chroniques littéraires

L’inconnue de la Seine

Bonjour tout le monde. J’espère que vous avez passé une bonne fin de semaine, et que vous passé un bon weekend. Pour ma part, j’ai encore prévu beaucoup de choses à faire, dont un peu d’écriture, et j’ai aussi un paquet de copies à corriger. Et je dois encore lire. Mais tout va bien, j’ai encore le temps de m’occuper de vous et de passer sur le blog vous parler de mes dernières lectures.

Et justement, aujourd’hui, je vous livre mes impressions sur le dernier livre que j’ai terminé. Autant vous le dire, ces impressions se font donc à chaud, car le roman a été lu durant la semaine, et je vous écris cette chronique que peu de temps après l’avoir reposé. Ce roman, c’est celui dont tout le monde parle en ce moment, et auquel je ne pouvais pas passer à côté. Il s’agit, en effet, du dernier roman de Guillaume Musso, qui s’intitule L’Inconnue de la Seine. Il s’agit d’un roman contemporain, qui comme à chaque fois avec Guillaume Musso, se veut entre le polar et le fantastique, sans réunir vraiment l’un ou l’autre des deux éléments, le laissant donc justement dans cet entre-deux. Le roman est sorti en septembre 2021 aux éditions Calmann-Lévy et voici son résumé :

Par une nuit brumeuse de décembre, une jeune femme est repêchée dans la Seine au niveau du Pont-Neuf. Nue, amnésique, mais vivante.

Très agitée, elle est conduite à l’infirmerie de la préfecture de police de Paris… d’où elle s’échappe au bout de quelques heures.

Les analyses ADN et les photos révèlent son identité : il s’agit de la célèbre pianiste Milena Bergman. Mais c’est impossible, car Milena est morte dans un crash d’avion, il y a plus d’un an.

Raphaël, son ancien fiancé, et Roxane, une flic fragilisée par sa récente mise au placard, se prennent de passion pour cette enquête, bien décidés à éclaircir ce mystère : comment peut-on être à la fois morte et vivante ?

Dans cette histoire, nous suivons principalement Roxane, une jeune policière qui vient d’être mise sur la touche et qui se retrouve à remplacer un autre flic lui aussi mis au rebout, qui enquêtait avant son accident sur des crimes étranges, voire paranormaux. Et cela tombe bien, car Roxane bascule très rapidement sur sa première enquête, celle qui concerne une inconnue repêchée dans la Seine, nue. Cette dernière a disparu, mais elle a laissé derrière elle de l’ADN, celui d’une pianiste décédée depuis un an. Comment cela est-il possible ? Roxane va mener l’enquête, et cette dernière va la plonger dans le passé de l’inspecteur qu’elle remplace, ainsi que dans celui de son fils, Raphaël, lié à cette inconnue, et elle va mettre en lumière une machination qui court aux autre points du globe.

Je vais commencer cette chronique par vous parler du personnage de Roxane. En effet, c’est son personnage que nous suivons le plus, et c’est donc elle qui est en charge de résoudre cette enquête. Je vous le dis tout de suite, je n’ai pas été du tout convaincue par son personnage. En fait, je l’ai même plutôt détesté. Dès le début, on comprend que Roxane est une flic bordeline, qui ne suit pas les règles, voire même qui ne les supporte pas. Elle fait donc tout à sa manière, quitte à bouleverser les codes. Cela aurait pu être intéressant à développer, mais ce qui arrive dans le récit, c’est que Roxane est arrogante et regarde de haut ceux qui sont dans les clous. Elle a du mépris pour tous ceux qui l’entourent, tous ceux qui travaillent avec elle, ou qui von se retrouver mêler à cette enquête. Et ce mépris est vraiment évident. Il est clair, en plus, que Roxane a une certaine culture, et elle reproche aux autres de ne pas l’avoir, ou de ne pas assez réfléchir, selon elle. Tous ces points m’ont donc profondément agacée, et je n’ai donc pas eu d’empathie pour elle, dans ce qu’elle traverse, pour la solitude qu’elle s’impose. En plus, elle représente, à mon sens, le cliché du flic qui n’avance qu’à l’instinct, et cela lui permet d’avancer dans son enquête, alors qu’en fait, cela est un peu trop facile. Je n’ai pas aimé la manière dont Roxane considère les autres, toujours comme des ennemis, et elle est très autoritaire avec celle qui vient l’aider, alors qu’elle pourrait être plus agréable. L’arrogance de Roxane m’a vraiment mis mal à l’aise dans ce récit, et j’ai eu envie qu’elle échoue à tout ce qu’elle faisait. En plus, pour une policière, elle fait vraiment des actes qui paraissent absurdes, et qui montrent bien qu’elle n’en a rien à faire ni des victimes, ni même des preuves, et cela a un côté rageant.

Roxane se massa les paupières. Elle avait envie d’être seule, de dormir, de couper le courant qui électrifiait son esprit.

– Vous n’allez pas pouvoir rester ici, Valentine.

– Pourquoi ? J’avais l’accord du commissaire et…

– Oui, mais c’est moi le patron à présent. Et un service de police n’est pas une bibliothèque universitaire.

– Je pourrais vous rendre des services.

– Je ne vois pas lesquels. Vous avez la journée pour plier bagage. Et n’oubliez pas votre chat en partant.

Valentine haussa les épaules.

– Ce n’est pas mon chat. Ni celui de Marc Batailley d’ailleurs. Il était déjà là lorsque nous sommes arrivés. J’ai trouvé sa trace dans les archives. Poutine a fait son apparition au Bureau en 2002, ce qui lui confère un âge canonique.

Contrariée, Roxane tourna les talons et remonta au dernier étage. Derrière les parois de verre, les cadrans en fonte de l’ancienne horloge rendaient l’endroit singulier, presque irréel. Elle avait l’impression de se trouver dans une sorte de cabinet de curiosités.

Parlons maintenant des personnages secondaires. Ils sont finalement peu nombreux, on voit bien Marc et son fils Raphaël, mais aussi Milena et Valentine, qui se retrouve donc propulsée adjointe de Roxane. Valentina est un personnage que j’ai beaucoup aimé. Elle incarne toute la joie de vivre qui manque à ce récit, qui est finalement assez sombre, en ce qui concerne la psychologie des différents personnages. Valentine est donc un vrai soleil, une bouffée d’oxygène dans ce récit. Elle est celle qui est en thèse, qui a un bagage culturel bien plus important que Roxane, qui pourrait donc l’aider à se servir de ses méninges, mais elle est reléguée aux tâches ingrates, notamment celle du chauffeur, et elle ne se plaint pas. J’ai trouvé qu’elle était mal traitée par Roxane, et cela m’a fait mal au cœur pour elle. Ce que j’ai aussi regretté, c’est qu’à partir d’un moment du récit, on ne la voit plus, elle disparaît, alors que son personnage avait le potentiel pour jouer un grand rôle dans le récit. J’ai été déçue par cela. J’attendais plus pour elle. Et c’est un peu la même chose qui arrive avec les autres personnages secondaires. Raphaël a certains défauts de Roxane, dont le mépris pour les autres et le fait qu’il n’écoute personne, mais son lien avec Véra aurait mérité d’être davantage exploité, et lui permettre d’aller plus loin dans le récit. Son personnage est finalement traité de manière superficielle, et cela m’a agacée, mais c’est la même chose avec son père, dont au final, on ne sait pas grand chose, si ce n’est qu’ils ont en commun la même ombre. Les personnages secondaires n’ont alors finalement qu’un rôle très secondaire, voire superficiel, qui est celui de faire avancer le récit pour Roxane, sans que les pensées qu’ils donnent aient un vrai impact sur l’histoire. Ils sont juste là pour servir Roxane, et c’est dommage, parce qu’ils ne sont pas profonds, ils sont traités de manière trop légère, pas assez exploité.

Je traversais une passe difficile. Depuis ma préadolescence, ma vie était cyclique. Je vivais des hauts très intenses et des bas plus compliqués. Tout le monde savait que ma petite sœur, Vera, était morte dans des circonstances sordides quand j’avais dix ans. Mais ce que tout le monde ignorait, c’est que je vivais avec son fantôme. Vera m’apparaissait à des âges différents de sa vie : enfant, jeune fille, jeune femme, parfois même beaucoup plus âgée.

Elle venait discuter, prendre des nouvelles, me donner deux ou trois conseils, mais surtout elle venait de réclamer de lui écrire des livres. De lui raconter des histoires comme je le faisais quand nous étions petits. C’est pour ça que tous mes romans lui sont dédiés. Elle est à l’origine de ma vocation et tout ce que j’ai écrit dans ma vie, je l’ai écrit pour elle.

J’en arrive enfin à l’idée de ce roman. Pour ma part, c’est cette dernière qui m’a donné envie de me plonger dans ce récit. Certes, je l’aurai lu tout de même car c’est un roman de Guillaume Musso, et que j’aime bien suivre ce que font certains auteurs comme lui, mais en plus, je trouvais que l’idée de base, celle de cette inconnue qui a l’ADN d’une morte, est une bonne idée, voire qui est même assez originale. Seulement, dès le début, on comprend que l’ADN est tronqué, et j’avoue que je n’ai pas retrouvé l’impression de magie, ou de fantastique, qu’on s’attendait à trouver dans ce récit, qui met quand même en évidence une unité de la police devant enquêter sur des crimes surnaturels. Evidemment, je savais bien qu’on ne serait pas sur un roman fantastique, mais je regrette qu’on n’ait même pas eu de doute, qu’on n’ait même pas effleuré la frontière entre la réalité et le fantastique. Cela m’a manqué. néanmoins, j’ai beaucoup aimé ce qui arrive ensuite, c’est-à-dire l’apparition du culte de Dionysos. J‘ai apprécié le parallèle avec l’Antiquité, et le fait que l’auteur parvient à en faire une secte dangereuse. On apprend alors des choses, et la manière dont les éléments, la machination, est mise en mouvement est assez intéressante, même si, là encore, ce n’est pas assez abouti à mon avis. Mais l’idée est sympa et mériterait d’être davantage exploitée, voire même être exposée bien plus tôt.

Roxane tournait les pages avec intérêt, surlignant les passages qui pourraient trouver un écho lointain dans son enquête. Une fois par an, les Grandes Dionysies d’Athènes mettaient donc en compétition les plus célèbres dramaturges de la cité (c’était l’époque d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide…) Les participants s’affrontaient sur scène, dans l’arène sacrée du théâtre. A la fin des représentations, un jury, constitué de dix juges, choisissait la meilleure performance et le vainqueur était coiffé d’une couronne de lierre.

L’événement était exceptionnel et se déroulait sur cinq jours, devant plus de vingt mille spectateurs. Personne n’en était exclu. Hommes, femmes, riches, pauvres, esclaves : tout le monde pouvait et devait assister au spectacle. Car le théâtre était un moyen de purger les émotions et les passions. Le temps du spectacle, le théâtre brouillait les frontières avec la réalité. En endossant par procuration le costume de personnages dominés par leurs passions, le spectateur assistait aux conséquences dévastatrices d’un tel comportement. La tragédie lui permettait de se faire peur à peu de frais.

En ce qui concerne la plume de l’auteur, elle reste assez fluide, mais je n’ai pas accrochée à cette dernière. En vérité, je me suis assez ennuyée dans cette lecture. Je pense que le fait que je n’ai pas accroché à l’histoire ni au personnage principal m’a beaucoup desservie, au sens où j’ai levé à de nombreuses reprises les yeux au ciel devant les réactions de Roxane, ou devant les enchaînements de péripéties. Et je pense que c’est aussi ça qui fait la faiblesse de ce roman. En effet, on devine très vite ce qui va se passer, et tous les rebondissements n’en sont pas, car ils sont devinables des chapitres avant. Je crois que j’aurais aimé que l’auteur me surprenne, et j’attends toujours. Et c’est aussi un peu cela qui m’agace, car on peut prendre les derniers titres de Musso, et voire qu’ils sont tous constitués de la même manière, et que si on en lit un, on la construction de tous les autres. Certes, la plume se lit bien, et une sorte de fascination, de suspens, parvient à se mettre en place, ce qui fait qu’on a envie de poursuivre notre lecture, et dans le même temps, il y a pour moi quelque chose qui fonctionne pas, au sens où on est pris dans le récit, tout en attendant de voir quand on va basculer dans l’action, dans le rebondissement. L’auteur parvient, de ce fait, à mettre en place une attente qui n’est finalement jamais satisfaite. De plus, ce qui m’a vraiment dérangée dans ce titre, ce sont toutes les idées politiques de l’auteur qui sont glissées dans le roman, et qui sautent aux yeux. Ainsi, dès le début, Roxane se plaint des manifestations des gilets jaunes et du fait que des policiers soient blessés. Cette idée pourrait ne pas être dérangeante si elle était nuancée, et pas répétée en boucle. C’est la même chose avec Paris, et le fait que la ville est sale et que c’est la faute de Hidalgo. Sans vouloir défendre ou être pour cette idée, je trouve que cela n’a pas sa place dans le récit, et surtout pas répété à tous les chapitres. C’est d’ailleurs tout cela qui m’a sortie de l’histoire et qui fait, que par moment, on a l’impression plus d’être dans un article journalistique à décharge que dans un roman. Tout cela s’ajoute en plus au mépris de classe fait par Roxane.

En résumé, je n’ai pas vraiment été convaincue par ce récit. Je crois même que c’est le pire roman qu’a pu écrire l’auteur sur ces dernières années. L’idée de base était intéressante, même celle qui suit ensuite l’est aussi, avec le culte de Dionysos et le parallèle avec l’Antiquité, mais rien n’est abouti, rien n’est développé, et cela m’a vraiment frustré et laissé sur ma faim. J’ai eu le sentiment de me retrouver dans un mauvais polar, au sens où tout peut sembler facile à l’héroïne, où elle ne fait que suivre son instinct, mais où toutes les pistes sont évidentes, et qu’elle les laissent de côté parce que c’est ce que l’auteur veut. J’ai été profondément déçue par l’héroïne, par le personnage de Roxane, qui m’a vraiment insupporté avec ses leçons de moral et son arrogance, mais aussi par les personnages secondaires qui ne sont pas assez exploités, qui sont trop facilement mis sur la touche. Les idées politiques de l’auteur n’ont pas non plus lieu d’être dans ce roman, surtout qu’elles se répètent dans de nombreux chapitres. En vérité, c’est vraiment cela qui m’a dérangé dans ce roman, le fait que l’auteur est beaucoup trop présent dans le roman, qu’on ne voit plus que lui à travers Roxane, et qu’on oublie qu’on est dans un roman. on a plus l’impression d’être, par moment, dans une chronique journalistique. Le récit n’est alors pas abouti et c’est ce qui m’a manqué. Je vous le conseille seulement pour l’idée de base, mais pour ma part, ce livre est à oublier, et pour le coup, je préfère lire un vrai polar maîtrisé.

Et vous ?

Cela vous arrive-t-il d’être déçu par une lecture ?

En général, qu’est-ce qui est rédhibitoire pour vous ?

Quels sont les traits de caractère d’un personnage qui peuvent vous agacer ?

Lisez-vous tous les romans d’un auteur ?

Bon dimanche à tous 🙂

Publicité

3 réflexions au sujet de « L’inconnue de la Seine »

  1. J’ai été assez déçu des deux derniers romans de monsieur Musso, j’espère que celui-ci sera différent ! Mais j’avais déjà effectivement l’impression de retrouver l’auteur trop peu effacé dans les récits hélas…

    J’aime

  2. Habituellement ma fille m’offre les romans de Muchel Bussi et c’est à chaque fois un vrai bonheur de le lire. Cette année ayant beaucoup entendu parler de l’inconnue de la Seine, elle m’a glissé ce livre sous le sapin. Je n’ai pas du tout aimé . Trop de blabla sur Paris. Visite guidée des rues et des lieux célèbres de la capitale dont je me serai bien passée, sans parler des reprises de livres sur Dyonisos. Si l’auteur s’était contenté de l’intrigue en elle-même, au lieu d’avoir un pavé on aurait eu droit qu’à un livre de poche. Et cette taille de livre aurait suffit car l’intrigue n’a rien d’extraordinaire, de plus la fin nous laisse sur notre « faim ». Résultat : je n’ai pas envie de lire à nouveau du Musso

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s