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Marie et Marya

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous n’avez pas trop chaud. Pour ma part, cela va grâce à mon appartement, mais dehors, on voit bien que l’herbe est intégralement brûlée, même avec les arbres, et j’ai encore de la chance qu’on soit proche de l’eau, avec un ruisseau qui coule en bas de chez nous. Je n’ose imaginer comment c’est dans les endroits où l’eau manque, et voir la Loire presque à sec à certains endroits est assez effrayant. Je me demande comment les gens peuvent se réjouir d’un temps pareil, et même si j’aime l’été et le fait que les températures montent, là c’est beaucoup trop.

Mais aujourd’hui, je reviens vers vous sur le blog, non pas pour vous parler d’écologie ou d’un roman de science-fiction, mais pour vous emmener dans le passé découvrir l’une des figures scientifiques les plus importantes de France. Cela tombe bien, puisqu’on est le 14 juillet. Il est donc temps de remettre cette figure à l’honneur, et c’est pour cela qu’aujourd’hui, je vais vous parler de Marie Curie, grâce au roman Marie et Marya, Il s’agit à la fois d’une œuvre biographique, mais aussi de fiction. Ce roman est écrit par Jillian Cantor et est sorti aux éditions Préludes. Il est paru en France en avril 2022. Je remercie d’ailleurs les éditions Préludes de m’avoir envoyé ce roman en service presse numérique via la plateforme NetGalley. Voici son résumé :

Dans la Pologne de 1891, une jeune femme, Marya Sklodowska, s’apprête à épouser le mathématicien Kazimierz Zorawski. Mais les parents de son fiancé s’opposent à leur union. L’engagement est rompu. Déçue et humiliée, Marya quitte son pays natal pour la capitale française afin d’étudier la physique et la chimie à la Sorbonne. Elle change d’identité pour mieux s’intégrer et devient… Marie Currie.

Si elle s’était mariée, que serait devenue la jeune Marya ? Sans accès aux études, sans travail et sans recherche ? Qui serait cette autre Marie Currie, qui aurait connu une existence de femme et de mère plus conventionnelle ? Sa soif de connaissance aurait-elle fini par l’emporter ?

Ce roman est construit en deux parties, deux parties qui se répondent et son construites en parallèle l’une de l’autre, si bien qu’on passe de l’une à l’autre en changeant de chapitre. L’une de ces parties suit la réalité historique, en nous proposant de découvrir l’histoire de celle qui deviendra Marie Curie, de la suivre dans son exploration de la science, dans ses réussites, mais aussi dans sa vie familiale, jusqu’à sa mort. L’autre partie, quant à elle, imagine ce que serait devenue Marie, appelée Marya, qui est son vrai nom, si elle était restée en Pologne et si elle s’était mariée avec son amour de jeunesse. C’est pour cela que ce roman est à la fois une biographie, mais aussi une œuvre de fiction. A partir de la même personne, on tire deux histoires différentes selon les choix effectués à un moment clé.

Dans cette histoire, nous suivons donc Marie, une jeune femme qui vient de quitter sa Pologne afin de pouvoir enfin étudier à la Sorbonne, à Paris, école dont elle rêve depuis des années. Pour cela, elle a dû quitter son amour de jeunesse, qui ne parvenait pas à affronter sa mère. Marie et Kaz ne venant pas du même milieu, la famille de ce dernier craignait pour lui. Et cela montre alors toute la force de caractère de Marie. En effet, dès le début de l’histoire, elle montre qu’elle a du caractère et qu’elle est prête à imposer ses décisions. Elle aime la science, elle veut étudier ce domaine, et elle ne veut pas dépendre d’un homme. Elle est donc prête à renoncer à l’amour pour son rêve. J’ai beaucoup aimé ce côté-ci de sa personnalité, car cela montre toute sa détermination. D’ailleurs, même si au début elle appréhende d’être la seule femme au cours de physique, elle va tout faire pour devenir la meilleure, et montrer qu’elle a sa place dans ce monde. Cette ténacité, c’est ce qui va forger toute sa vie ensuite, que ce soit dans le domaine professionnel ou dans celui familial. Elle ne va donc pas tout de suite céder aux avances de Pierre, son futur mari, et surtout, elle va l’entraîner dans la course au radium, ce qui la les emmener vers le Nobel. J’ai apprécié aussi cette partie-ci, car cela montre encore une fois la volonté de Marie d’aller au bout de ses recherches, quelques soient les conséquences sur sa santé. On la découvre alors fragile, car malade assez vite, mais toujours tenace. Même après la mort de Pierre, elle reste focalisée sur ses études, même si ce décès va l’anéantir. C’est vraiment intéressant de plonger dans sa vie et de découvrir la personne qu’elle était, ce qui va la mener vers l’adultère, ou vers son deuxième prix Nobel, ou même sur le front. J’ai toutefois été un peu plus réservée sur le traitement fait envers ses filles. On sent qu’elle n’est pas aimante, ou qu’elle ne sait pas être maternelle. Marie est très dur avec ses filles, surtout avec Eve, la dernière, qu’elle ne comprend pas car elle est musicienne, et finalement, elle est très peu avec ses enfants. C’est sans doute pour cela que, vers la fin du récit, on a un peu moins d’empathie pour Marie, qui montre sa face sombre. Mais cela reste intéressant de voir comment cette personnalité a vécu.

« Je suis sérieux, madame ! s’égosille le général.

– On m’a dit la même chose au laboratoire. Et deux prix Nobel plus tard, je ne sus pas d’accord. Maintenant, poussez-vous et laissez-nous secourir vos soldats ! » Il croise les bras en restant parfaitement immobile.

« Ecartez-vous ! Sinon, je serai obligée de vous roulez dessus. »

Je redonne un coup d’accélérateur. Le général finit par céder. Il me prend dans doute pour une folle et pense que je serais capable de l’écraser.  » Si vous vous faites tuer toutes les deux, ce ne sera pas mon problème ! » crie-t-il. Je passe devant lui en l’ignorant et vais me garer devant la tente médicale. Je coupe le moteur, mes mains tremblent. Je serre les poings pour qu’Irène ne le voie pas.

« Tu comptais vraiment lui rouler dessus, Maman ? » Elle écarquille les yeux et a le teint verdâtre.

« Non, bien sûr que non, ma chérie ! Mais il faut que tu apprennes que les hommes ont beau résister, ils finissent toujours par céder. Rien que leur fait plus peur qu’une femme intelligente. » Elle hoche lentement la tête. « Allez, viens ! Puisqu’on est arrivées jusqu’ici, on va utiliser notre machine à rayons X à bon escient. »

J’en arrive à présent au deuxième personnage central, qui est donc Marya. Marya est vraiment un personnage de fiction, puisque l’autrice a suivi la biographie de Marie Curie pour écrire le personnage de Marie, tandis que Marya est les fameux « et si » ? Et si Marya n’était pas devenue Marie, et qu’elle était restée en Pologne ? Je dois avouer que très vite, on fait la distinction entre les deux. En effet, Marya, qui suit donc l’amour de sa vie et pas l’appel de la science, a une évolution complètement différente en Pologne, que sa vie a Paris. Ainsi, on la découvre amoureuse, mais aussi sous le joug de son époux. Marya, qui a pourtant un caractère fort et qui est déterminé, puisqu’elle est aussi Marie, s’incline devant ce que veux son époux. Pourtant, elle garde son amour de la science et de la connaissance, un amour qu’elle veut transmettre, mais on sent aussi qu’elle gâche sa vie, qu’elle gâche son esprit. Et elle s’en rend compte elle aussi, mais tard. De ce fait, j’ai trouvé que Marya, qui vit une vie de famille dans l’ensemble heureuse malgré des drames, se complaisait dans sa vie d’enseignante et d’épouse, et on a un peu envie de la secouer, car à plusieurs reprises, elle a la possibilité de changer son destin, ce qu’elle ne fait pas. Elle est tellement ancrée dans sa vie en Pologne qu’elle ne parvient pas à s’en sortir, et cela apporte un certain côté frustrant, car on se dit qu’elle mériterait mieux, surtout avec ce qu’elle vit. Toutefois, contrairement à Marie, Marya est une mère qui ferait n’importe quoi pour sa fille. On sent qu’elle aime celle-ci, elle est proche d’elle, et elle l’écoute. De ce fait, on éprouve plus d’empathie pour Marya sur la fin, car elle s’ouvre au monde alors que Marie se renferme.

Je roulais en pédalant si fort que j’étais hors d’haleine et en sueur. C’était comme si ma vie défilait devant mes yeux : l’école et l’audition de Klara, ce vélo, mon jardin, la préparation du dîner familial… Ma vie s’étendait devant moi, longue, terne et fastidieuse, de sorte que je ne savais plus si ce qui mouillait mes joues était de la transpiration ou des larmes. Je pédalais encre et encore, de plus en plus fort, repoussais mes limites jusqu’à avoir l’impression que mon cœur allait exploser dans ma poitrine.

Que faisais-je ici ? J’avais seulement quarante et un ans et j’étais assoiffée de savoir. Comment Kaz ou mes sœurs pouvaient-ils penser qu’une bicyclette serait la solution ? Sans doute ignoraient-ils une chose que je ne leur avais jamais dite : ce qui m’avait tant plu à Paris n’était pas la bicyclette, mais les belles conversations scientifiques avec Pierre pendant nos balades.

Dans ce roman, nous avons un cadre assez particulier, puisque nous parlons de la Pologne avant la Première Guerre Froide, avant même le 20e siècle. Je trouve qu’on parle déjà très peu, dans nos cours d’histoire, sur la vie en France à cette époque-là, et évidemment, on parle encore moins de la vie en Europe dans ces années-là. Or, ici, c’est donc l’occasion de se plonger dans une autre vie, une autre époque, et de découvrir comment les gens vivaient à ce moment-là. J’ai beaucoup aimé cette plongée, parce que cela permet aussi de se rendre compte à quel point la société a évolué, en partie, depuis cette époque. Ainsi, nous sommes confrontés au sexisme et au machisme auquel doit faire face en France Marie, mais aussi à ce que Marya vit en Pologne, qui est bien plus compliqué. Ainsi, les femmes n’ont pas le droit d’étudier dans la Pologne gouvernée par les Russes, et Marya est obligée de se mettre en danger pour apprendre, et enseigner. Cela glace un peu le sang de voir que les femmes sont considérées comme des incapables par les hommes, et réduites au statut de femme de maison. Cela se voit aussi avec l’amie de Marya, mais aussi avec la manière dont Marie est traitée après son adultère, où elle va être traînée dans la boue, et rabaissée. Cela l’empêche même de profiter de son prix Nobel. On a donc de la peine pour ces deux femmes, obligées de se battre contre le monde des hommes, et cela permet aussi de prendre toute l’importance des deux prix Nobel de Marie, qui permettent de montrer qu’une femme peut réussir en science, même si elle reste source de moquerie pendant la Première Guerre Mondiale. J’ai aussi apprécié le thème du livre, celui des « Et Si » ? En effet, dans la vie, nous faisons tous des choix importants, ou moins essentiels, or ces choix nous façonnent. Or, à partir d’un seul choix, ici celui de rester en Pologne, toute sa vie change, et celles des autres aussi. Marya, finalement, ne ressemble plus à Marie à la fin, alors qu’elles sont une seule et même personne. Même s’il y a beaucoup de similitudes dans leurs vies, on voit que certaines personnes survivent alors qu’elles devraient être mortes, et autres. Et le caractère de Marya n’est plus le même que celui de Marie, et cela se voit surtout dans leur rapport à la maternité. C’est donc assez intéressant d’imaginer ce « et si »?

 » Comment ça, ils ne te proposent pas un poste permanent parce que tu es une femme ? » Il retourne la lettre comme s’il cherchait la réponse au dos de la feuille, mais il n’y a rien de plus.

« C’est la Pologne, dis-je en m’efforçant de rester calme, bien que j’entende trembler ma voix. Ce n’est pas la France. » D’ailleurs, c’est pour cette raison que je suis partie, que j’ai choisi de ne pas rester même après que Kazimierz m’a demandé de l’épouser. J’ai toujours su que, en tant que femme, il me serait impossible de faire les études que je voulais en Pologne. Mais j’avais eu la naïveté de croire que si j’étais la meilleure à Paris, si je passais tous mes examens en étant reçue la première et si je postulais ensuite dans la ville cosmopolite de Cracovie, je… Eh bien, quoi ? Que la Pologne m’accueillerai à bras ouverts ? Que tous ces hommes insupportables se ficheraient de voir une place à l’université leur passer sous le nez et être attribuée à une femme aux cheveux magnifiques ? J’ai été tellement stupide que j’ai envie de rire. Peu importe que je suis douée et pointue dans mon domaine. La seule chose qui compte, et qui comptera toujours dans mon pays natal, est que je suis une femme.

J’en arrive à présent à l’écriture même de ce roman. Les chapitres se lisent bien, et on est pas trop dépaysé entre Marie et Marya. Les deux parties s’enchaînent bien, et le parallèle entre les deux vies est bien mené. J’ai apprécié que les temps de narration soient différents pour distinguer Marya et Marie, avec le passé pour Marya, comme pour souligner le fait qu’elle n’existe pas, et le présent pour Marie, pour montrer qu’elle a vraiment existé. C’est bien pensé, et bien fait. Le roman se lit dans l’ensemble bien, et on apprend beaucoup sur la vie de Marie Curie et ses filles. J’ai apprécié apprendre ces choses. Les descriptions sont bien faites, et cela n’est pas dérangeant de sauter des étapes, puisque les dates sont bien mises, et que cela permet de comparer sa vie avec celle de Marya. Les chapitres sont courts et plaisants à découvrir, et j’ai aimé découvrir la Pologne.

En résumé, j’ai aimé découvrir cette histoire et j’ai apprécié le parti pris de l’autrice, qui nous romance l’histoire de Marie Curie, mais qui nous montre aussi ce qui aurait pu arriver si elle était restée en Pologne. C’est assez sympa d’imaginer la vie de Marya, et de découvrir la vie en Pologne à cette époque, dure pour les femmes. J’ai préféré le personnage de Marie, plus actif dans sa vie, mais j’ai aimé la manière dont Marya évolue, se remet en question, et s’occupe de sa fille, ce qui lui donne l’air plus humain que Marie. On apprend beaucoup de choses avec ce roman, dont comment vivait Marie, mais aussi sur la vie à cette époque. Le roman se lit bien, le parallèle entre les deux vies est bien mené. La réflexion sur le « et si » est intéressante et bien construite. Je vous conseille la lecture de cet ouvrage, il est plaisant à lire.

Et vous ?

Lisez-vous des biographies ou des romans historiques ?

Qu’aimez-vous retrouver dans ces titres ?

Quelles sont les périodes que vous préférez ?

Bon jeudi à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « Marie et Marya »

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