chroniques littéraires

Le philosophe et le loup

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous passez un agréable début de semaine. Ici, elle s’organise autour de la rentrée de la semaine prochaine et de la rédaction des cours, plus des prochains épisodes de Bulle, mon roman feuilleton que vous pouvez retrouver en intégralité sur le blog. Je suis donc bien occupée, mais je prends tout de même le temps de lire et de vous rédiger les dernières chroniques. D’ailleurs, je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de l’une de mes lectures, dont mon ressenti était attendu par quelques uns d’entre vous.

Aujourd’hui, je vais donc vous parler du livre Le Philosophe et le loup de Mark Rowland, auteur anglais, publié aux éditions Belfond en mai 2010. Il s’agit d’une biographie, voire même d’un essai philosophique. J’ai été séduite par son titre et son résumé, lorsque je suis tombée par-dessus par hasard à ma médiathèque. Adorant les loups, je ne pouvais que lire ce récit.Je vous laisse découvrir le résumé qui suit :

Vivant, drôle, intelligent, insolite, un essai inspiré de la relation entre un professeur de philosophie et son loup. À travers la parabole de l’amitié entre l’homme et l’animal, jalonnée des lectures d’Epicure ou de Kundera, une bouleversante invitation à réfléchir sur nous-mêmes et sur le monde.

Mark Rowlands est tout jeune professeur de philosophie à l’université d’Alabama lorsqu’il adopte un loup de six semaines qu’il baptise Brenin. C’est le début d’une cohabitation improbable, dont le philosophe sortira enrichi et transformé à jamais. Du difficile dressage des débuts aux longues promenades dans les montagnes sauvages de l’Alabama, de l’épreuve de la maladie à la naissance des petits de Brenin vont surgir d’extraordinaires leçons de vie. Une réflexion passionnante sur l’homme et la nature, où le philosophe va réévaluer des questions essentielles comme l’amour, le bonheur, la nature ou la mort. Un document tour à tour poignant et amusant, léger et brillant, qui nous fait comprendre ce que c’est qu’être humain, profondément.

Dans cet ouvrage, nous suivons donc Mark Rowland, l’auteur, dans l’hommage qu’il rend à son loup Brenin. Adopté aux Etats-Unis, ce loup va suivre l’auteur de l’Alabama à l’Irlande, puis en Grande-Bretagne, pour finir sa vie en France. Professeur de philosophie, Mark nous propose, en plus des souvenirs de son loup, de noter les différences entre cet animal et l’homme, à travers une suite de questions sur le bonheur, la morale, l’identité ou même la mort.

Alors, je vais commencer cette chronique par un point essentiel du livre, qui m’a fait le choisir, mais qui pourrait perturber plus d’un lecteur. Comme je l’ai dis plus haut, ce roman est une biographie, certes romancée, mais c’est aussi un prétexte pour réfléchir à des sujets de philosophie, qui peuvent parfois être pointus. Nous sommes ici face à un enseignant d’université, qui a écris des livres sur plusieurs sujets de ce type, dont notamment un sur les droits des animaux. Certains passages sont donc en vérité des thèses qu’il développe rapidement, des questions qu’il se pose, des idées qu’il a. Ceci peut alors sembler complexe, voire même déstabilisant, pour les lecteurs non avertis. Ainsi, on a des points de moral, des questions sur le bonheur, sur ce qui définit l’être humain, sur la mort, et d’autres questions toutes aussi précises. L’auteur est en mesure de vous évoquer les thèses de Kant, d’Épicure, de Rawls ou de Hobbes, de vous parler de tout cela tout en évoquant le droit ou le dressage de son loup. Après, tout, cela est son travail, et l’on sent donc qu’il prend plaisir à questionner des notions complexes tout en se remémorant tout ce que lui a apporté Brénin. De ce fait, je trouve que son exposé reste clair et qu’il est adapté aux différentes situations qu’il évoque, mais lorsque l’on n’est pas habitué à ce type de discours, cela peut en effet être perturbant, voire compliqué. Pourtant, c’est aussi ce qui fait la force de ce livre, car nous sommes ici face à un vrai plaidoyer pour les droits des animaux, pour la reconnaissance qu’ils doivent avoir, qu’ils méritent, et pour lesquels l’auteur milite ici. J’ai dis plus haut que l’hommage de Brénin était un moyen pour l’auteur de parler de philosophie, mais c’est aussi vrai dans l’autre sens. La philosophie est aussi un prétexte pour évoquer Brénin, et tous les autres animaux. L’auteur développe toute une idée sur l’être humain, qu’il appelle le singe, seul être capable, dans la nature, de tuer par plaisir, de prémédité un crime. J’ai d’ailleurs appris des choses sur les singes que j’ignorais. Il compare donc ce singe aux autres animaux, l’évolution de l’homme face aux loups, ainsi que le système de valeurs. On se rend compte alors à quel point l’homme est un animal étrange dans la nature, et à quel point le loup lui est sain dans cet environnement. L’auteur nous livre donc ici tout un ouvrage philosophique sur l’homme et son rapport avec la nature, et c’est ce que j’ai apprécié. Et les passages sur la mort, le temps qui passe, la morale ou le bonheur sont vraiment beaux à lire.

L’incapacité dans laquelle nous sommes, nous autres humains, de distinguer le mal dans le monde tient à ce que nous sommes tellement fascinés par le clinquant et le brillant des motivations que nous ne remarquons pas la laideur qu’elles dissimulent. Cette distraction de l’attention est un pervers propre à l’humain. Car il nous suffit d’examiner le mal de près, sous ses multiples formes et nombreux déguisements, pour nous trouver face à nos carences : notre manquement au devoir moral et au devoir épistémique. Le mal résultant d’intentions délibérés de faire souffrir autrui et d’y trouver du plaisir constitue une exception rare.

Il en découle une conséquence d’importance : les actes nuisibles et les êtres mauvais sont bien plus répandus qu’on n’aimerait l’imaginer ou se l’avouer. Raisonner en termes de maladies ou de désocialisation revient à supposer que le mal est exceptionnel, qu’il se cantonne aux marges de la société. Alors qu’en réalité il concerne l’ensemble du corps social. Il se loge chez les pères qui abusent de leurs enfants et chez les mères complices, mais tout autant chez les heureux psychologues privilégiés de Harvard, censés être des experts dans le domaine de la santé mentale et qui ont agi, on peut le supposer, avec les meilleurs intentions envers l’humanité. De mauvaises actions, j’en ai commis – des tas. Et vous aussi. Le mal est quotidien, il est normal. Il est banal.

Venons-en maintenant à l’aspect plus biographique de cette histoire. Mark Rowlands, l’auteur, peut donner parfois le sentiment de tout savoir, d’être la meilleure personne pour s’occuper de son loup, mais cela est dû au fait que non seulement il s’est beaucoup renseigné sur le sujet, mais aussi parce qu’il a toujours eu des gros chiens. Ainsi, il peut sembler arrogant dans les premières pages, mais ne vous inquiétez pas, il apprend lui aussi, et il va faire les frais de quelques erreurs qu’il va commettre avec Brénin. De ce fait, il n’est pas du tout arrogant, et l’on comprend que tout ce qu’il sait vient de sa longue expérience. Ainsi, lorsqu’il début son autobiographie, on sait déjà que Brénin est décédé. L’auteur parle donc de son expérience, achevée, qui aurait pu être différente avec un autre animal.Il le reconnaît lui-même, Brénin était un loup docile, qui ne lui a passé de gros problèmes. En vérité, le livre est parsemé d’anecdotes, plutôt drôles, sur ce qu’a pu faire Brénin durant sa vie, ses petites bêtises, et rien de grave n’a jamais eut lieu, heureusement pour lui et son propriétaire. On ressent d’ailleurs dans ces moments-là toute l’affection que Mark a pour son loup, affection qui commence dès qu’il va le chercher dans cette ferme où il l’adopte. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus touchée dans ce livre, tout cet amour que l’auteur a pour son animal, amour qui le transforme, et le pousse même à délaisser les humains. Comme dis plus haut, cette adoption change la vie de l’auteur, qui se met à regarder les animaux d’une autre manière, mais aussi les humains. C’est aussi pour cela que cet hommage est aussi puissant, parce qu’il démontre tout ce que Brénin a apporté à l’auteur, toute la remise en question que la présence de ce loup dans sa vie a pu apporter. En vérité, nous ne sommes pas ici sur une biographie du loup, ou une autobiographie de l’auteur, mais bien sur un texte relatant le lien entre les deux, cette relation unique qu’ils possèdent, et qu’ils garderont jusqu’à la mort de Brénin. J’ai d’ailleurs été très triste sur ce passage, qui est très émouvant. Même des années après, la blessure semble très vive pour l’auteur. J’ai vraiment apprécié le regard que l’auteur porte sur son loup, et sur le monde en général.

Pour la traversée du retour, après Noël, je décidai de prévenir toute éventualité de carnage en veillant ) fermer les vitres et en ne ménageant qu’une minuscule fente pour le passage de l’air. Sérieuse erreur de jugement de ma part ! Brénin démolit pratiquement la voiture. Quand on vint m’alerter, après qu’il eut sévi, il ne restait déjà plus rien qui ressemble à l’intérieur d’une auto. Les sièges avaient été mis en pièces, les ceintures de sécurité sectionnées à coups de crocs, et il avait arraché le rembourrage du plafond, de sorte qu’on ne voyait presque plus à travers le pare-brise. En plus, il avait crevé un gros sac de nourriture pour chiens et en avait répandu le contenu jusque dans les moindres recoins de l’habitacle.

Prévenu par les employés du ferry, morts de rire, je descendis au pont des voitures : je passai plusieurs minutes, incrédule, à contempler mon véhicule – ou ce qu’il en restait. Remarquant que le responsable du pont avait un couteau, je voulus le lui emprunter : s’il existait le moindre espoir de distinguer la route pour tenter de renter chez moi, j’allais devoir découper les lambeaux de l’habillage du plafond qui pendouillaient. Bizarrement, l’homme semblait ne pas avoir très envie de me prêter son couteau, et je me rendis compte en le questionnant qu’il avait cru que je voulais m’en servir pour tuer Brénin. Ça alors ! je m’expliquai – l’état de choc a, semble-t-il, pour effet de me brancher en mode universitaire -: j’étais loin d’être ravi de la tournure des événements, évidemment, mais Brénin ne pouvait pas être tenu pour responsable de l’incident. Le principe de responsabilité morale ne s’applique pas à des créatures telles que lui, déclarai-je au type d’un air goguenard. Brénin n’était pas ce qu’on appelle un « agent moral » mais un « patient moral ». Brénin ne savait pas ce qu’il faisait et ne comprenait donc pas que c’était mal : il avait juste voulu sortir. Brénin, comme tous les autres animaux, avait des droits – droit à une certaine sorte de traitement et de mode de vie -, mais pas de devoirs en contrepartie, proclamai-je. Ensuite, j’ai fait la seule chose possible en de pareilles circonstances pour un philosophe qui se respecte : je suis rentré chez moi et j’ai écrit un livre là-dessus…

Nous sommes dans un huit-clos ici, un texte avec finalement que deux personnages principaux, qui sont donc l’auteur et Brénin. Certes, la présence de Nina et de Tess vient, sur la fin, agrandir la famille, mais tout le récit est dans les faits centré sur Mark et Brénin. De ce fait, on pourrait croire que l’histoire tourne en rond, et que nous n’avons finalement que des moments avec des anecdotes amusantes sur les bêtises du loup, puis des passages philosophiques, et des moments sur la vie de ce duo. On pourrait trouver cela lassant. Or, il s’avère que la vie de Brénin est très riche. Il traverse pas moins de quatre pays et ces autre pays ne sont pas anodins. Ainsi, la vie qu’il aura en Irlande, puis en Grande-Bretagne, sera très différente de celle aux Etats-Unis ou en France. J’ai d’ailleurs apprécié de constater que le rapport de ces pays face au loup était très différent. Ainsi, aux Etats-Unis il est parfaitement normal et légal d’acheter un chien-loup, tant que ce n’est pas un loup à cent pour cent, alors qu’en Irlande, la peur du loup est très présente, comme si c’était un animal horrible et monstrueux. L’auteur, tout comme Brénin, sont donc obligés de revoir leurs habitudes. La mention de la quarantaine imposée à Brénin en Irlande est aussi importante. Six mois, c’est horriblement long pour un animal qui perd tous ses repères, et on ne peut que compatir face à la colère de Brénin et de son maître d’être ainsi séparés. J’ai apprécié de voir cette différence de traitement entre les pays, et de voir comment cela bouleversait l’équilibre du duo, ainsi que l’identité administrative de Brénin ou le rapport qu’a l’auteur avec les autres. C’est assez intéressant et démontre aussi notre rapport, en tant que pays, avec ce qu’on appelle les animaux sauvages.

J’avais coutume de m’arrêter à l’épicerie du coin de la rue, quand je me rendais à la fac avec Brénin. Ce jour-là, le présentoir à journaux sur le trottoir affichait un gros titre : UN LOUP. Il s’agissait en fait de la bien triste histoire d’un loup hybride (assez petit) qui s’était échappé de la maison de ses maîtres pour aller se balader dans la campagne irlandaise. Bien que le fait divers se soit produit en Irlande du Nord, les médias de la République d’Irlande étaient dans tous leurs états, comme du reste la femme qui me servait mon inévitable boîte de Coca et sandwich au fromage. J’eus droit à l’habituel baratin mal informé, débité sans même prendre un regard en direction de Brénin à qui elle était parfaitement habituée. « Et les enfants, hein ? Ah, ça devrait être interdits, ces bêtes-là ! Des vrais tueurs ! » Le loup avait finalement été abattu par un imbécile d’agriculteur qu’il s’apprêtait à aborder, peut-être pour lui demander à manger. Ainsi, les commerçants et les têtes blondes de la verte Erin allaient à nouveau pouvoir dormir en paix. Brénin, tel Clark Kent, avait donc d’excellentes raisons de garder le secret sur son identité et j’y veillais pour ma part en le désignant du nom de « malamute », car ces chiens-là étaient encore virtuellement inconnus en Irlande et j’entendais bien qu’ils le demeurent…

En ce qui concerne l’écriture de cet ouvrage, on alterne donc en les phases plus complexes de philosophie avec les moments tous simples de la vie de tous les jours entre Brénin et Mark. J’ai aimé ces moments tous simples, mais qui nous plongent dans le quotidien de ce duo particulier. L’auteur les rend particulièrement vivants, et on a presque l’impression de le savoir se défiler devant nous. Sa plume est ainsi très visuelle, dès lors qu’il évoque les moments passés avec son loup. J’ai aussi aimé qu’il essaye de se mettre à sa place et qu’il nous décrypte, à sa manière, certains des comportements de Brénin. Le livre se lit dans l’ensemble bien, les chapitres sont courts et il y a souvent une anecdote amusante sur Brénin ou Tess ou Nina, ou même sur l’auteur, ce qui permet de passer un bon moment. Les chapitres plus philosophiques sont écrits afin de permettre à tous de les comprendre, même s’il faut alors prendre son temps pendant la lecture. Le livre est bien écrit et il se lit dans l’ensemble assez bien.

En résumé c’est un livre que j’ai beaucoup aimé, et que je relirai avec plaisir. Certes, certains passages sont compliqués, mais on sent que l’auteur essaye par tous les moyens mis à sa disposition pour les rendre le plus clairs possibles, et il parvient à ses fins avec beaucoup de méthode. On apprend plein de choses avec ce roman, et c’est vraiment une leçon de vie qui nous est présentée. On envie l’auteur qui construit une vraie relation avec son animal, ce qui lui permet de modifier son regard sur le monde. Et ce qui est intéressant, c’est que les questions posées par l’auteur modifient elles aussi notre propre rapport au monde. Tout est fait pour qu’on s’interroge non seulement sur notre rapport à la nature, aux animaux, mais aussi sur nous-mêmes et sur le monde qu’on veut, pour les animaux mais aussi pour nos enfants, pour nous. C’est ce qui fait que c’est une lecture qui va me marquer, et qui donne une grande force à l’histoire racontée. Je ne peux donc que vous en conseiller la lecture, et surtout vous conseiller de ne pas vous laisser décourager par ce qui vous semble compliqué, car tout s’éclaire ensuite, et que cette histoire vraie, vous ne la lirez nulle part ailleurs.

Et vous ?

Lisez-vous ce type de récit ?

Lisez-vous des romans autobiographiques ?

Qu’aimez-vous retrouvez dans ces récits ?

Bon mercredi à vous ❤

Une réflexion au sujet de « Le philosophe et le loup »

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