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Les Possibles

Bonjour les amis. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez passé un agréable semaine. Pour ma part, elle se termine avec un impressionnant lot de copies de bac à corriger et à noter. Tout cela dans un temps assez court. J’ai toutefois hâte que cela soit terminé, car ce sera le signe que les vacances sont vraiment là, et j’ai envie de faire autre chose que de rester cloîtrée dans mon appartement. J’ai hâte de pouvoir m’éloigner un peu et partir quelques jours.

Mais aujourd’hui, parlons d’autre chose. Fête des pères oblige, pour une fois que j’y pense, je vous offre sur le blog la chronique qui parle justement du lien entre un père et sa fille. Ce roman, vous devez en avoir déjà beaucoup entendu parler, c’est le dernier ouvrage de Virginie Grimaldi. Celui-ci s’intitule Les Possibles. Il est sorti en mai 2021 aux éditions Fayard, que je remercie pour l’envoi de ce texte en version numérique via le site NetGalley. Voici son résumé, c’est un roman contemporain :

Juliane n’aime pas les surprises. Quand son père fantasque vient s’installer chez elle, à la suite de l’incendie de sa maison, son quotidien parfaitement huilé connaît quelques turbulences.

Jean dépense sa retraite au téléachat, écoute du hard rock à fond, tapisse les murs de posters d’Indiens, égare ses affaires, cherche son chemin.

Juliane veut croire que l’originalité de son père s’est épanouie avec l’âge, mais elle doit se rendre à l’évidence : il déraille.

Face aux lendemains qui s’évaporent, elle va apprendre à découvrir l’homme sous le costume de père, ses valeurs, ses failles, et surtout ses rêves.

Tant que la partie n’est pas finie, il est encore l’heure de tous les possibles.

Dans ce roman, nous suivons Juliane, une mère et une épouse intentionnée. Elle évite d’avoir des contacts avec son père depuis un moment, dépassée par son nom conformisme. Il est comme ça depuis qu’elle est enfant, et c’est d’ailleurs pour cela que sa mère a divorcé. Mais voilà, Juliane se retrouve à s’occuper de sn père après que ce dernier ait fait brûlé sa maison. Et si la cohabitation est conflictuelle, Juliane doit aussi se rendre compte que son père, bien qu’original, ne va peut-être pas si bien que cela. Et que la maladie est peut-être déjà bien présente. Juliane va alors tout faire pour découvrir ce qu’a son père, et pour l’aider dans sa vie quotidienne, avant qu’il ne soit trop tard.

Commençons d’abord cette chronique par parler du personnage de Juliane. J’avoue que j’ai eu du mal avec elle au début. En effet, si son père est original, Juliane est tout l’inverse. Au contraire, elle est même très à cheval sur les règles, sur la manière dont elle conçoit la vie. Elle est du genre à avoir un planning auquel elle ne peut déroger, qu’elle doit suivre à la lettre, sinon elle est panique. Cela peut se comprendre à cause de l’enfance particulière qu’elle a eut, à cause du manque de repère que lui a donné son père, par le fait qu’elle avait honte de cette différence et qu’elle a construit autour d’elle une immense muraille, pour se protéger. Toutefois, j‘ai eu tendance à trouver qu’elle en faisait trop et qu’elle se privait de liberté. Ce n’est alors plus simplement être maniaque, mais être trop dans le contrôle, être presque malade par ce besoin de contrôle. Et cela se retrouve non seulement dans le lien qu’elle a avec son père, mais aussi dans celui qu’elle a avec son fils, et c’est dommage. Heureusement, son personnage a une évolution intéressante au cours du récit, elle arrive enfin à lâcher prise, et à s’accepter telle qu’elle, avec ses défauts. En effet, si Juliane est autant dans le contrôle, c’est parce qu’elle est sans cesse brimée par sa mère sur son poids et par rapport à son rapport avec la nourriture. Juliane est presque boulimique, et cela se retrouve dans sa ligne qu’elle n’aime pas et qu’elle voudrait changer. Cela évolue alors au cours du roman, où elle apprend davantage à s’accepter. J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont elle s’occupe de son père, la manière dont elle se met en tête de trouver ce qui le rend malade, et de rattraper les années perdues. A ce moment-là, Juliane se montre sous un autre jour, plus amusante, plus gaie aussi. Même si son histoire est triste, je la préfère après qu’avant tout ce qu’elle vit. Et c’est aussi pour cela que son personnage est touchant.

Mon mari n’est pas attaché au regard des autres. Pour ma part, il compte plus que le mien. Que l’on puisse penser du mal de moi me terrifie. Depuis toujours, l’approbation des gens détermine mon comportement. Je mets un point d’honneur à ne pas parler fort dans le jardin, pour ne pas gêner les voisins. Pour la même raison, je fais rentrer Geronimo dès qu’il aboie. Je suis exagérément souriante quand je salue quelqu’un. Je laisse passer les voitures coincées au stop, et, si un conducteur me remercie, c’est le 14 Juillet dans mon ventre. Je laisse passer à la caisse les personnes qui ont moins d’articles que moi. Je ne parle pas fort, je dis s’il vous plaît, merci, bonne journée, il n’est pas exclu qu’un jour je lance « Je vous aime » à la boulangère. J’évite tout sujet clivant et suis capable d’aller à la rencontre de mes idées pour approuver celles de mon interlocuteur. Je ne fais rien d’étonnant, rien qui ne puisse être remarqué. Je n’installe pas un tipi dans mon jardin.

Parlons maintenant de l’autre personnage principal de ce roman, qui est donc Jean, le père de Juliane. Dès le début, on s’attache à lui, et on ne peut alors qu’être touché par ce qui lui arrive, par la détresse qui va le gagner par moment, lorsqu’il comprend ce qu’il fait et ce qu’il perd. Toutefois, ce que j’ai aimé avec lui, c’est justement que la plupart du temps, il oublie qu’il est malade, et qu’il continue à vivre comme il l’a toujours fait. Il faut savoir que sa maladie n’est pas Alzheimer, mais peut s’y apparenter. Et de ce fait, Jean est perdu entre le passé et le présent, et ce qu’il était avant cette maladie. Toutefois, elle accentue ses traits de caractère, et Jean se comporte comme un véritable enfant, comme il l’a toujours fait. Je crois que c’est aussi cela qu’on aime dans son personnage. Contrairement aux autres, Jean assume pleinement sa personnalité loufoque, et son égoïsme aussi. Ainsi, il refuse de changer pour les autres, à cause du regard qu’ils peuvent avoir sur lui. C’est aussi ce qui lui a fait perdre son épouse, chose qu’il regrette énormément, mais qui lui a permis d’être libre et de vivre comme il le voulait. Je pense qu’on admire justement cela chez lui, cette liberté, qui lui permet de dire et de faire tout ce qui lui passe par la tête, et qui va empirer avec sa maladie. Si Jean est passionné par les Indiens, il veut par exemple mettre un tipi dans son jardin, et il le ferait s’il était chez lui. On est donc touché, et triste, de le voir peu à peu diminuer, ne plus avoir cette capacité à vivre comme il l’entendait, tout simplement parce qu’il est obligé d’être en permanence sous la supervision de quelqu’un. Ce qui est aussi agréable avec lui, c’est que c’est un personnage qui apporte beaucoup d’humour au récit.

– Qu’est-ce qui se passe ici ? s’exclame mon mari.

– Je lui apprends la vie, c’est pas avec vos discours mielleux que vous allez le forger, ce petit.

– Papa, qu’est-ce que tu as fait ?

Il souffle ostensiblement.

– C’est l’Inquisition ici, un vrai interrogatoire ! J’ai juste appris à mon petit-fils deux-trois préceptes pour ne pas être une victime.

Le regard de Gaëtan me lance des messages pas du tout subliminaux, mais je veux laisser à mon père le bénéfice du doute. Il est original, certes, mais pas au point de faire ce que la scène laisse imaginer. C’est Charlie, qui, se tournant vers son grand-père, fait voler le bénéfice et le doute :

– Papy, le précepte, c’est le nom du coup de pied ou du coup de tête ?

Parlons maintenant du but de ce récit. Bien entendu, c’est la maladie qui est au cœur de ce dernier. Ainsi, on suit, étape par étape, la manière dont l’esprit de Jean se dégrade. On sait alors dès le début que cela ne peut n’être qu’irréversible, et qu’on ne peut que se diriger vers une mort certaine. Cela donne alors au roman une teinte assez sombre, voire pessimiste. Heureusement, comme je l’ai mis plus haut, cela est contrebalancé par l’humour de Jean, pourtant, tout au long de l’histoire, on ne peut que prendre en pitié les proches de ce dernier qui le voient dépérir, alors même que lui ne s’en rend pas compte. De la même manière, on suit le combat de Juliane pour faire accepter la maladie de son père, pour que cette dernière soit reconnue. Cela est loin d’être simple, et nous plonge alors dans le quotidien des aidants, ceux qui doivent gérer un proche malade, handicapé, ou qui ne peut plus se débrouiller seul. Le constat qui est fait est alors assez dur, aussi bien pour Juliane que le regard qu’elle porte sur la société. J’ai apprécié que les choses soient dites et qu’on soit plongé là-dedans, même si je pense que cela aurait pu être mis davantage en évidence. Ce que j’ai aimé aussi, c’est la première partie du roman, où Juliane comprend, et elle est la seule, que son père ne va pas bien. C‘est alors une bataille entre elle et ses propres doutes qui est mené, et on a presque l’impression de se retrouver dans une enquête policière, où Juliane doit non seulement s’assurer qu’elle ne se trompe pas, mais aussi prouver ce qu’elle pense face aux médecins qui ne la croient pas. Ce passage-là est intéressant car on ignore si Juliane se trompe ou non, si elle projette ses propres peurs sur son père. Enfin, j’ai beaucoup aimé la relation qu’ils ont tous les deux, pleine de pudeur. Il y a beaucoup de non dits dans leur histoire, qui ne seront pas tous résolus, mais on sent l’amour et la tendresse qu’ils se portent l’un à l’autre, à travers pas seulement les mots, mais surtout les attention de tous les jours. On prend plaisir à les suivre.

Je suis en colère.

On est livrés à nous mêmes, coincés entre le trop et le pas assez.

Trop atteint pour rester chez lui, pas assez atteint pour être pris en charge.

Je trouve les information sur Internet ou à la faveur d’une discussion avec quelqu’un qui a vécu la même chose.

Tout ce que je peux faire, tout ce que je dois faire, c’est surveiller l’évolution. Attendre un diagnostic, attendre un délabrement, attendre que la raison s’échappe pour l’enfermer.

Sans parler de l’aspect financier, par lequel je ne suis pas concernée, mais qui m’inquiète déjà. Deux choix s’offrent aux personnes malades. A ma droite, le maintien à domicile, avec aides ménagères et auxiliaires de vie : qualité de vie convenable mais budget colossal. A ma gauche : le placement ou l’hospitalisation, budget conséquent et qualité de vie très aléatoire. Ce n’est pas digne.

En ce qui concerne l’écriture, je dois malheureusement avouer que je me suis ennuyer pendant une bonne partie du roman. Je ne voyais pas où l’autrice voulait nous emmener, et j’ai trouvé que le rythme de la narration était très lent. Comme je ne me suis pas vraiment attachée au personnage, cela expliquer certainement mon ressenti. Le roman est bien écrit, cela n’est pas un problème, mais je ne suis pas parvenue à ressentir les émotions auxquelles je m’attendais, celles de la peine de Julianne, mais aussi de son amour pour son père, et de la peur de celui-ci de perdre la tête. Seul l’humour de Jean m’a touchée, et je regrette cela parce que je m’attendais à plus. Peut-être que si le moment du voyage aux Etats-Unis avait été plus long, dans un véritable road-trip qui dure une bonne partie du roman, cela aurait mieux fonctionné pour moi. Néanmoins, les chapitres sont courts, se lisent bien, et le roman a une plume intéressante. Cependant, je pense que je n’étais pas dans les bonnes conditions pour y être sensible, et je le regrette.

E résumé, c’est un livre que j’ai dans l’ensemble aimé, même si je m’attendais au coup de cœur. J’ai eu du mal avec Juliane pendant une partie du livre, mais j’ai aimé son évolution et le fait qu’elle lâche prise. Le début est assez lent à se mettre en place, et je me suis ennuyée. Cependant, l‘histoire de Juliane et de Jean est intéressante, et l’on prend tout de même plaisir à les suivre, à voir l’évolution de la maladie de ce dernier, et on est touché par son histoire. On est touché par leur complicité, par l’amour qu’ils se portent. Je vous recommande donc ce roman, en espérant qu’il vous touche plus qu’il ne la fait pour moi, malgré une idée intéressante.

Et vous ?

Cela vous arrive-t-il de trop attendre d’un livre ?

De ne pas être autant touché que vous vous attendiez ?

Aimez-vous lire des histoires comme celle-ci ?

Bon dimanche à tous 😀

4 réflexions au sujet de « Les Possibles »

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