chroniques littéraires·partenariat

Rien qu’à moi

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous passez un bon weekend. Ici, il est marqué par la pluie, mais on s’y attendait vue la météo et la tempête qui règne sur le Bretagne. Lorsque je vois les images de ce qui se passe dans certaines régions de France, je mesure toute la chance que j’ai, finalement, de vivre en Loire-Atlantique, qui est assez épargnée par ce type de phénomènes, même si nos côtes ont aussi eut leur lot de catastrophes. L’avantage d’un temps pareil, car il faut bien en trouver un et rester positif, c’est que ce temps donne envie de rester chez soi à lire tranquillement. Et que la pluie permet de donner un peu d’eau à notre terre asséchée par l’été.

Aujourd’hui, je vos retrouve sur le blog pour vous parler d’un roman policier que j’ai lu récemment. Il s’agit du roman Rien qu’à moi, de Elisabeth Norebäck. Je vous emmène donc en Suède avec ce titre, qui est publié aux éditions Hauteville, donc chez Bragelonne, que je remercie d’ailleurs pour l’envoi de ce service presse. Ce roman est sorti en France en août 2019 et il vient de ressortir en version poche. Voici son résumé :

Psychiatre reconnue, mariée et mère d’un fils qu’elle aime plus que tout au monde, Stella Widstrand est enfin apaisée. Vingt ans plus tôt, se fille Alice a disparu sur une plage dans des circonstances jamais élucidées. En vain, elle a remué ciel et terre pour la retrouver. Puis elle a choisi d’avancer. Mais une patiente va faire voler sa vie en éclats. La jeune Isabelle ressemble en effet de façon troublante à sa fille que Stella en est convaincue: Alice est revenue. Prend-elle ses désirs pour des réalités ? Pour répondre à cette question, elle va tout risquer, jusqu’à mettre ceux qu’elle aime en danger. Car la mère d’Isabelle est prête à tout pour que sa fille reste à ses côtés…

Dans cette histoire, nous suivons trois femmes différentes. Il y a tout d’abord Stella, qui a perdu son premier enfant alors que celui-ci n’avait qu’un an. Depuis, Stella a essayé de refaire sa vie, mais la disparition d’Alice la hante toujours. Ensuite, nous avons Isabelle, jeune femme qui essaye de s’émanciper, et qui est venue s’installer à Stockholm pour fuir sa mère invasive, et surtout le lourd secret de famille qui pèse sur elle. Enfin, nous avons Kerstin, la mère d’Isabelle, qui refuse que cette dernière vient un psy, qui refuse que sa fille s’éloigne d’elle, et qui est prête à tout pour la faire rentrer à la maison. Ces trois femmes vont s’affronter, car isabelle ressemble comme deux gouttes d’eau à Alice, al fille disparue de Stella. Et si, en fait, elles n’étaient qu’une seule et même personne ?

Je vais commencer cette chronique par vous parler de Stella. C’est une mère qui n’arrête pas de protéger son fils, car elle a déjà perdu un enfant, et elle n’a qu’une peur, c’est que cela recommence. Elle veille donc avec tout le soin possible sur son fils, sur ses fréquentations, sur ses trajets, et elle peine à lui laisser de l’indépendance. Elle est aussi hantée par le souvenir de sa fille, même si elle fait tout pour passer à autre chose. Stella sait qu’elle est responsable de la disparition de sa fille, et elle ne se remet pas de cette erreur qu’elle a pu faire autrefois. Elle aime sa famille, et elle sait que l’équilibre qu’elle a trouvé jusque-là peut être mis en péril à n’importe quel moment. Elle veille donc avec soin sur toute sa famille. Or, avec l’arrivée d’Isabelle dans sa vie, Stella perd pieds, car elle est convaincue qu’Isabelle est Alice, sa fille disparue. Mais malgré cette conviction, elle a quant même quelques doutes, et c’est ce que j’ai trouvé intéressant chez elle, cette remise en question qu’elle a de ses sens, de ses sensations. Car ce n’est pas la première fois que Stella pense reconnaître sa fille. Cependant, cette intime conviction va alors lui faire prendre de mauvaises décisions, va alors l’entraîner dans un cercle vicieux prévisible. C’est un peu ce qui m’a dérangé avec Stella, le fait que ce qu’elle fait est prévisible, que l’on peut le deviner. Stella est en fait assez instable, mais elle ne s’en rend pas compte. Et elle va devenir véritablement obsédée par Isabelle, jusqu’à la suivre. On a alors envie de lui faire prendre conscience de ce qu’elle fait subir non seulement à son entourage, mais aussi à elle-même. Les doutes qu’elle a s’effacent dès qu’elle isabelle, ce qui fait qu’elle n’est pas toujours très lucide. C’est dommage, parce qu’on a envie qu’elle se pose, que’elle réfléchisse calmement. Mais d’un autre côté, c’est ce qui la rend touchante, car on est ému par sa peine, sa détresse, et ce qui fait qu’elle perd peu à peu la raison. On a envie de l’aider et qu’elle retrouve sa fille, même si rien ne semble évident là-dedans. Le personnage de Stella est donc agréable à suivre, et elle nous entraîne dans ses tourments, même si on a envie de la secouer pour qu’elle se réveille et prenne les bonnes décisions à certains moments, afin de ne pas se jeter tête baissée dans quelque chose qui la dépasse.

Je suis assise sur le canapé. Seule.

Milo s’est enfermé dans sa chambre.

Sebastian, Pernilla et Hampus sont rentrés chez eux. j’ai entendu Pernilla poser des questions à Henrik à voix basse, s’enquérant de ce qu’elle pouvait faire. I l’a remerciée, avant de lui chuchoter encore quelque chose. Je n’ai pas pu entendre quoi. Puis il a frapper à la porte de Milo, qui l’a laissé entrer et à refermé la porte.

Je suis seule sur le canapé. Je sens que je m’enfonce.

Je ne contrôle plus la peur.

Je ne me contrôle plus.

Je ne contrôle rien.

Je suis malade.

Je vais maintenant vous parler du personnage de Kirstin, la mère d’Isabelle. J’aurais certes pu vous parler d’Isabelle, mais je trouve que le personnage de sa mère apporte bien plus à l’histoire qu’Isabelle en elle-même. Dès le début, par le biais des échanges entre Stella et Isabelle, on comprend que Kerstin est une mère possessive, intrusive, et qu’elle ne laisse pas sa fille s’émanciper. Kerstin est une vraie mère poule, qui est toujours à surveiller sa fille, à lui dire quoi faire. Elle contrôle véritablement la vie de sa fille, ce qui est assez inquiétant. Du coup, dès le début, son personnage nous est antipathique, et on a envie qu’Isabelle prenne son indépendance vis-à-vis de cette mère étouffante. Toutefois, on a aussi le point de vue de Kerstin, qui nous fait prendre conscience de sa solitude, du fait qu’elle a consacré sa vie à sa fille et à son travail, et qu’elle n’a que eux dans sa vie. J’ai trouvé cet aspect intéressant, car cela montre aussi les dynamiques qu’l peut il y avoir entre mère et fille, et le repli que peuvent vivre certaines mères sur leur enfant. Toutefois, malgré cet aspect-là, je ne dirais pas que j’ai apprécié le personnage de Kerstin, au sens où l’on comprend rapidement que c’est une manipulatrice, et qu’Isabelle, tout comme Stella, vont devoir se méfier d’elle, car Kerstin est prête à tout pour garder sa petite fille prêt d’elle. De ce fait, elle en devient dangereuse, et l’on a ici un parfait exemple de ce que la douleur ou l’abandon peuvent provoquer comme réactions extrêmes. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas vous spoiler, mais si on peut être ému par la détresse de Kerstin, on n’en arrive tout de même pas à lui pardonner les actes qu’elle va commettre tout au long de cette histoire. Je trouve que c’est ce qui rend le personnage intéressant, le fait que l’on balance entre une sorte de compassion, mais surtout de la colère à son encontre, et qu’on veuille l’arrêter avant qu’elle ne fasse de gros dégâts.

J’aurais aimé être là pour l’aider à emménager. A accrocher ses rideaux, ses cadres, à rendre l’endroit un peu plus accueillant. Le genre de choses qu’une mère est censée faire. Sauf que, ces derniers temps, Isabelle éprouve le besoin de profiter de sa toute nouvelle indépendance. A mes yeux, ça ressemble plus à une révolte. J’essaie de ne pas lui montrer à quel point ça me déstabilise, mais c’est dur. Je suis très peinée. Ça me fait terriblement mal quand elle prend ses distances avec moi.

Elle met du café à chauffer et je vais à la salle de bains. Après m’être soulagée, je fouille dans son armoire à pharmacie. Je n’y trouve ni drogues ni contraceptifs. Puis j’inspecte sa chambre. La couverture a été jetée sur le lit sans soin, comme à la hâte. Ça me donne des appréhensions.

Couche-t-elle avec quelqu’un ? Avec plusieurs personnes ? Ma fille, ma fille à moi, aurait commencé à s’adonner à ce genre de pratiques ? Le garçon que j’ai vu sortit tout à l’heure, qui était-ce ? Rendait-il visite à Isabelle ? Était-il dans son lit ? S’offre-t-elle au premier venu ? Les baise-t-elle comme une traînée, à se tortiller sous eux pendant qu’ils halètent et gémissent, et prennent d’elle ce qu’ils veulent ? L’idée d’Isabelle dans cette situation me dégoûte, me dégoûte à un point inimaginable. Ne comprend-elle pas comme je suis triste ? Mais elle est encore faible. Elle a besoin de sa maman. Je dois la remettre sur le droit chemin.

Venons-en maintenant à l’histoire en elle-même. On pourrait se dire que c’est une histoire comme il en a été écrit de nombreuses fois, une histoire de disparition d’enfants et de mère qui se bat pour la retrouver, qui sait de manière viscérale que son enfant est toujours vivant, et qui tombe dessus des années plus tard, et veut le récupérer. Ce n’est en effet pas un thème original, je l’accorde, et j’ai déjà lu plusieurs de romans policiers basés sur cette trame précise. Ce que je trouve néanmoins intéressant avec celui-ci, c’est le doute qui est très présent tout au long de l’histoire. Certes, Stella sait qu’Isabelle est sa fille, ou du moins, elle le croit. Car finalement, rien n’est sûr dans cette histoire, et c’est ce que j’ai aimé. Après tout, Isabelle elle-même n’a pas de doute sur l’identité de sa mère, qui est Kerstin, et elle n’a pas à en avoir. Et Stella est dès le début quelqu’un d’instable, présentée comme ayant eu l’impression d’avoir croisé sa fille de nombreuses fois au cours des années, ce qui rend son sentiment moins crédible. De plus, elle perd les pédales peu à peu, oubliant son travail, croyant que son mari la trompe, oubliant même son fils parfois. Ceci semble donc remettre en question la certitude de Stella, et c’est ce que j’ai apprécié, car pendant la majeure partie du roman, on s’interroge sur sa santé mentale, sur le fait qu’Isabelle ne peut pas être sa fille, qu’elle se trompe, et j’ai aimé ce va-et-vient entre ses certitudes et ses doutes. C’est ce qui, à mon sens, rend cette histoire crédible et fait qu’elle est intéressante et passionnante à lire, avec une tension qui règne pendant tout l’ouvrage.

Je rouvre les yeux.

Il y a un homme dans la rue. Vêtu d’un imperméable sombre et informe, dont la capuche cache le visage. Les bras collés le long du corps.

Haletante, je recule d’un pas. L’home qui m’observe ne bouge pas. Je pivote, saisis le téléphone sr la table de la salle à manger pour appeler la police. Quand je me retourne vers la rue, il n’y a plus personne.

Le vent fouette les arbres, la pluie frappe aux vitres. Je reste avec l’appareil à la main, prête à passer l’appel. Je regarde au-delà du jardin, de l’autre côté de la rue.

L’homme à l’imperméable n’est plus là.

En ce qui concerne l’écriture, je l’ai trouvé fluide et accrochante, au sens où j’avais très envie de connaître la fin, et j’ai dévoré ce roman. Comme je l’ai mis plus haut, il y a une vraie tension qui persiste tout au long de notre lecture, car non seulement Stella est assaillie par ses questions sur Isabelle, par les doutes aussi, par ses sentiments, mais aussi par l’extérieur. Une menace plane assez vite sur elle, ce qui n’arrange pas les choses. Stella est surveillée et reçoit même des menaces de mort à mesure qu’elle s’intéresse à Isabelle, mais est-ce que cela est-il bien lié à Isabelle, ou à cette patiente avec qui Stella a eut des problèmes ? Ou est-ce lié à la maîtresse de son mari ? Le fantasme, le délire, rejoignent finalement assez vite la raison de Stella, ce qui nous fait douter de ce qu’elle voit, de ce qu’elle éprouve. N’a-t-elle tout simplement pas envie de retrouver sa fille disparue dont elle ne parvient pas à faire le deuil ? Cette menace va aussi se retrouver peser sur Isabelle, et sa vie est elle aussi menacée, ainsi que la vie de tous ses proches. Cela donne donc envie de savoir comment cela va se terminer, si l’une des deux va mourir, et surtout si Isabelle est vraiment la fille perdue de Stella, et le rôle qu’a joué Kirstin dans cette histoire. Le déchaînement de violence qui arrive à la fin semble alors normal, vu ce qu’on a pu lire pendant le récit. Le fait que le récit se déroule en Suède ne m’a pas posé problème, même si une carte de ma région n’aurait pas été de refus, car nos héroïnes se baladent beaucoup hors de Stockholm, et lorsqu’on ne connaît pas la région, c‘est compliqué de se repérer, même si cela ne dérange pas vraiment la lecture du roman. J’ai aimé la fin du roman, la manière dont elle est construite, et surtout le fait que l’autrice refuse d’avoir un total happy end, au sens où elle va à l’encontre de ce que l’on retrouve habituellement dans ce type de récit. Je ne vous en dis pas plus pour garder le suspens, mais j’ai trouvé cela bien joué, et aussi un peu frustrant, ce qui est aussi plaisant.

En résumé, l’histoire se lit bien et est plaisante à lire. Je me suis attachée aux personnages principaux, que ce soit Stella, Isabelle ou Kerstin, même si cette dernière provoque des sentiments très mitigés au cours de la lecture. J‘ai aimé le fait que l’on joue beaucoup sur la psychologie de Stella, sur ses peurs, ses certitudes et ses doutes, et c’est pour moi ce qui fait la force de cette histoire, qui la rend intéressante et qui donne envie de savoir la fin. J’ai aussi aimé la manière dont le récit est construit, avec une alternance entre les trois personnages, ce qui ne nous aide pas à avoir immédiatement la solution à l’énigme posée, à savoir si Isabelle est bien Alice, ou si tout le monde se trompe. C’est donc un roman que je vous conseille, surtout si vous aimer ce genre d’histoire, et si le fait de visiter la Suède ne vous dérange pas, ce qui permet de changer un peu des polars américains ou français.

Et vous ?

Aimez-vous lire des romans qui semblent prévisibles ?

Où l’histoire ne semble pas originale, déjà-vue ?

Ou au contraire, aimez-vous justement voir les différences de traitement de ce type de récit entre plusieurs auteurs ?

Bon dimanche à tous 🙂

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