chroniques littéraires

La Déclaration – L’histoire d’Anna

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez une bonne semaine. Ici, c’est toujours la course, et je m’inquiète déjà de la semaine prochaine, qui va être encore plus chargée. J’ai la chance d’avoir tous mes conseils de classe la même semaine, plus la porte ouverte de l’un des lycées où je me trouve. Ceci fait que mon samedi matin sera bien chargé, puisque évidemment, la porte ouverte est ce jour-là afin que les parents se déplacent avec leurs enfants. Cela me fatigue déjà et j’avoue que j’ai hâte d’être pleinement dans le mois de décembre, afin que les semaines soient moins chargées et que je puisse me concentrer pleinement sur mes cours.

D’ailleurs, imaginez un monde où il n’y aurait plus d’enfant, un monde sans école, où il ne resterait plus que des adultes. Personnellement, cela me fait froid dans le dos, mais c’est ce qu’imagine le roman dont je vais vous parler aujourd’hui. Il s’agit du premier tome d’une trilogie, qui se découpe en deux journaux intimes correspondant aux journaux des deux personnages principaux et une conclusion. C’est une dystopie d’une autrice allemande, Gemma Malley, dont le premier tome est sorti en France en 2007 aux éditions Naïve avant d’être réédité en 2018 aux éditions Hélium. Voici son résumé :

Angleterre, 2140.

Les adultes peuvent choisir de ne plus mourir s’ils renoncent à faire des enfants. Anna vit depuis presque toujours au Foyer de Grange Hall un pensionnat pour les Surplus, des enfants qui n’auraient pas dû naître, des enfants dont les parents ont défié la loi en les mettant au monde. Anna n’a plus de parents désormais. Confinée dans l’enceinte du pensionnat, elle travaille très dur, pour effacer leur faute.

Anna a tout oublié de son passé. Jusqu’au jour où arrive un jeune garçon qui semble la connaître. Mais qui est ce Peter ? Pourquoi ne la laisse-t-il pas tranquille ? Et pourquoi elle, Anna, se sent-elle soudain si troublée ?

Dans ce roman, nous suivons donc Anna, qui est le personnage central et celle qui raconte l’histoire via son journal intime. Elle nous raconte ainsi comment est sa vie, là où elle habite, dans son Foyer. Car Anna est loin d’avoir une vie normale, elle est en effet une Surplus, c’est-à-dire une enfant retirée à sa famille car celle-ci n’avait pas respecté les termes de la Déclaration. En 20140, les enfants ne se font plus, les humains ont désormais droit à la vie éternelle grâce à une pilule à prendre tous les jours. Mais pour cela, il faut limiter le nombre d’humain sur Terre, l’immortalité est à ce prix. Seuls les humains ayant refusé de ratifier la Déclaration ont le droit d’avoir des enfants, et ils sont rares. Les enfants illégaux sont donc des Surplus et pour mériter leur place dans ce monde, ils doivent travailler. Ce sont des esclaves pour l’Etat et les familles pouvant les payer. Anna apprend bien et joue le rôle qu’on attend d’elle à la perfection. Mais voilà, un garçon vient tout bousculer. En arrivant au Foyer, il va harceler Anna en lui parlant de ses parents et de son projet de partir avec elle.

Je vais commencer par vous parler d’Anna, qui est donc le personnage principal. Au début, je dois avouer que je ne me suis pas du tout attachée à elle. Son personnage est loin d’être sympathique, tout simplement parce qu’elle a intégré autant que possible l’endoctrinement qu’elle a subis étant enfant, c’est-à-dire celui de croire que ses parents ont commis une faute grave en la mettant au monde et qu’elle ne mérite pas de mourir. La règle au Foyer est celle selon laquelle les Surplus ne devraient pas exister et pillent les ressources de la Terre devant revenir aux Légaux, les immortels. Anna est persuadée de ce discours et elle voue une haine presque viscérale à ses parents, qu’elle espère même voir morts. Pour elle, ce sont des égoïstes, et c’est ce qui m’a dérangé chez elle. Cette haine paraît irréelle car comment ne peut-elle pas croire que ses parents l’aimaient ? Lorsque Peter fait son apparition et se met justement à lui parler de la vie qu’elle aurait dû avoir avec ses proches, Anna le repousse. Tout ce qui compte, à ses yeux, c’est qu’elle doit racheter la faute de ses parents. Cette attitude est agaçante, d’autant qu’elle revient assez souvent, et on a juste envie de gifler Anna pour qu’elle se rende compte de l’erreur qu’elle fait, qu’elle ne peut pas se comporter comme le petit robot qu’on attend qu’elle soit. J’avoue que j’ai attendu pendant un moment sa rébellion. Néanmoins, tout n’est pas noir avec son personnage. Ainsi, ce qui est intéressant avec son personnage, son histoire, c’est qu’elle fini par douter. Bien entendu, dès le début, les remarques de Peter sur ses parents font mouche, mais Anna a besoin de temps pour les digérer. Elle a besoin de se défaire de son endoctrinement. Et je pense que c’est ce qui est touchant chez elle, le fait qu’elle doit désapprendre tout ce qu’elle connaît du monde pour enfin voir la vérité telle qu’elle est, et non pas telle qu’Anna voudrait qu’elle soit. Mais petit à petit, on commence à comprendre Anna, et j’ai beaucoup apprécié le moment où elle dévoile enfin tout le courage dont elle est capable de faire preuve. Ainsi, elle prend même la tête de la mission et s’impose en héroïne. Je pense qu’on peut donc attendre beaucoup d’elle dans la suite de la saga. Dans l’ensemble, c’est donc un personnage qui m’a surpris de manière positif et j’ai pris plaisir à la suivre, même si j’ai préféré son évolution tout au long du livre plutôt que la manière dont elle se comporte au début.

Je hais mes parents. Ils ont violé la Déclaration et se sont conduits en parfaits égoïstes. Aujourd’hui, ils sont en prison, j’ignore où exactement. Aucun de nous ne sait quoi que ce soit de ses parents. Mais ça me va comme ça – je n’aurais rien à leur dire, de toute façon.

(…) J’ai vraiment beaucoup de chance d’être ici. Ça me permet de racheter les pêchés de mes parents, à condition de travailler très dur et de devenir employable. Il s’agit là d’une occasion exceptionnelle pour les gens comme nous. Dans certains pays, les Surplus sont éradiqués, comme des animaux.

(…) La raison pour laquelle je vais bientôt devenir un Bon Élément est que j’apprend vite. Je maîtrise cinquante plats à la perfection,et une quarantaine à un niveau satisfaisant ; je ne suis pas aussi douée avec le poisson qu’avec la viande, mais je suis une bonne couturière et je ferai une excellente gouvernante d’intérieur, à croire mon dernier rapport d’activité. Si j’étais un peu plus soignée et attentive, j’aurais un encore meilleur rapport la prochaine fois. Ce qui signifie que dans six mois, quand je quitterai Grange hall, je serai peut-être placée dans l’une des meilleurs maisons. Dans six mois, j’aurai quinze ans. L »âge de me débrouiller par moi-même, comme dirait Mrs Pincent. J’ai vraiment de la chance d’avoir été si bien formée. Je sais Où-Est-Ma-Place, et les gens des bonnes maisons apprécient ce genre de qualité.

Venons-en à présent à Peter, qui est donc le fameux garçon qui vient chercher Anna au Foyer. Je l’ai trouvé un peu lourd au début, au sens où il harcèle complètement Anna afin qu’elle l’écoute. Il ne lui laisse quasiment pas une minute à elle et il insiste beaucoup trop. Après, le temps joue contre lui, mais je l’ai trouvé un peu stupide. Certes, il ne s’attendait pas à ce qu’Anna lui résiste et ne veule rien apprendre de ses parents, mais en faisant ce qu’il fait, il se la met à dos. Il a de la chance qu’elle finit par comprendre la vérité, grâce à son propre instinct, sinon Peter serait encore en train d’essayer de la convaincre. De la même manière, j’ai trouvé qu’il jouait beaucoup trop au rebelle. Cela va même assez loin car il manque de peu la mort. Il aurait été judicieux de faire profil bas. Après, Peter croit en ce qu’il sait, en ses convictions, et il est prêt à mourir pour elle. De ce fait, c’est un garçon passionnée, prêt pour engendré une révolte. C’est ce qui est intéressant ici, car on sent déjà qu’il peut être celui qui fera basculer le monde. Il en devient donc sympathique, car on se demande jusqu’au son combat va le mener et on comprend ce qui le motive, on s’insurge avec lui. Il a l’âme d’un chef, et il paraît donc évident que son rôle ne va pas se limiter à sauver la vie d’Anna. C’est un personnage, tout comme Anna, que j’ai finis par apprécier au cours de ma lecture.

– Je peux t’assurer que Mrs Pincent n’a pas une once d’affection pour toi, riposta Peter avec sarcasme. Ni pour aucun d’entre nous. Un individu capable de cogner quelqu’un comme elle l’a fait sur moi n’éprouve pas de sentiments. »

Anna baissa le menton. En vérité, elle n’était pas loin de penser la même chose.

« On ne se fait pas battre quand on respecte les règles, insista-t-elle calmement.

– Tu crois vraiment à ces inepties, hein ? soupira Peter. Tu avales absolument tout qui sort de la bouche de cette femme. Eh bien, pas moi. Anna, nous avons autant le drit de vivre sur cette planète que toutes les Mrs Pincent du monde. Notre présence est même plus légitime que la leur. Ce sont eux qui s’imposent en prolongeant leur vie éternellement et qui nous font porter le chapeau. »

Les yeux de Peter luisaient de colère, et Anna sentit les siens s’élargirent de terrer. Les propos qu’il venait de tenir étaient sacrilèges. Si quiconque l’entendait, il était bon pour le fouet. Et elle aussi, pour l’avoir écouté.

« Ecoute-moi, reprit-il. Je vais déguerpir d’ici. Si tu ne veux pas venir avec moi, ça te regarde. Mais je ne vais pas t’attendre cent sept ans. Tu dois faire un choix, Anna Covey. A toi de décider si tu veux mener une vie d’esclave ou pas. »

J’aimerais parler à présent de l’univers mis en place par l’autrice. Il fat assez froid dans le dos et l’on comprend pourquoi le combat de Peter, et des autres, est essentiel. Je trouve qu’il a d’ailleurs une résonance toute particulière avec les événements de ces dernier mois, dans le monde réel, et la fameuse phrase qui a fait le tour du monde : « Ok Boomer ». Là, on est en plein dans cela, avec des personnes qui devraient être âgées mais qui ne le paraissent pas et qui verrouillent tout le système de naissance, empêchant ainsi que la jeunesse prenne le pouvoir, que de futures enfants viennent remettre en cause leurs privilèges. De ce fait, il n’y a quasiment plus d’enfant, puisqu’il est naturel d’avoir peur de mourir, et que personne ne semble vouloir laisser la place à des plus jeunes. Vouloir un enfant, c’est vouloir refuser de prendre la fameuse pilule d’immortalité. Les personnes qui acceptent ce sacrifice sont donc rares. Ou du moins, elles semblent l’être. Or, c’est dans l’ordre des choses de mourir. Personnellement, je détesterais rester plus longtemps que nécessaire dans ce monde. Mais si on réfléchit un peu, je suis certaine que beaucoup de personnes, actuellement, se jetterait sur cette pilule si elle existait. Et on se retrouverait dans le même état de fait. L’autre chose qui m’a plu, dans cette histoire, c’est le rôle des Surplus. Je pense que Peter va beaucoup jouer sur le rôle de ces esclaves dans la suite de l’histoire, car cela paraît tout de même horrible d’utiliser des gens comme esclaves dans le futur. Quand ils ne sont pas tués, tout simplement à cause du fait d’exister. On brise ces personnes justes parce qu’elles sont nées, et on leur fait vivre un véritable enfer. On n’a alors qu’une envie, c’est de se révolter contre ce traitement, mais cela ne semble, dans les faits, déranger personne, qui en plus seraient pour leur mise à mort. Dans cette histoire, l’aspect dystopique est vraiment présent, avec beaucoup de force. Cela donne, à mon avis, au roman une résonance toute moderne, au sens où elle pourrait exister dès demain. Je trouve même qu’on y ressent ce qui est arrivé en Chine avec la politique de l’enfant unique, et qui pourrait arriver chez nous bientôt. C’est pour cela que j’ai vraiment adorer ce roman, par son aspect presque réel qu’il offre, au sens où l’on sent que cela pourrait vraiment arriver.

Devant elle se dressait un mur tapissé d’affiches. L’une d’entre elles représentait un écran d’ordinateur avec l’image d’un homme équipé d’une arme à feu. En bas on pouvait lire : « Les Réseaux font le Jeu du Terrorisme. ne Mettez pas Votre Pays en Danger ». Une deuxième montrait, d’un côté, une maison aux lumières allumées dans chaque pièce et, de l’autre, une bâtisse en ruine avec en rouge, juste en dessous, le slogan suivant :  » Protégeons l’Energie – sauvons la Grande-Bretagne des Ténèbres ». Mais celle qui avait surtout retenu l’attention d’Anna représentait la photo d’un Petit bien joufflu, la bouche pleine, en train de s’empiffrer avec ses petites mains. En travers de l’image, en caractère gras, était inscrit : ‘Les Surplus nous Volent – Restons Attentifs. Pour plus d’informations sur le Problème Surplus, rendez-vous sur http://www.leproblemesurplus.gov.uk ».

« Regarde, commenta Anna, « Les Surplus nous volent ». Ils parlent de nous, Peter. »

Peter se rembrunit et recula d’un pas pour mieux voir. Puis, il lui prit la main. « Un jour, il y aura des affiches dénonçant le Problème de la Longévité, cracha-t-il rageusement. Les voilà, les voleurs. Ceux qui volent la vie des autres pour permettre aux Légaux de squatter ici éternellement. »

En ce qui concerne la plume de l’autrice, cela ne m’a pas du tout dérangé le fait qu’on passe du journal intime d’Anna à un récit plus conventionnel, donc avec un narrateur extérieur. Cette alternance entre les deux points de vue est même intéressante car elle permet de savoir ce que pense vraiment Anna de tout cela, et de voir le changement qui s’opère en elle. Il est vrai que j’aurais été moins convaincue s’il n’y avait eu que les pages de son journal, or le fait qu’on ait cette alternance permet de savoir plus de choses, dont certaines qui échappent à Anna. De plus, j’ai vraiment apprécié que le journal en lui-même joue un rôle dans l’histoire. Nous n’avons pas que les pensées d’Anna avec lui, mais aussi un objet qui peut se retourner contre elle. Le récit est très bien mené et le plume de l’autrice est fluide, facile à suivre et à lire. J’ai lu ce roman en une journée tellement il m’a passionnée et que je me suis sentie à l’aise dans cette histoire.

En résumé, ce premier tome est un bon premier tome et il annonce une trilogie vraiment intéressante. L’histoire est bien menée et bien écrite, et les personnages finissent par être attachants. On a envie d’être avec eux et de les voir mener leur révolution. La manière tragique dont se termine le roman ne peut que laisser supposer que la lutte ne fait que commencer. C’est un roman que je ne peux que vous conseiller, qui est d’actualité. Je pense qu’il est nécessaire de le lire car il nous permet de nous interroger sur notre rapport à la vie et à la mort. C’est un roman qui pose beaucoup de questions et qui permet de s’interroger sur l’avenir que nous voulons.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans une dystopie ?

Avez-vous besoin de vous attacher tout de suite aux personnages principaux ?

Ou au contraire, aimez-vous qu’ils se dévoilent petit à petit ?

Qu’est-ce qui fait selon vous une bonne dystopie ?

Bon samedi à vous 🙂

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Une réflexion au sujet de « La Déclaration – L’histoire d’Anna »

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