chroniques littéraires

La Dame d’Argile

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez passé une agréable semaine. Pour ma part, elle a été chargée, mais on commence à sentir que les vacances arrivent, et il y a un certain relâchement dans l’air. Mais cela ne m’a pas empêché de récupérer plusieurs copies, notamment dans deux de mes classes, que je dois noter avant la fin de la semaine prochaine, et surtout avant de récupérer celles du bac blanc qui est donné à mes deux autres classes. Heureusement que j’avais prévu le coup, dans mon organisation, et que mes cours sont prêts depuis un moment. C’est toujours ça de moins à faire.

Mais aujourd’hui, je vous retrouve pour vous emmener au soleil, dans la ville de l’art par excellence, dans l’une des cités les plus importantes de notre histoire européenne, et qui fut centrale pour toute une époque. Je veux parler de la célèbre Florence, et aujourd’hui, on va parler de l’une de mes dernières lectures, avec le roman La Dame d’Argile. Ce roman m’a été envoyé en service presse sa maison d’édition, les éditions Préludes, et je remercie vivement ces derniers. Ce titre a été écrit par Christiana Moreau, et est sorti en juin 2021. Nous sommes sur un roman à la fois historique et contemporain, dont voici le résumé :

Sabrina est restauratrice au musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Elle vient de perdre sa grand-mère, Angela, et a découvert, dans la maison de celle-ci, une magnifique sculpture en argile représentant un buste féminin, signée de la main de Costanza Marsiato. Le modèle n’est autre que Simonetta Vespucci, qui a illuminé le quattrocento italien de sa grande beauté et inspiré les artistes les plus renommés de son temps.

Qui était cette mystérieuse Costanza, sculptrice méconnue ? Comment Angela, Italienne d’origine modeste contrainte d’émigrer en Belgique après la Seconde Guerre mondiale, a-t-elle pu se retrouver en possession d’une telle œuvre ? Sabrina décide de partir à Florence pour en savoir plus. Une quête des origines sur la terre de ses ancêtres qui l’appelle plus fortement que jamais…

Dans ce roman, nous suivons quatre jeunes femmes différentes les unes des autres, vivants à des époques différentes, mais marquées par le même état d’esprit, celui de s’émanciper, celui de survivre seules et de parvenir à défendre leurs idées. Nous avons tout d’abord Sabrina, qui vit en Belgique. Italienne d’origine, elle est née en Belgique, tout comme ses parents avant elle. Passionnée par l’art, dont elle en a fait son métier, elle découvre chez sa grand-mère décédée une sculpture qui se passe de mère en fille depuis des décennies. Bien décidée à percer ce mystère sur l’origine de cette sculpture qui est signée du nom d’une femme, elle va partir pour Florence, à la recherche aussi de ses origines. Vient ensuite Angela, la grand-mère de Sabrina, qui a été contrainte d’immigrer en Belgique car il fallait reconstruire l’Europe après la Seconde Guerre Mondiale. Dans ses valises se trouve un trésor, une sculpture dont elle ne connaît pas l’origine, mais qui est dans sa famille depuis longtemps. On arrive alors à Costanza, une jeune fille qui rêve de devenir une artiste. Nous sommes dans la fin de la grande Florence, et Costenza rêve de tenter sa chance dans la grande ville où règne encore l’esprit des Medici. Enfin, Simmonetta, une jeune gemme qui se marie à Florence, et qui fait tourner les têtes, dont celle du frère de Lorenzo de Medici, et qui s’en le vouloir, devient une icône artistique de Botticelli.

Je vais commencer cette chronique par vous parler des quatre héroïnes. Il y a en effet tellement de choses à dire sur ce roman, sur cette histoire, que j’ai décidé de vous parler en même temps des quatre jeunes femmes que l’on va suivre dans leurs aventures. parlons tout d’abord de Sabrina. J’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher à elle, car c’est une femme très indépendante, qui a tendance à repousser les autres. Mais cela est dû au fait qu’elle a été obligée de se forger une carapace après avoir été blessée en amour. Toutefois, certaines de ses réactions m’ont laissée de marbre, et j’avoue que je n’ai pas été séduite par l’image de la femme qu’elle renvoie, car bien que son personnage peut représenter une femme forte, indépendante et libérée, elle est parfois trop dans l’idée de repousser les autres, sans jamais leur dire clairement, ce qui va alors jouer sur son enquête. J’ai toutefois apprécié le fait qu’elle soit bornée, et qu’elle fasse tout pour obtenir la vérité sur l’origine de la sculpture. Elle a un sacré tempérament, et cela est bénéfique pour le récit. J’ai cependant trouvé que son histoire passait trop vite, c’est aussi sans doute pour cela que j’ai pas accrochée à son personnage, et que son axe était moins abouti que celui des autres. Mas c’est mon ressenti, et ce dernier se retrouve aussi avec le personnage de Simonetta, qui ne vit pas à la même époque que Sabrina. D’ailleurs, j’ai trouvé que l’axe de Simonetta était tellement rapide que je n’avais au début pas compris qu’elle n’était même pas contemporaine de Costenza. J’ai donc trouvé que, même si son personnage est le départ de tout, qu’il est important pour la suite de l’histoire, qu’il était aussi malheureusement plutôt anecdotique dans le récit, et cela m’a un peu dérangée, car j’aurais vraiment aimé m’attacher au personnage de Simonetta, tout comme j’aurais aimé m’attacher au personnage de Sabrina.

Parlons maintenant des deux autres héroïnes, celles que je n’ai pas encore évoquées, qui sont donc Angela et Costenza. Je me suis plus facilement attachée à elles, tout simplement parce qu’elles font plus vivantes, qu’elles sont plus vivaces et vives, que Simonetta et Sabrina. En vérité, j’ai trouvé que l’histoire de ces deux femmes étaient davantage développée, et qu’il était plus aisé de se reconnaître en elles car leurs histoires nous touchent davantage, qu’elles dont davantage appellent à nos sentiments et aux expériences qu’on pourrait avoir. Tout d’abord, on est touché par la détresse d’Angela. Italienne, elle est obligée de partir en Belgique retrouver son mari, qui travaille là-bas depuis plusieurs mois, envoyé à la demande de l’Etat italien, ou plutôt échangé contre du charbon. Même si Angela est heureuse de retrouver celui qu’elle a épousé, la découverte de la Belgique et des conditions de vie là-bas vont la glacer, et il va lui falloir beaucoup de forces pour s’en sortir. Je trouve donc que son histoire est plus émouvante, et qu’il est facile de se mettre à sa place, de s’imaginer dans ce pays très différent du sien, dans lequel elle ne parle pas la langue et où elle est considérée comme étant une étrangère. Et dans le même temps, nous avons Costenza, qui ne rêve que de devenir une artiste, qui sait qu’elle a de l’or entre les doigts, et qu’elle gâche son talent dans l’atelier de son père. Elle se fait donc passer pour un homme à Florence dans le but de se faire une réputation, et cela fonctionne, jusqu’au drame. Là encore, j’ai été touchée par sa force, par son envie de se battre, de réussir, et surtout par sa désillusion lorsque tout s’effondre. On a alors beaucoup de peine, que ce soit pour Angela ou pour Costenza, qui vivent toutes les deux des moments vraiment pas simples, qui vont à la fois les façonner, mais aussi les détruire.

– J’ai tout raté, continuait-elle à ressasser. J’aspirait à être lire, à être une sculptrice.

– Mais tu l’es ! La preuve, dit-il en soulevant la statue emmitouflée. Ne sais-tu pas que les grands artistes ont toujours raison trop tôt ? Peut-être ne la verras-tu pas, mais un jour, les choses évolueront. Elles doivent changer. ne regrette rien, tu as essayé. Tu as fait ta place dans un milieu masculin. Cette magnifique sculpture restera pour les siècles à venir le témoignage de ton courage et de ton talent.

J’en arrive maintenant à un point important du récit. En fait, tout ce dernier tourne autour de la ville de Florence, autour de l’art que l’on peut voir entre les murs de la cité, et qui a marqué la renaissance. J’ai beaucoup apprécié cela, car on découvre alors l’histoire de la ville d’une autre manière. Cependant, je dois dire que le fait d’avoir joué à Assassin’s Creed 2, qui se passe justement entre les périodes, celle qui se trouve entre Simonetta et Costenza, m’a aidé à visualiser la ville telle qu’elle pouvait être à cette époque-là. Toutefois, l’aspect historique est vraiment intéressant, car on découvre comment l’art s’impose dans cette ville, sous la volonté de Lorenzo de Medici, avec toute l’apogée des artistes, mais aussi des médecins, de la philosophie, des grandes découvertes, et aussi comment tout cet héritage va être détruit par l’apparition du prêtre Savonarole, qui va justement mettre en place toute une chasse aux sorcières, et qui va détruire Florence et son art. C’est justement intéressant alors de voir la ville sous les trois époques, qui sont celles de Simonetta, de Costenza, et de Sabrina, pour montrer que l’art renaît toujours de ses cendres, malgré des périodes d’obscurantisme. Je trouve que c’est d’autant plus important de rappeler cela à l’époque où l’on vit, et à une époque où l’on traite des artistes comme des artisans, comme des êtres produisant des œuvres à la chaîne, avec une considération purement matérialiste. Ce n’est en fait pas du tout la vision qui se développe à Florence, avec l’idée que les artistes sont des bénédictions et des moyens de comprendre le monde, que l’art est la beauté suprême, et qu’il faut justement protéger les artistes coûte que coûte, et que c’est leurs œuvres qui font progresser le monde, et prospérer la ville. Et tout cela vole en éclat avec Savonarole. C’est finalement assez tragique, car on nous montre une époque bénie, et qui ne peut pas revenir, même si Florence renaît de ses cendres, car le monde n’est alors plus le même. J’ai vraiment trouvé qu’il y avait là une certaine nostalgie développée dans le série pour cette période unique de la renaissance, et c’est vraiment beau et agréable de découvrir cela, car cela d’y réfléchir à notre époque moderne, et de voir la manière dont on considère l’art aujourd’hui.

Savonarole , qui avait commencé à prêcher dans l’église de San Marco, annonçait chaque semaine à grands renforts d’effets de manches noires de nouvelles apocalypses. « Votre vie est une vie de porcs », assenait aux Florentins ce dominicain renié par son ordre. Il avait de plus en plus de succès auprès de la population, à tel point qu’il fallait désormais lui ouvrir les lourdes portes de la cathédrale Sainte-Marie-de-la-fleur pour laisser entrer tous ses auditeur. Les menaces portaient leurs fruits. Il avait réussi à enrôler tout ce que Florence comptait de sinistres garnements qui semaient la terreur à la nuit tombée. Il les embrigadait puis les transformait en anges de vertu. Il envoyait ces vauriens en robes blanches se promener avec des chapelets, des missels et des crucifix. Avec des cantiques à la bouche, ils répandaient la parole effrayante du moine. Lors de ses discours maléfiques, sa voix rauque, son visage anguleux taillé à la hache, son nez busqué, ses mains osseuses terrorisaient son auditoire. Ses yeux noires au fond de leurs orbites creuses sous des sourcils broussailleux étaient acérés et perspicaces. Il prêchait sous le délire de l’inspiration divine. des torrents de haine se répandaient dans la foule. Le calice qu’il portait sous la bure épaisse de sa robe attisait ce feu véhément qui incendiait ses adeptes fanatiques.

Autrefois insouciante dans sa joie de vivre, Florence était maintenant sous l’emprise d’une affolante fièvre de pénitence, sous la domination du prêcheur obnubilé par le péché. C’est à l’aide de ces malédictions apocalyptiques qu’il enterrait les libres-penseurs. Dans les rues, ses jeunes disciples qu’il désignait comme son « armée des anges » appelaient au repentir.

– Si vous ne revenez pas dans l’Eglise de Dieu, vous brûlerez en enfer ! criaient-ils. La fin du monde est proche, faites pénitence.

Enfin, il y a un autre aspect que je voudrais souligner, qui se trouve dans ce roman. En effet, même si Florence a une part très importante dans le récit, vue que c’est le lieu où se situe presque toute l’histoire, ce roman nous emporte aussi en Belgique, et je ne pouvais pas ne pas parler de la situation d’Angela, qui m’a profondément marquée. Lorsqu’on parle de la Seconde Guerre Mondiale, notamment en France, on parle de la guerre en tant que telle, de la libération, puis on enchaîne sur autre chose, comme souvent la Guerre Froide, et la Guerre d’Algérie. On a tendance à passer sous silence les années de reconstruction, comme si ces dernières avaient été magiques, avec un plein emploi, etc. Ce que fait l’autrice ici, c’est justement rappeler comment la Belgique s’est reconstruite, et elle a fait cela sur le dos des italiens. Dès le début, le ton est donné, avec la présentation de l’accord qui est signé entre les deux pays afin de vaincre le chômage, le fait qu’il faut échanger des hommes contre du charbon, l’Italie ayant besoin de charbon et la Belgique de main d’œuvre, car plus aucun belge ne veut descendre dans les mines, réputées trop dangereuses, voire mortelles. Et pour des centaines d’italiens, c’est alors le signe d’un déracinement profond, celui du rejet de leur propre pays contre une marchandise, et la compréhension, lorsqu’ils arrivent en Belgique, qu’ils ne peuvent pas faire marche arrière, car le salaire est misérable, et qu’ils sont totalement exclus de la vie belge. A l’heure où l’on parle beaucoup d’immigration et de chômage, c’est intéressant de rappeler aussi comment nos pays européens sont sortis de la guerre, dans quel état ils étaient, et ce qu’ils ont dû sacrifier ou marchander, et ce que les différentes populations ont pu vivre. Cela aurait alors été intéressant aussi de parler de la mère de Sabrina, qui a vécu le racisme en étant belge, mais on se concentre surtout sur Angela, sa mère, et la grand-mère de Sabrina, pour souligner la misère dans laquelle était mise ces immigrés, et cela m’a hérissé les poils de colère quand on lit les descriptions de cette époque et la manière dont on été accueilli ceux qui étaient pourtant là pour faire marcher le pays.

Les mineurs étaient installés dans ce cantonnement comprenant des baraquements situés très proches du charbonnage. Les possibilités d’absorption de cinquante milles Italiens et de leurs familles dans des habitats normaux étaient nulles. Durant la guerre; l’occupant allemand avait fait construire, autour des houillères, des camps de concentrations pour les prisonniers russes envoyés travailler dans les mines. Ils étaient implantés à des endroits dont personnes ne voulait : fabriques abandonnées, marais asséchés, terrains vagues au milieu de nœuds ferroviaires, territoires collés à la base des terrils… A la Libération, les prisonniers allemands en étaient devenus les nouveaux occupants.

Ces camps appartenaient maintenant à l’Etat belge et, au fur et à mesure de la relax des détenus allemands, ils étaient devenus des abris tout trouvés pour accueillir les Italiens.

Ils étaient bondés et quelquefois, on n’avait même pas pris la peine d’enlever les barbelés qui les entouraient.

Les logements étaient des blocs de bois et de carton bitumé, des taudis salis par la poussière du charbon. Une boue, lourde, collait aux semelles.

Angela, incrédule, regardait ce écor de cauchemar. Aucun arbre ne venait percer la terre grise.

En ce qui concerne la lecture du roman, j’avoue que j’ai été déstabilisée au début par l’alternance des différents points de vue, auxquels je ne m’attendais pas. Je pensais qu’on ne suivrait que Sabrina dans son enquête afin de comprendre d’où venait sa statue. Mais, au final, ces différents points de vue sont importants, car ils permettent de comprendre aussi bien l’attraction exercée par Simonetta sur les florentins, mais aussi pourquoi Costenza a fait sa sculpture, et comment Sabrina et Angela l’ont eu en leur possession. De ce fait, on est tout de même dans une certaine tension pendant la lecture de l’histoire. Tout est dans le personnage de Costenza, dont on sait qu’elle a fait la statue, mais on ignore comment elle l’a transmise. L’alternance de point de vue permet donc de répondre à certaines interrogations, et nous l’histoire plus vivante. On finit donc facilement par s’y habituer, même si tous les personnages ne sont pas développés de la même manière. La lecture dans l’ensemble reste alors fluide, et on prend plaisir à se plonger dans la description de la ville et dans celles des œuvres d’art, même si j’avoue que je me suis sentie complètement dépassée par ces descriptions d’œuvres, car je n’ai pas du tout une formation d’histoire de l’art, et que cela m’a un peu frustrée d’être obligée d’aller voir les tableaux en question sur internet pour bien me les représenter. Et pour Florence, heureusement que j’en avais déjà eu un aperçu avant. En tout cas, le roman donne envie d’aller se promener dans ses rues. Ou de refaire Assassin’s Creed 2, et mettre un terme au règne de Savonarole.

En résumé, c’est un roman qui n’est pas passé loin du coup de cœur, et j’ai vraiment pris plaisir à être plongée dans ce récit, dont j’avais beaucoup de mal à quitter l’histoire. J’ai été certes davantage touchée par les personnages d’Angela et de Costenza, parce que leurs histoires m’ont davantage parlées, m’ont davantage émues et fait réagir, mais le récit est très bien mené, et on prend plaisir à suivre tout le monde et à comprendre comment la statue représentant Simonetta est arrivée dans les mains de Sabrina. La plume est fluide, avec une belle description de Florence et de son art, de son époque tourmentée aussi. On apprend beaucoup de choses, et j’ai aimé qu’on évoque l’immigration italienne, ainsi que la manière dont la Renaissance avait pris faim. C’est un un très bon roman que je vous conseille.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans les romans historiques ?

Quels sont les thèmes qui vous touchent ?

Cela vous dérange-t-il de ne pas suivre le même personnage à chaque chapitre ?

Bon samedi à tous 🙂

3 réflexions au sujet de « La Dame d’Argile »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s