chroniques littéraires

La fille dans le brouillard

Bonjour les amis. J’espère que vous allez tous bien et que vous passez un bon weekend. Pour ma part, plusieurs mauvaises nouvelles arrivent coup sur coup, et avec le temps un peu bizarre qu’on a eu cette semaine avec le sable du Sahara, j’avoue que j’ai plutôt tendance à vouloir rester sous la couette avec un bon livre et ne surtout pas émerger dans le monde des vivants. Mais mon cerveau n’est pas toujours de cet avis, et j’ignore si c’est à cause de la situation, mais j’ai plein de nouvelles idées d’histoires qui s’imposent dans ma tête. Je regrette de ne pas avoir le temps de toutes les mener à bien, mais au moins, je vais avoir mon projet pour le NanoWrimo d’avril. J’ai tout de même hâte de pouvoir me dégager du temps pour écrire.

Aujourd’hui, je vous retrouve avec un roman qui correspondait bien au temps qu’on a eu cette semaine, avec ce ciel jaune par moment, qui donnait le sentiment qu’on avait basculé dans l’apocalypse. En effet, j’ai prévu de vous parler de l’une de mes dernières lectures, qui est un roman policier où le brouillard vole les jeunes filles. Ce dimanche, je vais donc vous donner mon avis sur le roman La Fille dans le Brouillard, écrit par Donato Carrisi. Je suis une grande fan de cet auteur, mon auteur italien préféré, dont vous pouvez retrouver d’autres chroniques sur mon blog, sur ses écrits. Ce roman est sorti en France août 2016 aux éditions Calmann-Lévy, et c’est donc un titre que je n’avais pas encore eu l’occasion de lire. Je me suis donc rattraper ces dernières semaines. Voici son résumé :

Une jeune femme est enlevée dans un paisible petit village des Alpes italiennes. Le coupable est introuvable, et voilà que la star des commissaires de police, Vogel, est envoyé sur place. De tous les plateaux télé, il ne se déplace jamais sans sa horde de caméras et de flashs. Sur place, cependant, il comprend vite qu’il ne parviendra pas à résoudre l’affaire, et pour ne pas perdre la face aux yeux du public qui suit chacun de ses faits et gestes, il décide de créer son coupable idéal et accuse, grâce à des preuves falsifiées, le plus innocent des habitants du village : le professeur d’école adoré de tous. L’homme perd tout du jour au lendemain (métier, femme et enfants, honneur), mais de sa cellule, il prépare minutieusement sa revanche, et la chute médiatique de Vogel.

Dans cette histoire, qui est découpée en deux parties distinctes, on suit deux personnages principaux. Tout d’abord, nous avons Vogel, qui est policier, et qui décide de venir enquêter dans un petit village de montagne sur la disparition d’une jeune fille. La méthode de Vogel est simple, c’est attirer les médias et passer sous son meilleur jour, et façonner pour l’opinion publique des monstres terrifiants. De l’autre côté, nous avons Martini, le professeur de littérature, qui va se retrouver mis sous le feu des projecteurs par Vogel, déclaré coupable aux yeux de tous. Mais dans l’affaire, où se trouve la victime ? Est-elle morte ? Vivante ? Et où se trouve son corps ?

Je vais commencer cette chronique par vous parler du personnage de Vogel. Contrairement à d’autres romans de l’auteur, nous sommes ici sur un tome unique, si bien que cet inspecteur n’a pas été croisé ailleurs, et c’est donc un tout nouveau personnage que l’on découvre. Or, on ne peut pas dire que ce dernier soit attachant ou sympathique. En effet, dès le début, on comprend que cet inspecteur se moque de la vérité ou de ce qui a pu arriver à la victime. Il est seulement là pour faire le show, le spectacle, pour se faire désigner par l’opinion publique come l’un des meilleurs inspecteurs de sa génération. Et pour mener à bien ce projet, il est prêt à tout. D’ailleurs, on apprend rapidement que dans sa précédente enquête, il n’avait pas hésité à manipuler les preuves afin de parvenir à ses fins, quitte à envoyer un innocente en prison, même sans la moindre victime ou le moindre corps. De ce fait, Vogel apparaît rapidement comme quelqu’un de peu fiable. De plus, comme sa précédente enquête c’est mal terminée pour lui et qu’il a perdu l’intérêt du public, il est prêt à tout pour regagner ce dernier. Comme on va le voir durant l’enquête, ses méthodes sont purement douteuses. Ce que je regrette, c’est qu’on ne sache pas vraiment ce qui l’a poussé à devenir comme ça. Certes, on a bien un récapitulatif de ses premières missions dans la police, et le pourquoi il se tourne vers les caméras, mais j’ai trouvé qu’il manquait un petit élément psychologique pour qu’on comprenne bien comment il en était arrivé là, sur le pourquoi il avait décidé de renoncer à tous les idéaux de la police pour se tourner vers celui de l’escroquerie, car finalement, il est un escroc policier. Néanmoins, c’est un personnage très intéressant à suivre, même s’il est moralement douteux. En effet, j’ai pris plaisir à le voir réfléchir et tendre des pièges à celui qu’il considère comme étant le coupable, et à le voir remettre aussi en question sa manière de faire. Il donne envie de le frapper car il est horrible avec les autres, mais dans le fond, son personnage nous fait réfléchir aussi et nous remettre en question sur ce qu’on attend d’une enquête.

Minuit venait de sonner, et donc l’entrée dans la nouvelle année, quand Vogel traversa le village dans une voiture de police.

Dans les rues il n’y avait que quelques retardataires se rendant à la hâte à une fête privée. Vogel pouvait les voir par les fenêtres des maisons, célébrant en s’embrassant et en souriant l’arrivée d’une nouvelle année. Superstitions ridicules. Il n’en avait pas besoin. Se libérer du passé n’était qu’une façon de ne pas admettre ses propres échecs. Et le futur qu’ils accueillaient tous avec autant de joie ne serait, d’ici douze mois, qu’une année inutile à oublier.

Vogel, lui, raisonnait comme les médias. Seul le présent comptait, rien d’autre. Certains en étaient les artificiers, d’autres le subissaient. Il faisait partie de la première catégorie, parce qu’il transformait n’importe quelle situation en succès. La seconde était composée de gens qui, comme Anna Lou, étaient prédestinées à des rôles de victimes et payaient le prix de la joie des autres.

J’en arrive maintenant au second personnage important et central de ce récit, qui est Martini. Ce dernier arrive environ à la moitié du roman, et il semble être le coupable idéal, celui qui aurait enlevé Anna Lou. Professeur dans le lycée de la jeune fille, il est alors montré par Vogel comme étant pervers, le coupable parfait, qui se serait amusé avec la jeune file avant de s’en débarrasser. Or, Martini semble être un professeur sans histoire, qui vit pour sa femme et sa fille, du même âge qu’Anna Lou, et pour la littérature et ses élèves. Il n’a jamais fait parler de lui avant. Mais voilà, il cache quelque chose, et ce secret pourrait être sa perte. De ce fait, on a de la pitié pour lui, parce que, même si un doute subsiste, qui ne sera levé qu’à la fin, on comprend rapidement que Vogel monte son histoire à partir de Martini, mais qu’il n’a aucune preuve. Ainsi, on a de la peine pour le professeur, qui n’avait rien demandé, mais qui se retrouve luncher par les médias et la population, qui clame son innocence et qui a été piégé, et qu’on sait que c’est la vérité, et qui va se retrouver à affronter des moments très durs physiquement et psychologiquement. Son personnage nous montre alors la réalité derrière une condamnation, qui n’est même pas encore prononcée par un jury ou un tribunal, mais seulement par l’opinion publique. Il perd alors tout, aussi bien son travail que sa famille, que sa dignité et le respect des autres. Il nous démontre que dans ces moments-là, on est seul, abandonné par les siens. Il y a alors un petit côté malsain, parce qu’on a envie qu’il soit coupable, comme Vogel, mais rien n’est vraiment simple dans ce récit. Et on veut aussi qu’il soit innocent. Mais ce que j’ai vraiment aimé avec son personnage, c’est que jusqu’à la fin, on ne sait pas s’il est coupable ou innocent. Des doutes persistent, car l’attitude de Martini par moment est assez ambigüe, ce qui fait qu’on voudrait le condamner, mais que c’est compliqué sans preuves. Son personnage est alors très ambivalent et c’est vraiment intéressant d’être plongé dans sa psychologie, et de souffrir pour lui sans vouloir être à sa place.

Le professeur hésita puis sortit son portefeuille de la poche arrière de son pantalon. Il l’ouvrit et regarda le petit papier sur lequel Priscilla, juste avant les vacances, avait noté son numéro de portable dans l’espoir de recevoir son précieux cours d’art dramatique. Martini prit son téléphone et écrivit un message. Ensuite il regarda la jeune fille. Il attendit.

Priscilla bavardait avec une amie quand son attention fut attirée par une sonnerie ou une vibration. Martini la regarda glisser une main dans la poche de sa parka et observer longuement l’écran de son portable. Elle lut le texto. L’étonnement se lut sur son visage, puis la gêne. Finalement, elle rangea son téléphone sans rien dire aux autres. Il était clair qu’elle était troublée.

Ce qui est alors très intéressant dans cette histoire, dans cette enquête, c’est qu’on oublie finalement cette dernière. En fait, c’est assez horrible, mais dans le récit, l’histoire d’Anna Lou et de ce lui est véritablement arrivé avec Noël passe au second plan, voire est même totalement mis de côté. On ne se demande plus ce qui a pu lui arriver ni où est-ce qu’elle est, car tout le monde part du principe, à partir du moment où Vogel le déclare, qu’elle est morte, et qu’on cherche, si possible, un cadavre. Mais à partir du moment où Martini est déclaré coupable, même le cadavre ou les preuves passent au second plan. J’avoue qu’on a alors de la peine pour Anna Lou, dont on ignore ce qui lui est arrivé, mais aussi pour sa famille, qui attend désespérément son retour, sans avoir de réponse à leurs questions. Mais ce que le roman dénonce, en plus du fait que les victimes deviennent rapidement des victimes qu’on met de côté et qu’on oublie, c’est la pression des médias et de la superficialité que ces derniers apportent et quémandent. En effet, nous sommes dans de l’instantanéité, et aussi dans un monde manichéen. Il faut des gentils et des méchants, et si jamais des choses mauvaises sortent dans la presse, des choses qu’aurait pu faire Anna Lou et qui terniraient son image d’enfant modèle, alors cela signifierait qu’elle n’aurait eu que ce qu’elle méritait. On parle ici de la légitimité des actes commis, ce qui est finalement assez horrible. Il a aussi une remarque très juste dans le récit qui est faite, c’est qu’on se souvient davantage du nom des tueurs que de celui de leurs victimes, car nous donnons beaucoup plus de poids à ce dernier qu’a celui des victimes. C’est lui qui est sur le devant de la scène, et non elles. C’est d’ailleurs pour cela que la tactique de Vogel fonctionne aussi bien, car il a trouvé chez Martini des failles à exploiter, et sur lesquelles le public est prêt à foncer. D’ailleurs, le roman est aussi un prétexte à critiquer ce même public, nous, qui aimons suivre les enquêtes policières, leurs rebondissements, et qui suivons avec intérêt les condamnations, et qui jugeons avant même ces dernières. Le roman est en fait une critique de notre société et de notre instantanéité, de notre besoin de reconnaissance mais aussi de notre volonté à vouloir lyncher autrui, et voir des monstres dans les agresseurs afin de nous considérer comme des humains, et mettre une barrière entre eux et nous.

Ils avaient déjà oublié Anna Lou.

L’héroïne silencieuse n’était plus sur le devant de la scène. Son mutisme était un prétexte pour les conversations des autres, pour pouvoir dire n’importe quoi sur elle et sa courte vie. Ainsi faisaient les médias, mais aussi les gens en général – dans la rue, au supermarché ou dans les bars. Sans pudeur, Vogel l’avait également pronostiqué. Quand ça se produisait, cela amorçait un drôle de mécanisme, et des affaires réelles devenaient une sorte de saga par épisodes.

Un crime se produisait toutes les sept secondes.

Toutefois, seule une infirme partie faisait l’objet d’articles de journaux, de reportages télévisés ou d’épisodes entiers de talk-shows à succès. Pour cette minorité d’affaires, on faisait appel à des experts criminologiques et psychiatres, on dérangeait des psychologues et même des philosophes. On versait des fleuves d’encre et on réservait des heures et des heures dans les grilles des programmes télévisés. le tout pouvait durer des semaines, parfois des mois. Si on avait de la chance, des années.

En ce qui concerne la lecture, j’avoue que j’ai été décontenancée lorsqu’on a changé de personnage, lorsqu’on est passé à celui de Martini, car ce changement implique aussi un changement dans la ligne temporelle de l’histoire, avec un retour en arrière dans le récit, et le fait qu’on revienne en arrière, tout en ayant en tête ce qu’a fait Vogel pendant ce temps. J’avoue que j’ai été un peu perdue à certains moments, car je ne me souvenais plus des découvertes, d’autant plus qu’une troisième ligne temporelle existe, celle avec laquelle commence le récit, où nous sommes deux mois environ après le crime. Mais cela n’est finalement pas gênant, et le roman se lit très bien. J’ai beaucoup aimé les critiques qui sont posées, aussi bien celle concernant le public que celle sur les médias, ou sur la manière dont la police utilise ces mêmes médias. Ce qui est vraiment intéressant dans ce roman, c’est qu’on en oublie le crime commis, l’enlèvement de la petite Anna Lou, mais qu’on revient dessus à la fin du roman, et que l’histoire est finalement bien plus complexe que ce qu’on pense, car peut-être que cet enlèvement rentre dans un cadre bien plus grand. Le roman est vraiment addictif et compliqué à lâcher, et la plume de l’auteur toujours aussi immersive et agréable à découvrir.

En résumé, je ne peux que vous conseiller ce roman. Il fait assez froid dans le dos en ce qui concerne la manière dont l’enquête est menée, avec la personnalité de Vogel qui est complètement critiquable, et qui nous fait le détester. Celle de Martini est beaucoup plus ambigüe, si bien qu’on ne sait pas à quoi s’attendre avec lui. Le roman est plein de rebondissements et se lit bien. C’est encore un bon roman de l’auteur, que j’ai pris plaisir à découvrir, et qui remet en question notre rapport avec les médias en général.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans les romans policiers ?

Pensez-vous que le fait de s’attacher au héros principal est essentiel ?

Qu’est-ce qui vous plaît dans une enquête ?

Bon dimanche à tous 😀

Une réflexion au sujet de « La fille dans le brouillard »

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