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Summit

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que votre semaine s’est déroulée comme vous le souhaitiez. Ici, les températures continuent à être très hautes, et j’avoue que je supporte de moins en moins cette chaleur, avec en plus la crainte permanente de finir par manquer d’eau, vue le niveau de la Loire. Cette dernière est si basse que certaines communes sont déjà dans un seuil critique. Et quand je vois ce qui se passe dans d’autres endroits en France, cela a tendance à être inquiétant. Et la situation ne va pas s’arranger, car les températures vont encore monter la semaine prochaine.

Par conséquent, j’ai décidé de vous emmener au frais aujourd’hui. J’ai prévu de vous parler aujourd’hui d’un roman parfait pour la saison. D’ailleurs, en le lisant, j’ai réussi à avoir froid. Ce roman, c’est Summit. C’est une histoire qui se passe au Groenland, dans le froid polaire. Il s’agit d’un roman policier, et c’est le quatre tomes d’une série qui suit le même policier Qaanaad Adriensen. Cette série est écrite par l’auteur français Mo Malö. Cette histoire est publiée aux éditions La Martinière, que je remercie pour l’envoi de ce titre en service presse numérique. J’ai récupéré l’exemplaire de ma médiathèque pour vous montrer sa couverture. Le roman est sorti en juin 2022 et voici son résumé :

À Nuuk, capitale du Groenland, Qaanaaq Adriensen, le chef de la police locale, mi-Inuit mi-Danois, est chargé d’organiser la première réunion de la Scandinavian Police Association.

Les plus grands flics islandais, danois, norvégiens et finlandais se retrouvent à Kangerlussaq, à l’ouest du grand pays blanc, pour sauver le Danemark d’une guerre des gangs qui menace sa stabilité. Mais tout se complique quand l’un d’entre eux disparaît…

Malgré la situation, le groupe doit partir en expédition dans l’Inlandsis – une nappe de glace recouvrant la terre ferme et qui peut atteindre plusieurs milliers de mètres l’épaisseur. Mais pendant le voyage, des événements de plus en plus inquiétants se produisent : leurs balises de repérages sont désactivées, ils évitent un accident de justesse, deux autres participants disparaissent à leur tour…

Et si quelqu’un cherchait délibérément à provoquer leur perte ? Dans cette atmosphère angoissante, Qaanaaq doit affronter une blessure ancienne, liée à un secret de famille qui vient de refaire surface…

Au milieu du blizzard et des blocs de glaces, tous sont désormais coupés du monde : si la faim et le froid n’ont pas raison d’eux, ce pourrait bien être la folie polaire.

Dans ce roman, nous retrouvons donc le commandant Qaanaaq, qui est le héros des trois livres précédents de l’auteur. Il s’agit d’un policier mi-danois, mi-inuit qui cherche à défendre sa section au Groenland. Or, voilà que son supérieur lui colle des inspecteurs venant des provinces voisines, afin de permettre une meilleure cohésion des services. Mais le représentant islandais disparaît avant même d’arriver à destination, et Qaanaaq comprend qu’ils sont désormais tous en danger, sur désert blanc de Inlandsis, avec des ours à la poursuite, et pire encore.

Commençons par parler du personnage principal. J’avoue, c’est le premier roman que je lis de cet auteur, je découvre donc avec ce dernier le personnage de Qaanaaq. Et dès le début, on comprend que c’est un policier intègre, qui fait tout ce qu’il peut pour atteindre la vérité et pour résoudre ses enquêtes. C’est un personnage motivé et assez déterminé, qui ne recule devant rien. Néanmoins, on comprend aussi rapidement qu’il possède aussi de grandes faiblesses, liées notamment à son identité. Qaanaaq vient certes du Groenland, où il est né, mais il a été élevé par un couple de Danois et à donc grandi au Danemark. Et il a beaucoup de mal à concilier ces deux identités, qui ont tendance à s’opposer. J’ai bien aimé cette idée, car cela permet de montrer la difficulté que vivent et éprouvent les enfants qui sont ainsi déracinés. Qaanaaq estime qu’il a des choses à prouver par rapport à son pays d’origine, et qu’il n’est pas vraiment accepter comme l’un des membres de son équipe sans accepter pleinement l’une de ses identités, et abandonner l’autre. C’est d’autant plus compliqué que le Groenland a été conquis par les danois, et qu’on a donc ici un rapport de colon et de colonisé, et que Qaanaaq semble donc jouer le rôle du grand méchant. Je pense que cela est beaucoup développé dans les tomes précédents, mais c’est aussi présent ici, car on sent Qaanaaq tiré entre ses deux pays, et sa femme, qui est inuite, et qui voudrait qu’il choisisse. Ce choix passe aussi par son travail, qui semble parfois être une atteinte aux principes inuits. C’est alors intéressant de le voir perdre pied de cette manière, de le voir tiraillé entre sa légitimité et ce que lui ressent. J’ai trouvé que cela permettait de s’attacher à lui. De la même manière, on sent qu’il essaye de faire le moindre faux pas dans cette enquête, et qu’il marche sur des œufs car il a conscience de l’objectif à atteindre, que ce dernier est gros. C’est assez agréable de voir qu’il peut aussi se tromper, et se faire avoir, même s’il est un très bon flic. J’ai aimé le voir prendre consistance au fil du roman, et montrer aussi son mauvais caractère, voir son envie de se venger, et pas seulement obtenir justice.

– Toi, tu ne dis rien ? apostropha-t-il Qaanaaq. Tu trouves ça normal qu’on aille traquer du nanook comme si on s’offrait une partie de ball-trap ?

Si tu savais. Si seulement Adriensen avait pu révéler à ses adjoint les enjeux à l’œuvre. Il n’y avait pas que les ours, eux aussi étaient pris pour cibles.

– Appu… De toute façon, si ce n’est pas nous qui utilisons cette licence, le type concerné la revendra ailleurs. Probablement à un Chinois ou à un Américain qui voudra s’offrir un safari sur glace. Tu préfères quoi ?

– Ah, mais moi, je ne préfères rien du tout ! Si tu me demandes mon avis, il est tout vu. C’est à toi de choisir.

Voilà que comme Massaq ou Emet avant lui, Apputiku le confrontait à ses dilemmes. La violence de son ton pétrifia tout le groupe, Bornberg comprit.

– Tu veux devenir un véritable Inuit, un Groenlandais qui respecte le pacte de notre peuple avec Nuna, ou tu préfères rester une saleté de colon ?

La danois d’Appu, volontiers approximatif, avait cette fois jaillit, aussi affuté qu’un harpon.

Parons maintenant des personnages principaux. Ils sont assez nombreux puisque nous avons toute la bande de Qaanaaq, mais aussi les membres invités, donc les inspecteurs venant des autres pays de l’accord. J’aurais aimé que ces derniers soient davantage détaillés, qu’on en sache plus sur eux. En fait, j’ai eu le sentiment qu’on en apprenant surtout sur les deux femmes du groupe, Camilla et Sara, et moins sur les autres, et cela m’a un peu manqué. J’aurais souhaité qu’on en sache plus sur notre disparu, pour regretter son absence. Après, comme ce sont des inconnus pour Qaanaaq, je comprend aussi ce choix fait par l’auteur, ainsi que cela de ne pas se perdre dans les personnages. Néanmoins, cela aurait permis de davantage se lier à eux. Il y a aussi tout le groupe de militaires, et c’est un peu la même chose, même si eux ne font vraiment que passer. Après, révéler certains détails plus tôt peut aussi nous mettre la puce à l’oreille. J’ai toutefois apprécié le fait que l’épouse de Qaanaaq soit présente pendant cette aventure, ce qui va aussi accentuer les problèmes de Qaanaaq avec son origine, et avec ce qu’il ressent. Cela permet aussi d’ajouter du suspens à un moment clé de l’histoire. Enfin, même si je n’ai pas lu les autres romans de l’auteur, on sent que Jacobsen, surnommé la Fourmi, est vraiment un personnage détestable, et on a envie de le détester, voire de le voir disparaître. J’ignore comment il en est arrivé là, mais on n’a pas fini de détester. Toutefois, il n’a pas fini de délivrer ses secrets. Enfin, j’ai bien aimé le personnage de Karl, ce flic qui doit partir à la retraite mais qui n’y arrive pas, et qui se retrouve dans les ennuis jusqu’au cou. J’ai eu de la pitié pour lui, pour ce qui lui arrive.

La Fourmi laissa glisser son regard de myope par la fenêtre, dénombrant machinalement les quarante-quatre colonnes doriques dressées dans la cour, routine rassurante. Une grande paix intérieure l’habitait à chaque fois qu’il contemplait cet ordonnancement si régulier. Dans une vie antérieure, il avait dû être moine.

Quand à Adriensen, il ne tarderait plus à être disqualifié pour de bon. Et avec lui l’équipe de bras cassés composant la section criminelle du Politigarden de Nuuk. Fini les escapades au grand air, les équipés foutraques à travers l’île gelée. Retour à la grisaille Copenhaguoise. Dès lors, soit Qaanaaq accepterait de réintégrer le placard des Archives, auprès de son vieux camarade Christian Zakker, soit il refuserait et les ressources humaines de Niels Brocks Gade se feraient un plaisir de négocier avec lui une retraite anticipée – très partielle, cela va sans dire.

Evincé. Déclassé. Appauvri.

A présent que Flora n’était plus là pour veiller sur lui, rien ne pourrit plus empêcher la chute inévitable du fils adoptif des Adriensen.

J’en arrive à présent au cœur même de cette histoire. Nous sommes dans un roman policier, avec donc des meurtres et du sang. Toutefois, ce n’est pas un roman policier comme les autres, et j’ai bien aimé d’imaginer comment travaillaient les inspecteurs dans des régions aussi reculées que le Groenland. C’est assez intéressant de se dire que les enquêtes ne se mènent pas du tout de la même manière là-bas que dans nos régions peuplées, et que c’est aussi ça qui va provoquer des tensions entre Jacobsen et Qaanaaq, qui n’ont pas du tout la même manière de voir les choses. Cette histoire nous pousse alors à faire attention aux moindres détails, car pour résoudre l’enquête et l’affaire de disparition du collège islandais, il va falloir suivre toutes les ramifications qui construisent cette histoire. Et faire attention à trouver le bon coupable. J’ai aimé la manière dont le récit était construit. Mais ce qui est surtout intéressant, et ce que je vais garder de ma lecture, c’est cette découverte du Groenland, et surtout de l’Inlandsis, ce désert de glace dans lequel nos personnages vont se perdre. J’avoue qu’en période de canicule, on a aussi envie de découvrir cette grande étendue de glace, même si cette dernière reste effrayante. Cette découverte nous fait aussi prendre conscience de la fragilité de la nature, et à quel point l’homme cherche à tout dominer. J’ai donc trouver cette découverte intéressante, et on a ainsi plusieurs aspects, avec celui des inuits et les légendes sur ce territoire, l’aspect scientifique et celui militaire. Cela donne envie d’en savoir plus, sans se perdre dans cette immensité.

La progression sur la glace devenait de plus en plus hasardeuse. Quoique plus régulier, le sol se composait de grandes plaques très compactes sur lesquelles les patins des traîneaux ou des skis dérapaient, même revêtus de peaux de phoques.

– Va falloir passer aux crampons ! hurla Moslen, se gardant de préciser que ma modification du paysage marquait leur entrée de plain-pied dans l’inlandsis.

Mais ce n’était pas nécessaire ; Qaanaaq sentit que la pente, encore prononcée quelques kilomètres plus tôt, se muait en une immensité sans dénivelé. A perte de vue, un horizon parfaitement rectiligne. On y est. Était-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ? D’un regard fugace, Massaq lui prouva qu’elle partageait ce même pincement à l’âme teinté d’ivresse.

En ce qui concerne l’écriture, j’ai trouvé le roman fluide et bien construit. Comme je l’ai mis plus haut, plusieurs éléments de réponses concernant la chute de cette enquête sont disséminés dans le roman, et certaines révélations sont donc prévisibles si on fait bien attention à tout. Toutefois, je dois avouer que je suis passée à côté de certains détails, ce qui permet de laisser une longueur d’avance aussi aux personnages. Le roman se lit donc assez bien, et on est rapidement plongé dans le froid et dans l’aventure de Qaanaaq et de ses coéquipiers. Le roman est bien immersif, j’ai d’ailleurs eu froid en le lisant, ce qui faisait du bien, et j’ai trouvé qu’on sentait bien les émotions des personnages, ce qu’ils ressentaient. On s’attache donc facilement à eux, du moins pour les plus importants. Le suspens et les révélations sont bien dosés. On ne s’ennuie pas, il y a toujours de nouveaux éléments à découvrir et à apprendre. Il y a de la réflexion dans cette histoire sur l’identité, sur l’écologie, sur notre rapport aux autres et aux animaux. Le roman est plaisant à lire et cela m’a donné envie de lire les premiers tomes pour en savoir plus sur l’histoire de Qaanaaq.

En résumé, j’ai apprécié ma lecture. C’est un bon roman qui nous fait découvrir une région très reculée du monde, tout en nous plongeant dans une enquête complexe avec de grandes répercussions. C’est vraiment agréable de découvrir l’Inlandsis de cette manière, et l’écriture de l’auteur est assez immersive, ce qui fait qu’on se croirait là-bas. J’ai aimé ma découverte du personnage de Qaanaaq et j’ai maintenant envie de lire les tomes précédents. L’écriture est bien menée, et l’enquête se lit facilement. C’est une série à découvrir, que je vous conseille donc. Ce roman peut se lire indépendamment des autres, mais j’ai hâte d’avoir la suite, puisqu’une certaine révélation est faite à la fin.

Et vous ?

Commencez-vous toujours les séries policières par le premier tome ?

Aimez-vous retrouver un héros régulier dans les romans policiers ?

Qu’est-ce que peut vous faire continuer une telle série ?

Bon dimanche à tous 😀

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