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Ceux d’ici ne savent pas

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous gardez le moral. Le mois de janvier est toujours un peu compliqué avec l’ambiance des fête qui s’en va peu à peu, et l’hiver qui s’installe vraiment. J’avoue néanmoins que celui-là, je l’attends de pieds fermes, car pour le moment, on n’a pas vraiment l’impression d’être en hiver, on se sent plus en automne, avec un temps pluvieux et des températures plutôt clémentes. Au moins, cela permet d’ouvrir les fenêtres en classe sans qu’il ne fasse trop froid, mais c’est aussi ce qui permet une meilleure reproduction du virus, un tel temps. Vivement une vraie vague de froid.

En tout cas, aujourd’hui je ne reviens pas vers vous pour évoquer un roman hivernal, on est même dans le temps inverse. Et oui, je vous emmène aujourd’hui dans le désert, celui du Nevada, en plein été, avec le roman Ceux d’ici ne savent pas. Ce roman est à mi-chemin entre une lecture contemporaine et un roman policier. Il est écrit par Heather Young et est publié en France aux éditions Belfond. Je remercie d’ailleurs ces derniers pour l’envoi de ce titre en service presse via la plateforme NetGalley. Il est sorti chez nous en novembre 2021 et voici son résumé :

Adam Merkel, professeur de mathématiques du collège de Lovelock, Idaho, est mort ce matin. C’est Sal Prentiss, l’un de ses élèves, qui vient de découvrir le cadavre de ce quadra sur un bûcher dressé dans le canyon.

Une annonce terrible qui secoue cette petite ville et remue profondément la jeune professeure Nora Wheaton. Elle qui se sentait liée à Adam par une solitude et une souffrance communes veut comprendre : qui pour assassiner aussi brutalement cet homme sans histoires?

Alors qu’elle plonge dans le passé de son défunt collègue, Nora réalise peu à peu que Sal, ce jeune orphelin timide et farouche, semble en savoir bien plus qu’il ne veut le dire… Avec lui, la jeune femme se lance dans une enquête délicate. Une plongée aux confins de l’âme des habitants de cette région oubliée du monde, qui portent en eux un héritage fait de violence et de survie dont ils n’ont plus conscience.

Dans ce roman, nous suivons trois personnages principaux. Tout d’abord, nous avons Sal, un jeune adolescent de douze ans qui vient de perdre sa mère et qui se retrouve à vivre chez ses oncles, en marge de la société. Il découvre alors le lourd héritage dont sa mère l’avait préservé, tout en se liant d’amitié avec son professeur de maths, Adam Merkel, qui essaye de l’initier à la beauté des mathématiques. Ensuite, nous avons Jake, un pompier volontaire, qui était amoureux de la mère de Sal et qui tente de veiller, de loin, sur son fils. Enfin, nous avons Nora, une professeur, une amie d’Adam Merkel qui, lorsqu’elle va apprendre que ce dernier a été assassiné, va tout faire pour trouver le véritable coupable, parce qu’elle ne peut pas vivre sans la vérité.

Je vais commencer cette chronique par vous parler de l’ambiance particulière de ce roman, avant d’entrer plus en détail avec les personnages principaux. En fait, lorsque j’ai commencé ma lecture, j’avais totalement le résumé du roman, comme cela m’arrive souvent, et le premier chapitre est assez particulier, parce qu’il nous plonge tout de suite dans un récit qui n’est pas un récit policier, et qui, pour ma part, a guidé ma lecture car j’attendais d’en savoir beaucoup plus. En effet, nous sommes dans le désert du Nevada, dans ce qu’on appelle le Grand Bassin, et qui a vu l’émergence du Premier Peuple, les ancêtres des Indiens, ces hommes préhistoriques venus par l’Alaska coloniser l’Amérique pendant l’Ere des Glaces. En fait, il se passe quelque chose dès le début du récit avec ce peuple, qui fait qu’on a envie d’en savoir plus, et j’avoue que, pour le coup, j’attendais un certain mystère avec ces derniers, un mystère qui rejoindrait la mort d’Adam Merkel, et pour cette partie-là, je suis un peu restée sur ma faim, même si j’ai vraiment aimé apprendre des choses sur le Peuple Premier, des choses que je ne savais pas, parce que dès qu’on parle d’hommes préhistoriques en Europe, on imagine les hommes d’ici, différents du peuple Américains. Pour le coup, c’est une bonne découverte, même si j’ai trouvé que cela n’allait pas assez loin. Néanmoins, on peut alors basculer sur l’autre mystère qui guide le roman, c’est celui des maths. En effet, Adam Merkel, notre victime, est passionné par les mathématiques, et c’est finalement cette passion, transmise à d’autres personnages, dont Sal, qui va motiver le roman. C’est assez intéressant parce qu’on apprend des choses sur les maths et l’univers, sans que cela passe par des démonstrations, mais qui nous font non seulement repenser cette matière et son intérêt, mais aussi la manière dont on conçoit le monde qui nous entoure. J’ai vraiment pris plaisir à découvrir cet aspect, et cela m’a donné envie d’en savoir plus, d’en apprendre plus sur les maths, et j’avoue que je regrette qu’on est pas cette version et cette vision dans le cadre de nos études, même si j’ai dû l’avoir déjà pendant mon cursus de philosophie.

– Je voulais revenir aux origines, expliqua l’enseignant. Au moment où les enfants commencent réellement à s’intéresser aux mathématiques. Quand ils comprennent que cela ne se limite pas aux tables de multiplication et à la division posée, mais que cela permet de tout expliquer. Pourquoi le ciel est bleu. Pourquoi votre chaise vous soutient. Pourquoi le vent souffle depuis l’ouest. Que vous parliez anglais, chinois ou espagnol, les mathématiques expliquent ces choses. Deux et deux font quatre indépendamment de là où vous habitez et, quelle que soit votre religion, la circonférence d’un cercle est son diamètre multiplié par Pi. Notre capacité à comprendre ces choses est ce qui nous sépare des autres animaux et nous unit en tant qu’espèces.

Maintenant qu’il était lancé, il dégageait une énergie vibrante, électrique.

– Les mathématiques sont le seul vrai langage de l’humanité.

J’an arrive maintenant à un second point dans ce roman, c’est le cadre. Nous sommes en effet dans une petite ville, et comme c’est mis dans les remerciements de l’autrice, à la fin de l’ouvrage, le but de ce roman est non seulement de livrer un roman policier, qui parle d’un meurtre assez horrible, puisque la victime est brûlée vivante, mais surtout de l’arrivée dans une telle bourgade d’un étranger, qui est ici la victime. En effet, la présence d’Adam Merkel, et de ceux qui vont le suivre, vont déstabiliser l’équilibre de la ville. On sent en effet bien ici que nous sommes dans un endroit perdu en plein désert, un endroit où les nouveaux sont très rares, et où personne ne part vraiment. Ceci est encore plus flagrant avec les personnages de Gideon et de Nora, tous les deux enfermés dans la ville, l’un par choix, l’autre par contrainte. On voit aussi tout l’héritage auquel doit faire face Sal, et s’il va l’accepter ou non, celui qui provient de sa famille, présente au même endroit depuis plus d’un siècle. Pour ne rien arranger, la présence du sol et de son histoire accentue cette pression, comme s’il ne fallait toucher à rien et continuer à vivre et à faire passer des générations. Mais on voit aussi la modernité être présente, notamment par le trafic de drogue. Le roman tourne aussi beaucoup autour de cet aspect, et des dégâts que peuvent faire les addictions, notamment sur les addicts, mais aussi sur ceux qui restent. On a d’ailleurs plusieurs personnages touchés par la culpabilité, ceux qui restent, qui ont survécu, et qui doivent vivre avec leurs actes, qui avaient ou non de grandes conséquences. C’est alors intéressant de fouiller non seulement la ville avec l’enquête pour le meurtre, mais aussi les différents esprits devant faire face à leurs démons, qui sont peut-être responsables du drame.

J’en arrive maintenant au personnage de Sal. J’ai trouvé son personnage touchant. En effet, on découvre assez vite dans le récit un garçon perdu, qui ne sait plus comment réagir, et qui se retrouve tiraillé entre ses désirs et ceux des adultes, tous les plans qui sont faits pour lui et que lui ne peut pas décider, et qui se retrouve prisonnier d’un destin beaucoup trop grand pour lui, auquel il ne s’attendait pas. Ainsi, la mère de Sal est décédée, et rien que sa mort est un mensonge qui pèse sur la conscience du garçon. Ensuite, il doit faire face, tout seul, à sa rentrée en sixième, et au rejet qui est mis en place par les autres. Enfin, ses oncles attendent de lui des choses qu’il ne sent pas capable de faire, mais qu’il doit faire tout de même. Sal a en plus une très grade imagination, et d’un certain côté, c’est aussi ce qui va le sauver. Il a un grand cœur, et j’ai aimé la manière dont il essaye de se protéger, alors que ce qu’il vit n’est vraiment pas évident. La manière dont il s’attache à Adam Merkel, son professeur de maths, est aussi plaisante et intéressante, car on voit vraiment le lien qui va les unir, et le fait que Sal recherche en lui un père qu’il va finalement trouver. J’ai beaucoup aimé la manière dont ils se trouvent, eux deux qui ne savent plus comment vivre avec l’absence de leurs proches. Et c’est Sal qui tient le secret du meurtre de son professeur, et cela aussi, il doit vivre avec, jusqu’à ce que la vérité soit enfin dévoilée.

Ils n’avaient pas commencé par le cimetière de Marzen, mais par le carré des Prentiss, en haut d’une colline en suivant un raidillon. Sal n’y était jamais allé et le petit groupe de pierres tombales qui montaient la garde au-dessus de la vallée et portaient toutes le nom des Prentiss l’impressionna profondément. Tout d’un coup, la nature ancestrale de cette terre lui parut bien plus tangible que dans Gideon disait que leur famille vivait là depuis cent soixante-dix ans. Sur cette colline solitaire, les morts lui semblaient aussi proches que ceux qui bavardaient avec l’orphelin de l’Etrange Vie de Nobody Owens. Il posa la main sur la barrière en fer forgé et sentit les milliers de nuits glaciales et de journées torrides emmagasinées dans le métal et les cinq générations d’histoires que recelait la terre.

(…)

– Ces gens sont notre famille, lui dit Gideon.

Son regard accrocha celui de Sal.

– C’est très mal d’oublier les siens.

Le souffle doux du vent faisait penser à une voix, comme si tous les Prentiss défunts murmuraient leur assentiment.

Parlons enfin du personnage de Nora. Je me suis facilement attachée à elle, et retrouvée dans son personnage. On découvre rapidement que Nora déteste sa vie et son travail, et qu’elle est bloquée dans sa ville sans moyens d’en sortir, tout cela parce qu’elle a une dette envers son père, le dernier survivant de sa famille. Elle guette donc sa mort avec impatience, afin d’enfin se sauver. J’ai eu de la peine pour elle, car elle a renoncé à tous ses rêves à cause de son père, et parce qu’elle ne parvient pas non plus à lui pardonner, et qu’elle est en permanence dans le conflit avec lui, dans la colère, et qu’elle attend de lui des excuses qu’il n’est pas en mesure de lui donner. Elle tente d’avancer, mais en fait, elle vit dans le passé. Enquêter sur la mort d’Adam, qu’elle n’a pas su éviter, pas su deviner, est alors le moyen pour elle de mieux comprendre son père et de mieux comprendre aussi ses propres choix. Elle découvre aussi qu’elle ne connaissait rien d’Adam, et qu’elle est finalement enfermée dans un bulle d’égoïsme. J’ai aimé la ferveur qui la pousse, finalement, et qui va la mener jusqu’à la vérité. Elle n’abandonne pas, et elle va jusqu’au bout, quitte à se mettre en danger. C’est assez plaisant de l’imaginer mener cette enquête, alors qu’elle ne connaît rien aux enquêtes, mais qu’elle s’improvise enquêtrice et détective. Par contre, sa condescendance vis-à-vis des autres peut agacer, parce qu’elle a fait des études, et qu’elle se retrouve avec des personnes qui elles n’en ont pas faites. J’ai toutefois compris ce qu’elle ressentait, et la frustration qui l’anime en permanence, une frustration qui ne sera pas seule d’Adam parce qu’ils n’ont pas vécu les mêmes choses, et ne les ont pas surmontées de la même manière.

De temps à autre, Britta se tournait vers elle, et Nora comprit que son silence la chiffonnait. Il fallait bien l’admettre, ses études supérieures l’avaient rendue snob : la syntaxe abominable de Jesse Hind quand il expliquait vouloir assurer la reproduction de son terrier lui donnait effectivement mal à la tête. Mais en réalité, ce n’était pas son diplôme universitaire qui la mettait à part. Pas plus que Mary Barnes, personne ici n’aurait envisagé ne serait-ce qu’un instant de quitter la ville. Ils pouvaient perdre leur emploi ou leur entreprise, leur mariage pouvait capoter – ils pouvaient même être soupçonnés d’un meurtre violent -, ils étaient tous prêts à se mettre à genoux pour ramasser les morceaux. Alors que Nora, elle, elle était sûre d’une chose : dès que son père serait décédé, elle s’en irait en laissant tout derrière elle. Voilà le fossé qui la séparait d’eux.

En ce qui concerne le roman, j’ai trouvé qu’il se lisait bien, et qu’on était facilement happé par le récit. Par moment, on en oublie la mort d’Adam, et tout ce qui reste, c’est le poids du passé, les grands espaces, et la peur de l’avenir, et j’ai trouvé cela assez intéressant. C’est d’ailleurs à cause de cela que pour moi, nous ne sommes pas face à un roman policer classique, mais plus sur un roman de littérature générale, qui parle d’un meurtre aux Etats-Unis. Toutefois, et c’est mon gros problème avec le roman, qui est peut-être dû au fichier que j’avais, qui ne sont peut être pas dans le roman en papier, mais j’ai eu quelque soucis de traduction, avec des phrases que j’ai relu à plusieurs reprises sans en comprendre le sens. Cela a un peu dérangé ma lecture. Mais sinon, le roman est vraiment plaisant à lire, et on a vraiment envie de savoir qui a tué Adam Merkel, et même si on a des soupçons, des doutes, la vérité reste inattendue. J’ai aimé suivre les suppositions et les doutes de Nora, ainsi que les réflexions de Sal, et le besoin de protection apporté par Jake.

En résumé, c’est un livre que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire. Il se lit assez facilement, et on découvre beaucoup de choses avec lui, sur les ancêtres des Américains notamment, mais aussi sur les mathématiques et l’univers, et sur les petites villes américaines. On est plongé dans une affaire assez sordide, avec un meurtre compliqué, qui trouve son origines dans la culpabilité et dans l’esprit humain. J’ai aimé suivre l’enquête, ainsi que les souvenirs de Sal, et on s’attache facilement au petit garçon et à Nora, tous les deux devant faire face au fait d’avoir survécu. C’est un roman que je conseille, et pour ceux qui n’aiment pas le policier, ce roman se concentre surtout sur les sentiments des individus et la vie aux Etats-Unis, nous ne sommes pas face à un roman policier classique, il est donc à lire, même par ces personnes-là. C’est une bonne lecture et une belle découverte.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans les romans policiers ?

Quels sont, pour vous, les critères nécessaires composant un polar ?

Aimez-vous découvrir des choses dans les romans ?

Bon dimanche à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « Ceux d’ici ne savent pas »

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