chroniques littéraires

Mamie a eu quinze ans

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que votre début de semaine se déroule comme vous le souhaitez. Pour ma part, j’essaye de passer entre les gouttes, et de profiter de pouvoir encore écrire comme je le veux, car ce sera sans doute la dernière semaine où je pourrais faire cela, puisqu’il faut aussi que je prenne le temps de me consacrer à la rédaction de mes cours pour la rentrée. J’ai un peu repoussé ça pour le moment, et même si j’ai travaillé pendant mes vacances, même si une grande partie est prête, j’ai quant même envie que tout soit au propre et bien prêt pour septembre.

Comme ce sont encore les vacances, et que certains ne partent que fin août, j’a décidé aujourd’hui de vous faire découvrir un petit coin près de chez moi, qui s’appelle Noirmoutier. Je vous emmène donc aujourd’hui sur sa presque île, et vous fait découvrir un coin touristique l’été, et moins l’hiver, par le biais du roman Mamie a eu quinze ans, que j’ai relu la semaine dernière. Ce roman a été écrit par Alice Dona, il est sorti aux éditions Anne Carrière en 2005. Alors, je vous préviens tout de suite, ce roman est daté. Lorsqu’on lit un tel texte, on s’en rend rapidement compte. Voici son résumé :

Difficile de se sentir à la hauteur quand votre petite-fille vous toise du haut de son mètre soixante-quinze et ne vous perçoit qu’à travers votre statut de sexagénaire. Difficile de trouver le moyen de faire plus ample connaissance quand trois fois quinze ans vous séparent. C’est pourtant ce à quoi va s’employer Miette en complotant un tête-à-tête d’une semaine avec Angeline, sa petite-fille, sur l’île de Noirmoutier. Une semaine pour qu’Angeline se découvre une nouvelle copine et que Miette retrouve ses quinze ans. Un premier roman plein de fraîcheur, où les éclats de rire sont communicatifs, où les histoires d’amour finissent bien, et où l’ado n’est pas toujours celle qu’on croit. C’est que, même à soixante ans, un cœur aura toujours vingt ans !

Dans cette histoire, nous suivons deux personnages. Il y a tout d’abord Miette, qui est une grand-mère assez active, mais qui a connu pas mal de déboires dans sa vie. Célibataire depuis que son Jules est partie avec sa nouvelle copine en Espagne, elle compte profiter de la vie, mais sans hommes. Cela n’est pas le cas de sa petite-fille, Angeline, qui malgré le fait que son père soit parti vivre au Canada avec sa nouvelle amie, pense toujours que l’amour est possible. Agée de seulement 15 ans, elle estime tout savoir, et que la vie n’est vécue que par le prisme de son expérience. Miette décide alors de lui ramener les pieds sur terre, et pour cela, quoi de mieux qu’une semaine à Noirmoutier, là où elle passait ses propres vacances à 15 ans ? Déconnectées du monde, la grand-mère et sa petite-fille vont partager leurs expériences et leurs souvenirs.

Plus haut, je vous disais que ce roman était daté. On ne se rend pas compte, mais l’adolescence décrit dans ce roman ne correspond plus vraiment à celle d’aujourd’hui. Moi qui avais justement quinze ans lorsque le roman est sorti, et qui me retrouvait alors en Angeline, ait senti le décalage avec mes élèves qui sont certes plus vieux, mais qui ne vivent pas du tout la même vie. Et je pense que c’est la critique principale que je vais faire sur ce roman, même si cela ne pouvait pas être anticipé à l’époque. On va donc prendre un exemple simple. Lors de ces vacances improvisées, l’une des règles est de vivre sans portable. Angeline le vit assez bien, puisqu’elle ne fait qu’appeler sa meilleure amie tous les jours, et qu’elle n’utilise son forfait qu’à cela. Aujourd’hui, les jeunes, surtout les adolescents, ont bien du mal à vivre sans téléphone, et même si l’on peut parfaitement mener la même expérience aujourd’hui, il faudrait compter sur le débat des réseaux sociaux, celui sur Internet, etc. L’autre élément qui fait que ce roman soit daté, c’est le langage employé, notamment lorsque qu’Angeline parle. Je ne me souviens pas vraiment qu’on parlait comme ça à mon époque, mais je crois que c’est encore pire pour les adolescents d’aujourd’hui, qui ne vont sans doute pas se reconnaître dans le phrasé de la jeune fille, alors même qu’ils sont une cible de lecteur de ce titre. En fait, ce sont deux éléments mis bout à bout qui font qu’on a l’impression de lire un livre d’une époque qui n’existe déjà plus, alors que 2005, ce n’est pas si loin, mais qui nous font aussi prendre conscience à quel point le monde a changé très rapidement. Ce point est certes un détail mais il me paraissait essentiel de le noter.

Moi j’ai filé tout de suite dans ma chambre, au premier étage. De toute façon, j’aurais pas pu rester pour m’éclater avec elles vu que, à19 heures pétantes, j’appelle toujours Vanessa pour lui raconter ma journée. Même que, quelquefois, quand on est en vacances, on joue à distance à répondre au questions de Qui veut gagner des millions, chacune devant notre télé ! Ca bouffe nos forfaits, mais c’est bien délire §

(…) C’est pas mal fichu, notre système, sinon y en a toujours une des deux qui explose son abonnement avant la fin du mois et ça aurait tendance à être moi ! Quand c’est le cas, je me retrouve coincée jusqu’au début du mois suivant et là, pas question de téléphoner sur la ligne fixe, réservée à tout le bazar de Moune qui travaille le plus souvent sur l’ordinateur de la maison. Elle invente des slogans de pub et crée des logos pour des nouvelles marques. Ca s’appelle « designer » ou « publisher » ou « marketeur », bref, un truc en anglais, quoi !

Parlons maintenant des deux héroïnes. Commençons par Angeline. C’est une adolescente lambda, assez banale, quoique gentille, qui ressemble finalement à toutes les adolescentes; Elle a un petit-ami qu’elle n’aime pas vraiment, mais avec qui elle reste car c’est pour faire comme tout le monde, car sa présence est appréciable. Elle rêve un jour de tomber amoureuse pour de bon. Elle écoute de la musique, du rap notamment, car c’était à la mode à l’époque, et elle porte des vêtements trop grands. Elle veut gagner de l’argent et rester vivre en ville, elle déteste la campagne. Je dirais qu’elle ne se démarque pas beaucoup des autres filles, si ce n’est qu’elle est proche de sa grand-mère, ainsi que de sa mère, malgré les disputes, et qu’elles vivent un peu en vase clos toutes les trois, ayant décidé que les hommes n’étaient pas vraiment fiables. Mais ce qui est finalement intéressant avec son personnage, c‘est que son séjour à Noirmoutier lui révèle une autre manière de vivre, sans téléphone notamment, sans télévision, et qu’elle se découvre aimer cela, vivre au rythme de la vie et de la terre. Elle se met alors à la cuisine, et elle révèle une certaine ingéniosité qui est intéressante. Ainsi, elle va piéger sa grand-mère à son propre jeu. Son évolution est donc sympathique, agréable, et on prend plaisir à la suivre dans la découverte de la vie quelques années plus tôt. On sent aussi une grande complicité avec sa grand-mère, une certaine curiosité aussi, ce qui fait que son personnage, quoique très simple, en devient attachant.

C’est peut-être en repensant à ce moment que ma chère Mamie, que je viens de mettre K.-O., me consent enfin, après un silence qui ressemble à un siècle, un dernier O.K.

Comme résignée à accepter le « grand défi ».

Yesss ! Yesss !

J’ai pas pu m’empêcher de manifester ma joie, mêlée à la fierté de l’avoir convaincue. Pour fêter ça, j’entraîne Miette dans une ronde à l’indienne autour de la table, façon Kévin Cosner dans Danse avec les loups !

A partir de là, on n’a plus vraiment vu les minutes passer et on a occupé le temps à fond. Pour ne pas fumer.

Venons-en donc à Miette. J’avoue que j’ai préféré son personnage car il est plus complexe que celui d’Angeline, plus travaillé aussi. Ainsi, on découvre une vieille femme encore pleine de vie, qui essaye de revivre sa jeunesse par le biais de sa petite-fille. Miette s’informe beaucoup de ce qui la passionne, et elle cède aussi à tous ses caprices, représentant alors bien le concept de la mamie gâteau. Mais s’il y a une chose que déteste Miette, c’est qu’on lui manque de respect, et elle a bien envie de partager ce qu’elle a vécu avec sa petite-fille, ce qui provoque alors leur voyage. Miette a à cœur de partager son enfance, une enfance non malheureuse, mais qui semblait alors plus simple, sans gadget, sans pression de la part de l’extérieur, si ce n’est celle des parents. Miette se confie alors beaucoup à sa petite fille. Comme je l’ai dis plus haut, leur lien est assez touchant, et c’est agréable de vivre avec Miette son adolescence dans les années 60. On a alors aussi une réflexion sur le fait de mener une histoire d’amour à distance, à l’heure où seules les lettres existaient, ainsi que sur le fait de devenir fille-mère à une époque où l’avortement était compliqué, et où tout le monde jugeait tout le monde, ce qui n’a finalement pas trop changé. Le personnage de Miette apporte alors un certain recul sur cette période qui semble merveilleuse, mais aussi sur l’époque d’aujourd’hui, sur laquelle elle a aussi du recul. On sent qu’elle a vécu beaucoup de choses et qu’elle veut que ça serve à sa petite-fille, de lui éviter de faire les mêmes erreurs.

Comme il n’y avait pas de salle de bains, il fallait une organisation d’enfer pour réussir à prendre son petit déjeuner dans la cuisine, là où chacun devait se laver ensuite devant l’évier avec son gant de toilette respectif. Malgré cela, jamais je n’ai vu es parents nus. Il me fallait, puisque j’en avais reçu la consigne, patienter dans ma chambre jusqu’à ce que mon père et ma mère estiment être enfin décents pour que je sois autorisée à montrer le bout de mon nez.

Alors, en attendant, je me plongeais dans le livre rose des aventures du Club des Cinq que m’avait offert ma marraine Mado pour Noël, en écoutant pour la énième fois Johnny Boy sur mon tourne-disque par celle qu’on surnommait « la collégienne de la chanson », Marie-José Neuville.

Pendant le petit déjeuner, personne ne parlait, à l’exception de Maurice Favière, le « speaker » de la TSF, qui déversait sur Radio Luxembourg les nouvelles du jour et les prévisions météo de la journée.

En vérité, le but de ce roman n’est pas tellement de voyager et de découvrir l’île de Noirmoutier, mais bien de partager des expériences, de faire le parallèles entre deux enfances, de voir finalement laquelle est la meilleure, et de conclure qu’on ne peut pas mettre l’une au-dessus de l’autre. Toutefois, j’ai trouvé que l’autrice n’allait pas assez loin dans le parallèle, et qu’on aurait pu faire plus de comparaisons, pousser l’idée plus loin. Cela aurait peut-être été plus intéressant que Miette et Angeline ne soient pas si proches dès le début, afin qu’elles se découvrent vraiment. Là, finalement, elles savent déjà presque tout l’une de l’autre, et je trouve que cela est dommage car une partie du partage a déjà été faite. De même, je trouve que l’île de Noirmoutier n’est pas assez exploitée, et qu’on aurait davantage pu jouer sur le fait que les deux femmes sont coupées du monde pendant une semaine. Là, finalement, elles vivent comme d’habitude, comme elles le font pendant des vacances, et cela reste finalement assez superficiel. Enfin, la présence de l’inconnu aurait aussi pu être jouée davantage, elle est peut-être même en trop, car on devine trop vite de qui il s’agit, et cela rend la fin trop prévisible. Certes, cette dernière est pleine de bons sentiments, mais elle arrive trop vite et aurait pu être travaillé différemment.

En ce qui concerne l’écriture, cette dernière est fluide et le roman se lit dans l’ensemble bien. On voit bien la différence de vocabulaire entre Miette et sa petite-fille, dans leur manière de parler, ce qui fait qu’on n’est pas perdu lorsqu’on change de personnage. D’ailleurs, l’alternance entre les deux héroïnes n’est pas un problème et on s’habitue très vite à passer de l’une à l’autre. Toutefois, l’histoire passe très vite, et une grande partie de la semaine est passée sous silence, alors qu’on reste sur la même soirée sur plusieurs chapitres, et on ne sait pas vraiment quand celle-ci se situe dans la semaine de vacances. Certains points sont traités trop vite et la fin reste trop prévisible, voire même trop facile car tous les problèmes sont résolus, et auraient mérité d’être traités plus longuement. Les sentiments de l’une et l’autre sont cependant bien détaillés, et c’est agréable de se mettre à la fois à la place de Miette et de celle d’Angéline.

En résumé, c’est un roman qui se lit bien, et qui peut être lu aussi bien par des adolescents que par des personnes plus âgées. L’histoire est très accessible et s’enchaîne vite. Je regrette cependant que certains points ne soient pas assez traités, voire passés sous silence, et que la fin soit trop rapide. On s’attache facilement à Angeline et à Miette, et j’ai préféré le personnage de la grand-mère. Le roman est toutefois un peu daté, et on sent que les années 2010 sont passées par là dans les grands changements. Je pense que je l’ai mieux apprécié lors de ma première lecture, et que cette relecture me fait voir le roman d’une autre façon. Je le conseille toutefois pour la découverte.

Et vous ?

Vous arrive-t-il de relire certains de vos romans ?

Etes-vous parfois déçus de ces relectures ?

Qu’est-ce qui vous pousse à relire un livre ?

Bon mercredi à tous 😀

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Une réflexion au sujet de « Mamie a eu quinze ans »

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