chroniques littéraires

La Princesse au Visage de Nuit

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez passé une bonne semaine et un bon weekend. Pour ma part, j’essaye de rattraper mon retard dans mes lectures, notamment celles à faire dans le cadre du Challenge de l’Imaginaire. Et j’essaye de reprendre doucement l’écriture, même si ce n’est pas évident avec tout ce que j’ai à faire, notamment avec les cours à préparer. Heureusement que j’avais pris de l’avance pendant les vacances, et que je connaisse maintenant suffisamment mon programme pour savoir quoi faire et quoi dire au bon moment. Je vois bien que je suis beaucoup mieux organisée que les premières années, celles où j’ai débuté l’enseignement.

Mais aujourd’hui, je ne vous retrouve pas sur le blog pour vous parler du lycée, ou pour parler de ce weekend à lire qui se termine ce soir, et qui fait que je passe mon weekend à lire, et à quel point cela me fait du bien. Je vous retrouve, en effet, pour vous parler lecture. Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter l’une de mes dernières lectures, qui a justement été faite dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, et dans le cadre du Challenge de l’Imaginaire. Le roman que je vais évoquer avec vous s’intitule La Princesse au Visage de Nuit. Il s’agit donc d’un titre fantastique, même s’il y a aussi un côté thriller assez prononcé dedans. Ce roman est écrit par David Bry, et il est paru en octobre 2020 aux éditions de L’Homme sans nom. Voici son résumé :

Dans les bois vit la princesse au visage de nuit ; ses yeux sont des étoiles et ses cheveux l’obscur.

Hugo, enfant violenté par ses parents, s’est enfui avec ses amis dans la forêt, à la recherche de la princesse au visage de nuit, qui exaucerait les vœux des enfants malheureux… Il est ressorti du bois seul et sans souvenirs, et a été placé dans une famille d’accueil.

Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout fait pour oublier son enfance, Hugo apprend la mort de ses parents. Mais, de retour dans le village de son enfance, il découvre que ses parents auraient été assassinés, et d’étranges événements se produisent. La petite voiture de son enfance réapparaît comme par magie. De mystérieuses lueurs brillent dans les bois. Les orages soufflent des prénoms dans le vent.

Dans ce roman, nous suivons le personnage de Hugo. C’est un jeune homme qui a fui son passé lorsqu’il était enfant. Elevé dans une famille d’accueil, il a tout mis de côté pour oublier le terrible drame qui s’est joué une nuit. Mais le passé ne peut pas resté enfoui, et lorsqu’Hugo doit se rendre dans la ville de son enfance afin d’y enterrer ses parents, il ne pensait pas que le passé allait lui revenir en pleine figure, ni même qu’il serait suspecté d’être l’assassin de ses parents.

J’ai envie de commencé cette chronique, non pas en vous parlant du personnage de Hugo, mais de l’ambiance de ce roman. C’est en effet cette dernière qui fait que je trouve que cette histoire est compliquée à être classée. En effet, nous sommes dans un récit qui évoque une figure surnaturelle, la mystérieuse Princesse au Visage de Nuit, qui terrorise les enfants, et qui n’est qu’un conte pour les adultes. Mais lorsque les disparitions d’enfants s’accumulent, que faut-il croire ? Et nous avons alors le deuxième aspect de ce roman, celui du polar, celui qui fait que nous nous retrouvons à mener l’enquête avec Hugo pour essayer de comprendre qui est à l’origine du meurtre de ses parents, et qui s’amusent à faire disparaître les enfants de la ville. Nous sommes donc à la fois dans un roman policier, accentuer en plus par la présence d’Anne, qui est gendarme, par l’aspect du meurtre, mais aussi dans un roman fantastique, par la présence surnaturelle de la Princesse. Et c’est alors ce qui fait que le roman en devient intéressant. En effet, grâce à des deux aspects, nous sommes plongés dans une ambiance lourde, où n’importe quoi peut mener à la mort, ou à la folie. Ainsi, comme Hugo, nous sommes dans le doute, nous n’avons pas vraiment envie de croire à cette présence étrange, qui est toute de même présente, à ce surnaturel qui ne fait que se deviner sans vraiment se voir, et dans le même temps, nous ne pouvons pas non plus nier que des choses étranges se passent dans le bois. Et je trouve qu’on voit alors toute l’originalité de ce texte, et surtout de la manière d’écrire de l’auteur. En effet, on est toujours dans cette hésitation, ce qui fait que nous sommes finalement toujours confrontés à nos peurs d’enfants, celle de ce bois dangereux, où disparaissent les enfants, où vivent les monstres et les fées, représentés tous les deux par la princesse, mais nous sommes retenus par notre rationalité d’adultes, celle qui nous poussent à nous dire que la magie n’existe pas. Et tout est alors de trouver l’équilibre entre les deux, de déterminer jusqu’où peut aller la raison avant de basculer devant les faits surnaturels qui s’accumulent, sans basculer pour autant dans la folie. J’ai beaucoup aimé cet aspect, le fait de se retrouver comme un enfant qui a peur d’entrer dans un bois à cause de toutes les histoires qu’on raconte dessus, mais aussi de se dire qu’en tant qu’adulte, on doit mettre ses peurs de côté afin de faire éclater la vérité, aussi étrange soit-elle. L’angoisse est finalement présente, car l’auteur fait appel à une magie noire, et dans le même temps, on n’arrête pas de se dire, comme Hugo, que rien ne peut être magique. Il y a alors une vraie force dans cette histoire, avec ce mélange entre les deux, et les événements qui deviennent de plus en plus angoissants à mesure que l’échéance du solstice approche. Le fait d’avoir à chaque chapitre le rappel de ce compte à rebours, et les événements qui s’accélèrent, contribuent à la montée de cette angoisse.

Il a froid. Il ouvre les yeux, prêt à crier.

Il se souvient.

La galerie. Son retour. l’appel d’Anne. L’accident.

La lumière est allumée.

Hugo regarde son téléphone, pris d’une angoisse soudaine. Dix-neuf heures. Il respire : le car qui le ramènera chez lui passe dans vingt minutes.

Pourquoi fait-il si sombre ?

Il se lèvre, rejoint le muret qui sépare la galerie du jardin. D’énormes nuages de pluie ont plongé la vallée dans l’obscurité. Le tonnerre roule au loin.

La Saint-Jean approche, a dit Lisenne au cimetière. L’orage gronde chaque soir. Les nuit ssont noires.

Il sursaute : un craquement dans les fourrés !

Près des arbres.

– Y a quelqu’un ? appelle Hugo.

Pas de réponse.

Il prend un bâton. Attends, l’oreille tendue.

Aucun bruit.

– Hé ho ?

Il avance jusqu’au bosquet, l’explore de son bout de bois.

Il est vide.

Quatre ou cinq taches lumineuses cependant y brillent et volettent – des lucioles ?

Au sol se trouve une petite voiture bleue d’enfant.

Je vais maintenant vous parler du personnage de Hugo. Je me suis attachée à lui, mais à sa version enfant. En effet, le roman nous propose, entre chaque chapitre, de découvrir qu’elle était la vie d’Hugo dans son enfance, et pourquoi il a fui cette dernière. On comprend en effet à quel point il était malheureux, et à quel point il souffrait de la présence de ses parents près de lui. On est donc touché par sa détresse et par la souffrance qu’il évoque, par le fait qu’il n’a pas d’échappatoire, si ce n’est se réfugier dans la magie et dans ce que peut lui apporter la princesse au visage de nuit. Et pourtant, malgré sa douleur, il n’éprouve pas de haine envers ses parents, il ne veut pas leur mort, il veut juste ne plus jamais les voir. Et, de la même manière, il n’est pas certain que la princesse puisse régler son problème. D’ailleurs, même enfant, il a du mal à croire à cette présence que tout le monde évoque sans l’avoir vue. Et finalement, il ne fait que suivre Sophie, dont il est secrètement épris. C’est donc tout cela que j’ai aimé dans sa version enfant, le fait que malgré ce qu’il vit, il ne soit pas aigri, il croit encore, il aime encore, et il garde une certaine innocence, il reste attaché à ses parents. Sa version adulte est beaucoup plus sombre et plus aigrie. D’ailleurs, il se noie dans l’alcool et dans les fêtes, il n’a pas vraiment de projets de vie ou d’envies. Il aime son travail, certes, mais on sent qu’il a un gouffre. Et ce gouffre, ce sont ses souvenirs. Hugo a quasiment tout oublié de son enfance. Il refuse d’en parler et a tiré un trait dessus, mais sans rien résoudre. Il a enterré sa jeunesse sans même lui dire adieu, et il ne se comporte pas vraiment comme un adulte. On a alors l’impression qu’il se moque de tout, même de ses amis, et c’est ce qui m’a dérangé avec lui. En fait, Hugo est concentré sur sa petite personne, il a, à mon avis, un côté égoïste qui est lassant à terme, et qui va lui mener quelques problèmes. Je ne l’ai pas toujours trouvé agréable non plus avec les autres, dont ses amis d’aujourd’hui, et cela m’a agacé qu’il refuse, pendant un temps, de penser à ses amis disparus dans la forêt. Il s’est en fait construit une telle carapace qu’elle est compliquée à percer. Néanmoins, il se montre volontaire pour déterrer la vérité, lorsqu’il comprend qu’il ne peut pas avancer sans cette dernière.

Il remplit son verre, boit une longue gorgée.

– Je pensais avoir laissé cette époque derrière moi, et entre nous, j’étais bien content. Revenir à Saint-Cyr, ça me replonge dans tout ça, même si je me souviens de pas grand chose.

Il se frictionne les bras machinalement.

– Enfin, d’eux, si, malheureusement. Mais le reste…

Il hausse les épaules.

– C’est comme s’il y avait des trous dans ma mémoire. Je revois à peu près l’école, le village, ta maison, Sophie, toi, ta mère, Pierre, les autres dans la cour de récréation. La boulangère. Lisenne, bien sûr. Trière aussi. Mais j’ai quasiment aucun souvenirs de ce que je faisais à l’intérieur de la chaumière, à part quelques flashs. J’ai oublié à quoi on jouait avec Pierre et Sophie, ce qu’on se disait. Cette nuit de la Saint-Jean. Je n’ai plus rien. Plus rien. J’imagine… J’imagine que ça m’a aidé.

Lorsqu’on est dans les souvenirs d’Hugo, lorsqu’on le voit être un enfant, on croise aussi ses amis de l’époque, ceux qui se sont volatilisés dans la forêt et dont on n’a plus aucune nouvelles depuis vingt ans. Cela permet alors de découvrir non seulement quel enfant était Hugo, mais aussi de connaître ses amis. Et je me suis facilement attachée à Sophie, qui est assez mise en avant. Sophie est la seule fille du groupe, et elle semble à la fois fragile, et cacher un grand secret. C’est alors elle qui pousse les deux garçons à chercher la princesse afin qu’elle exauce leurs vœux, celui surtout que leurs tourments s’arrêtent. On sent alors que Hugo ferait n’importe quoi pour elle, et que la douleur de l’avoir perdue est aussi ce qui l’empêche de se souvenir. Néanmoins, même si Sophie n’est plus là, elle est très présente dans le roman, notamment parce qu’Anne, sa sœur, va se mettre à enquêter, avec Hugo, pour comprendre ce qui est arrivé à sa sœur. J’ai beaucoup aimé son personnage, qui est lui aussi rongé par les événements du passé, et qui contrairement à Hugo, n’a rien oublié. D’ailleurs, c’est elle qui va le pousser à mener l’enquête pour retrouver Sophie et les autres. J’ai été touché par sa détresse, qui est bien différente de celle de Hugo. Certes, tous les deux gardent une certaine culpabilisé, sauf que chez Anne, elle est assumée, elle est consciente, et elle sait qu’elle vit avec tous les jours. Anne a fait le choix de ne rien oublier, contrairement à Hugo, et elle se montre donc plus forte et moins lâche que lui, mais elle n’a pas vécu les mêmes choses. Elle est plus courageuse, et c’est ce qui m’a plu chez elle. J’ai notamment été très touchée, et attristée, lorsqu’elle apprend qui était vraiment sa sœur, et tout ce que cette dernière avait pu lui cacher pour la protéger. On comprend alors qu’Anne ferait n’importe quoi pour se venger, et c’est d’ailleurs ce qu’elle va faire. Il y a beaucoup de colère en elle, de tristesse aussi, et c’est pour tout cela qu’elle semble bien plus vivante qu’Hugo, qui est trop apathique.

– On ne guérit pas de la mort de sa sœur.

– Je… Je suis désolé, Anne.

– Y’y es pour rien. La mort de tes parents, ton retour, ça nous a tous replongés dans ces souvenirs. Mathieu ne supporte plus ces histoires. Il dit que j’ai déjà perdu suffisamment d’années à chercher Sophie, qu’il faut que je passe à autre chose maintenant. Il file à son ordinateur dès que j’essaie de lui en parler. Maman s’est remise à boire, alors que ça allait plutôt mieux ces derniers temps. Et moi… moi, je crois que je serai jamais tranquille tant que je ne saurai pas ce qu’il s’est passé cette nuit-là, tant que je ne saurai pas ce qui est arrivé à Sophie. Je… J’espérais que tu pourrais m’aider.

Comme je l’ai mis plus haut, il y a une vraie originalité dans ce texte, qui est donc ce balancement entre l’enfance et l’adulte, entre le surnaturel et l’aspect beaucoup plus pragmatique, qui fait que nous sommes bien dans un livre contemporain, avec des morts inévitables. Néanmoins, ce qui fait à mon sens tout l’intérêt et toute la force de ce roman, c’est bien la manière dont le thème principal est traité, et qui est donc la perte de l’enfance et de ses illusions, ainsi que la maltraitance. Tous les enfants qui se sont perdus dans les bois ont été maltraités, et je trouve que ce thème occupe une grande place dans le récit, sans toutefois occulté la part surnaturelle de l’histoire. En fait, ce que je retiens de la plume de l’auteur, c’est justement l’équilibre qu’il apporte dans ce récit, cet équilibre qui nous fait balancer entre le fantastique et le polar, et qui fait que cette balance perdure jusque dans les derniers mots du récit. C’est plutôt bien fait, et bien construit. La plume de l’auteur reste légère malgré les sujets graves qui sont évoqués dans l’histoire. Comme je l’ai dis, on parle de maltraitance des enfants. Hugo a été violenté par ses parents, quand à Sophie, son amie, elle a subi des attouchements. Je pense donc que l’auteur parvient doucement à traiter de ces thèmes qui sont pourtant durs, tout comme il parvient aisément à traiter de la mort violente des parents de Hugo pour en faire une mort assez douce. Je pense toutefois que des indications préalables sur ce qu’on va trouver dans ce récit auraient pu être bénéfiques, pour qu’on sache qu’on parle de violence envers les enfants. Je pense que certains lecteurs, malgré la certaine poésie, relative, qui apparaît dans cette histoire, pourraient être choqués par ce qu’on y lit. Néanmoins, le roman se lit bien, on ressent parfaitement l’angoisse qui monte chez Hugo, qui monte aussi chez nous, et comme lui, on veut le fin mot de l’histoire, comprendre ce qui est arrivé à ses amis, et à quel jeu joue la princesse au visage de nuit, ce qu’elle cache, et ce qu’elle attend de Hugo. Le suspens est bien mené et le roman se lit facilement.

En résumé, j’ai dans l’ensemble plutôt bien aimé cette histoire. J’ai apprécié le fait qu’on soit à la fois dans un récit policier et aussi dans un roman fantastique, qui fait qu’on ne sait pas ce qui est vrai ou non, si on prend nos désirs pour des réalités, et si la magie s’est invitée dans la mort des parents de Hugo. L’idée de l’existence de la princesse au visage de nuit est une belle idée, qui fait référence aux désirs des enfants, mais aussi à leurs peurs les plus profondes, celle qu’on va d’ailleurs retrouvée dans la présence du bois. Le roman est bien écrit et se lit bien. Je regrette cependant de ne pas m’être attachée au personnage de Hugo plus vieux, contrairement à la version de lui qu’on voit enfant. Il y a aussi trop de référence, pour moi, à l’alcool, et une indication sur la maltraitance aurait pu être bien en début de roman. Le personnage d’Anne est plus attachant que celui de Hugo. C’est un roman que je vous conseille, mais je vous préviens que malgré la poésie qui semble apparaître dans ce texte, on parle tout de même de thèmes assez durs, qui concernent les enfants. Il faut donc être préparé à cela.

Et vous ?

Quels sont les thèmes que vous n’aimez-vous pas retrouver dans une lecture ?

Qu’est-ce qui peut vous choquer dans un roman ?

Cela vous dérange-t-il d’avoir des indications au début d’un roman vous prévenant de certains thèmes pouvant déranger ?

Bon dimanche à tous 🙂

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