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Comme deux frères

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez passé un bon début de semaine. Pour ma part, je trouve toujours que c’est étrange de commencer une semaine avec un jour férié. Evidemment, j’ai été contente de ne pas à avoir à mettre mon réveil lundi matin, mais j’ai un peu de mal à démarrer ma semaine, surtout qu’elle est particulière, cette semaine, entre le lundi de la pentecôte et le fait que demain je suis en distanciel. J’ai l’impression de ne travailler, finalement, que le mardi et le vendredi, comme si le distanciel ne comptait pas, ce qui est le cas pour mes élèves, et que jeudi est mon jour sans cours. On sent de plus en plus que la fin de l’année scolaire approche.

Justement, en parlant de fin d’année, je vous propose aujourd’hui de repartir au collège, dans la préparation et la peur du brevet. En effet, aujourd’hui je vais vous parler d’un roman jeunesse, qui s’intitule Comme deux frères. Rassurez-vous, ce roman ne se concentre pas sur l’univers du collège ou sur la préparation des examens. il démontre au contraire qu’il y a des choses bien pires que l’école. Ce roman jeunesse est écrit par Emmanuelle Rey et est sorti aux éditions Didier Jeunesse en mars 2021. Je les remercie d’ailleurs pour l’envoi de ce roman en service presse via la plateforme NetGalley et du partenariat qui est mis en place avec eux sur le site. Voici son résumé :

Zach n’est pas un ado comme les autres. Il a beau être fort à l’école et plutôt séduisant, il reste le garçon dont le petit frère a disparu.

Huit ans après ce drame non résolu, sa tante lui propose de changer d’air et de vivre loin de la tristesse parentale. C’est là, loin de Marseille, à la montagne où il prépare sa rentrée, qu’il a le choc de sa vie : il rencontre un garçon qui ressemble terriblement à son petit frère.

Zach en est sûr, le petit Elliot est en fait Jonas et il va le prouver ! Il devient son ami pour en savoir plus…

Dans cette histoire, nous suivons donc Zach, un jeune adolescent qui voudrait simplement vivre une vie comme celles de tous ses amis, avec une amoureuse, une peur des examens, et une envie de faire des fêtes. Mais voilà, tout cela lui semble interdit. Des années plus tôt, son petit frère a disparu. Zach lui tenait la main, puis il l’a lâché. Ou peut-être est-ce Jonas qui l’a lâché. En tout cas, Zach vit dans la culpabilité, et ses parents, qui peuvent se montrer protecteurs, sont aussi enfermés dans leur chagrin. Toutefois, après une énième provocation de la part de Zach, ces derniers décident de l’envoyer chez sa tante, dans le Sud. Zach pensait s’ennuyer, jusqu’à ce qu’il tombe sur Eliott. Ce dernier ressemble trait pour trait à Jonas. Pourrait-il être son frère ? Zach va tout faire pour résoudre ce mystère, quitte à développer de faux espoirs.

Je vais commencer cette chronique par vous parler un peu de Zach, qui est donc le personnage central de ce roman. On ne peut que s’attacher à lui. C’est assez facile, car on éprouve de la peine et de la pitié pour lui. Zach se débat en permanence, et personne ne semble s’en rendre compte. Tout le monde fait comme si la vie avait repris son court, mais Zach reste bloqué dans le passé, à un moment où son frère était toujours avec lui. C’est la même chose avec ses parents, persuadés que son frère va un jour revenir à la maison. Or, Zach est quant à lui persuadé qu’il est mort, et pèse alors sur ses maigres épaules non seulement le poids de la culpabilité, à cause du fait d’être le survivant, le seul enfant qu’il reste à ses parents, mais il se met aussi la pression, il doit être le plus parfait, notamment dans ses résultats scolaires, car ses parents le compareront toujours à celui qui n’est plus là. Mais d’un autre côté, Zach essaye aussi de vivre sa vie. Il essaye de se mélanger avec les autres, d’être en couple, de participer à leur monde. Sans succès. On sent que Zach est en décalage avec les autres, qu’il est beaucoup plus mûr que ces derniers. Ce qui est normal avec ce qu’il a vécu. Et ce drame le hante chaque jour, ce qui se retrouve dans sa violence. Zach est en colère permanente, même s’il ne s’en rend pas compte. Le fait de partir à Marseille, après avoir perdu le contrôle, le pousse alors à se remettre en question. J’ai aimé le Zach plus doux que l’on découvre grâce à la présence d’Eliott, mais aussi celle de Tosca, la jeune fille qui va l’aider dans sa quête. Il montre alors le grand frère qu’il aurait pu être s’il n’avait pas perdu Jonas. Cependant, on voit aussi son impatience grandissante à mesure qu’il est persuadé qu’Eliott ne joue pas franc jeu avec lui, et j’avoue que la personnalité sombre qu’il montre alors est assez perturbante, au sens où l’on voit sa violence, mais aussi son désespoir face à une situation qui lui échappe. Zach est persuadé d’avoir raison, et cette persuasion va tout renverser sur son passage. Zach, comme tous les adolescents, oublie les conséquences de ses actes. Il oublie que ses actes peuvent avoir des répercussions terribles, non seulement pour lui, mais pour les autres. Et cela va le dévaster assez vite. Toutefois, on a envie de le croire, et je pense aussi que c’est ce qui fait que son personnage est touchant. Il y a donc le drame qu’il a vécu, enfant, mais aussi cet espoir qui va prendre de plus en plus de place dans sa vie à mesure qu’il fréquente Eliott, et qui va le pousser à commettre des actes illégales. C’est un enfant dévasté, qui n’est plus vraiment un enfant, et qui a besoin d’aide. On a envie de le protéger, de l’aider, mais Zach est persuadé de pouvoir s’en sortir seul. Il a un côté très têtu, mais il sait aussi se montrer protecteur vis-à-vis d’Eliott, et c’est attendrissant de le voir dans ce rôle de grand frère qui lui a été arraché.

– Alors pourquoi tu demandes ? Huit ans, Mima. Huit ans de psy. Tu crois pas que si mes parents pensent que je suis toujours pas réparé, ça sert à rien de continuer ? Genre je vais aller raconter ma life à un vieux gars en costard qui fait « hum hum » après chaque phrase jusqu’à la fin de mes jours ?

– Je comprends, mais tu sais, ça t’a aidé, à un moment, à gérer ta colère, non ?

– Putain, mais merde, Mima, pas toi ! Comment tu veux que j’arrête d’être en colère, hein ? J’étais heureux, moi, j’avais une vie ! Et en deux secondes, paf, plus de frère, plus d’enfance, plus rien ! Et il faudrait que je « gère » ma colère ? Merde, merde et merde !

Parlons maintenant d’Elliot. Après Zach, il est le second personnage central de ce roman. Eliott, c’est le petit garçon que Zach croise par hasard, et qui ressemble beaucoup à Jonas. Ou du moins, à la version de Joas dont se souvient Zach. Dès lors, ce dernier va être persuadé qu’Eliott est son petit frère. Et le problème, c’est qu’Eliott, qui est fils unique, qui manque d’affection et de repère, va le croire. Ou du moins, il va essayer de croire à cette version de l’histoire. Et c’est là que le personnage d’Eliott va devenir touchant. En effet, il va s’attacher immédiatement à Zach, et comme il est un enfant très solitaire, il va aussi immédiatement accepter tout ce qui va lui dire ce dernier, et même le fait qu’il est son frère. C’est d’ailleurs touchant la manière dont il va croire, et espérer, qu’il peut être le frère de Zach. On sent alors toutes les carences affectives que peut avoir Eliott, et qui font qu’il est incapable d’aller vers les autres. Elliot est si seul et tellement en manque de repères qu’il a envie de croire à tout ce qu’on lui dit. Il est en recherche d’amour, et Zach lui suffit. C’est d’ailleurs ce qui va poser le plus gros problème à Eliott, lorsque Zach va se faire de plus en plus pressant afin de connaître la vérité. Et c’est là où on voit Eliott se révéler, lorsqu’il comprend que s’il est le frère de Zach, il ne peut pas être le fils de sa mère. Or, Eliott aime sa mère, et il va devoir choisir entre l’un ou l’autre, entre son amour maternel et sa loyauté envers Zach. C’est aussi ce qui nous fait nous attacher à son personnage, car on ne voudrait pas être à sa place, on ne voudrait pas choisir pour lui, être tiraillé de cette manière. Eliott veut lui aussi connaître la vérité, mais pas à n’importe quel prix. Et lui aussi à beaucoup à perdre dans cette histoire. On veut donc le protéger des actes de Zach, qui bouleverse tout sur son passage. Eliott est vraiment le personnage enfantin qui se prend tous les coups et qu’on veut aider, quitte à l’éloigner de la vérité. Néanmoins, le lien qui se met en place entre lui et Zach est vraiment limpide et immédiat, et l’on sent l’attachement évident qui apparaît entre eux, et qui va tout bouleverser.

– Zach… Qu’est-ce qui arrivera si tu te trompes ?

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

– Si tu te trompes, Zach. Si je ne suis pas ton vrai frère ? Qu’est-ce qui se passera ?

Je mets mon bras sur son épaule.

– Je crois pas que ça arrivera.

– Je sais. Mais si tu te trompes quand même ? Je veux savoir.

Parfois, on sait exactement ce qu’il faudrait dire, mais seulement après avoir dit de la merde. C’est précisément ce qui se passe. Au moment où je réponds à Jonas que je n’ai pas la moindre idée de ce qui se passerait si on découvrait que je me suis trompé, je comprends que tout ce qu’il voulait entendre dire c’est que lui et moi, on resterait amis. Jusqu’ici, je croyais que s’il y mettait de la mauvaise volonté, c’était par peur de devoir quitter la vie qu’il connaissait.

Mais c’est moi qu’il a peur de quitter.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans cette histoire, c’est ce qu’elle nous raconte. On pourrait croire que c’est une histoire vue et revue, il est vrai qu’il y a beaucoup de romans qui parlent de disparitions d’enfants avec la possibilité de retrouver ces derniers des années plus tard. L’idée de base n’a donc rien d’originale. Cependant, son traitement en fait un récit original. En effet, pendant toute la majorité du roman, on n’a aucune idée de la vérité de l’hypothèse de Zach. Ainsi, on découvre d’abord sa famille, et j’avoue que cela m’a brisé le cœur lorsqu’on voit ce que Zach est obligé de vivre au quotidien, lorsqu’on voit le mausolée dans lequel il vit, lorsqu’on voit cette famille qui s’est arrêtée dans le temps. On ne peut qu’être touché par la situation. Mais lorsqu’on croire Eliott, on a envie de croire à la théorie de Zach, parce que ce serai tellement bien qu’Eliott soit Jonas, qu’il retrouve son frère. Mais le roman est jalonné de doutes, que ce soient ceux de Zach ou ceux d’Eliott. Jusqu’au bout, on ne sait donc pas qui est Elliot, et si Zach a raison ou non. C’est assez intéressant de suivre donc son envie de connaître la vérité, quitte à se mettre en danger, parce qu’il ne faut pas croire, Zach fait des choses idiotes pour comprendre la situation. De la même manière, les adultes n’interviennent que très peu dans le récit. C’est vraiment centré sur Eliott et Zach, sur le lien qui semble les unir, et qui les désunit dans le même temps. Le titre nous donne d’ailleurs un indice, ils sont comme des frères, mais est-ce que cela suffit pour en faire des frères ? C’est cette tension, ce suspens, que j’ai aimé au cours de ma lecture.

Eliott Eliott Eliott Eliott. Il est là. Je pourrais le toucher, le serrer dans mes bras. Il faut que je e touche. C’est impossible, je prends les pédales, je suis en train de devenir fu. Il faut que je le dise à Mima. Il faut aller voir la police. Mais la police ira d’abord poser des questions. Il déménagera encore. Il sera à nouveau perdu. Je n’aurai pas cette chance deux fois. Si je le perds maintenant, ce sera pour toujours. Il faut que je comprenne. Que je gagne sa confiance. Oui, c’est ça, le plus important. Je dois gagner sa confiance. Quand je lui dirais tout, il me croira. Sylvia sera heureuse à nouveau. Ce sera comme si tout ça n’avait été qu’un long cauchemar. Je ris tout seul. Mon père se réveillera à son tour. Après tout, mes parents sont toujours ensemble, c’est un signe. La plupart des couples qui perdent un enfant se séparent, j’ai lu ça quelque part. Pas eux. Si je ramène Jonas à la maison, si je le ramène…

En ce qui concerne l’écriture de ce roman, elle est très fluide. Le roman est court, les chapitres aussi, mais il se lit bien et il est adapté aux jeunes lecteurs. On prend plaisir à suivre les doutes de Zach, ses espoirs aussi. J’ai apprécié qu’on ait des chapitres avec Eliott, pour comprendre ce qu’il se passe dans sa tête, comment il perçoit tout cela. C’est assez intéressant. Je déplore cependant la scène de la beuverie au début du roman. Je sais que les adolescents boivent, et très tôt, mais je trouve qu’une autre manière de parler du mal être de Zach aurait été bienvenue, ou alors avec une mention spéciale pour rappeler à quel point l’alcool est dangereux chez les adolescents. J’aurais aussi aimé que la fin soit un peu plus développée, car la résolution de l’énigme est conclue en quelques lignes, et je pense que cela aurait mérité un peu plus de développement, même si on avait déjà deviné cette fin et son pourquoi. Mais un peu plus d’explications auraient été bienvenues, notamment pour Eliott.

En résumé, c’est un bon roman jeunesse que je vous conseille. C’est une bonne enquête qui nous est proposée ici, et je pense que le personnage de Zach parlera à beaucoup de personnes. On est touché par son histoire, tout comme on est touché par le personnage d’Eliott et la tristesse qui émane de lui. Tout comme les deux garçons, on veut la résolution de l’énigme, en priant pour que cette dernière soit bonne. L’écriture est simple, mais fonctionne bien. C’est un roman agréable à lire, avec une vraie tension et un suspens certain qui nous met sous pression. C’est un roman à lire.

Et vous ?

Aimez-vous les histoires avec des disparitions ?

Qu’aimez-vous retrouver dans ces récits ?

Ou au contraire, qu’est-ce qui est pour vous rédhibitoire ?

Bon mercredi à tous 🙂

Une réflexion au sujet de « Comme deux frères »

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