surtout lorsque l’on sait qu’elle peut être réelle. Elle peut arriver à plein de véritables Armelle, ou à des garçons. On ne peut qu’être touché par le sort de cette enfant, car même à seize ans, Armelle est encore une enfant. Et elle se retrouve trahie par ceux en qui elle devrait avoir le plus confiance, par ses parents. Ils la mettent à la porte. Certes, ils ne la battent pas, ils n’essayent pas de la tuer, il n’y a aucune violence physique dans ce roman, et pourtant, c’est un acte d’une grande violence moral qui est commis. Ses parents, en faisant cela, la détruisent. Ils la réduisent à un animal que l’on abandonnerait. On ne peut donc pas avoir d’indulgence envers eux, et je trouve Armelle bien trop gentille à leur égard, car des parents comme cela méritent d’être sévèrement jugés, de perdre tout ce qu’ils ont pour avoir fait ce qu’ils ont fait à leur fille unique. De ce fait, ce roman nous fait passer par plusieurs émotions, qui passent beaucoup par la colère, le choc. On est pas mal choqué dans cette histoire par toute la méchanceté à laquelle est confrontée Armelle, et le harcèlement dont elle va être victime à l’école, sans qu’aucun adulte ne l’aide. Le moment où elle se retrouve mêlée à la manif pour tous est lui aussi terrible, car elle est avec des personnes prêtes à renier ce qu’elle est. Le poids des mots est important dans ce roman, car il montre à quel point Armelle est touchée, aussi surement qu’elle l’aurait été par une arme.

Et puis, tout d’un coup, je les vois : deux filles qui se tiennent par la main, debout sur un balcon, au premier étage. Entre elles, une pancarte sur laquelle on déchiffre sans mal une inscription tracée au marqueur, je devine en une seconde qu’elles sont repassées plusieurs fois sur chaque lettre pour en grossir le trait, en s’appliquant, en riant peut-être, leurs deux têtes rapprochées, les cheveux bruns, frisés de la première se mêlant aux mèches pâles et lisses de la seconde, alors que sous leur balcon passe lentement la foule rose et bleue, cette foule qui manifeste pour que tout le monde n’ait pas les mêmes droits, pour que certains amours demeurent cachés, en marge, pour que le compagnon du collègue de mon père reste à jamais « le dénommé Matthias » qu’on n’invite pas aux barbecues d’été.

Sur la pancarte, on lit : TROP TARD !

Autour de moi, des sifflets, des cris de protestations, des insultes fusent. J’ai envie de me boucher les oreilles. Je suis de nouveau dans la file piétinant devant le gymnase, épinglée, rejetée, sauf que là les mots ne me visent pas, je suis en sécurité entre mon père et ma mère, parmi ces gens qui me croient semblables à eux.

Et pourtant, ils me déchirent.

(…) – Ces gamines sont folles.

La voix de ma mère. Stupéfaite, indignée, réprobatrice.

J’ai mal, j’ai mal – j’ai honte. Honte de moi.

Cependant, malgré le sujet assez grave de l’histoire, il y a beaucoup de positivité dans ce récit. Peut-être même un peu trop, de mon point de vue d’adulte, mais je pense aussi qu’il est nécessaire qu’il y en ait afin de contrebalancer les horreurs de cette histoire, et pour donner de l’espoir à tous ces jeunes qui vivraient ce que vit Armelle. Le but n’est en effet pas de démoraliser les enfants qui liraient cette histoire. Armelle va donc rapidement s’en sortir et affronter ceux qui sont à l’origine de son mal-être. Pour cela, elle va trouver des alliées de choix. J’ai beaucoup aimé la présence de Julie et d’Oriane, qui amènent justement cet espoir pour Armelle en lui montrant qu’une vie est possible pour elle, qu’elle n’est pas un monstre. Et plus tard, c’est la même chose avec le personnage de Reba. J’aurais toutefois aimé que ces personnages soient un peu plus présents, qu’on en sache un peu plus sur eux, sur ce qu’ils ont traversés, même si on en en sait plus sur Oriane, parce que finalement, le roman est assez court, et que certaines choses auraient pu être plus détaillées. Le fait qu’Armelle ne se confrontent pas à ses parents est aussi un peu gênant pour moi car elle leur pardonne un peu vite, ou du moins elle les raye trop vite de sa vie. A sa place, j’aurais peut-être essayer de me venger, de les punir du crime qu’ils ont commis. Une confrontation avec ses bourreaux auraient pu être intéressante. En ce qui concerne le personnage d’Inès, j’ai beaucoup aimé aussi sa transformation, dont je ne vous en parlerai pas plus pour ne pas trop vous en dévoiler. Mais c’est un personnage très intéressant avec une vraie évolution, et je l’ai presque préféré à Armelle.

Venons-en au personnage d’Armelle, à présent. Comme je le disais plus haut, on ne peut qu’être touché par son histoire. Elle n’a pas mérité ce qu’elle vit, et on ne peut qu’avoir peur en même temps pour elle. Peu à peu, c’est une jeune fille qui se découvre. Elle prend conscience de ce qu’elle est, de qui elle est aussi. On a dans ce roman, autour du personnage d’Armelle, mais aussi d’Inès, une vraie réflexion sur l’identité, sur ce qui fait qui nous sommes. Armelle est l’opposée d’Inès, c’est une fille discrète, qui n’a aucune confiance en elle. La manière dont ses parents l’ont éduquée, mais aussi la découverte de sa sexualité, l’ont renfermées sur elle-même. Elle n’est pas ouverte aux autres. Elle préfère lire. Or, avec ce qui lui arrive, elle est obligée de se confronter à la réalité. Si elle veut survivre, elle est obligée de se dépasser. Elle correspond à beaucoup de personnes timides, introverties, et je pense qu’il est facile de s’identifier à elle, même sans être homosexuel. C’est un personnage que l’on a envie d’aider et qu’on a aussi envie de venger. J’ai aimé la manière dont elle évolue, même si elle reste trop gentille à mon goût. Peu à peu, elle prend le contrôle de sa vie, elle se dépasse, elle s’ouvre aux autres. Son évolution est intéressante car elle découvre qui elle, qu’elle a le droit de vivre. J’ai aussi beaucoup apprécié sa révolte, le fait qu’elle prenne conscience de beaucoup de choses grâce à ce qu’elle vit. J’ai vraiment trouvé intéressant la manière dont elle se pose des questions sur son identité, ses rêves de « normalité », jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’elle est normale et que ce soit les autres qui ne le sont pas en ne l’acceptant pas.

– Inès. Tu ne t’es jamais demandé si ce qui clochait ne venait pas de toi, ni d’elles, mais des autres ? (…) Je te regardais, en cours. Tu le sais, alors ça n’a plus aucune importance que je le dise. Tu es belle. Tu as l’air d’une fille dont on a pris soin. Comme moi (là, j’ai senti un drôle de pincement dans ma poitrine). Ca se voit, tu sais, aux gestes, à la façon de marcher. En plus, tu es aimée, toi. Tu as été choisie. (…) Tu as été choisie, ai-je repris plus doucement. Tu ne seras jamais un fardeau. Tu ne seras jamais chassée de chez toi. Ce n’est pas ta famille qui n’est pas normale, Inès : c’est ce que les autres pensent et disent. Tu écoutes le journal télévisé, parfois ? Quand un enfant meurt sous les coups de ses parents, on dit que ces gens sont des monstres. On se dépêche de les mettre à part de l’espèce humaine, parce qu’on a peur de découvrir en soi la même violence. Si c’était l’enfant de deux femmes ou de deux hommes, on se dépêcherait de clamer qu’il fallait s’y attendre, qu’une famille de ce genre est forcément déviante et perverse. Tu comprends ce que je veux dire ?

L’écriture de l’autrice est très agréable. Le roman se lit tout seul, et l’on tourne facilement les pages pour savoir où l’histoire va nous mener, ce qui va arriver à Armelle. La présence d’Inès à ses côtés rajoute du suspens à l’histoire, son caractère étant plus affirmé que celui d’Armelle. C’est un roman que l’on prend beaucoup de plaisir à lire. Les émotions d’Armelle, que ce soit sa colère ou sa tristesse, sont très bien retranscrites, si bien que l’on a l’impression de les ressentir. On se met facilement à la place d’Armelle, on déteste ses parents avec elle, et cette histoire provoque tout un tas d’émotions différentes qui doivent remettre en question notre approche du monde. Le fait que ce soit écrit à la première personne du singulière aide beaucoup à se mettre dans la peau d’Armelle.

En résumé, c’est un livre que je vous conseille très vivement de lire. Je ne suis pas passée loin du coup de cœur avec cette histoire et je pense même qu’elle devrait être étudiée au collège afin de faire changer certaines mentalités, qui passent aussi bien par les enfants que par les parents. J’ai seulement trouvé que certains moments se passaient trop bien pour Armelle, mais encore une fois, cela est nécessaire pour donner de l’espoir. Et c’est cet espoir qui est important dans ce roman. C’est un livre coup de poing qui fait réfléchir. Il est à lire.

Et vous ?

Lisez-vous des livres qui parlent de harcèlement ? D’homophobie ?

Aimez-vous des histoires où les personnages parlent de leur « différence » ?

Qu’aimez-vous retrouver dans ce type d’histoire ?

Bon mercredi à tous 😀

Une réflexion au sujet de « Les maux bleus »

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