chroniques littéraires

La vie invisible d’Addie Larue

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous parvenez à profiter de vos vacances, si jamais vous avez la chance d’en avoir. Pour ma part, les miennes sont consacrées au travail, mais je suis plutôt fière de moi car j’ai enfin terminé deux de mes tas de copies, il ne m’en reste plus qu’un, et je commence donc à me sentir libérée de ces derniers. Heureusement que j’aime corriger. En tout cas, je trouve tout de même le temps d’écrire un peu aussi, et ma romance de Noël continue à avancer, et j’ai d’autres idées pour des romans. Il me faudrait plus de temps pour faire tout ce que j’ai envie de faire.

Justement, le temps va être notre fil conducteur aujourd’hui, car je vous retrouve en ce beau jeudi dans le but de vous parler d’un roman adolescents et jeunes adultes fantastique qui évoque le temps qui nous est imparti, et ce que nous devons en faire. En écrivant cette phrase, on pourrait presque entendre Gandalf donner sa leçon, l’une des citations les plus célèbres du Seigneur des Anneaux, la Communauté de l’Anneau. Je trouve que cette histoire fait d’ailleurs beaucoup référence à cette phrase. Ce roman, qui s’intitule La Vie Invisible d’Addie Larue, est sorti en France en juin 2021 aux éditions Lumen. Son autrice est Victoria E. Schwab. Voici son résumé :

Une vie dont personne ne se souviendra… Une histoire que vous ne pourrez plus jamais oublier… Une nuit de 1714, dans un moment de désespoir, une jeune femme avide de liberté scelle un pacte avec le diable. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, en échange, personne ne pourra jamais plus se rappeler ni son nom ni son visage. La voilà condamnée à traverser les âges comme un fantôme, incapable de raconter son histoire, aussitôt effacée de la mémoire de tous ceux qui croisent sa route.

Ainsi commence une vie extraordinaire, faite de découvertes et d’aventures stupéfiantes, qui la mènent pendant plusieurs siècles de rencontres en rencontres, toujours éphémères, dans plusieurs pays d’Europe d’abord, puis dans le monde entier. Jusqu’au jour où elle pénètre dans une petite librairie à New York : et là, pour la première fois en trois cents ans, l’homme derrière le comptoir la reconnaît. Quelle peut donc bien être la raison de ce miracle ? Est-ce un piège ou un incroyable coup de chance ?

Dans cette histoire, nous suivons principalement deux personnages. Nous avons tout d’abord Addie, qui est née dans les années 1700, et qui vit toujours à l’époque moderne. Elle a en effet conclut un pacte avec un démon, dans le but d’éviter son mariage. Mais, en contrepartie, elle est obligée de ne faire que passer, ne laissant dans la mémoire des autres aucun souvenir dès lors qu’ils se retournent ou claquent une porte, ou même dorment. Addie est donc un fantôme qui hante le monde depuis des siècles, et donc l’âme appartient déjà au démon, Luc. Mais, voilà, cela, c’est sans compter sur Henry, un libraire, qui se souvient d’Addie. Pourquoi ? Et si c’était le destin qu’ils soient réunis ? Ou bien un coup de Luc ?

Je vais commencer cette chronique, ni pas par vous parler des personnages principaux de ce récit, mais par vous parler de l’ambiance générale de ce dernier. En effet, comme je l’ai mis plus haut, nous sommes sur une réflexion sur le temps qui passe et sur ce que nous devons faire pour meubler ce dernier. Ainsi, grâce à son pacte, Addie se retrouve immortelle. Elle ne vieillit pas, elle ne semble pas pouvoir mourir, même si elle peut être torturée. La seule chose qu’elle possède, ce sont les anniversaires où Luc vient lui rendre visite, car personne d’autre ne se souvient d’Addie, et parce qu’elle ne peut rien garder. Ainsi, Addie a tout le temps qu’elle souhaite à sa disposition, elle peut tout faire, mais elle ne peut laisser aucune marque dans le temps. Elle est alors condamnée non seulement à voir mourir les gens qu’elle aime, mais en plus, à les voir l’oublier dès qu’ils ferment les yeux et ne sont plus dans son champs de vision. Addie pourrait alors abandonner, mais elle continue sa route. Le roman est aussi une occasion de nous montrer toutes les avancées que l’homme a pu faire depuis les années 1700. Ainsi, Addie assiste à la révolution française, à la Renaissance en Italie, à l’industrialisation, à la naissance du cinéma, aux différentes guerres qui peuplent le monde. Elle a une riche vie, et en même temps, elle ne laisse aucune marque. Or, nous avons là aussi une réflexion sur l’art et sur l’inspiration. Car si Addie ne laisse aucune marque, elle peut inspirer les autres, et elle va s’en donner à cœur joie, posant pour des peintres, apportant de la musique, des airs, des idées. J’ai bien aimé cette idée. Même si personne ne se souvient d’elle, Addie parvient tout de même à inspirer les autres, et cela donne un côté magique au récit, car Addie laisse une trace dans l’art, comme une muse invisible dont tout le monde sait qu’elle existe, mais dont personne ne sait d’où elle vient. Elle apparaît sur les peintures, les dessins, elle semble féérique, et personne n’est capable de l’expliquer. J’ai trouvé cette idée poétique.

Ce que j’ai aussi aimé, dans ce récit, c’est tout l’aspect du pacte. Addie sait, en le concluant, que ce n’est pas une bonne idée, et qu’il ne faut pas jouer avec les dieux de la nuit. On l’a déjà mise en garde. Et pourtant, elle est si désespérée qu’elle ne voit pas une autre solution. Et elle va enchaîner son âme à ce qu’on pourrait désigner comme étant un démon. Mais la réalité n’est peut-être pas aussi simple, ou du moins, est bien plus complexe. En effet, Luc semble être un démon d’un genre un peu particulier, et même s’il va tout faire pour faire céder Addie et pour lui voler son âme, ils vont aussi développer une relation particulière dont je parlerais plus loin dans cette chronique. On se rend alors compte que l’idée de bien ou de mal est assez relative, tout comme celle de dieux, de religion, ou même de démons. Luc est un personnage effrayant, mais dans le même temps, assez attachant. Et on se demande alors ce qu’on aurait fait à la place d’Addie, si on aurait joué aussi longtemps avec le démon, avec le don qui lui est aussi offert, ou si on aurait abandonné bien plus vite. C’est vraiment une question qui m’a séduite dans ce roman.

– Si tu pouvais revenir en arrière, tu le conclurais quand même, ce pacte ? demande-t-il.

Addie répond « oui ».

Elle a connu une vie difficile et solitaire, explique-t-elle, mais exceptionnelle. Elle a traversé des guerres, pris part à des combats, assisté à des révolutions et des renaissances. Elle a laissé sa marques sur un millier d’œuvres d’art, comme une empreinte de pouce au fond d’un bol d’argile. Elle a vu des merveilles, sombré dans la folie, dansé sur des congères et tremblé de froid sur les quais de Seine. Tant de fois elle est tombée amoureuse du ténébreux. Une seule fois d’un être humain.

Et elle est épuisée. Vraiment épuisée.

Mais une chose est sûre : elle a vécu.

– Rien n’est toujours tout noir ou tout blanc, déclare-t-elle. La vie est bien plus compliquée que ça.

Et là, dans la pénombre, il lui demande si le jeun en valait la chandelle. Si les instants de joie valaient les périodes de peine. Si les moments de beauté valaient les années de souffrance.

Elle tourne la tête, le regarde et répond.

– Toujours.

J’en arrive donc maintenant au personnage d’Addie. Dès le début, on s’attache à elle. Je trouve en effet qu’il est facilement de se reconnaître en elle, car on découvre rapidement qu’Addie est un esprit libre, qui refuse de se retrouver enchaînée, qui a de nombreux projets et qui ne peut pas rester là où elle est. Or, ses parents veulent qu’elle se pose, qu’elle s’assagisse, qu’elle se marie et qu’elle fasse des enfants, comme toutes les femmes, puisque c’est son rôle. Nous sommes dans les années 1700, cela est donc logique. Seulement, Addie n’est pas née à la bonne époque, et cette vie, elle la refuse. C’est ce qui va alors faire qu’elle va prier Luc, et se retrouver condamnée. En voulant être libre, elle perd son âme, mais cela ne la gêne pas. Toutefois, on éprouve aussi un peu de pitié pour elle, car à cause de son choix, elle se retrouve seule, et elle a beaucoup de mal à supporter cette solitude, au début. Elle n’a pas les codes de sa malédiction, et elle ne peut pas vivre comme elle le souhaite, trouver de l’aide, puisque personne ne se souvient d’elle, et qu’elle ne peut même pas trouver un travail, avoir une maison, des possessions. Tout ce qu’elle peut faire, c’est voler. On sent donc, au fil des pages, à quel point sa malédiction lui pèse, mais aussi à quel point elle veut vivre, et aller au bout de ses limites, de ses rêves. Elle n’abandonne pas, elle mène même parfois Luc par le bout du nez, faisant tout pour survivre. C’est donc un personnage assez fort, qui nous apporte une certaine admiration. Elle est assez rusée, et elle va démontrer qu’elle peut être une adversaire redoutable, ce à quoi ne s’attend pas Luc. J’ai beaucoup aimé cet aspect de sa personnalité, car au bout de plusieurs siècles, on pourrait croire qu’Addie se serait lassée de cette vie de nomade. Or, elle a beaucoup de positivité en elle, et elle sait qu’elle n’a pas fait encore le tour de sa vie.

– Maman…

A ce mot, sa mère eut un mouvement de recul.

– Sortez de chez moi.

Mais Adeline traverse la pièce pour l’attraper par les épaules.

– Enfin, maman, c’est moi ! A…

Adeline, s’apprête-t-elle à dire, mais son nom meurt sur ses lèvres. Elle fait une nouvelle tentative. Trois syllabes, ce n’est pas le bout du monde, mais elle s’arrête, exténuée, à la fin de la première. Dans sa gorge, l’air peine à entrer et elle s’étouffe. Elle fait une nouvelle tentative avec « Addie », cette fois, puis une dernière avec son nom de famille, « Larue ». Rien à faire. Entre son esprit et sa bouche, les mots tombent sur un obstacle. Pourtant, dès qu’elle prend une inspiration pour en prononcer un autre, n’importe lequel, il se profile dans ses poumons remplis d’air et sa gorge ouverte.

– Lâchez-moi, supplie sa mère.

J’ai aussi été touchée par les deux autres personnages centraux de ce récit. Je vais donc commencer par vous parler d’Henry. Dès qu’on le voit, on comprend que son personnage va être important, car il est le seul qui parvient à se souvenir d’Addie, et on se demande pourquoi. Certes, on devine assez facilement la réponse, et c’est ce qui va faire qu’on va s’attacher à lui. Henry est un personnage perdu, qui n’a plus de volonté, qui se laisse partir, et à qui Addie va rendre le sourire. J’ai beaucoup aimé les voir évoluer ensemble, et ils tissent une belle histoire tous les deux. Mais cela ne peut pas durer, car Luc veille. Son personnage, au démon, est un peu plus contrasté et nuancé, car on a du mal à deviner ses intentions. Il peut se montrer très gentil avec Addie, tout comme il peut avoir la volonté de la détruire. Toutefois, on devine aussi qu’ils sont liés, tous les deux. Luc est le nom que lui a donné Addie, tout comme il reprend l’apparence qu’elle lui a façonné. De ce fait, j’ai apprécié les voir évoluer ensemble, et interagir ensemble. On pourrait presque sentir de l’amour de Luc envers Addie, et dans le même temps, il faut toujours rester prudents avec lui, puisqu’il n’est pas humain, et que certains sentiments lui échappent. Peut-il aimer ? En tout cas, je regrette de ne pas avoir la fin, de ne pas savoir comment se terminer réellement l’histoire entre Addie et Luc.

– Dis-moi, Adeline… Je t’ai manqué ?

Bien sûr qu’il lui a manqué?

Elle peut se répéter, comme elle le lui a affirmé, qu’elle se languissait surtout de son regard, de sa constance attention, de l’ivresse de la présence. Mais ce n’est pas tout. Il lui a manqué comme le soleil manque en hiver, même si on redoute sa brûlure. Le timbre de sa voix, le pouvoir de ses caresses, le piquant de leurs conversations, la façon dont ils s’assemblent, voilà ce qui lui a manqué.

Il est son centre de gravité. Il est trois cents ans d’histoire. Il est l’unique constance de sa vie, le seul qui se souviendra toujours d’elle.

Luc est l’homme dont elle rêvait dans sa jeunesse, puis celui qu’elle a détesté plus que tout et, enfin, celui qu’elle a aimé. Il lui a manqué chaque nuit où ils étaient séparés.

J’en arrive à présent à l’écriture de ce roman. Ce dernier est très long, il fait plus de sept cent pages, et je craignais qu’on ne s’ennuie dedans, puisqu’on suit Addie dans ses souvenirs, à chaque anniversaire avec Luc, et aussi sa romance avec Henry. Toutefois, l’écriture de ce roman est claire, et assez addictive. On ne s’ennuie donc pas. On ne voir donc pas les pages passer. Le roman se lit donc bien, et j’ai aimé être projetée dans des périodes différentes de l’histoire grâce aux souvenirs d’Addie, avec certains qui sont incontournables, comme 1789 ou la seconde guerre mondiale, ou la prohibition aux Etats-Unis. Les chapitres s’enchaînent bien, et on n’est pas déstabilisé par le fait de passer du présent au passé. C’est aussi agréable de découvrir l’histoire d’Henry dans certains chapitres. New York est bien décrite, on s’y croirait, et les sentiments sont fluides. On passe donc un bon moment avec ce pavé. Je regrette toutefois que la fin soit trop rapide, je suis un peu restée dessus car tout n’est pas terminé avec Addie, et que j’aimerais bien savoir comment son arc se terminer. Je trouve que ce roman en appelle un deuxième.

En résumé, j’ai beaucoup aimé cette histoire et le message qu’elle délivre. J’ai apprécié la réflexion menée sur le temps, mais aussi sur les choix qu’on peut faire et sur ce qui va nous déterminer, et sur l’art et la magie qu’on peut vivre derrière l’inspiration. Le personnage d’Addie est plaisant et on s’amuse à la suivre, à défier Luc et à s’attacher à Henry. Les deux autres personnages sont eux aussi intéressants. J’ai aime l’innocence d’Henry et la froideur de Luc. Le roman est très plaisant à lire, avec une écriture fluide et une bonne réflexion morale. Je le conseille, il se lit bien et l’histoire est vraiment intéressante. C’est une belle découverte, même si la fin m’a laissée sur ma faim.

Et vous ?

Aimez-vous les longues histoires ?

Ou préférez-vous lorsque le romane st court ?

Aimez-vous les fins ouvertes ?

Bon jeudi à tous 🙂

10 réflexions au sujet de « La vie invisible d’Addie Larue »

  1. J’ai adoré ce roman aussi, il a frôlé le coup de cœur et restera dans ma mémoire un bon bout de temps ! Je suis d’accord avec toi : c’est un roman à ambiance, et je trouve que l’histoire est presque un prétexte pris par l’autrice pour évoquer tout le reste : le temps qui passe, l’évolution de l’Humanité, l’intemporalité de l’art et la magie de l’inspiration…

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