chroniques littéraires

Alana et l’enfant vampire

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez une excellente semaine. Pour ma part, je suis toujours sous la sidération de la semaine dernière, et je me demande quand est-ce qu’elle va passer, et surtout si elle doit passer. La vie continue mais pouvons-nous oublier un tel drame ? Je me sens comme après Charlie Hebdo, face à une tragédie qui tourne en boucle dans mon esprit et dont je ne parviens pas à me vider. Et je me demande vraiment comment va se dérouler la rentrée.

Justement, afin de penser à autre chose, je vous emmène aujourd’hui dans un roman jeunesse fantastique peuplé de vampire. Il est en effet temps de préparer Halloween, l’une de mes fêtes préférées. Et c’est donc l’occasion de se plonger dans des histoires fantastiques, voire même horrifiques, même si , en vérité, ces valables sont parfaitement valables toute l’année. Aujourd’hui, je vous parle donc du premier roman publié de Cordélia. Honte à moi, j’ai son premier roman, publié en autoédition, dans ma pile-à-lire depuis des années, mais je ne l’ai toujours pas lu. Cordélia, c(est celle qui m’a inspirée pour le blog, qui m’a donné envie de vous parler de mes lectures, de partager avec vous mes écrits. Je la suit depuis des années sur les réseaux sociaux, j’ai écouté pas mal de ses conseils, j’avais donc à cœur de lire son premier ouvrage publié dans une maison d’édition. Aujourd’hui, je vais donc vous parler du roman Alana et l’enfant vampire, sorti aux éditions Scrineo en juin 2020. Voici son résumé :

Alana en a marre. Ses parents et sa sœur sont encore partis gérer des conflits vampiriques sans elle !

Heureusement, sa meilleure copine Oli est là pour lui changer les idées : elle est persuadée que Joâo, le nouvel élève de leur classe, est un vampire ! Se pourrait-il qu’elle ait raison ? Et s’il leur révélait quelque chose d’encore plus terrible ?

Pour Alana, c’est l’occasion de prouver à sa famille qu’elle est capable de mener à bien une mission, malgré ses douleurs musculaires…

Dans cette histoire, nous suivons Alana, jeune collégienne parisienne. Elle peut sembler banale, de prime abord, seulement sa famille est bien connue dans le monde vampirique. Ainsi, depuis des siècles, les ancêtres d’Alana sont des médiateurs, ils interviennent dans les conflits vampiriques afin de calmer les clans, afin d’éviter que les vampires ne soient découverts par les humains. Alana rêve depuis toujours de devenir une grande médiatrice. Mais voilà, fragile, avec un corps souffrant, Alana est presque systématiquement mise de côté par ses parents. Et ces derniers viennent d’ailleurs de partir en mission à Berlin, la laissant avec sa grand-mère, et sa meilleure amie trop curieuse. D’ailleurs, cette dernière est persuadée que le nouvel élève du collège, sur qui elle crush, est un vampire. Alana va devoir mener l’enquête sans se faire repérer, et sans dévoiler le secret de sa famille. Mais en est-elle vraiment capable ?

Je vais commencer cette chronique par vous parler du personnage d’Alana, puisqu’elle est le personnage central de ce récit. C’est une jeune fille qui rêve d’entrer dans les pas de ses parents, qui a donc de grandes choses à prouver. Or, elle est très frustrée parce qu’elle n’arrive pas à la cheville de sa grande sœur, qui est brillante, et avec qui elle n’a de cesse de se comparer. Alana souffre d’un complexe d’infériorité, persuadée qu’elle ne peut pas faire mieux que sa sœur. Or, elle finit par comprendre qu’elle n’a pas à se comparer à sa sœur, qu’elle doit ouvrir sa propre voie, qu’elle a aussi ses propres qualités. De ce fait, l’évolution d’Alana est intéressante, car elle montre que les comparaisons n’ont pas lieu d’être, que nous sommes tous uniques et que nous avons tous notre propre manière de faire. Alana grandie en cessant de se comparer à sa sœur ou même à ses parents, en devenant vraiment elle-même. C’est d’ailleurs ce qui fait que son personnage est touchant, car il commence tout doucement à couper les liens avec sa famille, au sens où Alana développe sa propre méthode afin de se lier aux vampires, où elle développe ses propres talents, délestée du poids familial. C’est assez plaisant de la voir agir de cette manière, de se libérer et d’agir comme elle l’entend. Je pense, et j’espère, que sa voie sera encore plus marquée dans les prochains tomes. Ce que j’ai aussi appréciée avec Alana, outre son grand courage, qui la pousse à se dépasser, c’est qu’elle n’est finalement pas si banale que cela, au sens où elle est obligée de faire d’énormes efforts pour vivre. En effet, Alana souffre beaucoup, notamment de douleurs chroniques qui ne sont pas encore diagnostiquées. C’est un thème assez intéressant qui est alors développé ici, sur l’idée que nos héros, dans les livres notamment jeunesse, sont tous tujours en forme pour vaincre leurs ennemis. Or, ce n’est pas le cas d’Alana, et elle doit trouver un autre moyen pour se battre, elle dont le corps la lâche souvent. On est donc face à une critique du validisme, le fait que la santé est importante pour devenir un héros, et que les handicapés ou les personnes plus faibles sont exclues de ce modèle-ci. C’est donc une manière de lutter contre l’exclusion qui nous est présentée dans ce roman, et j’espère donc que des petote set jeunes filles seront se reconnaître dans le personnage d’Alana et devenir elles aussi des héroïnes.

– Dis mamie, tu crois que je deviendrais Médiatrice un jour ?

Mamie ne répond pas tout de suite et prend le temps de refermer son livre. Elle plonge son regard sombre dans le mien, l’air très sérieuse.

– Et toi ?

– J’ai l’impression que je n’y arriverai jamais.

– Et pourquoi tu penses ça ?

Elle me fait le coup de répondre à des questions, ça m’agace. Comme si elle ne connaissait pas la réponse.

– Tu sais très bien. Je ne cours pas assez vite, je n’ai aucune force et je ne ferai jamais le poids face à un vampire.

– Et tu crois que tes parents et ta sœur courent plus vite que les vampires ? Que leur force est supérieure à celle des immortels ? me questionne mamie en haussant un sourcil dubitatif.

Je rougis. Evidemment que non, c’est la première chose qu’on apprend : nous les humains, nos ne pouvons pas rivaliser.

– Je ne te l’ai jamais caché : courir vite et manier une arme peuvent nous sauver la mise en mission, mais ce ne sont pas les compétences les plus importantes des Médiateurs. On ne nous demande pas de nous battre.

C’est vrai, on nous demande surtout de désamorcer les conflits, d’être des intermédiaires. Et donc, de faire preuve de diplomatie et de stratégie. Tout ça pour protéger l’humanité des vampires.

– Si tu ne peux pas courir, tu dvras simplement trouver une solution pour ne pas avoir à le faire. (…) Si devenir Médiatrice est ton souhait, tu dois trouver ta propre méthode pour interagir avec les vampires.

En ce qui concerne les autres personnages secondaires, ils sont eux aussi plaisants à suivre, même si j’ai préféré la grand-mère d’Alana, encore pleine de vigueur et de fougue malgré son âge avancé. En effet, la grand-mère d’Alana est chargée de veilleur sur elle, elle ne peut plus aller au combat car elle a été gravement blessée pendant une mission. Mais ceci n’empêche pas la vieille dame de garder des contacts, et de suivre avec passion ce qui se passe chez les vampires. Et elle donne de nombreux conseils à sa petite-fille, la poussant même à mener son enquête après de Joâo. J’ai beaucoup aimé le lien qu’entretiennent Alana et sa grand-mère, un lien très complice, plein de respect. Ceci fait alors que la grand-mère d’Alana est touchante car elle veille sur cette dernière, tout en essayant au mieux de la préparer à la suite. Sa grand-mère ne considère pas Alana comme un poids mort, mais bien comme une Médiatrice en devenir. Elle la sent capable de réussir sa formation, elle a confiance en elle, ce qui est un soulagement pour la jeune fille. Et son personnage est aussi un moyen de parler de ce que nous faisons des retraités, lorsque ces derniers deviennent justement plus faibles, et qu’ils sont mis sur la touche. Le personnage de la meilleure amie d’Alana, Oli, est lui aussi super sympa. J’ai aimé sa folie, et le fait qu’elle soit persuadée que les vampires existent, ce qui pousse Alana à lui mentir afin de protéger son secret. Leur relation est là aussi intéressante, pleine de respect, surtout lorsqu’Oli dévoile son grand secret, le fait qu’elle ne se reconnaît pas dans le fait d’être une fille, dans le genre qui lui a été assignée à la naissance. J’ai apprécié que nous ayons ici ce type de question, même si je trouve que cela tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, au sens où l’on peut se demander si cette question était légitime à ce moment-là du récit, même si l’on sent que cela fait un moment qu’Oli se la pose. Mais j’ai tout de même apprécié la manière dont Alana réfléchit à cette question, et le fait qu’elle soit posée, même si je me demande comment cela va évoluer par la suite.

– Oli ça commence pareil, mais ça fait moins fille. Plus passe-partout.

Ca a l’air de questionner Joâo, et même si je ne dis rien, j’avoue que moi aussi. Oli ne m’a jamais parlé du fait qu’elle n’aimait pas avoir un prénom féminin. Joâo poursuit la conversation :

– Parce que tu n’aimes pas avoir un prénom de fille ?

– Bof. J’ai pas l’impression d’en être vraiment une. Parfois je me dis que j’aurais même carrément préféré être un garçon.

– Et genre… tu voudrais être un garçon ?

– J’sais pas trop. Peut-être. J’ai pas décidé. Je sais pas si j’ai vraiment envie de me décider.

Oli se mord les lèvres, le regard fuyant. Je lui souris. Je suis contente qu’elle ait eu envie de nous parler de ça. Et j’espère qu’elle finira par trouver tranquillement qui elle veut devenir. Parfois c’est difficile de savoir la personne qu’on veut être plus tard. D’autres fois, c’est évident. Moi par exemple, j’ai toujours su que je voulais être Médiatrice et je sais maintenant que j’y arriverai un jour ou l’autre. Oli se demande si elle préfère être une fille ou un garçon, ou aucun des deux, elle a le droit. Comme dit mamie : parfois il faut prendre le temps de se poser les bonnes questions.

Le monde décrit ici par l’autrice est agréable, avec des vampires vieux de plusieurs siècles régis par des lois très strictes, posées depuis des décennies, qui font qu’ils n’ont pas le droit de mordre et de transformer des enfants. Cela permet d’ailleurs l’invention d’un nouveau terme, infampires, contraction d’enfant et de vampire. Ainsi, les infampires ne sont pas tout à fait des vampires, mais plus non plus des enfants, ce qui pose quelques problèmes éthiques et morals, notamment dans leur traitement. Ainsi, les infampires sont voués à mourir, dévastés par le fait de ne pas pouvoir vieillir et d’être bloqués à un âge où les pouvoirs vampiriques sont à peine développés. Cela en fait aussi des êtres fragiles, ce qui impose le fait de les détruire car ils ne servent à rien. Or, comment peut-on abattre des enfants ? C’est la question que va se poser Alana et ce qui va la motiver pendant tout le récit, à savoir protéger des enfants transformés contre leur volonté en vampire, allant ainsi à l’encontre des règles des Médiateurs, mais aussi des vampires eux-mêmes. Cette idée est assez intéressante, car elle permet de s’interroger sur notre propre rapport à l’immortalité, sur le fait que cette dernière est souhaitable, mais qu’à partir d’un certain âge, et le fait que les enfants ne sont pas des adultes et que les enfants veulent, et doivent, grandir pour être pleinement accomplis. Le fait que Joâo est survécu va sans doute poser des problèmes par la suite, lorsque ses amies vont grandir et que lui va rester bloqué à l’adolescence. Je me demande donc comment cela va être traité par la suite, et si une solution va être trouvée pour lui.

– Vous ne voulez pas sauver les enfants ! Tout ce que vous vopulez, c’est capturer Jupiter !

Rebecca hausse les épaules.

– Et alors ? Ce sont des vampires, ce n’est pas ton problème.

– Mais ce sont des enfants !

– Des infampires, corrige Rebecca. Ils ne devraient même pas exister. Même s’ils survivent, il est probable qu’Aaliyah n’accepte pas de les laisser vivre. Je vais négocier pour Joâo, mais je ne peux pas sauver tout le monde.

– Vous pouvez au moins essayer !

Mamie soupire. Elle se lève lentement, récupère sa canne posée contre le rebord de ma table et s’avance avec difficulté.

– Le sort des vampires ne te concerne pas, Alana. Chaque espèce décide pour ses semblables. Les Médiateurs statuent du sort des humains et les vampires gèrent leurs affaires entre eux. Je sais que ça te paraît injuste, mais c’est ainsi.

Je vais à présent vous parler de la plume de l’autrice. J’avais déjà lu des fanfictions écrites par Cordélia, je connaissais donc déjà son style d’écriture. Et je dois dire que je n’ai pas été dépaysée, même si cet ouvrage s’adresse à la jeunesse, ce qui n’était pas le cas précédemment. Le roman se lit bien, la plume est fluide, et même si certains passages sont très jeunesses, notamment dans les dialogues, cela correspond non seulement au thème de l’ouvrage, et ce que j’ai apprécié, c’est que ces passages ne sont finalement pas trop enfantins, au sens où ils ne considèrent pas le lecteur comme un idiot, comme cela peut parfois être le cas dans certains livres jeunesses, lorsque le narrateur est obligé de tout répéter en permanence. Ici, on considère le lecteur comme étant assez mature pour comprendre les incidences de certains événements, et c’est ce qui est plaisant. On pense ainsi que les enfants peuvent comprendre le problème du genre de Oli, les douleurs de Alana ou même l’engrenage étrange dans lequel se trouve Joâo. C’est intéressant et c’est, je pense, ce qui fait aussi la force de cet ouvrage, malgré son style très simple. Cependant, j’ai eu un peu de mal au début avec l’écriture inclusive qui se met en place dans la seconde partie du roman, et j’ai trouvé cela un peu inutile, même si je comprendre le choix de l’autrice vis-à-vis du personnage d’Oli, qui est neutre. C’est intéressant de voir ce type d’écriture être intégrée dans un tel récit, et cela ne dérange en rien la lecture, mais du coup, je ne trouve pas que cela marque réellement la neutralité du personnage. Bien entendu, cela n’est que mon ressenti personnel, et j’ai bien compris la ,eutralité d’Oli, même sans cette écriture.

En résumé, c’est un roman que je vous conseille, qui permet d’avoir une histoire originale, fantastique pleine de vampires, avec des personnages attachants, et surtout de la diversité. J’ai apprécié le personnage d’Alana et le fait que son personnage permette de nous initier à une certaine forme d’handicap et une critique du validisme. Le personnage de Oli est lui aussi sympathique et permet de parler de neutralité, et celui de Joâo nous parle de l’enfance et du fait de grandir, ou non. C’est un premier tome intéressant, qui promet une saga passionnante. L’histoire se lit bien et est plaisante à lire. C’est un bon roman jeunesse, parfait pour des enfants et des adolescents.

Et vous ?

Qu’aimez-vous retrouver dans les romans jeunesses ?

Quel style préférez-vous retrouver dans ces histoires ?

Le fait de lire en écriture inclusive vous dérange-t-il ?

Bon mercredi à tous 🙂

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4 réflexions au sujet de « Alana et l’enfant vampire »

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