chroniques littéraires

La Traversée des temps, tome 1 : Paradis Perdu

Bonjour les amis. J’espère que vous allez tous bien et que vous profitez comme vous le souhaitez de votre weekend. Pour ma part, on a décidé de ne pas bouger ce weekend, mais de profiter de la mer la semaine prochaine. En tout cas, je me dis que ceux qui sont près d’un littoral ont vraiment de la chance, et je les envie. Cela peut être une idée de déménagement lorsque j’aurais enfin le concours. Mais aimant la montagne aussi, on verra bien.

D’ailleurs, en parlant de mer, je reviens aujourd’hui sur le blog, avec vous, pour vous parler d’un roman qui pourrait presque être apocalyptique, sauf qu’il raconte un fait historique. Ce dernier a pour but de nous plonger dans l’histoire humaine, et dans certains grands événements qui ont marqué l’humanité. Il s’agit d’une série de huit livres, dont je vais aujourd’hui vous parler du premier tome. Cette série s’intitule Le Traversée des Temps, il y a un petit côté fantastique dedans, mais aussi léger, et elle est écrite par Eric-Emmanuel Schmitt. Le premier tome a pour nom Paradis Perdu, et ce roman est sorti chez Albin Michel en février 2021. Voici son résumé :

Cette Traversée des temps affronte un prodigieux défi : raconter l’histoire de l’humanité sous la forme d’un roman. Faire défiler les siècles, en embrasser les âges, en sentir les bouleversements, comme si Yuval Noah Harari avait croisé Alexandre Dumas. Depuis plus de trente ans, ce projet titanesque occupe Eric-Emmanuel Schmitt. Accumulant connaissances scientifiques, médicales, religieuses, philosophiques, créant des personnages forts, touchants, vivants, il lui donne aujourd’hui naissance et nous propulse d’un monde à l’autre, de la préhistoire à nos jours, d’évolutions en révolutions, tandis que le passé éclaire le présent.

Paradis perdus lance cette aventure unique. Noam en est le héros. Né il y a 8000 ans dans un village lacustre, au cœur d’une nature paradisiaque, il a affronté les drames de son clan le jour où il a rencontré Noura, une femme imprévisible et fascinante, qui le révèle à lui-même. Il s’est mesuré à une calamité célèbre : le Déluge. Non seulement le Déluge fit entrer Noam-Noé dans l’Histoire mais il détermina son destin. Serait-il le seul à parcourir les époques ?

Dans cette histoire, nous suivons le personnage de Noam. Jeune homme de la préhistoire, il vit près du Lac, et toute la vie de son village tourne autour de ce dernier. Or, un mystère est en train d’apparaître, le Lac monte peu à peu. Noam, qui est fils de chef, se prépare à gouverner avec ce mystère. Mais son père refuse de lui céder la place, et il lui prend même la femme dont il est épris, Noura. Or, le père de cette dernière en est persuadé, le Lac ne sera bientôt plus qu’un souvenir, il faut construire des bateaux, ce que personne n’a encore jamais fait. Pour sauver tout le monde, Noam doit prendre la place de chef qui lui revient, et affronter le Déluge.

Je vais commencer cette chronique par vous parler de l’univers même de ce roman. En effet, avec le moment déluge, vous vous êtes peut-être dit qu’on partirait sur l’idée exposée par la Genèse, une nouvelle interprétation de ce qui a été dit dans la Bible. Or, ici, je n’ai pas trouvé cette idée mise en valeur. Au contraire, nous sommes plus sur un fait historique, une manière de raconter ce qu’on vécu les peuples qui vivaient au bord du Lac, celui qui a été remplacé par la Mer Noire à la fois de la préhistoire, au moment de la fonte des glaces. C’est d’ailleurs clairement exposé à la fin du roman. Le roman a aussi pour but de nous expliquer comment les hommes vivaient à cette époque, et comment ils se sont sédentarisés. C’est pour cela qu’on est aussi davantage sur un roman historique. En effet, Noam vit dans un village, mais il reste encore autour de lui des Chasseurs-cueilleurs, qui vont disparaître avec le déluge. C’est donc ce que j’ai beaucoup aimé dans le roman, car on sent le grand travail de recherches qui a été fait en amont, et l’envie de nous restituer le plus fidèlement possible un basculement de l’histoire, celui où le commerce se met en place, où des villages prennent de l’ampleur, avant l’apparition de l’âge de bronze. J’ai vraiment apprécié cela, car j’ai appris des choses. Or, Noam est un personnage assez complexe, et on le voit dans les notes. En effet, Noam est un personnage qui ne vieillit pas, et lorsqu’il raconte son histoire, il se trouve à notre époque, ce qui permet d’avoir des notes dans le texte, en bas de pages, où il compare cette époque et la nôtre, ce qui permet d’accentuer cette manière d’apprend des choses. J’ai vraiment découvert des informations, et c’est vrai que cette période de l’histoire est finalement peu racontée, que ce soit dans les films ou les livres, et c’est assez original de partir de ce point de départ. On a donc ici les premières communautés qui apparaissent. Le roman a un alors un ton assez rousseauiste, et cela se voit tout de suite avec le titre. On parle d’un paradis perdu, qui ne pourra pas revenir. En fait, les homme tels que les décrivent Noam et l’auteur étaient plus heureux, plus libres, et cela permet de faire une cruelle critique de nos sociétés modernes, qui ne sont finalement pas aussi modernes qu’elles voudraient le faire croire, car tout est déjà perdu avec l’apparition de l’âge de bronze. On nous parle d’une époque révolue où l’homme était homme, et non pas dénaturée. J’ai apprécié que l’auteur évoque Rousseau, dont il s’inspire finalement beaucoup. Cela se voit beaucoup lorsqu’il compare les régimes alimentaires, par exemple.

L’humanité d’aujourd’hui se représente ses ancêtres – tel mon oncle du néolithique – avec des bouches gâtées, aux dents soit pourries, soit manquantes. Rien de plus faux, je peux en témoigner. Contrairement à l’idée reçue, les hommes et les femmes de la préhistoires avaient de très belles dents. Pourquoi ? Parce que nous ignorions les caries. Notre régime nous en préservait, composé de viandes et de légumes sauvages. Las caries arrivèrent après le moment dont je vous parle, lorsque les céréales cultivées prirent de la place dans les menus sous forme de purées et bouilles. Non seulement ces dernières contenaient davantage de sucre, mais l’opération qui avait transformé la plante en farine y avait ajouté des éléments abrasifs : la meule, en broyant les graines, y laissait des cristaux qui usent l’émail. Enfin, la deuxième vague de carie résulta au XIX siècle de la révolution industrielle, laquelle amena une nourriture encore davantage raffinée et sucrée. L’histoire de l’alimentation dessine peut-être un progrès – car les individus grandissent – mais elle décrit aussi une décadence, celle de nos palais.

J’en arrive à présent au personnage de Noam. C’est un personnage assez lâche au début, mais on comprend pourquoi. Noam a un horizon très limité, comme les hommes de son époque. La vie se limite donc au Lac, et à la vision qu’il en a. Jamais il ne penserait à partir, et il a une vision assez binaire du monde, qui se compose donc des gens civilisés, comme lui, et des sauvages, comme les Chasseurs. Il se pense donc supérieur. Et il est fils de chef, donc il accepte tout ce que son père lui ordonne, persuadé que ce dernier a la sagesse infuse. Or, peu à peu, Noam va être obligé de se rebeller, même s’il le fait finalement contre sa volonté, manipulé par les autres. C’est assez intéressant de voir comment il est obligé de changer et d’affronter son père, comment le dégoût se met en place en lui alors même qu’il l’adorait. Comme je l’ai mis plus haut, Noam est un personnage assez complexe, qui va passer par beaucoup d’émotions différentes au cours du roman. On a facilement pitié de lui, car il reste pendant plusieurs chapitres un petit garçon qui n’arrive pas à se séparer de l’image de son père, à sortir de son ombre, et qui se débat avec sa colère, mais qui n’ose rien faire. En fait, son père représente une idole pour lui, et il le vénère. On est presque face à un croyant qui découvre qu’il vénère le diable, et qui doit faire avec. La deuxième partie, où Noam devient chef, est aussi assez riche, car on voit qu’il ne veut pas devenir chef, mais qu’il l’est, et il doit lutter contre ses pulsions pour le bien de tous. Par contre, il est complètement sous les ordres de Noura, et cela fait aussi sa faiblesse, car il a tellement peur de la perdre qu’l fait n’importe quoi. On voit donc, avec lui, comment un héros naît alors même qu’il est encore sous la coupe de son père, puis de sa propre femme, et comment il doit se débarrasser de tout cela pour grandir.

– Je sais que tu m’obéiras, Noam. Comme un chèvre, tu viendras brouter dans ma main à l’instant où je te sifflerai !

Hors de moi, je la repoussai. Elle chancela, dérapa sur la boue, perdit l’équilibre, mais, rageuse, réussit d’un coup de reins à se remettre d’aplomb. Rétablie, elle me nargua, hostile, superbe, intense, aussi hargneuse que magnifique. La violence redoublait entre nous. J’ignorais si j’allais la mordre ou l’embrasser.

Elle perçut mon attirance. Un sourire sardonique releva ses lèvres et elle se mit à ricaner.

Plus son esclaffement s’amplifiait, plus j’avais honte de moi, de mon envoûtement, de l’empire qu’elle exerçait sur mes pensées. Sa morge, sa raillerie, son persiflage me hérissèrent subitement.

Je redescendis le sentir, déterminé, et lançai :

– Merci, Noura. Merci pour ta cruauté et ton égoïsme. Ils vont m’aider à ne plus t’aimer.

Elle brisa son rire.

– A ton service, Noam !

– Tu m’encourages même à te détester.

– Reviens quand tu veux !

En ce qui concerne les personnages principaux, ils sont assez nombreux, mais certains sont plus importants que d’autres. En fait, il faut distinguer les personnages du présent, que côtoie Noam, et ceux du passé, qui vont donc le former. Dans le passé, je vais rapidement vous parler de son père. Comme je l’ai dit plus haut, Noam a beaucoup de difficultés pour se détacher de ce dernier. Il ne parvient pas à grandir avec lui, il est toujours rabaissé, sans même qu’il ne s’en rende compte. Le personnage du père est donc assez horrible, et on arrive rapidement à le détester. Au contraire, j’ai beaucoup aimé les deux autres figures paternelles qui arrivent au cours du récit, qui sont donc Tibor et Barak. J’ai eu un coup de cœur pour ces personnages, car tous les deux, ils vont apporter quelque chose d’essentiel à Noam. Le premier, ce sera le savoir, et le second, la confiance, la vérité et la légèreté. J’avoue avec eu un gros coup de cœur pour Barak, et j’ai adoré le voir évoluer avec Noam. Ils sont complémentaires et on s’attache rapidement à ce gros ours au cœur tendre, qui ne rêve que de retrouver sa bien-aimée. J’en arrive à présent à Noura, qui va causer bien des problèmes dans cette histoire. J’ai encore du mal avec elle, parce qu’elle veut tout, parce qu’elle ne fait pas attention aux autres, elle est égoïste et elle veut le pouvoir. Elle aime Noam que par le reflet qu’il lui offre, même si cela change avec le temps. C’est une opportuniste et j’espère que ma vision sur elle changera dans les prochains tomes.

On s’esbaudit, on se vanta, et la rumeur circula. Les divers chefs du Lac vinrent observer, parfois pendant des mois, le système de Pannoam et, parce qu’il leur en parla habilement, sans orgueil, avec diplomatie, ils le reproduisirent chez eux.

Tout le monde admirait mon père. Moi, je l’aimais.

Je l’aimais avant toute personne. Je l’aimais au point de ne jamais questionner ce qu’il affirmait. Je l’aimais à vouloir lui ressembler dans le moindre détail. Je l’aimais jusqu’à l’abnégation. Il m’aurait dit ; « Tue-toi ! », j’aurais mis fin à mes jours.

A aucun moment, je n’imaginais qu’ils se trompât, ni dans ses décisions pour lui ni dans ses choix pour nous. Ainsi, je ne le blâmais pas de m’avoir imposé une union avec Mina, je ne lui reprochais pas de m’avoir condamné au sexe sans savoir, j’acceptais le destin qu’il me réservait – lui succéder -, cultivant un unique doute, la frayeur de ne pouvoir l’égaler.

Le roman est assez long, il fait plus de 500 pages, mais je ne me suis pas ennuyée. Entre les événements et les rebondissements, entre ce qu’on apprend et les états d’âmes des personnages, on a du mal à lâcher ce roman, d’autant plus qu’on a tout de même des événements dans le présent, et qu’on aimerait comprendre comment Noam a fait pour survivre depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Le roman est vraiment bien écrit et très immersif, avec des chapitres longs mais fluides, j’ai trouvé qu’on était bien plongé dans le monde qui nous est proposé, un monde vide de superficiel et préservé, et qu‘il nous faisait aussi beaucoup réfléchir sur notre attitude d’aujourd’hui. Les notes de bas de pages de Noam sont elles aussi très intéressantes et ne cassent pas le rythme. Le roman se lit presque tout seul et on veut avoir la fin. C’est un très bon début de saga, avec un tome un qui marque les esprits. J’ai adoré apprendre des choses sur la préhistoire et c’est vraiment bien fait et très pédagogique.

En résumé, c’est un coup de cœur pour moi. J’ai vraiment apprécié le monde qui nous est proposé et c’est une belle découverte de cette période de l’histoire. J’ai aimé suivre la préparation du déluge, ainsi que l’explication de ce dernier. On critique ici très fortement la société et la déchéance apportée par cette dernière sur l’homme, le titre prenant donc tout son sens dans l’ouvrage. Le personnage de Noam est intéressant et plaisant à suivre. Je l’ai trouvé très attachant. Certains personnages secondaires le sont aussi, j’ai adoré le personnage de Barak. C’est un bon premier tome et j’ai hâte de lire la suite. Je ne peux donc que vous le conseiller, c’est un ouvrage qui fait réfléchir sur notre histoire, notre évolution et qui nous apprend en plus beaucoup de choses intéressantes.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans un roman historique ?

Quelles sont les périodes que vous aimez voir dans un tel ouvrage ?

Qu’est-ce qui est important pour vous dans un roman historique ?

Bon dimanche à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « La Traversée des temps, tome 1 : Paradis Perdu »

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