chroniques littéraires

Demain, il sera trop tard

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que votre semaine se déroule comme vous le désirez. Pour ma part, je suis assez contente car j’avance bien avec mes élèves, même si j’ai déjà peur d’avoir pris un peu de retard sur tout ce que j’avais prévu. Après, j’essaye de relativiser, juin est encore super loin, d’autant plus que nous ne sommes pas à l’abri d’un reconfinement. Personnellement, je ne l’espère pas, même si je sais que cela permettrait de sauver et de protéger certaines personnes. Mais je ne suis pas certaine de supporter un autre confinement, surtout cet hivers. Après, on verra bien comment tout cela se passer

Aujourd’hui, je vous retrouve sur le blog pour vous parler d’un roman que j’ai lu pendant les vacances d’été. Il est en effet temps que je vous parle de cette dystopie au thème pas nécessairement joyeux, mais que je trouve essentiel, notamment avec tout ce qui arrive en ce moment, et les progrès de la science. Il s’agit de la dystopie Demain, il sera trop tard, de Jean-Christophe Tixier, publié chez Rageot édition. Le roman est sorti le 13 septembre 2017 et voici son résumé :

Virgil vit dans l’insouciance. Le Terme diagnostiqué à sa naissance fait de lui un 81 (il va vivre 81 ans). Mais un jour, une Brigade tente de l’arrêter. Il s’enfuit. Débute alors sa descente aux enfers.

Enna, elle, est Court Terme et vit dans le ghetto. Elle graffe sa révolte sur les murs des beaux quartiers. Quand son amie est tuée par un groupuscule proche du pouvoir, elle jure de la venger…

Traqué, Virgil rencontre une jeune geek, Lou, analyste de données, qui lutte clandestinement contre le système.

Lui, Enna, Lou et d’autres sont décidés à se battre contre cette société totalitaire qui les a condamnés et à vivre intensément chaque jour, chaque minute, chaque seconde, qui restent !

Nous sommes ici dans un futur où les habitants du monde connaissent tous l’âge auquel ils vont mourir. Dès la naissance, une puce leur est injecté, qui permet non seulement leur identification, mais aussi de déterminer leur date de mort. Toute la société est alors construite autour de cette fameuse date, cet âge auquel certains vont perdre la vie. Ainsi, ceux qui mourront les plus vieux auront des postes à responsabilité, tandis que ceux qui n’atteindront même pas les trente ans se vont relégués dans les emplois de bas étages. Les premiers vivent dans le luxe et l’opulence, les deuxièmes dans des taudis et la misère. Personne ne meurt chez lui, avant le terme, des agents vivent les récupérer afin de les amener dans des centres spécialisés. Le monde semble convenir à tous comme cela, mais ce n’est peut-être pas aussi évident qu’il y paraît. Virgil, l’un de nos héros, va en effet découvrir que la révolution gronde, et que ce qu’il prenait pour acquis, un système juste, ne l’est finalement pas tant que cela. Dès lors, il va oeuvrer pour faire disparaître le système.

Puisque Virgil est l’un des personnage principal, je vais commencer par vous parler de lui. Virgil fait partie des Longs Termes, c’est-à-dire que sa vie est déjà toute tracée. Grâce à sa longévité, qui a été décelé à sa naissance, Virgil va vivre longtemps, jusqu’à ses quatre-vingt ans. Il va donc pouvoir reprendre l’entreprise de son père et jouer un rôle dans son monde. Cela lui convient parfaitement, et Virgil ne remet pas du tout en question le système dans lequel il évolue, même si cela lui arrive d’avoir pitié des Courts Termes. Il est heureux et mène sa petite vie tranquille, jusqu’à ce qu’il manque de se faire arrêter. Toute la vie de Virgil bascule alors, et il n’a pas d’autres choix que de se cacher, voire de participer à des opérations d’envergure qui vont mener à la révolution. Alors, je vais commencer par critiquer son personnage. En effet, j’ai trouvé que Virgile mettait beaucoup de temps avant de remettre en question tout son univers, alors même qu’il est traqué.Il lui faut du temps pour cesser de croire que le monde dans lequel il vit est injuste, et pour vouloir le détruire. Cela m’a un peu agacée, car il se complaît dans le rôle de la victime, sans se rendre compte qu’en vérité, il fait partie des privilégiés. J’ai aussi regretté qu’il passe par des phases apathiques, de déprime alors qu’il a l’opportunité de changer les choses. J’aurais aimé qu’il soit plus motivé de changer les choses, pour tout le monde, et pas seulement pour lui. Ce qui est aussi regrettable avec son personnage, c’est qu’il n’agit que pour les femmes qui l’entourent, parce qu’il se met en dépendance vis-à-vis d’elle. Par exemple, il fait tout pour impressionner Lou ou Enna, puis pour retrouver sa sœur. Il n’agit pas pour lui-même ou l’ensemble de la communauté, mais simplement pour plaire draguer, attirer les autres.De ce fait, je trouve que cela donne une mauvaise image de lui, comme s’il était en perpétuelle quête d’amour, de reconnaissance, un peu comme un chien qui quémanderait sans cesse à son maître. J’aurais souhaité qu’il soit un peu plus rebelle, fort de proposition, ce qu’il devient à la fin, même si cela met beaucoup de temps pour que cette évolution apparaisse. Virgil fait aussi de mauvais choix, ce qui va porter préjudice à certains de ses compagnons. un peu plus de discernement m’aurait plu de sa part, même si cela fait aussi parti de son personnage, au sens où il doit passer par ces étapes pour grandir et prendre la place qui lui revient dans la révolution en marche.

Virgil se redresse douloureusement. Par la lunette arrière, il voit un homme en uniforme noir s’approcher de Jolson, lui serrer la main puis lui taper sur l’épaule à plusieurs reprises.

Jolson enlève son maillot, découvre son torse bardé de matériel d’enregistrement et, dans une grimace, tire sur le sparadrap pour remettre le tout à l’agent qui lui fait face.

Virgil vient de se faire avoir comme un débutant.

Il s’en veut, se maudit.

La panique le gagne. Il pense à la prison dans laquelle il va croupir jusqu’à son Terme.

Il éprouve l’envie irreprésentable de parler à Ivan, à Lou aussi. Il sait que ce ne sera plus jamais possible. Alors il a envie de hurler, tant la douleur qui le lacère est insupportable.

Finie. Finie. Finie. Sa vie est finie. Sans avoir véritablement commencé.

A l’extérieur pourtant, tout semble parfaitement identique. Mais de ce monde, il est désormais exclu. Définitivement. Ce mot l’effraie. DÉFINITIVEMENT.

Je pourrais aussi vous parler plus en détail d’Enna, qui est un personnage qui, pour moi, a les mêmes défauts que Virgil. En effet, elle ne fait pas forcément les bons choix, ne prend pas les bonnes décisions, même si elle est dans le rythme inverse de Virgil, puisque étant une Courte Terme, elle a la révolution et la rage dans le sang, et qu’elle ne le cache pas. Cependant, j’ai eut du mal à m’attacher à elle, à l’apprécier. J’aurais souhaité qu’elle ait davantage conscience de l’endroit où elle mettait les pieds et des conséquences de se actes. Toutefois, son personnage permet d’apporter de la diversité dans le roman. J’ai nettement préféré le personnage de Lou, qui est active et qui connaît le terrain. Lou passe peut-être beaucoup de temps derrière son ordinateur, mais elle n’hésite pas à prendre des risques lorsqu’il le faut, et elle a un vrai rôle dans la révolution. J’ai aimé le fait qu’elle s’attache à Virgil et qu’elle souhaite le protéger, tout comme elle souhaite l’aider le plus possible. J’ai apprécié sa détermination et le fait qu’elle n’ait jamais peur. Lou est une jeune fille qui est prête à aller jusqu’au bout, même si c’est la vengeance qui la motive au début. J’ai aimé qu’on en sache plus sur elle à la fin, que l’on découvre ses vraies motivations, et le mystère qui la ronge depuis le début de l’aventure et sur lequel elle veut apporter toute la lumière. Lou est un génie de l’informatique qui met ses dons aux profits de la cause qui lui semble la plus juste possible, sans prendre en compte les dangers auxquels elle s’expose. Je l’ai trouvé inspirante, un modèle pour une révolution.

Lou frotte vigoureusement ses joues pour repousser les assauts de la fatigue. Sa détermination à déceler des anomalies qui permettront, un jour, de porter le coup fatal à ces ILS, ne la conduit-elle pas à inventer des problèmes ?

Cette interrogation lui tire un sourire.

Elle se laisse aller sur sa chaise de bureau, croise les mains derrière sa nuque. Le combat qu’elle mène est celui d’une fourmi contre un titan. Elle en a conscience, mais jamais cela n’a bridé son ardeur. Depuis le début, elle est intimement convaincue que sa vengeance s’inscrit dans une durée si longue qu’elle la dépassera peut-être.

Un jour, ILS tomberont, se répète-t-elle à l’envi.

L’image de ses parents vient un instant hanter son esprit.

En vérité, ce que j’ai vraiment aimé dans le roman, c’est tout son univers. En effet, l’auteur développe ici un monde crédible, mais qui est aussi très inquiétant. En effet, les différents personnages, qui n’ont pas connu cette époque, savent tout de même comment la séparation des individus basées sur l’page de leurs morts est apparue. Et une fois que l’on sait la date de sa mort, cette séparation peut sembler parfaitement logique. En effet, pourquoi donner du travail en tant que chef d’entreprise à quelqu’un dont on sait qu’il va mourir ans trois ans ? Les arguments semblent se tenir, ce qui est angoissant pour le futur. Imaginez ce qu’il se passerait si un jour on avait ce type de technologie. Si un jour, on pouvait prédire la date de mort des citoyens. Tout le monde se servirait de cette date pour soit se mettre en valeur, soit condamner les autres. Et rares sont ceux qui trouvent cela anormal. Ce que met aussi en évidence l’auteur, c’est notre dépendance au privé, aux entreprises, qui décident finalement de tout. Ici, c’est une entreprise qui a développé le test pour la date de la mort, et c’est finalement elle qui a pris le contrôle de tout le monde, sans que les gouvernements ne disent quelque chose, puisqu’ils sont dépendants de cette technologie. On a donc toute une réflexion sur notre rapport à ses entreprises privées qui développent des inventions qui échappent à la juridiction des Etats. On peut faire le parallèle avec les grandes entreprises américaines développées ces dernières années qui finissent par régir, d’une certaine mesure, nos vies à tous. Ce qui est intéressant aussi, c’est toute la réflexion qui est faite autour de la mort, et le fait que la mort serait mal, une sorte de punition, et donc qu’il faudrait la cacher à tut prix. Dans le monde de Virgil, la mort n’existe plus, au sens où on ne la voit pas. Tout est dissimulé, aseptisé, se fait à l’écart. Il n’y a pas d’enterrement, pas de souvenirs, pas de corps à voir. Tout est nettoyé, si bien que la vie semble avoir pris la seule place possible. Or, qu’est-ce que la vie sans le poids de la mort ? C’est une idée très intéressante qui est développée ici, qui montre une certaine dictature de la bonne santé et de la vie telle qu’on voudrait qu’elle soit toujours parfaite. Et cela permet aussi de nous interroger sur le temps qui passe, et que faire de ce temps qui nous est imparti.

– C' »est quoi ton Terme ? Tu es jalouse du mien ? demande-t-il avec une morgue méprisante.

– Je n’ai aucun problème avec mon Terme. Et je ne le laisse pas guider ma vie. Je suis sûre que tu rêves de trouver une fille du même Terme que toi.

– Oui, sûrement, convient-il.

– Tu ne t’es jamais demandé si, parmi les 60, les 48 ou mêmes les 36, il pouvait exister une fille qui te correspondrait ?

– Ce serait absurde, se défend-il.

Il se penche en avant, observe Lou un moment, puis reprend.

– Tu voudrais que l’on revienne à l’époque où on ne savait pas ?

Elle prend un moment pour réfléchir.

– Peut-être. je n’aime pas l’idée d’organiser ma vie en fonction d’un compte à rebours qui égraine inlassablement les secondes. Car nos vies sont devenus d’implacables comptes à rebours.

L’idée qu’elle puisse rêver d’un retour à ce monde barbare révulse Virgil. Il se remémore tout ce qu’on lui a appris sur cette époque. La mort qui rôdait partout, prête à bondir sur chacun. A tout moment. Sans prévenir.

En ce qui concerne l’écriture, elle est fluide et l’on est bien immergé dans le monde de l’auteur, mais aussi dans les pensées des personnages. On a un bon rythme entre la réflexion et l’action, même si certaines choses sont aisément devinables à l’avance, si l’on fait un peu attention aux caractères de chacun. Ainsi, on devine que ce qui va se passer pour Virgil selon ses actes, tout comme on devine aussi les choses pour Enna. Cette prévisibilité est un peu dommage, mais elle est acceptable, parce que l’univers décrit est vraiment tés riche et parce qu’on a envie de voir jusqu’où vont aller les personnages, le moment où ils vont enfin se rendre compte de leurs erreurs, et évoluer pour les corriger. Le roman se lit bien et l’on a du mal à le lâcher, parce qu’on veut savoir si nos héros vont réussir, survivre, et ce qui va ensuite leur arriver. Je regrette néanmoins que la fin soit aussi rapide, et que tout ne soit pas terminé, abouti, lorsque cette fin tombe. Je l’ai trouvée trop rapide et abrupte.

En résumé, c’est une très bonne lecture, même si j’ai eut du mal avec certains personnages, auxquels je ne me suis pas attachée. J’ai vraiment aimé l’univers de l’auteur et toutes les réflexions qu’il nous propose ici, qui sont presque d’actualité. Certes, nous ne sommes pas encore à déterminer précisément le moment où quelqu’un va mourir, mais si un jour la science pouvait se le permettre, c’est intéressant de se demander ce qui arriverait, et de s’interroger sur tous les changements que cela apporterait dans nos sociétés. Je trouve donc que ce roman pose les bonnes questions, et nous permet aussi de nous interroger sur notre propre rapport avec la mort, sur ce que nous sommes prêts ou non à retrancher dans nos libertés pour savoir quand on va quitter cette terre. L’univers est riche et bien raconté. C’est donc une lecture que je vous conseille, une dystopie qui est bien menée.

Et vous ?

Qu’attendez-vous d’une dystopie ?

Pensez-vous leur intérêt est de nous faire prendre conscience des différents problèmes du futur ?

Ou préférez-vous simplement qu’elle vous narre une révolution ?

Bon vendredi à tous 🙂

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