mes écrits

Bulle, épisode 11

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez tous bien et que vous passez une bonne semaine. Ici, j’essaye de profiter de mes vacances malgré toutes les choses que j’ai à faire ou que j’ai envie de faire. nous sommes déjà fin juillet, et j’ai l’impression que les vacances filent à toute vitesse. J’ai en même hâte d’être à la rentrée, et j’espère qu’elle pourra se faire le plus normalement possible, même si j’en doute un peu vues les informations. Le Covid est toujours bien présent, alors n’oubliez pas de faire attention à vous.

Aujourd’hui, je vous retrouve avec un nouvel épisode de Bulle, mon roman en cours. J’espère que vous prenez toujours plaisir à lire cette histoire, qui est, je le sais, perfectible. On est encore dans le début, la mise en place de m’histoire, mais de l’action devrait arriver prochainement. En attendant, je vous emmène en Bretagne, ma région, mon chez-moi. Et c’est l’occasion d’en savoir un peu plus sur Jonathan.

11 – Une histoire de famille

« La route défilait à toute vitesse devant eux. L’avantage d’être dans un monde désert, sans radar ou autre véhicule pour vous déranger, c’était que vous pouviez rouler à la vitesse que vous vouliez. Jonathan ne s’en privait pas. Les kilomètres étaient dévorés sans même que l’on y fasse attention. Tout ce que retenait Bulle, c’était qu’elle dormait, et qu’elle était incapable de dire combien de temps durait le voyage. Elle avait le sentiment d’avoir démarré depuis une éternité maintenant, et les paysages qui se déroulaient depuis sa fenêtre se ressemblaient tous plus ou moins depuis un moment. Elle se souvenait cependant parfaitement de leur départ. Ils avaient roulé lentement dans la ville qui se réveillait. Finalement, ils avaient été rapides dans le QG de la résistance, et la jeune fille n’y avait passé qu’à peine deux heures. Le soleil se levait donc tout juste lorsque les deux adolescents prirent la route. Au début, il avait fallu se faufiler entre les voitures abandonnées sur les chaussées, parfois grimper sur des trottoirs cabossés pour éviter des accidents causés par des morts au volant, ou même changer d’itinéraire, car cela les faisait passer trop près des avenues contrôlées par le gouvernement. Jonathan connaissait la cité comme sa poche. Il savait où se trouvaient certaines caméras, et aussi où certains pièges, destinés aux résistants, avaient été installés. Il parcourait ces rues depuis si longtemps qu’il était devenu un véritable GPS humain, une carte mentale de la ville. Il pouvait apprendre à n’importe qui à se déplacer dans l’ombre sans jamais être en danger. C’était aussi pour cela qu’il était un atout incontournable de la rébellion qui s’annonçait. Bulle n’osait toutefois pas interroger le garçon sur la manière dont il avait acquis un tel savoir. Elle n’était pas certaine qu’il lui répondrait, tout comme elle n’était pas sûre qu’il lui donne plus d’informations sur l’endroit où ils allaient ou sur ce que faisait vraiment la rébellion. Alors, elle se taisait, et profitait de ce moment de calme pour se reposer. Ses yeux se fermèrent tous seuls quand la ville fut enfin derrière eux, et que la voiture s’engagea sur une longue route à plusieurs voies, que l’on appelait autrefois autoroute.

Elle se réveilla par intermittence pour observer les champs qui bordaient leur itinéraire. Elle regardait tout avec attention, n’en revenant pas des couleurs qui changeaient sous le soleil qui apparaissait peu à peu ni de toute cette étendue verte qui se devinait. La liberté lui semblait être presque palpable. Elle qui avait vécu entre quatre murs toute sa vie n’arrivait pas à croire de voir autant d’espace. De temps en temps, des animaux se manifestaient, et elle regrettait presque que leur véhicule les effraie autant. La nature avait repris ses droits depuis longtemps dans ces zones vides d’êtres humains, et elle avait oublié le bruit épouvantable que pouvait faire le moteur d’une voiture lancée à toute vitesse sur l’asphalte. La plus grande peur de l’adolescente fut alors de percuter l’un de ces animaux. Ils lui semblaient presque irréels, magiques, dans le jour naissant. Que se passerait-il s’ils venaient à ôter la vie à l’un de ces êtres ? Elle tremblait rien qu’à cette idée.

La voiture était plutôt confortable, ils avaient de la chance sur ce point. Bulle n’avait pas assisté à la recherche du véhicule, mais elle savait néanmoins que cela avait été compliqué. Rares étaient devenus les moteurs qui fonctionnaient encore, quand ce n’étaient pas les batteries qui avaient lâchées. La résistance ne possédait qu’un petit parc, qui ne comprenait que deux voitures et un fourgon. Pour ce long trajet, Camille avait été inflexible, il était hors de question que Jonathan se serve dans le peu qu’ils possédaient. Il avait donc fallu faire le tour de la zone entourant le centre commercial et regarder les voitures qui étaient toujours en état. Puis, il avait été nécessaire de recharger une batterie et de faire le plein d’essence. Ils avaient de la chance, la citerne de leur repaire comportait encore une certaine réserve de ce que l’on appelait autrefois l’or noir. La batterie avait été plus dure à trouver, notamment parce que les anciennes voitures, plus résistantes, s’étaient faites de moins en moins nombreuses suite aux volontés des gouvernements successifs de lutter contre la pollution. Tout ce qui avait quatre routes était devenu alors de plus en plus électriques chargés d’option toutes plus consommatrices les unes que les autres, et plus difficiles à voler ou à démarrer. Les véhicules modernes d’avant le confinement nécessitaient un garagiste spécifique pour être entretenus, pour pouvoir être réparés. Ou d’un ingénieur hautement qualifié. Cela ne rendait donc que plus hasardeuse la chasse aux voitures. Jonathan s’était par conséquent rabattu sur un engin qui datait un peu, mais qui avait le mérite d’avoir quatre roues, une banquette arrière confortable, et des sièges peu défoncés. Le seul défaut était le bruit horrible du moteur. Avec cela, ils étaient repérables à deux kilomètres à la ronde. C’était pour cela que Jonathan roulait aussi vite. Concentré sur la route, il craignait d’être rattrapé à tout moment.

Ne pouvant plus tenir, alors même qu’ils étaient engagés sur une voie remplie de voitures abandonnées, Bulle prit la parole.

— Tu crois qu’ils vont nous poursuivre jusqu’ici ?

Sa voix inquiète brisa le silence religieux qui régnait dans l’habitacle. Le tableau de bord ne contenait ni GPS ni radio capable de recevoir les émissions qui perduraient sur les ondes, et qui faisaient de toute manière tous de la propagande.

Un pli soucieux barra le front noir de l’adolescent. Il desserra les dents à grandes peines, et Bulle se sentit coupable de ne pas être capable de se saisir du volant à son tour. Toutefois, elle n’avait jamais conduit de voiture de sa vie, et elle ne tenait pas à prendre le risque de les envoyer dans le décor suite à un geste mal maîtrisé.

— Non, je ne pense pas, finit par grommeler Jonathan, ce qui permit à Bulle de pousser un léger soupir de soulagement. Toutefois, on n’est jamais trop prudent. Je ne suis jamais venu dans cette zone, et j’ignore si le gouvernement a des hommes postés dans cette région.

Bulle fronça à son tour les sourcils.

— Il n’y a pas de ville dans les environs ? Parce que si c’est le cas, on a toutes les chances de tomber sur des policiers armés.

Elle trembla rien qu’en réalisant ce fait. Elle était néanmoins heureuse que les petits villages des campagnes aient été évacués depuis le début du confinement. Certes, cela avait été tragique, elle se souvenait toujours de la manière dont sa grand-mère en parlait, de cette belle maison qu’elle possédait autrefois et qu’il avait fallu abandonner derrière soi afin de pouvoir se rapprocher des hôpitaux et des services encore disponibles. À l’époque, cela avait dû être une véritable épreuve de tout laisser de cette manière. Mais aujourd’hui, cela offrait une possibilité aux deux adolescents. Ils pouvaient aisément franchir ces mêmes villages sans craindre d’être dénoncés ou repérés. Ils n’avaient pas à s’inquiéter des villes mineures, et se concentrer entièrement sur les plus grosses agglomérations.

Jonathan lui jeta un regard en coin, le même qui la faisait se sentir idiote et ignorante. Elle se rapetissa sur son siège, se mordit les lèvres et se demanda ce qu’elle avait encore bien pu dire comme bêtise.

— Les habitations autour de nous ont toutes été vidées, lui apprit-il d’un ton légèrement énervé. Seules restent les grandes demeures, celles des gens du gouvernement ou des anciennes familles fortunées de ce pays, qui s’en servent dès qu’ils ont envie d’un peu d’air frais. Et celles des pêcheurs, évidemment. Tous les autres habitants ont été expulsés au moment du confinement, ou sont morts.

Cette vérité fit frémir Bulle, dont la chair de poule recouvrit les avant-bras. Toutefois, une information secondaire, moins tragique, nagea dans son esprit avant de lui éclater au nez.

— Des pêcheurs ? répéta-t-elle. On va voir la mer ?

Un fin sourire se dessina sur le visage du garçon, et Bulle le trouva plus beau ainsi.

— Bienvenue en Bretagne, ma chère, dit-il alors qu’un panneau était avalé derrière eux.

Bulle tourna la tête, mais il était déjà trop tard. Elle n’avait pas eu le temps de le lire, et elle ne savait de toute manière pas vraiment se repérer dans l’espace. Même si elle avait appris toutes les grandes villes de France pendant sa scolarité, elle était incapable de les placer sur une carte et encore moins de se situer au milieu de toutes celles-ci.

— On va vers la mer, dit-elle avec un air enfantin sur le visage.

Elle n’aurait jamais cru cela possible. Voilà qu’elle se trouvait sur les terres de ses ancêtres, celles qui avaient baigné cette dernière de ses légendes, de ses histoires et de sa beauté. Mamou était restée fidèle à sa région, et elle en avait longuement parlé avec sa petite-fille. Même si c’était la première fois que l’adolescente y mettait les pieds, elle avait l’impression d’être revenue chez elle, à la maison. Elle inspira profondément, les yeux grands ouverts. Elle était certaine de déjà sentir l’océan, d’entendre les mouettes malgré le moteur. Cependant, le conducteur doucha ses espoirs.

— On est encore loin. Tu peux dormir un peu.

Bulle ne ressentait plus du tout la fatigue. Au contraire, une nouvelle énergie coulait dans ses veines. Elle avait hâte d’enfin apercevoir la mer, de plonger ses pieds dedans, de la goûter, ainsi que son sel, de regarder l’horizon dégagé. Elle voulait toucher le sable, sentir les embruns lui mouiller le visage, manger du poisson fraîchement pêché, voir des dauphins et des baleines, être comme sa grand-mère au même âge, avant que le virus ne vienne tout détruire.

Elle se réinstalla confortablement dans son siège. Maintenant que le silence ne régnait plus en maître dans l’habitacle, et qu’elle avait fait remonter en elle les souvenirs de sa grand-mère, elle avait des milliers de questions à poser à Jonathan. Elle gratta son pansement sans même y faire attention. Dire que quelques heures plus tôt, elle était charcutée sans aucune anesthésie, par un homme qui n’avait rien d’un infirmier, dans un lieu non stérile et sans doute contaminé ! Le masque qu’elle portait sur elle, qu’elle avait préférée à sa lourde combinaison, peu pratique pour voyager aussi loin, étouffa son rire. Il était temps qu’elle en sache plus sur son compagnon de voyage, et qu’elle comprenne comment il avait pu atterrir au milieu de la résistance.

— Comment as-tu rencontré Camille ? l’interrogea-t-elle.

Jonathan lui jeta un regard indécis. Il quitta la route des yeux un court instant, comme s’il cherchait encore à évaluer s’il pouvait lui faire confiance ou non. Craignait-il de dévoiler des éléments importants, que Bulle raconterait ensuite aux membres du gouvernement ? C’était l’impression qu’il donnait. La jeune fille se sentait vexée. Elle pensait qu’après tout ce qu’ils avaient vécu, Jonathan savait à présent à quoi s’en tenir avec elle. Après tout, elle avait accepté de se faire charcuter pour lui, pour sa cause. N’était-ce pas suffisant ? Pendant ce court échange, elle comprit qu’aucune action de sa part ne serait sans doute assez grande pour prouver sa loyauté au groupe. Et cela la déprimait.

Jonathan se reconcentra sur la route. Il soupira, et finit pourtant par se lancer.

— Sais-tu ce que c’est d’avoir faim ? D’avoir soif ? De marcher pendant des jours et des jours, de tout abandonner derrière toi parce que ta vie est menacée, parce que si tu restes où tu es, tu vas mourir ? Non, tu ne le sais pas, et je suis persuadée qu’aucun membre de ta famille ne connaît cette douleur. Mes grands-parents ont fui l’Afrique pendant que la pandémie s’installait. Ils avaient évidemment peur d’être contaminés, de périr à leur tour, mais cette peur-là était plus facile à gérer que celle qu’ils avaient lorsqu’ils étaient chez eux. L’Afrique a payé un lourd tribut pendant l’épidémie. Il y a d’abord eu ce confinement, puis les aides alimentaires qui n’arrivaient plus, puis la guerre. Ma grand-mère a perdu son premier-né parce qu’elle n’avait pas de quoi le nourrir. L’Europe bombardait à tout va, parce qu’ils voulaient récupérer de l’or, des matériaux pour permettre un confinement confortable à leur peuple, puis ils se sont combattus sur notre sol pour le premier vaccin. Je n’ai jamais vu ces scènes de désolation, mais on m’en a longuement parlé. Et puis, il est facile d’imaginer ce qui a pu se passer lorsqu’on regarde ce que le gouvernement a fait ici. Tu as peut-être visionné des images de la guerre en Syrie, de ce que Bachar Al Assad a fait à son peuple ? Dans mon pays, c’était la même chose. Ma famille ne pouvait pas rester là-bas.

— Alors, ils sont devenus des migrants ? le coupa Bulle, qui se souvenait de ce terme évoqué par Camille durant de leur conversation.

Jonathan hocha la tête.

— Alors qu’un vaccin était testé et que le virus mutait, mes grands-parents se sont mis en route. Pendant des mois, ils ont marché avec d’autres groupes, des gens comme eux, qui fuyaient tout ce que le monde a de pire. S’ils étaient restés, ils seraient morts à l’heure actuelle. L’Afrique n’est plus qu’un grand champ de bataille aujourd’hui où règnent le manque d’eau, la faim et la guerre. Le réchauffement climatique n’a pas aidé, et ceux qui sont toujours vivants là-bas sont ceux qui ont eu de la chance et qui ont les moyens de rester confinés chez eux afin d’éviter la maladie. Ou qui ont de bonnes protections.

Bulle hocha la tête en silence. Elle se demandait comment cela pouvait être dans cet univers que décrivait Jonathan. Évidemment, elle avait appris que tous les pays n’avaient pas été égaux devant le virus, face à sa propagation et la mort qui survenait sur son chemin. Elle savait qu’elle avait de la chance d’être née en France, en Europe, dans une région du monde qui avait été en mesure de réagir à temps face à la menace. Beaucoup d’autres nations avaient dû affronter le chaos, et des pays entiers n’avaient pas survécu. En classe, ils avaient surtout parlé de la situation en Amérique du Sud, où c’était presque le tiers de la population qui était morte en quelques heures, ou en Inde où les bidonvilles n’avaient pas survécu à la maladie. L’Afrique, et plus précisément le pays de Jonathan, qu’il refusait de mentionner, avait dû connaître une situation similaire. Elle n’osait imaginer les corps bombardés par les différentes armées, ceux émaciés par le manque de nourriture ou d’eau, ou même ceux tués par le virus. Elle secoua la tête pour chasser ses pensées et revint au récit de son ami.

— Mais ta famille a survécu, le relança-t-elle.

— Elle a réussi à atteindre les côtes grecques des mois plus tard. Leur périple était cependant loin d’être fini. Les frontières étaient, et sont toujours cadenassées. Les différents gouvernements ont tellement peur de voir le virus muté à nouveau et détruire ce qu’il reste de l’humanité que les soldats, engoncés dans leurs combinaisons de protection, tirent à vue. Les frontières sont devenues des cimetières et les murs sont si hauts qu’il faut les escalader. Mais oui, mes ancêtres ont eu de la chance, ils sont parvenus à passer. Exposés au virus pendant toutes ces journées de marche, ayant échappé au confinement et à la mort, à la faim et à la soif, ils sont arrivés en Europe et ont continué vers la France.

Des questions surgissaient dans l’esprit de Bulle. Elle avait envie de lui demander comment sa famille avait fait pour franchir ces fameux murs, et comment elle avait pu échapper aux soldats. Elle les imaginait, un homme et une femme, amoureux, qui se protégeaient l’un et l’autre au pied d’une gigantesque muraille, se faufilant la nuit dans un trou et qui parvenaient à fuir sans que personne ne les remarque. La vérité devait toutefois être haute, et Bulle comprit, sans le formuler, qu’un prix de passage dans cette enceinte devait être le seul que pouvait payer une femme. Même avec la menace du virus et de la mort, certains hommes ne pouvaient réfréner leurs pulsions.

— Une fois en France, il a fallu se cacher. On ne le croit peut-être pas, mais les militaires ne sont pas payés à ne rien faire. Ce sont des garçons enrôlés de force dans l’armée, qui ont pour devoir de circuler dans tout le pays et d’identifier les menaces pouvant mettre en à mal notre si belle nation, dit-il d’un ton ironique. Si tu crois que les policiers sont dangereux, les militaires sont pires. Ils sont conditionnés pour ne pas craindre le virus, et leurs combinaisons sont de véritables armures. Ils sont entraînés aux trois T, soit à traquer, à torturer et à tuer.

Bulle frémit. Elle se rendit alors compte que ce que racontait le garçon serait désormais son quotidien. Elle aussi était en fuite, et pourchassée. Elle eut soudain peur. Que se passerait-il si les militaires les trouvaient ? Bulle ne tenait pas à mourir, pas maintenant, pas comme ça. En vérité, elle préférait encore s’exposer au virus plutôt que d’être torturée à mort.

— Le groupe dans lequel s’étaient infiltrés mes grands-parents s’est dissous, chacun est parti de son côté, mais ma famille a rejoint un autre groupe, dans une des campagnes qui avaient été évacuées. Ils ont vécu là un moment, et c’est dans cet endroit que sont nées ma mère et mes tantes. Puis, ils ont fui, pensant être repérés. À partir de ce moment, une vie de nomade a commencé. Ils pillaient les lieux restés vides pendant des années, se servant des boites de conserves et autres pour se nourrir, fouillant les habitations et les commerces. Le groupe changeait de membres, certains mourraient, d’autres ont été abattus, car contaminés. Ils évitaient les villes, celles où il était évident que des survivants y vivaient. Ma mère a rencontré mon père, mon grand-père est décédé. Il est enterré quelque part, près d’un volcan, en Auvergne. Puis je suis né.

— Comment tes parents, tes grands-parents, ont fait pour échapper au virus pendant tout ce temps ? finit-elle par l’interroger, ne comprenant pas comment on pouvait ainsi survivre sans masque ni combinaison.

Jonathan la fusilla du regard.

— Il ne faut pas croire que parce que ma famille vient d’un pays pauvre, d’une région sacrifiée par l’occident, qu’on ne sait pas se laver ou prendre ses précautions. Lorsqu’on arrivera, tu seras étonnée par le nombre de masques qui se décomposent sur les trottoirs ou les plages parce que tes ancêtres ont été incapables de les jeter dans une poubelle ou de les recycler. Et on en trouve encore en parfait état, dans les magasins. Donc ma famille a su prendre ses précautions dès qu’elle est arrivée ici !

Bulle s’empourpra. Elle se rendit compte que, sans le vouloir, elle s’était rendue coupable de quelque chose qu’elle ne connaissait pas jusque-là, et qui pouvait s’apparenter à du racisme. Pour elle, personne ne pouvait survivre au virus, et surtout pas des personnes qui vivaient dans la rue. Mais Jonathan était la preuve que les miracles existaient peut-être et que la maladie n’était pas invisible. Peut-être qu’après tout, Camille avait raison, et que c’était le fait d’avoir été en permanence exposé à la mort qui l’avait rendu si résistant.

— Mais comment tu as fait étant bébé ? demanda encore la jeune fille. Étant enfant ? Tu ne pouvais pas porter de masque.

Jonathan lui jeta un regard insondable.

— Dans la rue, le virus n’est finalement pas ce qu’il y a de plus mortel.

Il se tut ensuite, et Bulle refusa, cette fois, de relancer la conversation. Elle accepta le silence de son ami et se perdit dans la contemplation du paysage qui défilait devant elle. Si le garçon ne souhaitait pas parler de ce qu’étaient devenus ses parents, ou de la manière dont Camille l’avait recueilli, elle ne pouvait pas le forcer à évoquer cette période difficile de sa vie.

Soudain, elle entendit un cri perçant. Elle sursauta et regarda derrière eux. Personne ne se dessinait sur la route, mais elle avait quand même peur. Avaient-ils déjà été retrouvés ? Les militaires se trouvaient-ils sur leurs traces ? Ou était-ce un drone ? Elle fouilla les environs de ses yeux, ouvrit même sa vitre pour mieux voir. À ses côtés, Jonathan se mit à rire.

— Bienvenue sur la côte, ma belle, lui dit-il alors. Ce que tu veux d’entendre, c’était une mouette.

Et en effet, Bulle aperçut enfin l’oiseau blanc qui faisait de grands cercles dans le ciel, loin au-dessus d’eux. Elle sourit et ferma les yeux pour mieux se concentrer sur les odeurs. Ses cheveux volaient autour de son visage. Elle sentait sa peau qui tirait à cause de la vitesse, mais elle s’en moquait. Elle désirait éprouver la mer avant de la voir. Aurait-elle l’odeur du sel ? Celle de l’eau ? Celle des éléments marins ? Des algues et des poissons ? Serait-elle aussi belle que dans ses rêves ?

Elle poussa un cri de joie, libérateur, qui fit sursauter Jonathan, mais qui lui décrocha dans le même temps un nouveau sourire. Et enfin, alors qu’elle ouvrait les yeux, Bulle vit la première fois l’océan. »

Merci de m’avoir lue. N’hésitez pas à donner votre avis sur cette histoire. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite.

Et vous ?

Est-ce que le confinement a été inspirant pour vous ?.

Avez-vous envie de lire des histoires sur cette période ?

Ou au contraire, désirez-vous l’oublier le plus tôt possible ?

Bon jeudi à tous 😉

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