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Que du feu

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous avez le moral. Ici, pas de confinement, du moins pas pour le moment. Mais avec les parisiens qui viennent dans la région, et les chiffres qui augmentent de toute manière, c’est compliqué de ne pas craindre que la situation ne s’empire, et qu’on rebascule dans un état plus stricte. C’est compliqué de savoir à quel sauce on va être mangé, de faire des projets. Et avec mon anniversaire qui approche, je crains de me retrouver dans la même situation que l’année dernière, comme si tout allait recommencer. C’est vraiment cela le plus dur, je pense, de ne pas savoir, de ne pas réussir à pouvoir se projeter, à se dire qu’on va enfin pouvoir reprendre, ou garder, une vie avec un semblant de normalité. Tout paraît être remis en question tous les jours, c’est assez épuisant mentalement. Et je n’arrête pas de penser à mes élèves qui sont dans une telle situation, et qui ne savent pas comment va évoluer leur avenir.

En parlant de ne pas savoir, je reviens aujourd’hui vers vous, sur le blog, afin de vous parler de l’une de mes dernières lectures. On est alors pleinement dans cette idée de ne pas savoir quelque chose, et de passer son temps à faire des hypothèses. C’est d’ailleurs le principes de ces romans, que sont les romans policiers. On avance pas à pas avec les enquêteurs. Et je vais donc justement vous parler de l’un d’entre eux, le dernier romand de Cara Hunter. Si vous suivez le blog depuis un moment, peut-être vous souvenez-vous que j’avais eu un gros coup de cœur pour son premier roman, qui s’intitule Sous nos Yeux, et j’avais apprécié le second, Dans les Ténèbres. Depuis, je suis avec intérêt ses publications, et j’ai eu la chance de recevoir son dernier roman publié en français en service presse via les éditions Bragelonne. Ce roman a pour titre Que du feu, et il est sorti chez nous le 10 mars 2021. Voici son résumé :

Tout le monde n’a pas le cœur à réveillonner pendant les fêtes de fin d’année. A Oxford, un incendie a réduit en cendres la maison de la famille Esmond. Parmi les décombres, les corps de deux enfants. Le plus jeune est mort, le pronostic vital de l’aîné est réservé. Que faisaient-ils seuls dans la maison ? Où est passée leur mère ? Pourquoi leur père est-il injoignable ?

Cette affaire met à rude épreuve les nerfs de Fawley et réveille en lui de douloureux souvenirs. Sur place, les flammes ont détruits tous les indices, mais plus l’enquête progresse, plus l’inspecteur a du mal à croire que des décorations de Noël soient à l’origine de ce désastre. Et si cet incendie n’avait rien d’accidentel ?

Dans cette histoire, nous suivons donc une équipe d’inspecteurs menée par l’inspecteur en chef Fawley, qui enquête, pendant et après les vacances de Noël, sur un incendie qui a tué deux jeunes enfants. Le drame est-il accidentel ? Aurait-il pu être évité ? Où sont la mère et le père ? Dans les décombres de la maison, qui s’est effondrée, ou sont-ils ailleurs ? Que se passait-il réellement dans cette vieille maison construite au début du 20e siècle ? L’équipe va devoir répondre à toutes ces questions afin de trouver le responsable du drame, s’il n’est pas déjà mort.

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé l’inspecteur Fawley, qui m’avait beaucoup marquée dans les romans précédents. Mais cette fois, il est beaucoup plus en retrait de l’enquête, du moins à mon avis, et ce sont beaucoup plus les membres de son équipe qui mène l’enquête et qui interroge tout le monde. En effet, l’inspecteur en chef est en plein drame familial, et il ne parvient pas à retrouver ses capacités d’enquêteur. Il est dans le flou total pendant une bonne partie de l’enquête, ce qui m’a un peu dérangée, car il passe à côté de pistes ou d’éléments que le lecteur devine, mais qui ne sont pas creusés, ce qui fait que l’enquête semble pendant un moment superficielle, alors même qu’elle avance. En vérité, on a alors l’impression qu’Adam Fawley saborde sa propre enquête sans même s’en rendre compte, sans même le vouloir. Il n’a pas l’étincelle de génie qu’il pouvait avoir dans les autres tomes. Il reste professionnel, mais on sent qu’il n’a pas vraiment la tête à ce qu’il fait, ce qui va être embêtant pour la résolution du drame. De ce fait, on est un peu déçu par son personnage. Toutefois, j’ai aussi trouvé cela très bien, car cela permet de découvrir plus en détail les autres membres de l’équipe, et de leur donner de la place. On voit ainsi comment tout le monde fonctionne, et l’enquête ne repose plus que sur les épaules d’Adam. Et ce que j’ai trouvé aussi très bien, c’est de montrer que lorsqu’on ne va pas bien, on n’est pas à cent pour cent de nos capacités, et que oui, une enquête de police ne repose pas sur des robots, mais bien sur des personnes qui tâtonnent, qui cherchent, et que cela dépend aussi d’êtres humains, avec leurs doutes, leurs vies personnelles, etc. C’est d’autant plus marquant ici que nous sommes sur un drame familiale, qui ne peut que réveiller des peurs, des tensions, chez nos héros, qui ne peuvent que se mettre à la place de cette famille détruite. C’est donc, au final, une bonne idée de la part de l’autrice, qui nous montre bien qu’une enquête d’une telle ampleur ne peut pas se résoudre en un instant, et qu’elle ne peut être menée qu’avec des êtres humains, qui font eux aussi des erreurs. Et je pense que c’est ici toute la force de Fawley, de comprendre que sa vie part en lambeaux, et que cela ne peut qu’affecter son travail, et qu’il doit donc se reposer sur les autres afin d’avancer.

Je frappe le tableau de bord avec contrariété. Il n’y avait aucune raison de le suspecter à ce stade, néanmoins, nous aurions dû vérifier. Nous aurions dû être plus rigoureux. J’aurais dû être plus rigoureux.

J’en arrive maintenant à l’enquête en elle-même. Je l’ai trouvée très intéressante et très bien menée, au sens où jusqu’à la fin, on hésite sur le rôle de chacun dans cette histoire, et qui a allumé l’incendie. Ainsi, on élabore plusieurs théories, et certaines font vraiment froid dans le dos. Est-ce l’un des membres de la famille qui a mis le feu ? Le père, le petite garçon ? Ou est-ce un inconnu ? On passe ainsi par plusieurs théories et surtout plusieurs émotions. J’ai vraiment apprécié cela, car on est ballotté parce les découvertes que font les inspecteurs, qui nous donnent telle ou telle piste, et par les retours dans le passé, qui nous permettent de comprendre comment la famille en est arrivée à mourir à ce moment-là. C’est très intéressant de découvrir les victimes par la vie qu’ils avaient avant que tout ne bascule et qu’ils ne meurent. Cela nous permet de nous attacher à eux. Et justement, on sait que sans doute, parmi eux se trouve le tueur, on cherche donc celui qui avait le meilleur mobile, qui était le plus à même de procédé à cette mise à mort. Et j’ai vraiment apprécié que nos doutes se tournent vers l’enfant, le petit garçon, Matty, qui détestait son frère et qui voulait le voir mort. En effet, pour une fois, on se demande si un enfant aurait pu tué l’un des membres de sa famille, et si tout cela n’aurait pas dégénéré. Aurait-il voulu se venger de ce petite frère qui occupait toute l’attention ? Peu à peu, nos doutes évoluent, car Matty avait tout intérêt à faire disparaître son frère de trois ans, aveuglé par sa colère. Et j’ai donc trouvé cela original, car on ne soupçonne pas assez les enfants et la manière dont ils peuvent vouloir se venger, faire du mal autour d’eux, en réparation du mal qu’on peut leur faire. Or, ici, ses parents font du mal à Matty sans s’en rendre compte, en le délaissant, en ne s’occupant pas de lui, et en ne soupçonnant pas ce qu’il se passe sous leur propre toit. Mais Matty n’est pas le seul à avoir un mobile, et l’héritage entre aussi en ligne de compte, avec toute cette histoire autour de cette vieille demeure, héritée, qui ne peut pas être vendue, et qui peut seulement être détruite. Ce que j’ai vraiment apprécié avec cette histoire, c’est qu’on part dans plusieurs directions possibles, et cela est vraiment intéressant pour le lecteur que nous sommes, car il est compliqué de s’y retrouver, et lorsqu’on pense avoir compris le fin mot de l’histoire, un rebondissement, une nouvelle piste se met en route. C’est vraiment agréable, car l’histoire ne paraît pas se terminer, jusqu’au dénouement final. Bien entendu, on le comprend un peu avant les inspecteurs, mais tout est fait pour qu’on se creuse un peu les méninges, et c’est vraiment sympathique que tout ne soit pas devinable dès le début. Et ce qui est intéressant aussi, ce que j’ai beaucoup aimé, c’est que Matty va à la même école que Daisy Mason, et qu’il la connaissait certainement, car à peu près du même âge. Or, Daisy, c’est cette enfant qui a disparu dans Sous nos Yeux. Est-ce un lien entre les deux affaires ? J’ai apprécié le fait que le lien entre les deux romans soit posé.

Michael remet Zachary au lit et se tourne vers son fils aîné.

– Je ne voulais pas crier contre toi, mais tu dois comprendre que le Calpol, ce n’est pas pareil que du jus de fruit – c’est un médicament. Tu ne peux pas lui en donner – jamais. Seuls maman et moi pouvons faire ça. Est-ce que c’est clair ?

Matty jette un coup d’oeil à son père, puis hoche brièvement la tête. Il a le visage fermé.

Ce n’est que bien plus tard, lorsqu’il se met enfin à son bureau et parvient à commencer le premier jet qu’il aurait dû soumettre à son éditeur trois mois plus tôt, que Michael s’en aperçoit. Dans tout le chaos et la panique, Matty n’a jamais présenté d’excuses. Pas une fois.

Il n’a jamais dut qu’il était désolé pour ce qu’il avait fait.

Ce que j’ai aussi aimé, c’est que ce roman se fait un peu militant, au sens où il aborde des sujets de société par son histoire et par les histoires personnelles des enquêteurs. Ainsi, le roman aborde la dépression postnatale, et la souffrance qui apparaît avec le fait d’avoir un enfant. On découvre ainsi une mère dépassée par les événements, qui ne sait plus comment gérer ses enfants, les occupés, ni même les aimer, et qui laisse tout à son mari. Elle ne parvient même plus à se lever, et à faire le quotidien. Serait-elle alors à l’origine du feu ? Toutes les hypothèses sont envisageables. Et plus on découvre son quotidien, et plus on s’aperçoit que cette femme était sous la coupe de son mari, qui avait peu à peu pris le rôle de chef de maison, le chef de tout. Et on s’aperçoit que la dépression de Samantha trouve peut-être son origine ailleurs que dans son rôle de mère. J’avoue avoir été touchée par elle, mais pas du tout par son mari, qui est vraiment un être détestable, qui veut tout contrôler, tout gérer, et qui ne laisse aucune place à sa femme, qui en effet ne peut que s’effacer. On a donc de la peine pour cette mère qui commence à perdre pied, et a entendre des voix. J’ai bien aimé cette partie où l’on se demande si Sam perd la tête, si quelqu’un cherche à lui faire du mal, ou si tout cela n’est qu’une conséquence de sa dépression et des médicaments. Et ce qui est intéressant, c’est la véhémence de la art de Somer, la policière, pour défendre Samantha, et le fait que sa dépression n’en fait pas nécessairement une suspecte, qu’elle n’est pas forcément celle qui a mis le feu, et que sa maladie ne lui donne pas le monopole pour vouloir détruire ses proches, qu’elle aimait tout de même ses enfants, même si elle avait du mal à le montrer. Cette défense est intéressante, car non seulement on nous rappelle que la dépression post-natale existe, qu’elle fait de nombreux dégâts sur son passage, mais que cela ne veut pas dire que l’amour est inexistant, et que les mères peuvent tuer leurs enfants pour se dépasser d’eux. La maladie présente n’est pas un mobile nécessaire pour le crime, et c’est bien d’en parler ici, et de le rappeler. De la même manière, on parle aussi d’agressions sexuelles, et du rôle qu’une telle agression peut avoir dans une carrière, qu’elle peut détruire. Et même si cela n’est pas excusable, on comprend aussi à quel point un fait comme cela là peut détruire des vies.

– Tu parles de psychose post-partum, là, réplique Somer avec une légère brusquerie. Pas de dépression postantale. On n’a jamais diagnostoqué de PPP à Samantha.

– Malgré tout…, commence Baxter.

Mais elle ne le laisse pas finir.

– La psychose post-partum débute toujours dans les deux semaines suivants la naissance du bébé. Zachary avait trois ans. le nombre de cas où la PPP survient aussi longtemps après la naissance est extrêmement faible.

Baxter regarde vers moi, puis Somer.

– Sa dépression postnatale aurait-elle laisser place à une psychose post-partum ? Est-ce que c’est possible ?

Elle secoue la tête.

– Non. Ca n’a rien à voir. Et l’une ne mène pas à l’autre.

– Donc si Samantha voyait réellement des choses, ce n’était pas dû à ça ?

– Non. J’imagine que les médicaments qu’elle prenait ont pu être un facteur. Mais, même si cela était vrai, voir des fantômes est une chose et tuer délibérément toute la famille en est une autre.

Il y a quelque chose dans son visage – la façon dont elle le dit – qui étouffe toute autre forme de divergence d’opinion. j’aimerais juste en être aussi certain qu’elle.

Parlons à présent de l’écriture de ce roman. Celui-ci se mit tout seul. L’écriture est fluide et les chapitres, qui n’existent pas ici, s’enchaînent très bien. On a beaucoup de mal à reposer ce roman, on est happé par l’histoire et par les commentaires des uns et des autres, par nos propres théories, par le malheur qui s’est acharné sur cette famille, par l’envie de savoir qui est responsable, et surtout s’il va payer. J’ai aimé l’ambiance mystérieuse qui est mise en place au début de l’ouvrage, avec els voix qu’entend Samantha, et par le sujet du roman. Certes, ce dernier n’est pas facile, on parle tout de même de morts d’enfants, mais c’est bien mené, sans tomber dans le glauque ou l’horreur. On reste très respectueux envers les victimes, envers le drame survenu. De la même manière, j’ai apprécié tout le travail qui est mené par l’autrice en amont pour bien nous faire comprendre comment fonctionne l’incendie, et comment les pompiers travaillent pour fouiller les décombres. On a aussi le droit de lire des détails sur les rapports d’autopsie, et l’on est vraiment plongé dans le travail d’enquêteur mené par ces derniers. J’ai retrouvé ici ce qui m’avait beaucoup plus avec Sous nos Yeux, et avec un suspens bien présent, qui fait qu’on ne sait finalement le fin mot de l’histoire qu’à la fin de l’ouvrage, et qu’on voit à ce moment-là si nos hypothèses étaient les bonnes, avec une certaine marge d’erreur.

En résumé, je vous conseille ce roman, qui est vraiment bien construit, avec un thème fort, celui de la dépression postnatale, et aussi celui de la vengeance familiale. On élabore vraiment plusieurs théories et c’est ce que j’ai aimé, car tout le monde aurait pu mettre le feu à cette maison. On est vraiment plongé dans le quotidien d’une famille qui bascule, et c’est bien raconté, ce qui nous fait nous attacher à eux. J’ai aussi aimé le fait que l’inspecteur principal soit enfermé dans ses propres problèmes, et qu’il passe à côté d’éléments essentiels, ce qui est frustrant, lorsque tout se met en place, et que l’on comprend pourquoi la situation a basculé ainsi. C’est un roman à lire, mené d’une main de maître, avec une plume efficace et bien documentée. On a vraiment envie de savoir la fin, et le suspens est bien dosé, avec plusieurs rebondissements plaisants. Je me suis vraiment fait plaisir avec ce titre.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouvez dans un roman plicier ?

Aimez-vous savoir dès le début qui est le tueur ?

Ou préférez-vous développer vos propres théories ?

Bon dimanche à tous 🙂

et prenez-soin de vous 🙂

Une réflexion au sujet de « Que du feu »

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