mes écrits

Bulle, épisode 10

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous avez passé un bon début de semaine. Ici, il est marqué par la chaleur et le soleil, et même si cela fait du bien, que l’on sent l’été être pleinement là, j’en ai déjà marre de sortir et d’être en sueur à caque fois. Mais je ne vais pas me plaindre non plus, c’est le jeu. En tout cas, j’espère que même malgré ces conditions climatiques estivales, vous portez bien votre masque et vous continuez à faire attention.

Nous sommes jeudi, et c’est donc le moment de retrouver Bulle. J’avoue que lorsque j’ai commencé à rédiger cette histoire, j’avais le début en tête, et certains passages pour la suite, mais je ne savais pas vraiment où j’allais. J’avais envie de parler des gouvernements qui profitent du virus pour imposer leurs lois, et de parler du confinement et de ce que cela a provoqué chez nous. Imaginer ce que cela ferait à long terme, comme dans la vie de Bulle. Mais j’ai l’impression maintenant que cette histoire m’échappe un peu. Le fait d’avoir aussi terminé la rédaction de l’Impératrice des Glaces, deuxième partie, m’a vidée, et j’ai le sentiment que ce que j’écris en ce moment n’est pas aussi bien qu’avant. Je ne sais donc pas où je vais aller avec Bulle, et je suis même étonner d’arriver encore à vous écrire un nouveau chapitre toutes les semaines. Si je devais publier un jour cette histoire, j’ignore si elle serait telle que je suis en train de vous la livrer, ou si elle serait totalement modifier. Quoiqu’il en soit, j’ai commencé à en rédiger de morceaux de la fin, et je sais déjà ce que je vais dire dans le prochain chapitre. En attendant, voici enfin l’épisode 10.

10 – S’enfuir

« Camille ramena Bulle dans le magasin. Le chemin se fit dans le silence. La jeune fille baissa la tête, se sentant honteuse. Pourtant, de quoi pouvait-elle être coupable ? Elle n’avait pas choisi de tomber enceinte. Certes, elle n’avait pas refusé l’insémination, mais quelle autre possibilité s’était-elle offerte à elle ? Seule, elle ne pouvait pas lutter contre sa mère et contre les infirmiers. Elle savait donc qu’elle n’avait pas à regretter ce qui s’était passé, et que cela ne changerait rien à sa situation, mais elle s’en voulait tout de même. Maintenant, elle devenait un poids pour les rebelles. Ils pouvaient parfaitement décider de se débarrasser d’elle.

Tout le monde s’était rassemblé dans le petit espace du vendeur d’armes. Entre chaque rayonnage se tenaient des hommes et des femmes, assis ou debout, en grande conversation. Certains paraissaient fatigués, avaient des corps abimés, rongés par la faim et la maladie, par le manque d’eau et d’hygiène, par les combats avec les forces du gouvernement. Des cicatrices, parfois récentes, ornaient leurs visages, leurs bras, leurs jambes. Leurs tenues étaient boueuses et trouées, signe de leur précarité. Ils ne devaient pas les changer souvent, et Bulle fit une grimace à cette pensée. Elle qui prenait une douche tous les jours, qui se lavait avec attention les dents après chaque repas, comme c’était recommandé, qui ne se couchait jamais sans brosser sa chevelure, qui prenait soin d’elle, prenait conscience du fait que sa nouvelle existence allait être aux antipodes de ce qu’elle avait vécu jusqu’à présent. Elle mourait d’ailleurs d’aller aux toilettes, mais où avaient été placées ces dernières ? Fonctionnaient-elles ? Et qu’allait-elle trouver si elle osait poser la question ? Tout ce monde qui se soulageait au même endroit pour ne devait pas laisser un tel endroit nécessairement propre. Elle en frissonna de peur. Et que se passerait-il lorsqu’elle aurait ses règles ? Quand son bébé serait là et qu’elle devrait s’occuper de lui, reprendre une vie normale, avec un corps détruit ? La chair de poule se fit plus intense sur sa peau. Elle en avait la nausée rien que d’y penser.

Camille gagna le centre du magasin et dévisagea l’assemblée. Jonathan se trouvait non loin d’elle. Elle lui fit signe de se rapprocher, et il obéit.

— Vous n’êtes pas sans savoir que Jonathan, ici présent, était en mission à l’extérieur. Le but de celle-ci était de parvenir à installer un transmetteur dans l’une des cités de la ville, afin de faire entendre notre message. Jonathan a la chance d’être immunisé contre le virus, comme quelques membres de sa communauté. Je n’étais pas favorable à ce qu’il parle ainsi loin de nous, mais il a réussi à se montrer persuasif. S’il venait à tomber entre les mains de nos ennemis, qui sait ce que ces derniers pourraient lui faire, puisqu’il est une anomalie à leur monde, un survivant qu’ils aimeraient bien éliminer. Mais il est parti, et aujourd’hui, il est revenu avec une jeune fille.

Jonathan rougit. Du moins, ce fut ce que supposa Bulle, qui avec la faible luminosité dans le magasin et la peau déjà très sombre de son nouvel ami, était incapable de saisir encore toutes les nuances de cette dernière. Cependant, elle restait fascinée par la beauté de cette carnation qui se fondait dans l’obscurité, et elle regrettait que sa peau soit quant à elle bien trop visible, et si passe-partout. En cet instant, alors que les regards de tout le monde jonglaient entre elle et le garçon, elle aurait donné n’importe quoi pour se fondre dans le décor, dans la nuit, et pouvoir disparaître du magasin sans que personne ne la voie.

— Je vous présente Bulle, dit enfin Jonathan en désignant la jeune fille d’un geste de la main. Je n’avais évidemment pas prévu de me faire remarquer, c’est d’ailleurs pour cela que je préférais agir de nuit. Vous connaissez comment sont les moutons là-haut, ils appliquent à la lettre les consignes du pouvoir en place et se couchent dès que l’obscurité tombe, ou restent collés devant leurs écrans, à regarder les nôtres se faire massacrer, ou à suivre des émissions d’un autre temps. Je pensais donc être totalement libre de mes mouvements passé une certaine heure. Mais c’était sans compter sur les insomniaques, dit-il avec un petit rire qui dévoila ses dents incroyablement blanches. Elle m’a vu depuis sa fenêtre, et espérait bien comprendre ce que je faisais là.

Il fit une pause, laissant à tous l’occasion de bien dévisager l’adolescente qui se sentait de plus en plus mal à l’aise. Elle triturait ses mains tout en essayant de ne fixer que Jonathan et Camille, et pas tous les inconnus qui se permettaient de la juger. De toute évidence, ils pensaient qu’elle était une espionne. Bulle avait la gorge sèche. Elle aurait aimé leur rétorquer qu’elle avait été seulement intriguée par ce que faisait Jonathan, par le fait que ce dernier ne portait pas de combinaison, mais elle s’en sentait incapable. Tout son corps était tendu, prêt à s’écrouler lorsque le verdict serait prononcé. Et pour le moment, elle ne voyait chez tous ses juges qu’une parole possible, elle était coupable, coupable de ne pas être comme eux, de ne pas être née dans cet endroit, coupable de ne pas avoir choisi leur cause, mais de s’être retrouvée ici complètement par hasard.

Jonathan continua son récit.

— Bulle est venue me voir une première fois, une nuit. Elle voulait savoir pourquoi je n’avais pas de masque sur le nez, comment je faisais pour être toujours vivant. Je ne lui ai rien dit, et j’ai pris la fuite. Avec Camille, on a hésité à poursuivre la mission. Mais le matériel était sur place, je n’avais plus grand-chose à faire. Je devais aller jusqu’au bout. J’y suis donc retourné, et Bulle est revenue à la charge.

Le garçon lui adressa un regard contrit.

— Les policiers ont alors été appelés. Je suppose que tu as été dénoncée, ou du moins que quelqu’un avait remarqué que tu étais sortie de chez toi. En tout cas, les forces armées ont débarqué pour l’arrêter, et moi avec. C’est là qu’on est intervenu.

Il tut les morts, mais tout le monde avait parfaitement compris ce qu’il ne disait pas, et des signes de tête appréciateurs furent échangés. Toute l’assemblée paraissait satisfaite que des hommes soient tombés sous les mains de Jonathan. Bulle ne trouva pas cela normal, elle pensa aux familles de ces gens qu’elle ne connaissait pas, à ces mères qui allaient pleurer la perte de leurs fils sans même savoir s’ils étaient morts du virus ou abattus comme des bêtes par des rebelles. Elle en eut la gorge nouée. Elle songea à son propre frère, qui rêvait un jour d’intégrer la brigade d’élite, celle qui s’occupait des criminels. Et si un jour il tombait face à ces mercenaires ? Que lui arriverait-il ?

Toutefois, l’heure n’était pas à l’apitoiement ou aux doutes. Les gens autour de Bulle chuchotaient. Ils devaient être pressés de se débarrasser d’elle. Bulle se sentit lasse. Elle n’avait plus qu’une envie, que tout soit fini et qu’on la laisse se soulager et dormir. Et ce n’était pas grave si elle ne se réveillait jamais.

Camille fit un geste et tous les murmures s’arrêtèrent aussitôt.

— Jonathan a fait ce qu’il fallait pour nous protéger, et protéger une possible cible. Jusqu’à preuve du contraire, Bulle est avec nous. Elle ne s’est pas encore interposée, n’a pas tenté de fuir ou de nous attaquer. Nous pouvons lui laisser le bénéfice du doute.

— Mais elle est enceinte ! cria quelqu’un dans la foule.

Camille hocha de la tête, refusant de nier la terrible vérité.

— En effet, elle a été inséminée, comme l’exige le gouvernement pour toutes les filles qui atteignent dix-huit ans. C’est un beau cadeau pour rentrer dans l’âge adulte, n’est-ce pas ? demanda le chef avec une pointe d’ironie dans la voix. Nous verrons ce problème en temps utiles. Vous connaissez ma position envers les enfants, nous devons les sauver si cela est possible, mais ils nous ralentissent et l’État les cherche à tout prix, car il considère que c’est son bien le plus précieux. Il peut tuer pour eux, pour s’agrandir. Mais pour le moment, le plus important est la puce de mademoiselle.

Camille se tourna vers Bulle et cette dernière se sentit frémir.

— Ma puce ? l’interrogea la jeune fille sans comprendre. De quoi parlez-vous ?

Des soupirs se firent entendre, ainsi que des moqueries.

— Elle ne sait pas qu’elle est pucée !

— Elle est totalement idiote, ma parole !

— Comment on peut accepter quelqu’un comme elle ?

— Je suis sûre qu’elle ne sait rien faire de ses dix doigts !

— C’est encore un poids inutile !

— On devrait l’abandonner et la laisser être abattue par son gouvernement !

— Attendez donc que le virus se charge d’elle !

Toutes ces paroles finirent par se mélanger dans l’esprit de la jeune fille alors que Camille vint à son niveau. Le chef des mercenaires lui attrapa la main droite et la retourna. Bulle avait toujours eu une cicatrice à cet endroit. Elle ne se souvenait pas de la manière dont elle se l’était faite, mais elle était présente depuis sa plus jeune enfance, coupant en deux sa veine, se dessinant parfaitement sur sa peau claire qui n’avait jamais vu le soleil de face.

— Le gouvernement s’assure de la santé de tous ses membres, commença à lui expliquer Camille. Pour cela, il injecte une puce dans le corps de chacun de ses citoyens. Cette puce a pour but de vérifier la température, la tension, le taux de sucre, et si le virus n’est pas entré dans l’organisme. C’est comme cela que la police est au courant de tous les contaminés, et peut agir afin d’isoler ce dernier, et peut déterminer qui a été en contact avec lui et peut être contaminé à son tour. C’est un outil fascinant, qui permet aussi de s’assurer de la bonne condition des forces armées. Chaque policier en contact avec un malade peut savoir avec certitude s’il a la chance ou la malchance d’échapper à l’épidémie. Mais cet appareil que tu as sous la peau peut aussi être un outil dangereux. Elle te géolocalise, et c’est ce qui fait que nous sommes en train de changer de base, afin d’être certain de pouvoir échapper nous aussi à nos poursuivants. Pour le moment, nous savons que tu es la seule pucée dans tout le secteur, mais cela ne va pas durer. Alors, nous devons faire en sorte que personne ne nous retrouve.

La main froide de Camille appuya plus fort sur le bras de Bulle, lui arrachant une grimace de douleur. C’était comme si Camille mourait d’envie de faire sauter la puce directement de la chair de la jeune fille.

— Nous pouvons aisément te l’enlever. Nous avons l’habitude de faire ce genre de choses, même si en général on ne le fait pas à notre base, dans l’attente d’être retrouvé, et dans la panique d’une fuite. Cela risque de te faire mal, et de ne pas être beau à voir. Mais tu n’as pas le choix. C’est aussi le moyen de prouver que tu veux rester avec nous.

Bulle inspira profondément. Avait-elle réellement envie de rejoindre les rebelles ? Pour le moment, elle ne savait pas grand-chose d’eux, mis à part le fait qu’ils étaient bien organisés, bien renseignés, qu’ils étaient capables de tuer, et qu’ils comptaient dans leur rang des personnes pouvant survivre au virus. Avait-elle plus de chances de rester en vie grâce à eux plutôt que de rentrer chez elle ? Néanmoins, Bulle savait, tout comme Camille, qu’elle n’avait pas vraiment le choix. Elle n’avait plus de chez elle, sa mère ne voudrait jamais qu’elle reprenne son existence d’avant, et le gouvernement la traquait. Même si elle venait à dénoncer ses sauveurs, ce ne serait sans doute pas suffisant pour qu’elle puisse rentrer. Elle devait donc rester avec les rebelles. Et se transformer à son tour en une mercenaire. Cela la dérangeait-il vraiment ? Pour la première fois de sa vie, Bulle sentait qu’elle avait le choix de faire ce qu’elle désirait, de devenir l’héroïne qu’elle avait toujours rêvé d’être.

Bulle hocha alors la tête. Sa décision était prise.

— Et pour l’enfant ? l’interrogea-t-elle. Je n’en veux pas. Pouvez-vous aussi faire quelque chose pour lui ?

Camille soupira et une ombre passa dans ses yeux. Bulle comprit que le chef des mercenaires répugnait à accepter la demande de la jeune fille, et pourtant, il fallait bien trouver une solution à ce problème. Plus le temps défilait et plus l’enfant grandissait dans le ventre de Bulle. Il ne fallait pas tarder à le lui retirer, sinon cela deviendrait de plus en plus compliqué de faire une telle opération.

— Nous n’avons pas ici les outils pour ce genre de chose, dit enfin Camille. Toutefois, nous avons dans nos connaissances un ancien médecin qui s’est échappé des mains du gouvernement. Il pourra peut-être t’aider. Cela dépasse mes propres compétences.

— Où est ce médecin ?

Bulle était avide. Elle avait hâte de pouvoir se débarrasser de ce bébé qu’elle ne voulait plus. Elle ne prenait pas encore conscience de tout ce que cela engendrait, mais elle aurait bien le temps d’y penser plus tard. Pour le moment, cet enfant était comme sa puce, un obstacle à sa liberté et à sa nouvelle vie.

Camille la regarda intensément, avant de porter son attention sur Jonathan, et de revenir sur Bulle.

— Cela pourrait marcher, en effet. Dès que ta puce sera retirée, tu partiras avec Jonathan. Le médecin dont je te parle vit à l’écart, loin de cette ville. Il y a une longue route pour l’atteindre. Vous serez exposés. Cela peut être dangereux.

Bulle faillit lui demander pourquoi ce médecin, un rôle si important dans une révolte comme la leur, vivait si loin. Comment faisaient-ils lorsqu’ils avaient des blessés qui nécessitaient des soins particuliers ? Devaient-ils à chaque fois faire cette fameuse longue route évoquée par Camille ? Mais Bulle retint toutes ses questions. Elle ne voulait pas paraître trop curieuse. Toutes ses interrogations allaient finir par interpeler le chef du groupe, et peut-être même lui faire croire qu’elle était une espionne. Bulle préféra donc ravaler ses doutes, et secoua simplement la tête, comme si elle acceptait l’idée. Dans quoi se lançait-elle encore ?

L’adolescente n’eut pas le temps de réfléchir davantage. Un homme se présenta devant elle, un couteau aiguisé à la main. Il venait de passer la flamme de son briquet dessus. Bulle déglutit péniblement. Elle comprit pourquoi Camille l’avait prévenu de la douleur. Ici, ils n’avaient pas accès à la technologie du gouvernement, par accès à sa médecine. Les choses étaient faites à l’ancienne. Et lorsque l’homme l’obligea à s’assoir dans l’un des recoins crasseux du magasin, quand il se saisit de son poignet, elle comprit aussi qu’elle allait finalement regretter sa décision de quitter son cocon doré. »

Merci de m’avoir lue. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite.

Et vous ?

Est-ce que le confinement a été inspirant pour vous ?.

Avez-vous envie de lire des histoires sur cette période ?

Ou au contraire, désirez-vous l’oublier le plus tôt possible ?

Bon jeudi à tous 😉

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