chroniques littéraires

Les yeux des ténèbres

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez passé une agréable semaine. Pour ma part, cette semaine sans réunion ou événement particulier m’a fait du bien, car depuis la reprise, j’ai un peu le sentiment d’enchaîner avec beaucoup de choses à gérer au travail, et cette semaine a été normale, ce qui fait du bien. En plus, les premières températures agréables ont fait leurs apparitions. c’est juste dommage qu’il y a eut de la pluie pour les accompagner, mais il faut aussi de l’eau, donc on ne va pas se plaindre.

Je reviens aujourd’hui pour vous emmener dans un endroit où l’eau manque un peu, mais où l’on découvre un autre aspect de cette région. Je veux parler de celle de Las Vegas. Aujourd’hui, je vous emmène, en effet, aux Etats-Unis, suivre une enquête policière un peu particulière, car elle est menée par une mère dont l’enfant semble décédé, et dont ce dernier l’aide dans son enquête. Je vais vous donner mon avis sur le roman Les Yeux des ténèbres, de Dean Koontz. Il s’agit d’un roman policier avec une touche de fantastique et de science-fiction. Ce roman date des années 1980, mais il est resorti chez nous aux éditions l’Archipel en avril 2020. Voici son résumé :

Danny, onze ans, est mort dans un effroyable accident de car. C’est du moins ce que la police affirme à sa mère, Tina Evans, lui déconseillant d’identifier le petit corps horriblement mutilé.

Mais, un an plus tard, Tina trouve, inscrit à la craie sur le tableau noir de l’enfant, un message de son fils.

Manifestation d’outre-tombe? Plaisanterie macabre? Serait-elle en train de devenir folle? Ou bien encore…

Tina veut en avoir le cœur net : elle demande à faire rouvrir la tombe. Dans l’heure qui suit, les services secrets tentent de l’assassiner…

Dans ce roman, nous suivons principalement Tina, qui est une jeune femme dont le couple a volé en éclat à cause de ses rêves de devenir metteur en scène, et qui a aussi perdu son fils unique dans un tragique accident de car. Depuis, elle tente de maîtriser sa vie, et elle est en train de monter le plus grand spectacle de sa carrière. Mais des événements étranges ont lieu autour d’elle. Sur le tableau noir de son fils Danny, des lettres s’inscrivent : Pas mort. Qui essaye de lui faire peur ? Aidée par Elliot, un avocat ancien membre des services secrets, Tina va remonter la piste de celui qui s’en prend à elle, et découvrir le secret que cache la mort de son fils.

Je vais commencer par vous parler du personnage de Tina. Ce qui est assez déstabilisant, avec elle, c’est qu’elle est une mère qui a perdu son fils, cela fait un an tout juste, et elle va bien. En effet, Tina continue sa vie comme avant, en travaillant, en s’amusant, en profitant du temps qu’elle a à sa disposition. En général, dans ce genre de roman, on est face à des gens en deuil, traumatisés par ce qu’ils ont vécu, mais Tina, elle, a eu la force de se relever, de continuer à vivre en dépassant sa douleur. C’est assez intéressant, car cela démontre qu’on vit tous des deuils de manière différente, et j’ai trouvé cela original, car pour Tina, son fils est mort, c’est une réalité sur laquelle elle ne veut revenir, qu’elle a affronté et qui est pour elle un fait. Cela va alors être important pour le reste du récit, car lorsque les preuves vont s’accumuler sur l’idée que c’est Danny qui essaye de lui faire comprendre qu’il n’est pas vraiment mort, Tina va refuser cette idée. Elle se montre très pragmatique, pour elle son fils a été enterré, elle ne peut pas remettre en question la thèse officielle. On sent alors qu’elle a une grande force en elle, parce qu’elle reste sur les faits, elle refuse toute idée fantastique ou ésotérique, elle reste sur le concret, dans la réalité. Et pourtant, on voit la bascule se faire, et cette certitude qui finit par la gagner, son fils n’est pas mort. J’ai beaucoup aimé voir ses certitudes vaciller, tout ce qu’elle a construit, sa rationalité, voler en éclat lorsqu’elle comprend qu’elle a refusé la vérité, lorsqu’elle comprend que, d’une certaine manière, elle a abandonné son fils. C’est d’ailleurs cette force de caractère, qui lui avait permis de surmonter son deuil, qui va lui permettre d’affronter la vérité, et surtout ceux qui veulent l’empêcher de retrouver son enfant. J’ai beaucoup aimé cet aspect-là chez elle, parce qu’on voit que lorsqu’elle a compris la vérité, elle est prête à tout pour se battre, se montrant comme une vraie lionne déterminée à retrouver son fils unique. Je trouve qu’on s’attache facilement à Tina, notamment grâce à cette force de caractère citée plus haut, celle qui fait qu’elle parvient à surmonter son deuil et à vivre avec la perte de son fils, mais aussi grâce à cette envie qui va la pousser à découvrir la vérité. Elle ne se laisse pas dominer par ses émotions, elle reste rationnelle, et c’est ce qui lui permet de rester en vie. Elle montre donc qu’une battante peut se cacher derrière chaque femme. C’est un personnage que j’ai beaucoup aimé suivre.

Tina n’avait jamais ressenti un trouble de cette nature, elle se trouvait aux prises avec un phénomène inexplicable, comme si son cauchemar ne provenait pas du tréfond de son subconscient mais lui était inspiré du dehors, tel un avertissement… un message qu’une personne ou une force voulait lui adresser pour lui faire comprendre…

Lui faire comprendre quoi ?

Que Danny lui aussi aurait été enseveli vivant ? Impossible, le petit avait été meurtri, brûlé, gelé, horriblement mutilé, il était mort sans qu’on pût une seconde en douter. En tout cas c’est ce que les autorités et l’entrepreneur des pompes funèbres lui avaient dit et redit. Et puis on n’était plus au milieu du XIXe siècle ; de nos jours, les médecins étaient capables de détecter le battement de cœur le plus ténu, le souffle à peine perceptible, la plus petite trace d’activité cérébrale. Danny était mort et il l’était quand on l’avait enterré. Et s’il y avait une chance sur un million qu’il eût été vivant quand on l’avait inhumé, pourquoi aurait-il fallu attendre une année entière pour qu’elle eût une vision provenant du monde des esprits, de ce milieu mystérieux d’où les médiums reçoivent leurs messages ?

Elle sursauta. Pourquoi venait-elle de penser au monde des esprits, aux médiums ? Elle n’avait jamais accordé la moindre importance à ce genre d’histoires, parapsychologiques ou autres.

Parlons maintenant du personnage d’Elliot. Le roman comporte une certaine romance, et Elliot est celui qui va permettre à Tina d’affronter la réalité, mais aussi de survivre, tout en lui donnant accès à quelque chose qu’elle avait mise de côté, l’amour. La relation que vont nouer les deux personnages est assez intéressante et plaisante, même si on peut croire qu’elle va très vite, c’est à cause des événements qui vont les marquer tous les deux et les rapprocher. Elliot est un personnage qui ressemble finalement assez à Tina. Lui aussi est pragmatique et rationnel, il ne se laisse pas dominer par ses émotions et il va droit au but. D’ailleurs, il ne se gênera pas pour démonter les théories de Tina, et pour se faire la voix de la raison, jusqu’à ce que cela ne soit plus possible. Comme il est un ancien agent, Elliot est aussi celui qui va prendre les devants, les rênes de leur enquête, lorsque cette dernière va les prolonger aux portes de la mort. On peut alors croire que sans lui, Tina serait morte rapidement, et que c’est un peu facile qu’elle soit tombée sur lui un peu plus tôt dans l’histoire. J’avoue que c’est une critique qui se tient, car finalement, Elliot est celui qui va sauver Tina, et qui va se confronter à leurs adversaires. Cela peut sembler alors, par moment, être un jeu d’enfant pour lui, qui a été entraîné au combat. Toutefois, ce que j’ai aimé chez Elliot, outre le fait qu’il reste la voix de la raison pendant tout le roman, c’est aussi le fait qu’il montre ses émotions, notamment après les moments les plus cruciaux. Ainsi, il va montrer à Tina qu’il est affecté par ce qui leur arrive, et que même s’il est entraîné, ils ne sont pas là dans un entraînement, mais dans la vie réelle, pourchassés par leur propre gouvernement. Et cela aide à s’attacher à lui, car on voit qu’Elliot reste un humain comme les autres. Ce qui est aussi intéressant avec lui, c’est le doute qu’on peut avoir pendant un temps sur son allégeance, et sur la possibilité qu’il espionne Tina, et qu’il n’est là que pour la manipuler ou pour obtenir des informations. Elliot est donc un personnage intéressant à suivre, et à voir évoluer dans le récit.

Il ne lui laissa pas le temps de finir et l’entraîna par le même chemin qu’à l’aller à une allure record. A chaque pas, il s’attendait à entendre un coup de feu, un cri, une galopade éperdue à leur poursuite. Il aida sa compagne à franchir le muret, il grimpa à son tour avec l’impression que quelqu’un s’accrochait à son pardessus par-derrière. Il en eut le souffle presque coupé, se dégagea et, dès qu’il eut sauté dans le cimetière, il regarda du côté de la haie de sapinettes mais ne vit personne. De toute évidence, les types en faction dans la maison ne savaient pas encore que leur complice avait été tué et ils pensaient que leur proie allait entrer innocemment.

Tina et Elliot coururent entre les tombes, soulevant des nuages de neige poudreuse. Leur haleine se solidifiait dès qu’elle se mêlait à l’air libre. Au milieu du cimetière, quand Elliot fut sûr que personne ne courait après eux, ils ‘arrêta, s’appuya contre une stèle funéraire. Quoiqu’essoufflé, il essayait de ne pas avaler trop d’air glacé. L’image du cadavre à la gorge à moitié emportée repassa devant ses yeux. Il s’écarta de Tina et vomit. Il avait tué un homme. Le fait que ce fût un cas de légitime défense ne le consolait pas.

J’en arrive maintenant à l’ambiance de ce roman. Tout d’abord, c’est assez perturbant de se trouver à Las Vegas parce que je ne m’attendais pas à cette ville pour une telle histoire, mais on découvre la ville avec l’une de ses habitantes, un côté très blingbling, mais aussi avec tous ceux qui font tourner cette ville. J’ai trouvé cela assez intéressant, surtout qu’on est projeté, avec Tina, dans le monde du spectacle, avec la manière dont on monte des shows d’une ampleur phénoménale, avec toute la pression qu’on peut avoir dans un tel travail, qui se fait sur des années. On voit aussi comment fonctionne la ville, avec le fait qu’il faut toujours attirer le plus de personnes possibles, afin que ces dernières dépensent. Le roman nous présente alors certaines ficelles des directeurs d’hôtel ou de casinos pour conserver ou attirer des clients. Et cela peut faire froid dans le dos, car c’est un vrai business basé sur la dépendance au jeu. Mais ce qui m’a vraiment marquée, c’est que le désert qui entoure Las Vegas est très grand, et qu’il est possible de cacher des installations militaires. Je rappelle que cette histoire se déroule environ dans les années 80, et que nous sommes en pleine Guerre Froide. Danny est mort dans ce désert, mais que s’est-il réellement passé ? J’ai beaucoup aimé toute l’ambiance de ce récit, qui tourne autour de cette fameuse question : Danny est-il mort ou vivant ? Les manifestations surnaturelles, de plus en plus nombreuses à mesure que le récit avance, que voient Tina et Elliot semblent faire croire que non, mais comment Danny parvient-il alors à communiquer avec eux ? On plonge ici dans les secrets des agences gouvernementales et dans ce qui est mis en place pour gagner la guerre, et cela fait aussi froid dans le dos, car en temps de guerre, tout est permis pour vaincre, même si cela va à l’encontre de l’éthique et de la loi. En tout cas, on est plongé dans un récit policier qui se transforme en une course-poursuite avec des événements surnaturels, et c’est assez plaisant à suivre, car on n’attend qu’une seule chose, la vérité. Je ne peux pas en dire plus pour ne pas vous spoiler le récit, mais les éléments surnaturels nous plongent dans un certain suspens très agréable, même si, sur la fin, ces derniers semblent aussi trop faciles, comme un ressort beaucoup trop utilisé, qui va permettre à nos héros de découvrir la vérité sans trop se mouiller, sans être véritablement en danger.

La terreur, telle un serpent, se lovait au plus profond d’elle-même et déroulait ses anneaux glacés. Elle frissonna. Ce n’était pas seulement la peur qui lui envoyait dans tout le corps ces ondes frigorifiantes, elle avait froid parce que la pièce s’était singulièrement refroidie… Elle se souvint de ce qu’Angela lui avait dit ; sur le moment elle n’y avait pas attaché d’importance. Pourtant la température était normale quand elle était venue se servir de l’ordinateur et maintenant il faisait nettement froid. Comment le thermomètre avait-il pu descendre aussi vite et en si peu de temps ? Elle prêta l’oreille mais n’entendit pas le murmure de l’air conditionné. N’empêche qu’il faisait de plus en plus froid.

Un bruit sec la fit sursauter. C’était l’ordinateur, qui, sans être sollicité, recommençait à fournir des données ; elle entendit crépiter l’imprimante et elle vit ces mots passer sur l’écran :

PAS MORT PAS MORT

PAS MORT PAS MORT

PAS SOUS TERRE

PAS MORT

SORS-MOI DE LA

SORS-MOI DE LA DE LA, DE LA

En ce qui concerne l’écriture du roman, je l’ai trouvée très fluide et elle fonctionne bien, car on est bien immergé dans l’intrigue, et qu’on a beaucoup de mal à lâcher le roman. J’ai beaucoup aimé le fait que Tina soit très rationnelle au début, mais que plus l’ambiance devient pesante, angoissante, et plus ses certitudes volent en éclat. C’est assez intéressant de voir son changement d’attitude. Le rythme s’intensifie beaucoup vers la fin du livre, avec la course-poursuite et l’envie de retrouver Danny. J’ai aussi aimé qu’on voit pourquoi tout cela est mis en place, ce qui provoque une réflexion sur la guerre et les armes utilisées. On découvre Las Vegas d’une manière intéressante. J’ai néanmoins trouvé que la fin de l’histoire était abrupte, et je regrette qu’on ait pas plus d’éléments, comme un épilogue, afin de savoir où cette histoire nous menait. Mais j’ai apprécié les éléments surnaturels qui nous plongent dans une certaine angoisse, même s’ils auraient pu être davantage expliqués. Le roman se lit très bien.

En résumé, c’est une très bonne lecture et j’aime beaucoup le style des romans de Dean Koontz. J’ai apprécié les éléments surnaturels présents ici, et le fait que tout cela soit relié à la guerre en coulisse, ce qui va plonger nos héros dans une angoisse aussi bien mystique que concrète, avec la présence des services secrets qui vont tout faire pour les arrêter. La relation entre Tina et Elliot est intéressante à suivre. J’ai apprécié la force de caractère de cette dernière, et l’originalité présente ici, avec le fait qu’elle ait surmonté seule la mort de son fils. L’histoire est très agréable à lire et très prenante. C’est un roman très bien écrit que je vous conseille, une lecture plaisante qui est à découvrir.

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