chroniques littéraires

Il est toujours minuit quelque part

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez un bon dimanche. Pour ma part, je dois me dépêcher de terminer de rédiger mon roman en cours, dont la date de rendu est le quatorze février. Mais j’ai aussi des copies à corriger, si je veux les rendre à la rentrée. Donc mon weekend va être studieux.

Mais avant de m’attaquer à tout cela, je reviens vers vous, sur le blog, afin de vous parler de l’une de mes dernières lectures. En effet, j’ai lu et terminé la semaine dernière le roman policier Il est toujours minuit quelque part, et je dois donc maintenant vous livrer mes impressions sur ce texte. Ce roman, qui est sorti en février 2018, a été écrit par Cédric Lalaury et est paru aux éditions Préludes. Même si l’histoire se passe aux Etats-Unis, nous sommes avec un auteur français. Voici son résumé :

Bill Herrington est un homme heureux. La cinquantaine approchant, il a une femme qu’il adore, deux filles aimantes, et un poste de professeur de littérature dans une prestigieuse école préparatoire. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… jusqu’au jour où il trouve dans son casier l’exemplaire d’un roman à sensation publié par un mystérieux inconnu : Richard Philip Kirkpatrick. Pas de quoi chambouler le professeur Herrington. À un détail près : ce roman raconte une histoire vraie. L’histoire d’un crime dont Bill était persuadé que personne n’en avait jamais eu connaissance. C’est du moins ce qu’il a toujours cru. Ce livre étrange va bientôt envahir l’existence de Bill et tout contaminer autour de lui à la façon d’un virus. Sa vie paisible et confortable, ainsi que son équilibre psychologique, vont vite menacer de voler en éclats sous l’effet dévastateur de ce roman vengeur qui a réveillé tous les fantômes du passé.

Dans cette histoire, nous suivons donc un personnage principal, Bill, qui est professeur de littérature. Sa vie fonctionne comme il le désire, il est marié avec son amour d’université, il a deux filles en bonne santé, et il enseigne dans un académie qui est assez prestigieuse. Tout cela est possible car il a occulté un fait qui s’est produit des années plus tôt, et qui a fait qu’il a coupé les ponts avec ses anciens amis. Or, voilà que son passé lui revient à la figure par le biais d’un roman policier tout juste publié, qui raconte le drame survenu une fameuse nuit. Bill se met à avoir peur, car le roman a été déposé dans son casier, et personne ne devait jamais découvrir la vérité. Cela va alors le pousser à mener l’enquête pour comprendre qui veut sa peau, et qui veut faire ressortir cette vieille histoire.

Je vais commencer cette chronique par vous parler de l’ambiance de ce roman, car je pense que c’est elle qui fait tout l’intérêt de ce récit. Ainsi, nous sommes ici dans un thriller psychologique, où toutes les cartes sont brouillées, ce qui rend l’atmosphère à la fois opprimante, mais aussi intéressante. En effet, dès le début du roman, on nous parle du beau-frère de Bill, qui vient de mourir dans des circonstances funestes, des suites d’un long cancer. Tout cela pousse alors Bill à faire le point sur sa vie, et à faire remonter de vieux souvenirs. Dans le même temps, une adolescente apparaît, et fait fondre l’homme, et il se met à recevoir non seulement ce roman qui va le faire basculer, mais aussi des textos et autres menaces. On sent donc tout de suite que tout est fait pour faire craquer Bill, et on se demande jusqu’à quand il va pouvoir tenir. Dans le même temps, il est oppressé par sa peur, sa paranoïa, et par sa culpabilité, aussi, qui ne s’était pas manifestée depuis des années. On sent alors que Bill peut basculer à tout moment, d’autant plus que sa petite vie paisible est entièrement remise en question avec les révélations faites au fur et à mesure. Comme le personnage, on est donc, en tant que lecteur, mis sous pression, en quête de réponses, de savoir qui en veut autant à Bill, et qui joue de cette manière avec ses nerfs. C’est alors assez intéressant de faire différentes hypothèses au sujet de celui qui se trouve derrière cette machination, d’autant plus qu’on ne sait pas, en tant que lecteur, ce qui s’est réellement passé dans le passé de Bill. On est donc, là aussi, ouvert à toute proposition, même si on se doute qu’on parle d’un possible meurtre. La réponse n’est alors donnée qu’à la fin du roman. Mais ce que j’ai aimé, outre le fait de faire toutes ces hypothèses, c’est voir Bill perdre complètement pied, et s’enfoncer dans un cercle qui pourrait facilement s’arrêter s’il avouait tout. Ce roman montre alors à quel point la vérité peut libérer, et à quel point le mensonge, même par omission, empoisonne. Il a alors une certaine morale qui est faite derrière cet ouvrage, qui est à prendre en compte. En tout cas, la machination en tant que telle est bien pensée, et j’ai aimé voir jusqu’où elle peut aller, avec les parents de Bill qui sont d’ailleurs touchés par cette dernière. Et le fait que sa culpabilité se manifeste dans les différents face-à-face avec le loup est aussi intéressant, apportant une certaine nuance fantastique au récit.

«  »Est-ce qu’un homme peut vivre en oubliant ses propres méfaits ? » ou, pire : « Peut-on vivre en mettant délibérément de côté ses mauvaises actions, y compris les plus extrêmes ? » Toutes ces interrogations, je les ai reformulées en une seule : « Comment vit un homme qui a commis l’irréparable et ne s’est jamais fait rattraper par son passé ? » »

Bill survola le reste de l’interview et ses yeux s’arrêtèrent sur une autre question posée à Kirkpatrick.

« Vous pensez donc qu’il peut exister des individus qui, jamais, ne culpabiliserait après avoir commis des meurtres de sang-froid ?

– Je crois, oui, répond Kirkpatrick. Il n’y a pas que les tueurs en série et les sociopathes qui peuvent vivre avec le crime, j’en suis convaincu. On m’objectera que c’est très rare et que M. Tout-le-Monde ressentira toujours une forme de culpabilité, mais c’est faux. Il regrettera surtout d’avoir fait quelque chose susceptible de lu attirer des ennuis. De faire s’effondrer son petit monde construit sur un mensonge et… »

Bille ferma l’onglet et passa à la page suivant. Les quelques mots prononcés par ce péteux d’écrivaillon l’avaient mis hors de lui? Qu’est-ce qu’il pouvait bien savoir de ce qui s’était passé cette nuit-là pour balancer de tels jugements de valeur ?

J’en arrive maintenant aux différents personnages principaux. Je vais commencer par celui de Lisa, la femme de Bill. C’est un personnage assez superflu, au final, qui n’a pas une grande incidence sur l’histoire, qui n’est pas très présente, et qui va pourtant faire basculer Bill, car il l’a tellement idéalisée qu’il ne va pas s’attendre à ce qu’elle lui fasse des reproches. Même si elle semble ne rien savoir du passé de Bill, alors qu’elle était sur les lieux, j’ai trouvé qu’elle faisait une suspecte idéale, d’autant plus qu’elle n’a pas l’air de porter son propre mari dans son cœur, ou du moins de se méfier de ce dernier, comme on s’en rendra compte au cours de l’ouvrage. Vient ensuite le personnage d’Alan, qui est assez particulier. Cette jeune femme, adolescente, qui arrive au cours de Bill comme une fleur et qui va tout faire pour le mettre en relation avec le fameux roman, puis ensuite son auteur, semble être elle aussi une suspecte toute désignée. J’avoue que j’ai eu du mal avec son personnage, car je ne parvenais pas à lire ses intentions. Elle se montre comme étant l’étudiante parfaite, celle qui est toujours là lorsque Bill a besoin d’elle, et on se demande même si elle est sincère avec lui, si elle est attirée par lui, ou si elle poursuit un autre but. Je suis certaine qu’elle a ses propres raisons de se montrer aussi prévenante et gentille avec lui.

Enfin, je voudrais évoquer le personnage de Dick Kirkpatrick, qui est donc l’auteur du roman qui va obséder Bill. J’ai beaucoup aimé son personnage, sans doute parce que, de la même façon qu’on va douter d’Alan, on va aussi douter de Dick. Comment a-t-il su pour le drame survenu sur l’île ? Quel est son lien avec Bill ? Pourquoi se cache-t-il ? Pourquoi accepte-t-il d’être en contact avec Alan ? Beaucoup de questions vont nous occuper, et dans le même temps, j’ai trouvé son personnage intéressant car il apporte de l’humour à ce récit, ainsi qu’une dose de légèreté. Dick ne semble rien prendre au sérieux, et il semble se moquer de tout. Comment pourrait-il alors être l’auteur de cette machination ? Dès le début, il construit une certaine amitié avec Bill, qui lui reste sur la réserve. J’ai alors trouvé que Dick jouait davantage carte sur table qu’Alan, et qu’il semblait aussi plus sincère, et crédible, moins dangereux que la jeune femme. J’ai apprécié son côté écrivain qui ne se presse pas, ne panique pas, et qui est comme un enfant qui vient de recevoir un cadeau, devant le succès qui se met en marche pour son roman. On dirait alors que tout le dépasse, mais il garde un flegme appréciable. C’est un personnage que j’ai eu envie de suivre. J’ai d’ailleurs apprécié le lien qui se tisse entre lui et Bill, alors que tout le désigne comme le suspect principal du jeu qui se referme autour de Bill.

En outre, il y avait Kirkpatrick – l’intriguant Kirkpatrick.

Par un tour de passe-passe miraculeux, l’écrivain avait eu sur Bill le même effet qu’un bain de jouvence. Il lui arrivait d’en oublier la véritable raison de sa présence, sous son propre toit. Il n’y avait guère qu’avec Alan que le romancier travaillait sur leur prochaine conférence, et Bill se mêlait au minimum de leurs recherches.

(…] Pour fêter la fin de la convalescence de Bill à qui on venait de retirer son plâtre, il avait conduit ce dernier à New-York pour assister à une exécution de la Quatrième Symphonie de Bruckner par l’Orchestre philarmonique sous la direction de Rodrigo de Souza. Ce fut la première fois que Bill vit Dick habillé autrement que comme un clochard : il eut même du mal à le reconnaître.

J’en arrive, à présent, au personnage de Bill lui-même. Dès le début, on comprend qu’il est macho sur les bords, que c’est son épouse Lisa qui gère tout, et qu’il s’estime trop supérieur pour le commun des mortels. En fait, il considère la littérature comme devant appartenir à une élite, et tout ce qui est moderne le rebute. Heureusement, sa vision là-dessus va changer, mais il reste assez imbu de sa personne, avec une haute estime de lui-même. Cela se voit dès qu’il évoque ses étudiants, autres que Alan, ou même son beau-frère, qu’il considère comme une épave. On sent aussi l’aristocratie chez lui, la bourgeoisie, et le fait de penser qu’il a parfaitement réussi là où les autres échouent. C’est aussi pour cette raison qu’il a coupé les ponts avec ses amis, car il estime qu’il ne pouvait plus être avec eux après ce qui est arrivé. En fait, Bill est un personnage qui m’a laissée une impression mitigée, comme Alan d’ailleurs. Il est tout heureux d’être parvenu à mettre de côté ce qui est arrivé dans son passé, alors que ce dernier va lui revenir en pleine figure. Il ne réfléchit pas suffisamment aux conséquences de ses actes, et ce qui m’a un peu énervée chez lui, c’est qu’il refuse de la dire, cette vérité, même lorsque cela menace de détruire toute sa vie. Il campe sur ses positions, et il refuse d’assumer ses actes. C’est alors assez frustrant, parce qu’on a envie de lui dire de se bouger, de ne pas rester seul, d’agir, et de dire la vérité. En vérité, il creuse sa propre tombe et il est son propre tortionnaire, mais il ne le voit pas, et cela va aussi se voir dans la fin du roman, où il est pleinement lâche.

Elle le regardait fixement. C’était tragique, le besoin de réponse qui émanait d’elle, mais Bill ne répondit rien. Il avait suffi d’un malheureux mot d’enfant pour faire voler en éclats l’illusion d’un mariage soudé et prêt à résister à n’importe quelle épreuve alors que, de toute évidence, une nuée ténébreuse n’avait cessé de graviter autour de leur famille depuis le début en raison de ce mensonge originel. Tout était faute et Lisa en souffrait, comme ce serait le cas des filles dès le lendemain?

Avait-il été à ce point sa propre dupe ? Le simple fait de se poser la question l’effrayait, tout comme l’idée que Lisa et lui ne faisaient que jouer la comédie du bonheur depuis plus de vingt ans.

En ce qui concerne l’écriture de ce roman, je l’ai trouvée assez fluide, et on est bien embarqué dans le récit, même si l’histoire est longue à se mettre en place au début. L’atmosphère est très lourde, et elle s’alourdit au fur et à mesure qu’on avance dans le récit. On se pose beaucoup de questions et l’auteur ne s’embarrasse pas de longues descriptions. Néanmoins, je regrette qu’on ait pas d’explications sur tout, et j’ai trouvé la fin tirée par les cheveux. Je n’ai pas été séduite par cette dernière, que ce soit dans la dernière action de Bill ou dans la révélation même qui est faite. Je trouve qu’on aurait pu amener plus de suspens et de morale dans cette fin. Elle m’a donc laissée sur ma faim.

En résumé, je n’ai pas vraiment été convaincue par le personnage de Bill, qui a pu se montrer exaspérant pendant le récit, ni par le personnage d’Alan, dont j’attendais plus. La fin m’a laissée sur ma faim, et je n’ai pas été séduite par cette dernière. Toutefois, le roman est bien écrit, plutôt bien dosé, et j’ai aimé le personnage de Dick ainsi que l’ambiance proposée, avec toutes ses questions et l’angoisse qui monte au fur et à mesure, même si elle aurait pu être davantage développée. C’est donc un roman que je vous conseille, même s’il ne m’a pas marquée.

Et vous ?

Quelles sont les ficelles que vous vous attendez à retrouver dans un tel roman ?

Aimez-vous les anti-héros comme personnages principaux ?

Qu’aimez-vous retrouver dans une enquête comme celle-ci ?

Bon dimanche à tous 😀

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s