chroniques littéraires

Le Prieuré de l’Oranger

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous gardez le moral malgré la situation. Pour ma part, j’essaye d’éviter les réseaux sociaux. Il y a beaucoup de négativité en ce moment de toute part, et avec ce qu’on vit au lycée en ce moment avec des classes de terminales qui ferment et des élèves en déprime à cause de ParcourSup, et le ciel gris de Nantes, je préfère largement consacrer mon énergie à autre chose, comme au blog, par exemple, ou à l’écriture. Et cela fait du bien de se vider la tête de cette manière.

D’ailleurs, je vous retrouve aujourd’hui sur le blog afin de vous livrer enfin mon ressenti sur une lecture que certains attendent. Et oui, j’ai terminé le Prieuré de L’Oranger et je vous en donne enfin mes impressions sur ce roman dont beaucoup de personnes ont déjà parlé sur leurs différents supports. Mais j’aime prendre mon temps, et parler d’un roman après sa sortie, afin de le remettre en valeur. Ce roman est écrit par Samantha Shannon et est sorti en France aux éditions De Saxus. Vous pouvez le lire depuis octobre 2019. Il s’agit d’un roman de fantasy dont voici le résumé :

Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s’éveille. La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle… Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages.

Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela. De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…

Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

Dans cette histoire, nous suivons différents personnages, dont deux principales, qui sont Ead et Tané. Toutes les deux vivent dans deux continents différents, séparés par un immense océan. Depuis des siècles, les deux continents n’échangent plus ensemble. L’Est, là où vit Tané, est jugé hérétique. Il faut dire que les habitants de l’Est vivent aux côtés des Dragons d’eau, de majestueuses créatures. Et Tané doit devenir l’une des guerrières qui doit combattre à leurs côtés. Quand à Ead, c’est une tueuse de dragons. Elle a été entraînée pour cette tâche, bien qu’elle vive depuis quelques années près de la reine Sabran, pour la protéger. Seulement, un dragon est sur le point de se réveiller. On l’appelle le Sans Nom, et si les dragons de l’Est sont bons et beaux, ce n’est pas le cas de ce dernier, qui ne pense qu’à la destruction du monde. Peu à peu, certaines régions tombent sous sa coupe, et si les deux héroïnes veulent empêcher la mort de l’humanité, elles vont devoir s’allier, car de leur alliance dépendra aussi leur vie et celles de ceux qu’elles aiment.

Je vais commencer par vous parler d’Ead. C’est en effet avec elle que nous commençons le récit. Ead a été envoyée très jeune à la cour de la reine Sabran, dans le but de la protéger, mais aussi de l’aider. Seulement, Ead va faire bien plus que cela. C’est d’ailleurs ce que j’ai aimé avec elle. En effet, dès qu’on croise Ead, on est marqué par son pouvoir, par sa force et son intelligence. Ead est une combattante hors paire, et une très bonne espionne. J’ai donc été impressionnée par son caractère et par ce qui émane d’elle. Elle se bat avec courage et elle connait ses limites. C’est une femme de valeur, courageuse et surtout loyale. Elle est capable de faire n’importe quoi lorsqu’elle se rend compte qu’une cause en vaut la peine, pour ses amis aussi. Mais lorsqu’elle va tomber amoureuse, plusieurs visières qu’elle maintenait vont tomber, et elle va prendre conscience du monde dans lequel elle vit, et elle va être en mesure de modifier sa mission en conséquence. Ce passage-ci est d’ailleurs assez intéressant car il remet en question tout ce que pensait Ead, et met en lumière que tout le monde peut être manipulé et se tromper. Elle doit faire disparaître les préjugés qui sont ancrés en elle dans le but d’avancer. C’est donc agréable de la voir couper les ponts avec certaines pratiques et comprendre qu’elle s’était trompée. Cela montre son évolution au cours du récit. Ead sait se débrouiller seule, elle sait improviser, et c’est une fine stratège. On a envie de lui ressembler, d’avoir son caractère, sa capacité à rester forte en toute circonstance. J’ai apprécié de la voir tomber amoureuse et de la voir évoluer de cette manière. Elle fait une force de ce qui aurait pu devenir une faiblesse. Cela la rend aussi plus dangereuse car elle doit non seulement protéger sa propre vie, mais aussi celle de cette personne. J’ai aimé le lien qui se met en place avec cette personne, tout en pudeur mais aussi en passion. C’est bien mené et cela rajoute de la force, de la pugnacité à Ead. C’est un personnage que l’on prend beaucoup de plaisir à suivre et je me suis beaucoup attachée à elle. So personnage incarne alors la lumière et tout ce qui va avoir. Et j’ai aimé la manière dont elle sait aussi se rebeller.

Une chance de retrouver la proximité de l’oranger. Elle parlait parler sa propre langue et prier la véritable image de la Mère, sans être rôtie sur la place Marian.

Et pourtant, elle avait consacré huit années à apprendre à connaître les Inyssions – à tout savoir de leurs coutumes, de leur religion, des rouages de ce nid de vipères qu’était la cour. Elle ne pouvait pas gâcher tout ce savoir.

« Chassar, dit-elle, j’ai très envie de quitter ce palais avec toit, mais tu me demandes de rentrer alors que Sabran commence à me faire confiance. Toutes ces années passées ici l’auraient été en vain. Penses-tu pouvoir convaincre la Prieure de me laisser un peu plus de temps ?

– Combien ?

– Jusqu’à ce que la succession soit assurée. » Ead se tourna face à lui. « Permettez-moi de la protéger jusqu’à ce qu’elle enfante. Puis je rentrerai à la maison. »

Parlons maintenant de Tané. Au début, on a l’impression que c’est une jeune femme arrogante et égoïste. Les choix qu’elle fait ne sont pas toujours judicieux, surtout au début. Néanmoins, je trouve que son personnage reste très intéressant car il évolue beaucoup. Comme Ead, Tané va se retrouver face à plusieurs bouleversements, et je pense que c’est elle qui en souffre le plus. Les changements que Tané doit affronter la détruisent, change complètement sa vie, sont beaucoup plus négatifs que tout ce que vit Ead. De ce fait, son personnage est beaucoup plus sombre, beaucoup plus torturé. Et c’est ce que j’ai aimé avec elle. De ce fait, je trouve qu’on s’attache aussi facilement à elle qu’à Ead, mais d’une autre manière. Tané est celle qu’on a envie de protéger, parce qu’elle semble en avoir davantage besoin, celle aussi qu’on veut réconforter, car elle souffre beaucoup dans cette histoire. Elle perd beaucoup de choses dans le récit, contrairement à Ead. On comprend aussi assez rapidement que l’attitude froide de Tané est une manière de se protéger, d’afficher son assurance, alors qu’en fait, elle est terrifiée. Elle n’a pas du tout la même confiance en elle et ses capacités que Tané. Les deux filles sont vraiment opposées et cela est intéressant de voir la balance qui se met en place entre elle. J’avoue que je préfère Tané, qui a belle évolution, et qui montre davantage ses limites. Tané est obligée d’aller au bout de ses capacités pour survivre, elle en devient même presque folle, ivre de pouvoir, lorsqu’elle découvre ce qu’elle peut faire. J’ai donc trouvé son personnage plus intéressant, car elle passe vraiment par plusieurs étapes dans le récit, des étapes qui permettent de révéler qui elle est vraiment.

Onren haussa les épaules. Le silence s’éternisa, tel un coup de cloche en suspens, pendant lequel Tané se débattit intéreieurement.

« Allons, Tané. Dis-moi ce que tu as sur le coeur. » Onren afficha un sourire prudent. « Après tout, nous sommes amies. »

Il était désormais trop tard pour reculer. Les épreuves, l’étranger, sa fatigue et sa culpabilité – tout cela ressurgit violemment, telles des bulles d’eau bouillonnante qu’elle ne pouvait plus contenir.

« Tu sembles croire que si tu n’es pas désignée dragonnière demain, ce ne sera en aucun cas de ta faute, s’entendit-elle dire. J’ai travaillé jour et nuit durant notre séjour ici. Alors que toi, tu n’as fait montre d’aucun respect. Tu es arrivée en retard à tes épreuves, devant les Miduchi. Tu as passé tes nuits dans des tavernes au lieu de t’entraîner, et tu te demandes pourquoi tu n’étais pas à la hauteur de ton adversaire. Peut-être que ce sera à cause de cela, si tu ne deviens pas dragonnière. »

Onren ne souriait plus.

« Alors, répondit-elle d’un ton cassant, tu penses que je ne le mérite pas. Sous prétexte que… je suis allée dans une taverne. » Elle marqua une pause. « Ou est-ce parce que je suis allée dans une taverne, mais que je m’en suis malgré tout mieux tirée que toi à l’épreuve des couteaux ? »

Tané se crispa.

« Tu avais les yeux injectés de sang, ce matin-là, insista Onren. C’est encore le cas. Tu n’as pas dormi de la nuit pour t’entraîner.

– Evidemment.

– Et tu m’en veux de n’en avoir pas fait autant. » Onren secoua la tête. « L’équilibre est nécessaire en toute chose, Tané – cela n’a rien à voir avec un quelconque manque de respect. Ce statut est la chance d’une vie, on ne peut pas la laisser passer.

– Je sais, répliqua Tané d’un ton sec. J’espère seulement que toi aussi. »

En ce qui concerne les personnages secondaires, j’ai apprécié qu’on découvre de nouvelles facettes de Sabran tout au long du récit. Elle souffre du même défaut que Tané, au début elle est arrogante et prétentieuse, avant que les masques tombent peu à peu. Son histoire est assez intéressante car elle doit affronter beaucoup d’épreuves, et de remises en question aussi. De ce fait, comme les deux héroïnes, elle est obligée d’évoluer si elle ne veut pas se faire tuer. J’avoue avoir eu plus de mal avec les deux personnages masculins forts de cette histoire. Commençons pas Niclays. C’est une vraie tête à claque et j’attendais qu’il souffre dans le récit. Toutefois, il a l’avantage de montrer à quel point l’amour, et le souvenir de cet amour perdu, peu faire perdre la tête. Mais au niveau moral, il a beaucoup de choses à revoir et c’est un personnage qu’on n’apprécie pas vraiment, car il fait des mauvais choix jusqu’au bout, et même s’il a une évolution intéressante, je ne me suis pas du tout attachée à lui. En ce qui concerne Loth, j’avais envie de m’attachée à lui, mais je trouve que son personnage reste trop lisse pendant tout le récit, et il est celui qui a le plus de mal à se laisser convaincre par l’histoire de Ead, à renoncer à sa religion, et j’avoue que cela m’a déçue parce qu’en fait, il n’évolue pas. L’avantage de tous ces personnages, c’est qu’ils montrent une palette diverse de l’humanité et de ses travers, son bien comme son mal. Ils aiment, ils trahissent, ils se montrent loyaux, et cela permet de faire avancer os deux héroïnes, de les façonner aussi. Je note enfin un intérêt pour Kalyba, et j’aurais aimé que son personnage soit davantage mis en avant parce qu’elle apporte vraiment quelque chose en plus, à la fois noir et lumineux, au récit.

Parlons à présent de l’univers en lui-même. J’ai adoré. Je trouve que l’autrice a fait un travail formidable en racontant cette histoire et en mettant en place ce monde assez complexe. Nous sommes vraiment dans un gros travail, avec un monde décrit presque dans les moindres détails. Ainsi, nous avons différents pays que nous traversons, et qui sont coupés les uns des autres à cause de leurs histoires, de leurs différences, mais qui se retrouvent être obligés de s’unir pour affronter la plus grosse menace qui existe au monde. J’ai aimé qu’on ait le droit à un récit qui est basé sur un récit précis, un récit d’ailleurs devenu religieux et politique. Sabran est reine parce que c’est son destin, mais aussi parce que le sang de son ancêtre, celui qui emprisonné le Sans Nom et qui a fondé son reinaume, coule dans ses veines. Or, comme d’habitude, le passé n’est pas ce qu’il semble être, et non seulement il se répète, mais en plus il est fondé sur des mensonges. J’ai apprécié l’aspect presque philosophique qu’on a ici, et la critique que la mystification du passé qui est mise en scène. Or, ce passé doit déterminer l’avenir. Tout cela, on le découvre peu à peu. J’ai aimé aussi la manière dont Ead acquiert ses pouvoirs, et tout le mystère qui entoure l’Oranger, mais aussi les deux autres arbres. Les dragons sont aussi très intéressants. J’ai apprécié la manière dont ils sont décrits, et la grandes différence entre les dragons tels qu’on les connaît, cracheurs de feu, et les dragons asiatiques, sans ailes, qui crachent de l’eau. On a alors une vraie différence entre l’Est et l’Ouest dans a manière de concevoir ces créatures, et donc dans la volonté ou non de les tuer. Cela marque vraiment l’opposition entre les deux continents, une opposition qui peut les détruire. La magie est bien construite, bien menée, avec là encore ses différences, et sans prendre le dessus sur l’histoire. Elle est traitée comme étant un moyen, et non pas comme étant la seule chose qui se trouve à la portée des héroïnes. Elles se battent d’ailleurs beaucoup plus à l’épée, et cela évite de les rendre trop puissantes, et c’est aussi ce qui rend l’histoire crédible et surtout beaucoup plus difficile pour elle.

Quelque chose arrivait. S’il était parvenu si loin, il devait avoir trouvé le moyen de franchir les défenses côtières. Ou de les détruire.

Un éclat aussi puissant que le seoleil fendit la nuée, si chaud qu’elle lui brûla les yeux et les lèvres, et un wyrm s’éleva au-dessus du mur-rideau. Le jet de feu carbonisa les archers et les mousquetaires, réduisant en éclats une rangée de catapultes. Truyde se laissa glisser sur le sol.

Ead comprit de quoi il s’agissait à l’ampleur du phénomène. Un haut-ouestrien. Un monstre depuis les dents jusqu’à sa queue en fouet, d’où des piquets mortels saillaient. Son abdomen portant les stigmates de batailles passées était d’un brun rouille, mais le reste de son corps aussi noir que le goudron. Les flèches qui jaillirent depuis les tours de guet rebondirent contre ses écailles.

Ces projectiles étaient inefficaces. Les mousquets l’étaient tout autant. Il ne s’agissait pas de n’importe quel wyrm, ni même de n’importe quel haut-ouestrien. Aucun être vivant n’avait jamais posé les yeux sur cette créature, mais Ead en connaissait ne nom.

Feùdel.

Celui qui s’était proclame aile droite du Sans-Nom. Feùdel, qui avait élevé et conduit l’armé draconique contre l’humanité durant le Chagrin des Siècles.

Il s’était réevillé.

En ce ce concerne l’écriture, le roman est très long. J’avoue que j’aurais préféré qu’il soit coupé, comme dans c’est le cas dans la version poche. Évidement, ici on peut lire l’histoire d’un seul trait, et c’est ce qui est agréable vu que c’est un one-shot. Toutefois, je pense qu’une coupure est nécessaire, parce que c’est aussi ce qui nous permet de reprendre notre souffle, et d’apprécier encore plus de revenir à l’histoire. Le roman aurait mérité d’être coupé en deux, et c’est d’ailleurs ce que j’ai fait, en faisant une pause dans ma lecture. Mais ceci est davantage un choix de la part de l’éditeur que de l’autrice. Sincèrement, le roman est très bien écrit, et c’est dur de le reposer car on est vraiment accroché à l’histoire, à ce qu’il se passe, et on ne voit pas les pages passer. Il y a de l’action, le roman est rythmée, il y a de l’amour, des pleurs, de la tension, du suspens. Tout cela est bien dosé, mis au bon moment. Les descriptions sont aussi bien faites, on voit bien la différence entre les continents, entre les personnages. Cela n’est pas dérangeant qu’on suive plusieurs personnages, dont Ead et Tané. On s’y habitue assez vite et cela ne casse pas trop la dynamique du récit. Les dialogues sont eux aussi bien menés. C’est une lecture très agréable.

En résumé, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, à découvrir cet univers et à suivre les personnages. Je pense que c’est un très bon roman de fantasy, et que c’est un exemple à montrer à ceux qui veulent écrire dans le même genre. Le récit est bien mené, avec des personnages attachants, avec un monde très bien décrits et maîtrisé. L’écriture est fluide et bien dosée, il y a de la représentation, de l’amour, de la haine aussi. L’univers est très visuel. Néanmoins, pour moi, on est plutôt sur une lecture adulte, style Seigneur des Anneaux ou Games of Thrones, et non pas jeunesse comme j’ai pu le voir être rangé, notamment dans les librairies. C’est un roman que je conseille, et n’ayez pas peur de sa grosseur. C’est une vraie pépite.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans les romans de fantasy ?

Avez-vous peur des romans qui font presque 1 000 pages ?

Aimez-vous plus les séries que les one-shot ?

Bon dimanche à vous 🙂

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