mes écrits

Sois gentille pour Noël, chapitre 10

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que la reprise s’est bien déroulée de votre côté. Pour ma part, j’ai encore un peu de mal à me remettre dans le bain, mais j’espère que mon rythme va rapidement revenir. Je pense que ce sera mieux la semaine prochaine. Je crois que mes élèves sont eux aussi dans le même état d’esprit. Les vacances de Noël sont loin d’être les vacances les plus reposantes, et cette année a sans doute été pire encore, surtout que l’on ignore si l’on pourrait aller jusqu’à celles de février sans problème. La menace d’un nouveau confinement comme celui de mars est de plus en plus évoquée.

Mais pour garder le moral, j’ai ce qu’il vous faut. Je vous propose aujourd’hui de remonter un peu le temps, comme la semaine dernière, et de vous replonger dans l’ambiance des fêtes de fin d’année. En effet, c’est le moment de retrouver Isabelle, son ami Jack et sa famille en plein dans la préparation de Noël. Je vous propose en effet un nouveau chapitre de mon histoire de Noël, Sois gentille pour Noël. C’est sans doute l’avant-dernier, ou avant-avant-dernier chapitre, car on approche de Noël, et il est temps de mettre un terme à ce récit. Le chapitre d’aujourd’hui est donc le dixième, cela fait dix semaines que je vous raconte cette petite histoire, qui m’a bien abusée. Je pensais aller jusqu’au réveillon aujourd’hui, mais j’ai finalement coupé le chapitre en deux afin qu’il soit plus digeste. Aujourd’hui, vous allez donc savoir où était passé Jack. Ce n’est pas mon chapitre préféré, mais il est important pour la suite. J’espère que vous ne serez pas déçus par cette nouvelle étape de l’histoire.

Les chapitres précédents sont tous sur le blog, n’hésitez pas à les lire si vous êtes passés à côté, et à me dire ce que vous pensez de ce récit.

Chapitre 10

« Bien entendu, Jack ne refit pas surface tout de suite. J’étais inquiète, mais j’avais décidé de ne pas le bombarder de messages. J’en avais déjà laissé plusieurs, et je craignais que s’il refusait de répondre, c’était justement parce qu’il n’en avait pas envie. Ou que son téléphone soit déchargé. En tout cas, je ne pouvais que patienter, d’autant plus que ses parents n’avaient pas l’air plus que cela inquiets.

Néanmoins, je dois l’avouer, l’ambiance n’était pas à la fête non plus. Je n’avais que rarement vu un réveillon de Noël aussi déprimant. Le dernier devait remonter à mon adolescence, lorsqu’on avait été chez ma famille, du côté de ma mère, et que j’étais en pleine révision pour mes épreuves blanches du bac. La maison de nos hôtes n’était pas décorée, ils ne voulaient pas trop en faire, et je m’étais noyée dans mes devoirs plutôt que de penser à l’ambiance morose qui régnait alors. Je ne dirais pas que le réveillon de Noël ressemblait chez nous à une grande fête, mais l’on mettait les cadeaux au pied du sapin, le salon était rythmé par les chants ou par les films de saisons, on rajoutait de la décoration ou on finissait d’emballer nos derniers achats, la maison sentait la nourriture et la joie de vivre. Ce n’était pas le cas dans la demeure familiale de Jack.

Sa mère, malgré l’allure humaine qu’elle était parvenue à me montrer, m’avait mise à la porte de la cuisine, ne voulait pas que je l’aide à préparer quoi que ce soit pour le repas du soir. Même si elle était blessée, que sa cheville restait fragile et qu’elle devait se reposer, elle tenait à tout faire elle-même. Évidemment, Emma avait eu le droit de rejoindre sa belle-mère dans son antre, et de participer aux festivités. Elles devaient certainement déplorer l’attitude de Connor et lui casser du sucre sur le dos. En attendant, j’étais reléguée au rôle de celle qui déambule dans la maison en ne sachant que faire. Martin avait réquisitionné le canapé devant la télévision et, au lieu des films sympas que j’avais l’habitude de voir ce soir-là, il regardait les informations défiler sur les chaînes spécialisées en critiquant la politique de ceux qui étaient présents sur le plateau. Quant à Charlotte non loin de son père, elle pianotait frénétiquement sur son téléphone, et je ne savais pas comment engager la conversation avec elle. Connor avait lui disparu — serait-il allé chercher son frère ? Je le souhaitais de toutes mes forces, car je ne me voyais pas comment affronter la journée sans mon meilleur ami à mes côtés, je me sentais réellement désespérée dans cette grande maison silencieuse, où aucun rire d’enfants ne venait l’animer.

En parlant des enfants, ces derniers avaient ressorti leurs consoles de jeux vidéo et se tenaient dans leur coin, près de la fenêtre, avachis sur les canapés. Seul Priam était comme moi, errant dans le salon. De toute évidence, la conversation qu’il venait d’avoir avec Connor l’avait ébranlé, et il craignait encore de ne pas satisfaire les exigences du père Noël. Heureusement, des boites de jeux de société, poussiéreuses, traînaient dans un coin de la pièce, et je lui proposai une partie de Labyrinthe, ce qu’il accepta avec un grand sourire.

J’ignorai combien de temps nous jouâmes ainsi, en enchaînant les jeux tout en discutant. Priam aimait évoquer son collège et les cours qu’il y suivait. Je ne savais pas s’il était un bon élève, mais il avait une mémoire phénoménale et il semblait passionné par l’histoire. Il était capable de me parler en détail de la civilisation égyptienne et des différents pharaons qui avaient occupé le trône d’Égypte, jusqu’à Cléopâtre. Il pouvait me citer de mémoire des dates-clé, me détailler les ères de l’Égypte ancienne, et plein d’autres choses que moi-même j’ignorai. Autant je pouvais évoquer la philosophie de Descartes et parler pendant des heures du pourquoi c’était un penseur novateur, autant l’histoire restait pour moi nébuleuse, surtout sur des moments précis. Et j’avais beaucoup de mal à retenir des dates. Priam n’avait pas ce problème.

Ainsi, nous en étions à notre troisième partie de Cluedo à deux, ce qui allait évidemment plus vite que lorsqu’on était le nombre de joueurs requis pour mener une bonne partie, quand Connor fit son entrée dans la pièce. Il n’était pas tout seul. Jack le suivait, la mine basse. Il portait les mêmes vêtements que la veille, il n’était pas rasé, et ses cheveux étaient ébouriffés. Mais cela n’était rien comparé à ses iris injectés de sang.

— Tiens, revoilà le fils prodige, susurra Charlotte entre ses dents en jetant un coup d’œil dédaigneux à son frère, délaissant un peu son téléphone avant de se reporter son regard dessus.

En cet instant, Charlotte me fit penser à l’adolescente rebelle qui refusait de se plier aux règles et à grandir. Elle était plus vieille que Jack, c’était lui le petit dernier, mais à ce moment-là, elle paraissait bien plus jeune que lui.

Jack ne releva pas la pique et il se contenta d’un signe à son père, avant de se diriger vers moi.

— Je suis désolé, je n’aurais pas dû partir comme cela, mais j’avais besoin de me vider l’esprit.

Je hochai la tête, ne sachant pas très bien quoi dire. Je ne pouvais évidemment pas évoquer le baiser que je lui avais refusé, pas devant pas sa famille, pas alors que nous étions censés faire comme si nous étions amants. Et puis, même sans cela, je n’aurais jamais humilié de cette manière mon ami. Je tenais trop à notre relation pour oser déballer ainsi nos affaires intimes. Je ne pouvais donc que faire comme si nous nous étions disputés, et lui pardonner cet écart. De toute façon, je n’avais pas vraiment le choix. Je ne désirais pas à rester fâchée avec Jack pendant un moment. Et je devais profiter de ces excuses, car Jack n’était pas le genre d’homme à s’excuser spontanément.

Toutefois, avant que je ne réponde quelque chose, son père mit la télévision en sourdine et se rapprocha de son fils.

— Les femmes, toutes les mêmes, n’est-ce pas ? dit-il d’un ton gras. Elles nous font perdre la tête et après, il faut sans cesse qu’on rampe à leurs pieds.

Ariane délaissa son jeu vidéo pour regarder son grand-père. Ce fut comme si c’était la première fois qu’elle le voyait, ou qu’elle redécouvrait le sexisme qu’il pouvait développer. Elle n’était d’ailleurs pas la seule à fusiller l’homme des yeux. Charlotte avait elle aussi abandonné son téléphone et elle s’était même levée du canapé, l’air furibond. Avant que la situation ne s’envenime, je devais donc me montrer conciliante.

— Ce n’est rien, voyons, dis-je d’une voix que je voulais la plus assurée possible. Simplement un manque de compréhension de notre part.

Je suppliais des yeux Jack d’acquiescer, avant que les autres ne se jettent à la gorge. Déjà que nous n’étions pas dans l’ambiance de Noël, il ne fallait pas qu’en plus, les disputes se rajoutent à la fête.

Il passa une main dans ses cheveux, les ébouriffant davantage.

— C’est cela, oui, un manque de compréhension. Cela arrive dans tous les couples.

Martin éclata de rire et tapa sur l’épaule de son fils, le faisant vaciller.

— C’est au fondement du mariage, pourtant, la compréhension. Tu dois faire des efforts. Comment crois-tu que nous tenions le coup, avec ta mère ?

Je devins rouge. Je ne savais pas sur quel terrain voulait nous emmener Martin, mais je ne désirais pas spécialement apprendre comment son couple était entretenu. J’avais déjà du mal à me dire qu’il pouvait aimer une femme comme Marie, alors si en plus il cherchait à nous donner des conseils matrimoniaux, c’était peine perdue.

Il fut néanmoins coupé dans son élan par l’arrivée de son épouse, qui jeta un coup d’œil sur son dernier fils, un regard qui me fit frissonner tellement il était chargé de mépris.

— Peut-on savoir où tu étais passé ? demanda-t-elle sèchement. Tu as abandonné la maison alors que nous sommes en fêtes, et tu nous as laissé ta compagne sans lui donner une seule nouvelle. Te rends-tu compte de l’attitude irresponsable que tu as eue ?

Jack baissa la tête, avant de confier enfin où il avait passé la nuit.

— Je suis allé rejoindre Laura. Je voulais profiter du fait que je sois dans la région pour savoir ce qu’elle devenait.

Cet aveu eut le mérite de provoquer plusieurs réactions. Charlotte plaqua sa main sur sa bouche pour étouffer un cri, Connor roula des yeux dans ses orbites en se retenant d’aller frapper son frère, et Martin et Marie eurent un sourire content, comme s’ils s’attendaient à cette action de la part de leur fils. Quant à moi, j’étais interloquée. Qui était Laura ?

— C’était mon amour de jeunesse, me dit Jack en me regardant dans les yeux, comme s’il répondait à ma question muette. On était toujours fourrés ensemble lorsqu’on était enfant. J’avais même prévu de me marier avec elle. Mais nos chemins se sont séparés après le collège.

Devais-je me sentir jalouse ? En effet, je l’étais. Mais était-ce parce qu’il avait passé la nuit avec elle, ou parce qu’il ne m’avait jamais parlé de la relation qu’il avait eue avec cette fille ? Je ne parvenais pas à démêler mes sentiments. Je n’aimais pas Jack, pas comme il le voulait, il avait donc le droit de voir qui il le souhaitait. Je n’avais aucun pouvoir sur sa vie. Cependant, contrairement à d’habitude, à depuis que je le connaissais, cette fille avait l’air d’avoir compté pour lui. J’aurais aimé qu’il me parle d’elle plus tôt.

— Et comment va Laura ? demanda Marie avec un sourire qui montait jusqu’à ses oreilles. Cette petite était charmante. Une fille de ton standing.

Je serrais les poings et les dents. Marie recommençait à me dénigrer, et ce devant Jack. À voir la manière dont Connor fermait lui aussi ses mains, il devait être à deux doigts de se jeter à la gorge de sa mère. Ce réveillon de Noël ne se passait définitivement pas comme je l’avais imaginé.

Jack grinça des dents.

— Que veux-tu que je te dise ? l’interrogea-t-il. Que je plaque Isabelle et que je retourne avec Laura sous prétexte que sa famille était elle aussi riche et que nous fréquentions la même école de bourge ? Que tu la préfères à ma petit-amie de l’époque, tout simplement parce que tu te souviens d’elle avec des couettes et une jolie robe ? On avait dix ans ! Je vais te dire la vérité, Laura est mariée, avec des enfants. Son épouse est d’ailleurs très gentille.

Cette dernière phrase acheva Marie.

— Son épouse ? répéta-t-elle, les yeux révulsés, qui allaient avec ceux de Martin.

— Oui, Laura est lesbienne. Et j’en suis tout à fait content pour elle. Elle a une très belle vie, surtout qu’elle au moins n’est plus obligée de côtoyer ses parents.

Sur ces mots hargneux, Jack fit demi-tour et monta l’escalier, certainement pour regagner notre chambre et se changer. J’étouffai un rire, que je partageai avec Connor. Nous échangeâmes un clin d’œil. Et comme si cela ne suffisait pas, la grand-mère de mon meilleur ami fit soudain irruption, elle avait terminé sa sieste.

— Qu’ai-je raté, demanda-t-elle sérieusement, avec toutefois des étincelles dans les yeux. Ce réveillon de Noël va-t-il enfin commencer ?

Il venait en vérité de débuter sur les chapeaux de roues. »

N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez si ce chapitre vous a convaincu ou non.

Et vous ?

Votre reprise s’est-elle bien passée ?

Etes-vous encore dans l’esprit des fêtes ?

Jusqu’à quand gardez-vous votre sapin, votre décoration ?

Bon jeudi, et prenez soin de vous ❤

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