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Je suis l’Abysse

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez un bon weekend. Pour ma part, il passe encore à toute allure, et je ne vais pas avoir le temps de faire tout ce que j’ai prévu, mais j’en ai l’habitude. Si seulement les journées pouvaient durer plus longtemps, afin qu’on puisse les remplir comme on veut, sans rajouter nécessairement du temps de travail, bien entendu. J’aimerais bien avoir plus de temps pour profiter de la vie. Deux jours pour un weekend, ce n’est pas suffisant.

Mais aujourd’hui je vous retrouve sur le blog pour vous parler de l’une de mes dernières lectures, et l’un de mes derniers coups de cœurs. Le roman que je vais chroniquer aujourd’hui m’a beaucoup chamboulée, et comme je l’ai terminé hier, je ne pouvais pas ne pas vous en faire la chronique aujourd’hui. Ce roman, c’est le dernier titre de Donato Carrisi. Nous sommes sur une fiction policière, mais inspirée d’histoire vraie, comme c’est mis à la fin. Donato Carrisi est un auteur que j’adore, dont j’ai vraiment aimé les derniers romans, qui sont tous sur le blog. Je remercie d’ailleurs vivement les éditions Calman-Lévy pour me l’avoir envoyé en version numérique via la plateforme NetGalley. Le roman est sorti en octobre 2021, et voici son résumé :

L’homme qui nettoie rôde autour de nous.
Parmi nos déchets, il cherche des indices sur nos vies.
En particulier sur celles des femmes seules.
Une femme lui a fait beaucoup de mal enfant : sa mère.

La chasseuse de mouches, elle, tente de sauver les femmes en péril.
Et elles sont nombreuses…
Surtout quand l’homme qui nettoie rôde autour d’elles.

Dans cette histoire, nous suivons trois personnages principaux. Tout d’abord, nous avons l’homme qui nettoie. Il n’a pas de nom, sa mère préférant occulter son existence. D’ailleurs, elle a bien failli le noyer, et elle l’a laissé entre les mains de son petit ami sadique, qui l’a détruit. Devenu adulte, l’homme qui nettoie partage son temps entre son emploi d’éboueur et celui de traqueurs, où il poursuit le fantôme de sa mère. Mais sa routine est bouleversée lorsqu’il sauve de la noyade une adolescente. Baptisée Fuck, car il ignore son nom, l’homme qui nettoie va devenir son protecteur, car l’adolescente a tenté de se donner la mort, et il compte bien comprendre pourquoi. Enfin, nous avons la chasseuse de mouches. Elle traque les hommes violents, ceux qui tuent leurs femmes. Et à cause d’un bras retrouvé dans le lac, elle va se lancer à la poursuite de l’homme qui nettoie, avant qu’il ne tue à nouveau.

Je vais commencer par l’écriture de ce roman. Je suppose que vous aussi, le fait que nous n’ayons pas de nom dans le résumé vous a perturbé. Il faut savoir que c’est ainsi pendant tout le roman. Néanmoins, certains prénoms sont faciles à deviner lorsqu’on a un peu plus d’informations, même si l’on est sur de rien jusqu’à la fin. En vérité, les seuls prénoms qui sont donnés au cours de l’histoire sont ceux des personnages secondaires. C’est assez perturbant au début, mais c’est en fait pour cacher les identités finales, afin justement de garder un certain suspens. Même si c’est déroutant au début, j’ai trouvé cela ingénieux, surtout avec les révélations de la fin, car dévoiler les prénoms dès le début n’aurait pas le même impact sur le lecteur lors du récit, et ici, les prénoms sont la résolutions de l’histoire. J’ai donc trouvé cela original, et surtout bien fait. Je sais que pour certains, cela les a empêché de s’attacher aux personnages, mais cela n’a pas été mon cas, notamment parce qu’un personnage ne s’arrête pas à son nom. Ce qui m’a le plus déroutée, finalement, c’est que je n’ai pas eu le sentiment d’être en Italie, contrairement aux autres romans de l’auteur. Ici, tout le récit tourne autour du lac de Côme, mais en fait, la ville en elle-même est assez anecdotique, et j’ai trouvé que l’atmosphère était un peu plus américanisée, avec une certaine d’horreur venant du lac en lui-même. Il y a une petite ambiance à la Stephen King avec le lac. De ce fait, on pourrait être n’importe où sur la planète, et l’ambiance italienne des autres romans n’est pas là, et c’est ce qui m’a manqué dans ce récit. Sinon, les sentiments, tout comme les lieux, sont vraiment bien décrits, l’angoisse est là, on est happé par le récit. Je l’ai lu en moins d’une semaine, mais si j’avais eu plus de temps à ma disposition, il aurait été lu d’une traite. La plume de l’auteur est immersive et l’on ne voit pas les pages passer.

Venons-en maintenant au personnage central de cette histoire, qui est donc l’homme qui nettoie. La première rencontre que l’on fait avec lui est faite lors de son enfance. On voit ainsi sa mère qui l’abandonne dans une piscine, alors qu’il est en train de se noyer. Cela entraîne alors une certaine empathie pour lui. Dès le début, on comprend que Vera, sa mère, ne l’aime pas, et qu’elle cherche à se débarrasser de lui, alors qu’il n’a que cinq ans. Et les flash-backs sont ensuite assez nombreux pour nous montrer toute la rancune qui va naître entre le garçon et sa mère, et ensuite envers les femmes. Sans repère masculin autre qu’un homme violent, l’homme qui nettoie va croire que cette dernière est normale, et donc la reproduire. J’ai trouvé son personnage bien fait, parce qu’on sent justement le tiraillement qui existe chez lui, celui qui fait qu’il a envie d’être normal, d’avoir la vie de n’importe quel enfant, puis d’adulte, et le fait qu’il veut faire plaisir à ce beau-père tyrannique, et suivre ses ordres. J’avoue que je ne m’attendais pas à la résolution de son histoire, au secret qui nous est caché et qu’on découvre à la fin, et c’est bien fait, car on reconstruit alors toutes les pièces du puzzle. Ce qui est aussi plaisant, c’est la manière dont l’homme qui nettoie s’attache à l’adolescente qu’il sauve, alors qu’il aurait pu la laisser mourir, et comment il devient ensuite son ange gardien, quitte à remettre en cause toute son existence. J’ai vraiment été touchée par son personnage et par son histoire, par la manière dont on le voit évoluer, et la manière dont il grandi. Certes, on comprend rapidement que Micky est son double et qu’il est devenue schizophrène, mais cela n’empêche pas d’être touché par les remords qui naisse dans l’homme qui nettoie, par son attachement à Fuck, par le fait qu’il est toujours un enfant traumatisé par les adultes, un enfant dans le corps d’un adulte, et par le fait même qu’il n’a plus de prénom car ce dernier a été oublié dans la piscine, au début de l’histoire. C’est un très bon personnage, très bien construit et décrit, et qui montre que même les monstres peuvent être touchants.

L’homme qui nettoyait n’avait donc aucune envie de se justifier d’avoir passé les vingt-quatre dernières heures en compagnie de la jeune fille à la mèche violette.

Il l’avait regardée depuis les hauteurs qui dominaient la clairière où elle habitait, pendant qu’elle prenait son petit-déjeuner dans le jardin, seule dans son fauteuil roulant. Il l’avait vu pencher la tête vers l’arrière et fermer les yeux, alors il l’avait imitée, découvrant la douceur de la caresse du vent. En échange, il lui avait fait écouter sa chanson préférée, enfermée dans le téléphone portable qu’il avait retrouvé sur le ponton.

C’était une façon de lui signifier qu’il était proche. Et qu’elle ne devait pas avoir peur.

J’en arrive maintenant aux deux personnages principaux de cette histoire. En effet, il me reste à parler de la chasseuse de mouches et de l’adolescente. je vais commencer par la première. Même si l’on ne connaît pas son prénom, qu’elle se retrouve réduite à une fonction, celle de chasseuse, on devine tout de même assez facilement qui elle est, ou du moins qui elle peut être. On a tout de même un petit doute qui reste, et j’ai trouvé cela bien fait, car finalement, on n’est sûr de rien. De la même manière, je ne m’attendais pas à la révélation finale sur le drame qu’elle a vécu, parce que les indices donnés sont assez ambigus, et j’ai trouvé cela intéressant, car on la voit ensuite d’une autre manière. J’ai apprécié son personnage et ce qu’il dégage. On sent qu’elle est une femme forte mais tourmentée par son passé, et qu’elle essaye à tout prix de se racheter. J’ai aimé sa pugnacité et le fait qu’elle ne lâche pas le morceau, même après être agressée, et qu’elle fasse tout ce qui est en son pouvoir pour résoudre l’affaire du bras de femme retrouvé, qu’elle se mette en chasse de l’homme qui nettoie. Elle se montre alors courageuse. C’est aussi ce qu’on retrouve chez l’adolescent, même si elle n’a que treize ans. Le lien qu’elle va tisser avec l’homme qui nettoie est lui aussi intéressant et plaisant à voir, car l’adolescente le considère comme un ange gardien, même lorsqu’elle commence à avoir des doutes sur lui. Son personnage est intéressant à suivre car il montre tout l’engrenage du harcèlement qui peut se mettre en place et mener jusqu’au suicide, et le besoin ensuite de se venger, de se protéger, même si cela va à l’encontre de la morale. On sent aussi qu’elle est assez fragile, et je me suis retrouvée dans le même état que l’homme qui nettoie, avec l’envie de la protéger. Elle est une innocente qui se retrouve mêlée à une histoire d’adulte, et elle n’a pas suffisamment les épaules pour affronter la réalité, alors que lui les as. Le fait qu’elle soit tiraillée entre la vengeance et le dégoût d’elle-même est assez intéressant, cela amène une nuance à son personnage, et montre comment tout peut basculer.

Depuis la mort tragique de Valentina, elle avait passé son temps à sauver d’autres femmes menacées par un danger dont elles n’avaient pas souvent conscience. Avec la crainte de rencontrer à nouveau un monstre invisible, comme cinq ans auparavant. Et maintenant que son pire cauchemar se réalisait, elle comprenait qu’elle n’était pas en mesure de relever le défi.

Trop ardu, trop douloureux pour une petite femme comme moi, se répétait-elle. Je n’y arriverai pas.

Les thèmes de ce roman sont très riches et assez variés. Tout d’abord, on parle de l’amour maternel, et de la haine maternelle. C’est ce qui va pousser Vera a tenté de tuer son enfant, et va entraîner le commencement de ce récit. On voit alors comment les enfants se retrouvent seuls face à la folie de adultes, et la manière dont ils n’ont pas d’échappatoire. Même si son assistante sociale fait tout pour aider l’homme qui nettoie, on comprend qu’elle ne peut pas réellement l’aider, car il est à sa mère, et qu’elle n’a pas le pouvoir de le lui retirer, malgré tout ce qu’il subi. On est donc frappé par l’injustice qui est à la base de cette histoire. Cela continue ensuite avec la chasseuse de mouches, qui montre justement à quel point les femmes battues sont elles aussi seules, et l’engrenage qui peut se mettre autour d’elles, et refermer sur elles, sans qu’elles n’y prennent pas garde. J’ai été très touchée par ce thème, qui est central dans le récit. En effet, ce roman se concentre beaucoup sur la violence que vivent les femmes au quotidien, et je trouve cela bien que ce soit un auteur qui en parle. J’ai même pu apprendre des choses grâce à ce roman, notamment sur la manière de faire en Italie. On sent alors le besoin de rédemption envers les victimes et la lutte que mène la chasseuse pour éviter des drames. Enfin, le dernier thème est la prostitution des mineures, et le fait que cela peut aller très vite si on trouve le bon moyen de pression, et les réseaux sociaux. On comprend alors pourquoi l’homme qui nettoie est prêt à faire du mal, parce qu’on a aussi envie d’en faire à ceux qui se servent de l’adolescente, et qui la force à se prostituer. Ce sont des thèmes très sombres qui sont mis en avant dans ce récit, et j’ai trouvé qu’ils étaient très actuels, et qu’ils donnent de la force au roman. J’ai vraiment apprécié de les retrouver ici et de voir comment ils étaient traités.

Un bocal de cornichons dans les surgelés.

Elle l’expliquait aux jeunes filles dès le collège, et elle le leur répétait quand elles grandissaient. Il était vital qu’elles en comprennent l’importance. On ne savait pas quand ni même si cela servirait. On espérait d’ailleurs que cela n’arrive jamais, mais mieux valait connaître cette possibilité. Et il était fondamental de ne pas en parler aux hommes. C’était une sorte de secrets réservé à la caste des femmes.

Un bocal de cornichons dans les surgelés constituait un signal.

En résumé, c’est donc un coup de cœur pour moi. Je vous conseille donc vivement cette lecture. Certes, cela peut être déstabilisant d’avoir des personnages sans prénom, mais cela ne m’a finalement pas dérangée. J’ai même trouvé cela original, et je me suis tout de même attachée aux personnages principaux. J’ai aimé comment l’auteur joue sur le tiraillement présent chez l’homme qui nettoie, entre la peur de son bourreau et le fait d’aider l’adolescente malgré tout. Ce que cette dernière vit n’est pas simple, et on veut l’aider aussi. La chasseuse de mouches a une histoire intéressante, que j’ai aimée suivre. Les thème du roman sont sombres, mais très bien traités. Le roman se lit tout seul et la plume de l’auteur est un vrai plaisir à lire. Le fait que ce soit inspiré d’une histoire vraie est d’ailleurs assez glaçant. J’ai hâte de lire son prochain titre.

Et vous ?

Avez-vous besoin de connaître les noms des personnages ?

Qu’est-ce qui va vous permettre de vous attacher à un personnage ?

Il y a-t-il des sujets que vous n’aimez pas retrouver dans des romans ?

Bon dimanche à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « Je suis l’Abysse »

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