chroniques littéraires

Neuroland

Bonjour tout le monde. J’espère que vous allez bien et que vous avez la pêche en ce mercredi. J’espère pour vous que le début de semaine c’est bien passé. Ici, je profite enfin du bon temps et de ce début d’été où je suis en vacances pour une semaine. Et oui, mes deux lycées ont fermé pour les terminales, ce qui fait que je suis totalement libre cette semaine, avant d’entamer ma dernière semaine au sein de mes deux établissements la semaine prochaine, pour la préparation de l’an prochain, et avant de passer, la semaine d’après, le CAPES. Mais en attendant tout cela, je peux enfin me reposer de cette année vraiment particulière.

En parlant d’événements particuliers, je vous livre enfin mon avis sur le roman Neuroland. Si vous avez suivi un peu mes C’est Lundi, que Lisez-vous ? publiés toute les semaine, vous vous êtes sans doute aperçus que ce roman avait traîné un petit moment dans mes lectures en cours. Il est temps de vous expliquer pourquoi. Ce livre est un roman policier scientifique, écrit par Sébastien Bohler. Il est sorti en mars 2015 aux éditions Robert Laffont. Voici son résumé :

La plus efficace des tortures est indolore.

Châtelet, gare de Lyon, Champs-Élysées. Trois attentats au coeur de Paris éventrent la capitale. Bilan : 53 morts.

Quelques heures plus tôt, le cerveau des attentats, un jeune djihadiste formé en Afghanistan, a été arrêté par la police. Protégé par le droit français, il s’est muré dans le silence. Pourquoi n’a-t-on pas su le faire parler ?

Saclay, région parisienne. Neuroland est un centre de recherches, le plus performant d’Europe. Deux jeunes chercheurs y travaillent à un projet révolutionnaire : un scanner surpuissant permettant de décoder les activités du cerveau.

Demain, on pourra lire dans les pensées.

Plus que jamais, celui qui possédera la connaissance possédera le pouvoir.

Dans ce roman, nous suivons plusieurs personnages principaux, qui vont influer fortement sur l’histoire. Il y a d’abord Vincent, un jeune scientifique, qui est en dernier année de master. Sa mère souffre d’Alzheimer, et il rêve de trouver un traitement contre cette maladie. Il y a ensuite Maria, jeune mère Russe, qui pour fuir son mari mafieux, s’inscrit au même master que Vincent, à Paris. Puis, vient Franck, neveu d’un sénateur, qui participe au même master que Vincent et Maria. Et enfin, Melvin, le policier qui aurait pu arrêter les attentas de Paris, mais qui n’a pas su faire parler le terroriste. Qu’ont ces quatre personnes en commun ? Ils veulent tous les quatre améliorer la science, sans se douter, pour certains, qu’ils vont faire basculer l’Etat dans un Etat totalitaire.

Je vais immédiatement commencer par l’histoire. Je dis avouer que ce qui m’avait séduite dans ce résumé, c’est le fait que l’on imagine pouvoir entrer dans les pensées d’un terroriste, et essayer d’arrêter des attentats avant qu’ils ne soient commis, sans passer par la case torture. Je pensais donc que tout allait tourner autour de cela. Et j’ai été finalement un peu déçue de me rendre compte que l’attentat que mentionne le résumé, qui est celui du prologue, n’est en fait que le point de départ de tout cela, l’élément déclencheur de l’histoire, mais qu’il est vite oublié. En vérité, toute l’histoire ne tourne qu’autour d’un seul personnage, et c’est ce qui a failli me faire abandonner le roman. En effet, le vrai personnage principal de ce roman, c’est Franck Corsa, le jeune super génie du master d’imagerie cérébrale, qui se révèle être un monstre, bien pire que le terroriste qui n’a pas été torturé. Ainsi, Franck manipule tout le monde, afin de se venger de Vincent qui a pris sa place à Neuroland, le meilleur centre d’imagerie cérébrale d’Europe. Pour cela, il ne va pas hésiter à rentrer en politique, dans l’ombre du ministre de l’intérieur, et transformer Neuroland en centre de détention, faire basculer la recherche contre Alzheimer en une recherche sur l’accès aux pensées les plus profondes. Franck est un personnage horrible, détestable au possible, qui n’hésite pas à employer tous les moyens possibles pour obtenir ce qu’il veut. Or, avec les pouvoirs et la bénédiction du ministre, il va pouvoir utiliser tous les moyens de la police, comme le meurtre politique, ou même le viol. C’est un personnage qu’on veut voir arrêté, et surtout tué. Chez moi, il a réveillé des pulsions de meurtre, et je n’avais qu’une envie, c’était de voir Vincent, Melvin ou Maria lui régler enfin son compte. Le problème, c’est que plus l’histoire avance, et plus Franck s’enfonce, détruit, et plus on veut le voir mort, et plus ça continue dans l’horreur. J’ai donc trouvé que cela allait un peu loin et j’avoue, c’est le fait de connaître la fin qui m’a fait tenir parce que l’auteur va vraiment loin dans l’horreur et le sadisme du personnage de Franck. Cela finit par provoquer un certain dégoût pour l’ouvrage en lui-même. Cependant, l’avantage d’un tel personnage, c’est de montrer la folie d’une personne, l’engrenage qui se met en place juste par vengeance, et le fait que certains sont prêts à aller jusqu’au bout afin de montre qu’ils sont supérieurs aux autres. Nous sommes ici face à un vrai psychopathe, et cela peut être assez fascinant de voir comment il manipule tout le monde, aussi bien le ministre, les scientifiques, que les faibles d’esprits. Cela permet aussi de montrer le pouvoir que peuvent avoir les membres les plus proches du pouvoir, et ce que ce pouvoir peut faire entre de mauvaises mains, surtout à notre époque où la science est aussi développée et permet d’avoir accès à des choses qui apparaissent comme de la science-fiction, comme tous les recherches sur le cerveau et le psychisme. Il est clair que ce que veut Franck, c’est un Etat totalitaire, et c’est son but. Il se sert de la science pour cela, pour modeler le monde à sa façon. Et on a alors là une critique très moderne de la dépendance de la science au politique.

– La réponse est que je vais supplanter les uns et les autres, les politiques comme les scientifiques. Un jour, l’exercice du pouvoir sera total. Bien plus réel que celui des dictatures aujourd’hui dépassées. Bien plus efficace que celui du conditionnement mental et de l’endoctrinement qui ft l’espoir du siècle dernier. Le nouveau pouvoir sera celui de la vérité. Dans la cité future, le mensonge n’existera plus. La sincérité sera la loi de tous. Chaque mot sera une pensée, chaque pensée sera un mot. L’être et le paraître se confondront. La nuit de l’esprit se dissipera. Les tricheries, les arrangements avec la loi, les hypocrisies, les maris trompant leur femme et les élus dissimulant leur patrimoine, le secret en lui-même disparaîtra.

– Pour nous aussi ?

– Pour nous aussi. Aucun coin d’ombre n’existera dans cette cité de lumière. Les penses seront révélées à tous. Grâce au code neuronal.

Levareux retira son cigare de sa bouche.

– Mais comment exercer le pouvoir dans ces conditions ? Comment les puissants pourront-ils exercer le pouvoir, si tout le monde sait à quoi ils pensent ?

Corsa se mit à déambuler dans le bureau, habité par son idée.

– Seule la valeur intrinsèque des individus sera récompensée. Le meilleur à chaque poste, sans mensonge ni tricherie, voilà comment sera organisée la nouvelle République. L’honnêteté fait loi. Les plus forts au pouvoir, les médiocres en bas de l’échelle. Transparence. Pureté. Plus de contestation. Les classements enfin respectés. Le règne de l’excellence s’installera. Le plus fort étant légitimement reconnu comme tel, son pouvoir sera naturel et sans conteste. Plus de triche, de dissimulation, de passe-droit, de petits arrangements entre médiocres. La transparence est plus qu’un programme scientifique, c’est un programme philosophique qui aboutira à une société parfaite !

Levareux demeurait stoïque. Il tapota son cigare pour en faire tomber les cendres.

Pour la première fois, il lui vint à l’esprit que Franck Costa était fou.

D’ailleurs, le roman tourne beaucoup autour de cela, de la politique et de ses dérives, du fait que l’on est dans une course contre la montre contre des terroristes, et dans une recherche de plus en plus poussée pour faire de l’argent sur une méthode pour trouver ces derniers et les empêcher de commettre leurs méfaits. De ce fait, on a aussi une mise en évidence de l’importance de ces terroristes pour la politique, qui se construit autour d’eux, et sur le moyen de se faire de l’argent sur leurs dos. En effet, nous ne devons pas oublier que si Neuroland a vocation a empêché des crimes d’être commis, cette technologie va ensuite être vendue aux autres pays du monde, et apporter certaines dérives qui ne sont pas exposées ici, mais que l’on devine quand même. Le ministre lui-même se vante de cette future vente. C’est un aspect intéressant de ce roman que je n’attendais pas. Il est vrai que je m’attendais plus à une réflexion sur les tortures, sur les droits des prisonniers, ou même sur l’aspect éthique de voir les pensées des autres. Ces trois aspects sont abordés que vers le début ou la fin, mais de manière éparses et finalement peu creusées, puisque ce n’est pas le propos du livre. Toutefois, j’ai apprécié cet aspect, parce que cela nous permet de nous rendre compte à quel point la politique dirige tout, aussi bien l’argent dévouée à la science que les recherches scientifiques, et que que la recherche sur un sujet comme Alzheimer ne rapporte rien à l’Etat. J’ai aussi apprécié de me retrouver propulsée à Bruxelles et de voir le fonctionnement des eurodéputés. L’élimination de l’un d’entre eux va aussi montrer à quel point l’équilibre de l’Europe est fragile et que la souveraineté des Etats est remise en question aisément. Tout ce volet sur la politique est intéressant, même si je regrette un peu que l’aspect éthique n’ait pas été plus mis en valeur.

Le train arriva enfin à Bruxelles. Franck alla directement au Parlement et s’inscrivit sur le registre des lobbies. Bruxelles accueillait vingt mille lobbyistes rattachés à mille quatre cents groupes de pression cherchant à défendre leurs intérêts auprès de la Commission. En fait, on y trouvait plus de lobbyistes que de personnel parlementaire. Régions, fédérations, entreprises d’électricité, d’automobiles, d’agroalimentaire, chacun cherchait à se faire entendre et c’était une pratique devenue courante. Michel Levareux avait décidé d’inscrire Franck sur la liste de l’Alliance for MRI, une association de parlementaires européens, de groupes de patients, de scientifiques européens et de la communauté médicale, dont l’objectif était de s’opposer à la menace que faisait peser la législation européenne sur l’utilisation de l’IRM clinique et sur la recherche en IRM.

Venons-en à présent aux autres personnages principaux. J’ai apprécié le personnage de Melvin, qui vit dans la culpabilité suite à ce qui s’est passé durant les attentats du début, alors qu’il aurait pu faire parler le cerveau de l’opération, et qu’il a été incapable de le torturer. Depuis, il cherche le pardon, et Franck le brise à nouveau. C’est alors intéressant de voir comment son personnage évolue, suivant les mouvements de Franck, puis les siens propres. De la même manière, Vincent se retrouve sous la coupe de Franck, mais il ne réagit pas du tout de la même manière. J’ai trouvé le personnage de Vincent bien plus malléable et naïf. Il croit tout ce que raconte Franck, sans voir la supercherie. Cela finit par être navrant et c’est ce qui m’a détournée de son personnage, qui donne alors l’impression d’être pathétique. J’ai eu du mal avec cette naïveté qui est trop grosse. A l’inverse, le personnage de Maria est un personnage fort, alors même qu’elle est celle qui souffre le plus dans cette histoire. Mais même violée et traquée, alors que ses soutiens sont assassinés, elle se relève et affronte Franck. Elle est responsable de sa chute, et c’est ce qui fait que j’ai beaucoup aimé la suivre. Elle montre ainsi que les victimes doivent se battre pur obtenir justice, et surtout que tout ce qu’elle a vécu n’est certainement pas de sa faute, mais de celle de Franck. Elle montre aussi que si la justice ne peut rien faire pour elle, elle ne doit pas abandonner pour autant. Je pense que c’est un personnage très inspirant pour toutes les femmes victimes de violences et autres, et qui démontre donc qu’il ne faut non seulement jamais se coucher, plier devant l’ennui, ni même abandonner, et garder toujours une soif de justice. C’est le personnage qui m’a fait continuer ma lecture.

Olga sentit la colère monter en elle. C’était toujours le même processus. Un salopard violait une femme et c’est la fille qui devait se sentir coupable.

– Tu es en plein processus de dévalorisation, Maria. C’est exactement ce que veut Franck. Tous les violeurs font pareil. Ils isolent leur victime socialement et géographiquement pour qu’elle ne puisse pas trouver d’aide. tu étais étrangère, en situation délicate, il était facile de faire pression sur toi. A partir de là, il t’a humiliée et fait de toi sa chose. Attaques surprises, irruptions imprévisibles à ton domicile, immobilisations dans le noir, poursuites, tout cela a finalement paralysé tes capacités de réaction. Tu avais le sentiment de n’être plus rien. Et maintenant, tu te dévalorises au point que tu considères que tout cela est ta faute.

– C’est vrai, avoua Maria. C’est ce que je ressens.

– Tu dois vaincre la honte. Le seul moyen pour cela est de briser le rapport de domination qui s’est institué entre toi et lui. Le jour où Franck sera condamné pour ce qu’il a fait, tu pourras te relever. Tu dois prendre ta revanche. Tu n’as pas le choix.

Se confronter à Franck la terrifiait. Et pourtant, Olga avait raison. Si elle ne voulait pas vivre le restant de ses jours comme une vaincue, marquée au fer rouge par sa défaite, elle devait tenter quelque chose.

Ce roman est aussi assez scientifique. Certes, les notions utilisées dedans sont bien expliquées, mais j’avoue avoir eu du mal avec certaines données, qui sont vraiment spécifiques et ardues. On a un discours assez pointu dans cet ouvrage qui pourrait décourager les néophytes. Je me suis accrochée pour essayer de tout comprendre, mais certaines choses ont dû m’échapper. je pense que l’histoire aurait méritée d’être plus claire, peut-être encore plus visuelle, afin de pouvoir davantage parler à ceux qui n’ont aucune notion dans ce domaine. Mais on ne peut pas nier que l’auteur maîtrise son sujet, et cela est vraiment bien, parce que l’on apprend quand même certaines choses grâce à cet ouvrage, sur le cerveau et son mécanisme, ainsi que sur le fonctionnement des IRM. L’écriture est donc assez fluide, sauf sur ces moments-là. Le roman est dans l’ensemble bien écrit, mais pas assez clair sur ces questions. Et je l’ai trouvé trop long, notamment à cause de ce que je disais au début de la chronique, sur Franck et tout le mal qu’il répand autour de lui. Cela nuit à l’ensemble de l’histoire.

En résumé, même si ma chronique peut sembler un peu négative, j’ai tout de même passée un bon moment de lecture, grâce notamment au personnage de Maria, à tout ce que j’ai pu retenir sur le cerveau, et sur le rôle de la politique dans la recherche. Le personnage de Franck m’a bien énervée, et j’ai faillie abandonner ma lecture à cause de lui, mais en même temps, il montre comment des psychopathes peuvent s’imposer et imposer leur vision du monde. C’est un roman qui fait réfléchir, par sur les thèmes que j’attendais, mais sur d’autres. Il reste une bonne lecture même si je n’ai pas accroché à tout. Je vous le conseille, mais ne soyez pas décourager par tout l’aspect scientifique pointu et ardu de cette histoire. Personnellement, je compte bien lire la suite, pour savoir ce qu’il advient de Franck, de Vincent et de Maria.

Et vous ?

Qu’est-ce qui peut vous faire abandonner un roman ?

Est-ce qu’un personnage antipathique peut vous dégoûter d’une histoire ?

Pourquoi continuez-vous alors votre lecture ?

Cela vous arrive-t-il d’aller voir à la fin comment l’histoire se termine ?

Bon mercredi à tous 😀

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