chroniques littéraires

Sable Bleu

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez passé un bon début de semaine. Pour ma part, il est un peu compliqué de reprendre le rythme du lycée, d’autant plus que c’est un peu stressant avec les nouvelles qui tombent tous les jours sur le virus, mais j’essaye d’être la plus prudente possible, et de faire attention à moi en respectant les gestes barrières. De la même manière, j’essaye le plus positive de rester positive, même si j’assiste tout de même aux incohérences de l’éducation nationale. Il faut bien profiter de ce début d’année.

Je reviens aujourd’hui sur le blog, non pas pour vous parler d’une romance de Noël, même s’il m’en reste dans mes lectures à chroniquer, mais pour vous parler d’une lecture que j’ai faite durant les vacances de Noël. Il s’agit de ma première lecture pour le Challenge de l’Imaginaire 2022. Cette dernière s’intitule Sable Bleu. Il s’agit d’un roman pour adolescents et jeunes adultes avec une part de science-fiction. Nous sommes dans le futur de la Terre. Ce roman a été écrit par Yves Grevet, et il est publié aux éditions Syros depuis août 2021. Voici son résumé :

Tess ose à peine y croire : le monde va mieux. La Terre respire depuis qu’une étrange bactérie a contaminé les gisements de pétrole. Et puis il y a ces médicaments, ces aliments nocifs qui disparaissent inexplicablement des magasins. Des hackers de génie à tendance écolo seraient-ils à l’origine de ces phénomènes ? À plusieurs reprises, Tess sent des présences autour d’elle, des frôlements, et se demande si la réponse n’est pas à chercher ailleurs. Alors que la police s’intéresse à son cas, des jeunes gens se mettent à disparaître eux aussi.

Dans cette histoire, nous suivons donc une jeune adolescente, Tess, qui est lycéenne. Comme beaucoup de jeunes de son âge, elle s’inquiète beaucoup pour la planète et pour son avenir. De ce fait, elle milite dans une association. Seulement, la Terre est en train de se transformer, et tout d’un coup, la pollution diminue, et les réserves de pétrole ne sont plus utilisables. Ce changement soudain perturbe la population, mais surtout Tess, qui va se retrouver à enquêter avec l’aide d’une policière, pour protéger ceux qu’elle aime, dont sa petite amie.

J’ai envie de commencer cette chronique par vous parler de l’univers qui nous est proposé ici. J’ai trouvé très intéressant le postulat de départ, celui qui fait qu’on se retrouve avec une Terre modifiée, qui subi de grands changements auxquels personne ne s’attendait, comme le fait que l’air devient plus pur, que les mers sont dépolluées, que les réserves de pétrole sont rongées par une bactérie inconnue. J’ai aimé le parti pris écologiste qui nous est proposé ici, avec l’idée que tout serait mieux si on revoyait nos méthodes de consommations, nos modes de vie. Ici, on se retrouve en effet dans un monde où tout le monde se retrouve à subir un profond changement, qui m’a un peu fait penser à celui du premier confinement, même s’il reste du pétrole, Internet, etc. Mais on se rend compte rapidement que tout le monde est dépassé, et qu’une nouvelle vie doit être inventée. C’est ce qui m’a fait plaisir dans ce récit, ce qui permet en plus de relier ce dernier avec le monde militant. Cela est alors intéressant et plaisant de voir comment tout le monde réagit, et essaye de changer les choses, en bien. On est alors devant une réflexion sur nos actions, et sur celles du futur, un besoin de repenser les choses, une manière pour les plus jeunes de réfléchir, et aussi de se heurter aux modes de vie des plus âgés, tout en menant une enquête sur le pourquoi de cette situation. Toutefois, j’ai trouvé que la piste extraterrestre arrivait beaucoup trop tôt dans le récit, et surtout, était acceptée beaucoup trop tôt par Tess. J’ai alors trouvé que ce postulat d’autres vies était mal dosé, et trop présent dans la fin du texte. En fait, j’ai trouvé que cela faisait trop, too much, dans certaines parties du texte, et que c’était une certaine facilité de la part de l’auteur qui était ici mise en place. J’ai d’ailleurs pas vraiment accrochée à la fin, qui semble pour le coup beaucoup trop positive, sans véritables explications aussi, et cela m’a dérangée. J’aurais préféré qu’on reste sur les conséquences des actions provoquées, sur le militantisme, sur la réflexion, plutôt que sur cette facilité de la piste de gentils extraterrestres qui nous est proposée, même si je comprend l’idée de l’auteur et sa volonté de mettre en place une utopie. J’aurais aimé qu’on se passe de l’hypothèse de départ, ou qu’elle soit mise autrement.

– Attends-toi à être choquée, Tess. Je ne vois que la piste d’êtres utilisant des technologies inconnues, donc des… des extraterrestres.

Je ne souris pas parce que je connais la rigueur de Jennifer et je sais que ça lui coûte de prononcer de telles paroles. De mon côté, j’essaie de lutter contre cette explication depuis le début des phénomènes, mais à chaque fois, elle revient comme une évidence. Les situations que nous vivons ces derniers temps nous dépassent, nous autres humains, avec notre savoir et nos capacités limités. Je n’ai jamais osé l’énoncer devant quiconque parce que les gens qui croient aux ovnis et aux petits hommes vers sont considérés comme des débiles. Combien de fois me suis-je dit que ce que je vivais ces derniers mois relevait de la science-fiction ? Je repense aussi aux théories exposées par Enzo à Limoges. Avant de me ranger à son opinion, je lui oppose les arguments classiques de la science traditionnelle :

– Mais tu le sais, les scientifiques n’admettent pas cette possibilité. Ils sont fidèles au Paradoxe de Fermi qui disait que si des civilisations extraterrestres existaient, elles nous auraient déjà visitées.

– D’autres scientifiques, très minoritaires, je te l’accorde, mais tout aussi sérieux et respectés, ont avancé que les extraterrestres existent et nous rendent visite, mais d’une manière indétectable par nos moyens tehniques actuels.

J’en arrive maintenant au personnage de Tess, et ce que je vais dire sur elle est pleinement lié à ce qui a été dit plus haut. En effet, j’ai dans l’ensemble aimé son personnage. J’ai ainsi été séduite par la fouge de sa jeunesse, par son envie de changer le monde, et par ses idées pacifistes, mais qui montrent aussi qu’elle est en mesure de se rebeller. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. J’ai aimé la voir évoluer, voir les moments de joie, d’euphorie, d’amour, mais aussi de larmes, et c’est ce qui va la faire mûrir. Son personnage est donc attachant, et je pense que n’importe quel jeune peut se retrouver en elle, dans ses questionnement, dans sa peur de l’avenir, dans la peur de perdre tous ceux qu’elle aime aussi du jour au lendemain, et dans son envie de profiter de la vie. Le fait qu’elle cherche ses origines est aussi intéressant, mais j’ai été déçue de la réponse qui lui est donnée, et qui est donc liée à ce qu’il se passe. Je pense que j’aurais préféré qu’elle obtienne autre chose, et que l’histoire ne tourne pas autour de ce qu’elle apprend. J’ai en effet trouvé que cela gâchait son personnage, et on se retrouve avec une facilité scénaristique qui est décevante pour moi. En effet, on découvre assez vite que Tess est spéciale, et qu’elle a un lien privilégié avec ce qui arrive. Elle est très sensible à ce qui arrive dans le monde, et elle a un rôle à jouer dedans. Mais, ce qui faisait d’elle quelqu’un à part, une parmi d’autres personnes à travers le monde, finit par la rendre unique, et c’est ce qui m’a dérangée, car on ne s’attend pas vraiment à une telle révélation, même si cela semble évident dès le début du roman. En vérité, j’aurais aimé qu’on continue sur le fait qu’elle fasse partie de privilégiés, plutôt que de la faire passer pour quelqu’un d’unique. Cela m’a dérangé et m’a un peu gâché son personnage, auquel je m’étais pourtant attachée. J’ai trouvé qu’en plus, cela nuisait à son attitude militante, qui fait qu’elle n’est alors plus vraiment de sa volonté, mais de celle d’autres qui ont choisi pour elle. On lui retire sa liberté d’action, et cela est un peu dérangeant.

Je repense à la discussion du retour. Cette bactérie qui bouffe et pourrit le pétrole me donne de l’espoir pour l’avenir. Mais je suis aussi très préoccupée parce que la situation n’a rien de rationnel. Ont surgi en même temps que la maladie du pétrole trop de phénomènes inexpliqués. Et si d’autres peuvent se voiler la face en se disant que ce n’est pas grave de ne pas comprendre, que l’essentiel, c’est que ça change vraiment, qu’on s’en fout des causes, de qui est derrière tout ça, pour moi, c’est impossible. Moi, je suis confrontée à des événements étranges. Moi, je sens des odeurs, et je suis prise de malaises. Moi, je fais face à une murène géante !

Ou bien, est-ce que pendant ces longues veilles nocturnes, il ne m’arrive pas de confondre la réalité avec mes rêveries ? Ou suis-je en train de développer une maladie mentale en réaction à ce qui se passe autour de moi ? Il paraît que le cerveau humain peut avoir ce genre de réactions chez certaines personnes, et que face aux situations qu’elles ne peuvent pas maîtriser, elles ont absolument besoin d’avoir une explication, même si elle paraît complètement illogique aux autres. C’est pour ça que beaucoup ont besoin de croire à une vie après la mort parce qu’il ne supportent pas que ça reste pour eux un mystère absolu.

J’en arrive maintenant aux personnages secondaires. J’avoue que j’ai eu un coup de cœur pour le personnage de Léonore. Plus on la voit, et plus on apprécie celle qu’elle est, sa personnalité non seulement solaire, mais aussi très affirmée. J’ai beaucoup aimé la relation qui se met en place entre elle et Tess. On sent alors tout l’amour qui les relie, ainsi que leurs passions pour le monde qui est en train de se transformer, qu’elles voient toutes les deux comme une bonne chose. Ce que j’ai notamment apprécié avec Léonore, c’est qu’elle pousse Tess à sortir de sa coquille, à s’ouvrir aux autres, à se dépasser. Elle lui fait découvrir l’amitié, et le fait d’être incorporée dans un groupe, ce que Tess avait un peu oublié. Leur amour est aussi très passionnel, et fusionnel, et il va être mis à rude épreuve pendant le récit. Néanmoins, je regrette encore une fois que l’auteur n’aille pas au bout, et qu’on reste dans le superficiel. Je m’attendais à ce que Léonore soit plus dévastée par rapport à ce qu’elle a vécu, et cela reste finalement assez édulcoré. C’est un peu dommage, parce que cela donne une idée d’un récit non abouti, non terminé, qui ne vas pas au bout de ses idées, et qui ne creuse pas assez le sujet. On aurait pu davantage insister sur la nouvelle personnalité de Léonore. J’ai aussi beaucoup aimé le personnage de la grand-mère de Tess, qui est vraiment sympathique et qui correspond à l’idée qu’on se fait d’une grand-mère, qui est donc là pour veiller sur Tess. Le personnage de Jennifer est lui aussi intéressant et plaisant à suivre, même si j’aurais aimé davantage de nuance dans la fin du roman pour elle. J’ai aimé qu’on doute de ses motivations au début, et qu’elle devienne paranoïaque dans le milieu du roman. Ses idées loufoques sont intéressantes, et elle développe une jolie relation avec Tess, même si on ne sait pas encore vraiment pourquoi elle le fait. J’ai trouvé qu’il me manquait des informations sur elle pour pleinement la juger.

– Tu as d’abord été attirée par des garçons ?

– Disons… que la société nous fait croire que c’est la norme. Ne pas l’accepter, c’est risquer de passer pour différente et d’être exclue. Et à dix-sept ans, ça fait peur. Enfin, pas à tout le monde… pas à toi, Tess.

– Avec toi, je n’ai peur de rien.

Elle marque un temps puis me sourit avant de reprendre :

– Mon premier petit-copain, c’était pendant les grandes vacances, avant la terminale. C’était plus une expérience qu’un véritable amour. Ensuite, je suis vraiment tombée amoureuse d’une fille, Shirine, qui m’a bien fait souffrir durant notre relation. Mais je ne regrette rien. Elle m’a beaucoup appris.

– Pourquoi tu as été.. si longue à te déclarer ? Tu as dû sentir combien j’étais attirée par toi, dès notre rencontre ? Tu l’étais aussi ?

– J’ai compris que ce serait ton premier amour et je voulais être certaine d’être à la hauteur. Tu m’intimidais.

– Ah bon ? toi aussi.

J’en arrive donc à présent au style de l’auteur. J’ai trouvé ce dernier assez fluide, les chapitres s’enchaînent bien et on est bien happé par le récit. Toutefois, comme ce dernier s’étale sur plusieurs mois, j’ai eu parfois le sentiment, notamment à la fin, qu’on passait à côté de certaines éléments essentiels, et que beaucoup de sujets étaient survolés. Cela apporte donc une certaine frustration. Mais les sentiments de Tess sont bien exploités et rendus dans le récit, on suit bien sa pensée et son cheminement, et on souffre avec elle de son histoire d’amour, et on la vit en même temps qu’elle. J’aurais cependant aimé qu’on insiste davantage sur l’état du monde et le ressenti des autres, plutôt que sur sa romance, qui est très belle, mais qui finit par prendre toute la place dans le récit. Beaucoup de sujets sont traités, et on a tendance à s’y perdre un peu, même si le roman se lit très bien. L’écriture est adaptée aux adolescents, même si le style est parfois très, voire trop, simple.

En résumé, c’est une utopie sympa et agréable à lire, mais qui évoque beaucoup de sujets, et qui finit par se perdre un peu. Ainsi, j’ai trouvé que beaucoup d’éléments n’étaient finalement pas aboutis et manquaient de développement. Je suis restée sur ma faim sur certaines révélations, et j’ai eu le sentiment que certaines d’entre elles étaient beaucoup trop simples, souffraient alors d’une facilité scénaristique, qui nuisait à l’ensemble. J’ai été très emballée par le début, mais plus la fin approche, et plus on tombe dans un certain cliché, et cela m’a dérangée. L’héroïne, Tess, est agréable à suivre, mais sa romance prend beaucoup de place dans le récit, et on en oublie alors l’essentiel, et son traitement à la fin est assez survolé. C’est donc une bonne idée, qui amène beaucoup d’optimisme sur le monde, plein de positif, avec une belle romance, mais qui manque de profondeur pour moi. Je vous la conseille néanmoins, car c’est une utopie à lire, qui ouvre aussi les yeux sur notre monde.

Et vous ?

Aimez-vous lire des utopies ?

N’avez-vous alors par la sensation de lire trop de positivité ?

Qu’est-ce qui peut vous décevoir dans un roman ?

Bon mercredi à tous 😀

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